GENRE XLVII
VULSELLE. J’ulsella.
Caractères génériques. Coquille longitudinale, subéquivalve, irrégulière, libre, à crochets égaux. Charnière ayant sur chaque valve une callosité saillante, déprimée en dessus, et offrant l'impression d’une fossette conique et ohliquement arquée pour le ligament.
Testa longitudinalis, subæquivalvis, irregularis, libera; natibus æqualibus. Callum cardinale in uträque valv4 prominulum, superné depressum , et foved ligamentali conicd, oblique arcuatd, desuper impressum.
Linné, trompé sans doute par une fausse appréciation des caracteres des Vulselles, les confondit avec les Myes, ce qui fut reproduit par Martini et Chemnitz et la plupart des imitateurs de limmortel auteur du Systema nature. Cependant Lister, long-temps avant, en donnant dans son complément la figure d’une Vulselle, ’indique comme appartenant à ses Moules; indication dont on eut raison de ne tenir aucun compte. Bruguière, ne voulant imiter ni Lister ni Linné, plaça les Vulselles en tête du genre Huiître, d’où Lamarck, dans ses premiers travaux sur les animaux sans vertèbres, les fit sortir pour en faire le genre qui nous occupe. Des-lors il les plaça dans des rapports naturels entre les Huitres et les Marteaux. Cet exemple fut suivi par presque tous les conchyliologistes. Cependant, lorsque Lamarck établit la famille des Ostracées, il y entraîna les Marteaux et les Vulselles, et lorsque plus tard il en sépara la famille des Malléacées, il laissa les Vulselles dans celle des Ostracées, malgré les rapports évidens de ce genre avec les Marteaux. M. Cuvier, dans la première édition du Règne animal, fut le premier qui changea les rapports indiqués par Lamarck ; il transporta les Vulselles entre les Marteaux et les Pernes, ce qui fut imité successivement par M. de Férussac, par M. de Blainville et par nous. On trouve en effet qu'il ya plus de ressemblance entre les Vulselles et les Marteaux qu'il n’y en a avec les Huiîtres; dans ce dernier genre toutes les coquilles sont fixées immédiatement, au moins dans le jeune âge; tandis que les Vulselles ont l’habitude de vivre dans l’intérieur des éponges. La charnière des deux genres n’est pas non plus semblable; dans les Vulselles les valves sont égales, et chacune d’elles présente à la charniere une gouttière assez profonde, saillante en cuilleron à sa base; les gouttières et les cuillerons sont égaux: on retrouve ce caractère semblable dans les Marteaux; mais ils en offrent un autre, qui ne se présente jamais dans les Vulselles, et qui cependant est d’une grande importance: dans les Marteaux, a côté de la gouttière cardinale et en avant d’elle, on voit un sinus, plus profond sur la valve droite, donnant passage a un byssus Une autre différence, qui se remarque encore entre les Vuiselles et les Marteaux, est relative à la position de l'impression musculaire : elle est en effet submédiane dans les Vuiselles; au contraire, tres-supérieure dans les Marteaux. Il est donc évident que, si les carac-
tères des Vulselles ne s'accordent pas parfaitement avec ceux des Huitres, ils n’ont pas non plus une analogie complete avec ceux des Marteaux; il faut convenir cependant qu’il y a plus de rapports avec ce dernier genre qu'avec tout autre.
Les Vulselles sont des coquilles marines, beaucoup plus longues que larges, à valves minces et aplaties, ordinairement nacrées à l’intérieur, et revêtues en dehors d'une couche corticale plus ou moins épaisse. On n’en connaît encore qu'un petit nombre d'espèces vivantes, dont aucune n’a présenté jusqu'a présent son analogue fossile. Dans le dernier état, nous ne connaissons encore que trois espèces, dont une seule est propre aux environs de Paris.
VuisELLE PERDUE. V’ulsella deperdita. Lamk.
PL LXV, fig. 4,5, 6.
V. testä ovato-angustd, oblongé, longitudinali, depressd , superné tumidiore , apice retusd , sublævigatä; fossul& cardinali oblique incumbente , laterali, basi prominuld ; latere antico profundè sinuato; impressione musculari, sublaterali, semilunarti.
Lamk., Anim. sans vert., tom. 6, pag. 222, n. 7.
Def., Dict. des sciences nat., art. 7’ulselle.
Localités : Grignon, Chaumