‹ Description des coquilles fossiles des environs de ParisChapitre 352 sur 426 · TOME 1. 4S · texte numérisé non relu

TOME 1. 4S

joignit aux Huitres véritables presque toutes les coquilles irrégulières sans charnière articulée. Tournefort, dont la méthode est mise en pratique dans l'ouvrage de Gualtieri, ne suivit pas Langius et se rapprocha davantage de Lister: son genre Huître est assez naturel et ne renferme de coquilles étrangères qu'une Placune et une Plicatule. Cette confusion, ramenée dans les Huiïtres, fut consacrée par Linné, qui comprenait danssa définition générique toutes les coquilles irrégulières sans charnière articulée. Adanson, cependant, dans son ouvrage si remarquable sur les coquilles du Sénégal , avait ramené le genre Huiître à ce que Lister l'avait fait, et l’avait caractérisé de la manière la plus rationnelle. Cela n’empècha pas Linné de persister dans sa maniere de voir, lorsqu'il publia les dernières éditions du‘Systema naturæ , quoiqu’elles fussent d’une époque plus récente que l'ouvrage d’Adanson. Les successeurs de Linné, qui devinrent à la fois ses admirateurs et ses imitateurs, n’apportérent aucun changement à la constitution de ses genres. Müller, Gmelin, Bornn, Martini et Chemnitz, rapporterent toujours aux Huiîtres les mêmes coquilles que Linné. Bruguière fut le premier qui, dans l'Encyclopédie méthodique, chercha à restreindre les Huîtres de Linné dans les justes limites que Lister et Adanson leur avaient données; il en fit sortir d’abord les genrés Peigne, Perne, et plus tard, dans les planches du même ouvrage, les genres Avicule et Houlette. Il fit pressentir le genre Gryphée, que Lamarck, continuateur de ces justes réformes, établit définitivement dans son Système des animaux sans vertébres (1801). Outre les cinq genres extraits par Bruguiere, Lamarck retrancha encore des Huïîtres de Linné les genres Plicatule, Marteau, Vulselle et Lime. De ces coupures nombreuses, rapprochées de quelques autres, faites aux dépens du genre Anomie, Lamarck forma, comme nous l’avons vu, la famille des Ostracées, dans sa Philosophie zoologique. Le genre Huître, ainsi réduit à ses limites naturelles, fut adopté par tous les conchyliologues qui n'étaient point attachés à la lettre du système linnéen.

Les rapports du genre, déterminés d’une maniere naturelle par Adanson, Poli, M. Cuvier, dans son Tableau élémentaire, et par Lamarck lui-même, dans ses premiers travaux, sont restés fixés d’une manière à peu pres invariable dans toutes les méthodes. On le voit toujours dans le voisinage des Gryphées, des Anomies et des Spondyles, avec lesquelles il a en effet la plus grande analogie. M. Cuvier fut le seul entre les zoologistes qui conserva pour les Huîtres un groupement à peu près analogue à celui de Linné : on voit, dans la première édition du Règne animal, que ce genre est formé par les six sous-genres Acarde, Huiîtres proprement dites, Gryphée, Peigne, Lime

et Houleite; c’est-à-dire qu'il contient à la fois des animaux dépourvus de pied, et d’autres qui ont cette partie accompagnée d’un byssus. Nous pourrions, si nous voulions, indiquer d’autres différences organiques non moins saillantes que celle-là : il est donc évident que la composition du genre Huître de M. Cuvier n’est point naturelle. On devait espérer que le savant zoologiste dont nous citons la méthode, perfectionnerait le genre qui nous occupe dans la seconde édition de son ouvrage; mais il n’en a point été ainsi, et les sous-genres des Huïîtres ne furent diminues que d’un seul, les Acardes, dont M. Cuvier fit un genre distinct du premier.

Tel qu’il est circonscrit actuellement, le genre Huiître présente un groupe très-naturel de coquilles, dont le nombre des espèces est fort considérable, tant à l’état vivant, qu'à l’état fossile. Ce sont des coquilles marines, vivant fixées en nombre plus ou moins considérable, formant quelquefois des bancs d’une grande étendue sur les points les plus tranquilles des côtes des divers continens. De forme très-variable, elles reçoivent des causes environnantes et locales des modifications nombreuses et profondes : des causes constamment agissantes sur des êtres variables de leur nature, peuvent réagir Jusque sur les parties qui semblent les plus constantes dans les espèces et qui servent ordinairement à les distinguer. C'est ainsi que la charnière, les proportions relatives des valves dans leur longueur et leur largeur, la forme du talon et les divers accidens extérieurs, subissent des altérations tellement variées, qu'il est presque impossible de limiter les espèces. Il faut le dire, ces modifications étonnantes ne se rencontrent heureusement que très-rarement, et les exceptions ne doivent point détruire d’une maniere absolue la valeur des caracteres spécifiques.

On sera moins étonné peut-être de ces modifications des Huïîtres, quand on se souviendra de leur manière de vivre attachées sur les rochers; agglomérées entre elles, elles s'adaptent sur le lieu où le hasard les a placées, en s'élargissent, deviennent profondes ou saplatissent, selon que la place qu'elles occupent leur permet de se développer plus librement dans un sens que dans l'autre.

Les Huiîtres sont des coquilles plus ou moins épaisses, solides, foliacées, prolongées postérieurement en un talon pointu, plus ou moins long et plus ou moins étroit. Les valves sont inégales; la supérieure, toujours plus petite, devient operculiforme dans certaines espèces. La charnière est simple, non articulée, rendue néanmoins très-solide par un ligament épais et coriace, qui sinsère fortement sur le talon des valves. Ce talon est ordinairement divisé en trois parties, l’une médiane, creusée en gouttière; les deux autres

latérales, relevées en bourrelet décurrent. À l'intérieur on trouve une seule impression musculaire plus ou moins profonde, arrondie et subcentrale, qui indique le point où l'animal était lié à sa coquille. L'accroissement des Huîtres a cela de commun avec quelques autres genres, de ne pouvoir se faire que par le déplacement lent et successif de l'animal dans sa coquille. Il a fallu pour cela que le muscle d'attache lui-même changeat également de place, et dans certaines espèces tres-alongées ce déplacement s’est effectué sur une longueur de six pouces et quelquefois davantage. Aussi, si l’on vient à couper dans sa longueur une de ces Huîtres, on s'aperçoit que le talon est composé de lames d’accroissement empilées les unes dans les autres, comme des cornets, et qui restent quelquesfois séparées entre elles comme de véritables cloisons. Lamarck a cru que dans son déplacement l'animal entrainait avec lui la valve supérieure. Nous ne croyons pas qu'il en soit ainsi; bien que cette valve reste plus courte que l’autre, elle est formée néanmoins d'un nombre égal de feuillets calcaires. Mais comme ils sont plus minces et beaucoup plus serrés, ils expliquent la différence de grandeur et d'épaisseur qui existe entre les deux valves, sans que cependant elles aient éprouvé de déplacement.

La nature de la coquille des Huîtres est telle qu’elle a pu, en devenant fossile, résister à presque toutes les causes de destruction et de dissolution. On trouve en effet ces coquilles entières la où tous les autres tests de mollusques ont été dissous. Dans la craie, où ce phénomène se présente si fréquemment, les Huitres ont résisté à toute action de destruction. Nous ne connaissons d'autre exception que dans certaines couches de la craie des Pyrénées.

Il est nécessaire de savoir de quelle manière les Huîtres vivent actuellement, pour s'assurer si, lorsqu'on les trouve fossiles sur les continens, elles sont encore à la place qu’elles occupaient jadis. Cette question est quelquefois importante à décider pour la géologie. Il faut donc se souvenir que les Huïtres aiment à vivre sur les côtes, à peu de profondeur, cependant en général au-dessous des basses marées, et qu’elles préferent une mer tranquille, abritée de la furie des vagues et sans courant. Quand ces circonstances se présentent sur une grande étendue, alors elles sy accumulent et forment ce que l’on appelle un banc d’huitres. Lorsque les circonstances sont moins favorables, elles s'isolent davantage, se fixent dans les anfractuosités des rochers, ou sattachent aux galets, lorsqu'elles habitent les fonds vaseux ou de sable.

Lorsque dans les couches de la terre on vient à rencontrer une masse

considérable d'Huîtres dont la plupart sont encore fixées soit entre elles, -soit aux corps sur lesquels elles ont vécu, on peut être assuré qu’elles sont encore en place et que le fond de mer où elles étaient, actuellement desséché, n’a pas subi de très-grands changemens.

Il est peu de mollusques dont les dépouilles soient plus généralement répandues dans les couches de la terre que celles des Huîtres; aussi leurs espèces sont-elles très-nombreuses : on les rencontre dans presque toutes les couches de sédiment, et elles y sont distribuées d'une manière fort régulière. Elles deviendront, lorsqu'elles seront mieux connues, d’un trèsgrand secours à la géologie, pour caractériser les formations.

Les terrains tertiaires de l'Europe contiennent un nombre considérable d'espèces dépendant de ce genre. Nous en connaissons plus de soixantedix, dans lesquelles les environs de Paris en comptent environ quarante espèces, dont la plupart étaient restées jusqu'alors inconnues et dont nous allons donner la description.

Dans les Mémoires du Muséum, Lamarck n’a indiqué que dix-huit espèces d'Huïîtres dans le bassin de Paris; mais toutes ne sont pas des terrains tertiaires. Quatre de ces espèces appartiennent à la craie, et nous ne les décrirons pas, puisque, par le plan de cet ouvrage, nous sommes borné aux espèces du terrain tertiaire. Ainsi réduites, les espèces connues de Lamarck peuvent l’être encore, parce qu'il a fait plusieurs doubles emplois avec quelques espèces extrêmement variables, dont il n’eut pas un assez grand nombre d'individus pour lier entre elles les diverses variétés. On ne peut, en effet, étudier les Huïîtres fossiles et reconnaître les vrais caractères spécifiques, qu'en examinant un nombre considérable d'individus recueillis dans le plus grand nombre possible de localités.

Les espèces peuvent se distinguer par plusieurs moyens : celles qui sont plissées longitudinalement ne deviennent jamais lisses; celles qui sont lisses ne prennent de plis qu'accidentellement, lorsque, par exemple, elles se. sont attachées sur des coquilles qui ont des côtes; maïs alors on reconnaît facilement à leur disposition que ces plis ne sont qu'adventifs. Si la forme est généralement variable, cependant il est des espèces où tous les individus tendent à une forme semblable, et en tenant compte des accidens qui ont modifié cette forme, on pourra éviter avec assez de facilité les doubles emplois.

D’autres caractères restent encore pour faciliter les déterminations du conchyliologue ; ils sont d’une plus grande valeur, en ce qu'ils sont plus constans : ce sont ceux qui sont tirés de la charnière, des accidens des

talons et de l'impression musculaire. On sent que ces parties, plus inhérentes à la nature de l'animal, doivent être généralement moins modifiables, et c’est en effet ce que prouve l'observation.

1" Secrion. Espèces sans côtes ou plis longitudinaux.

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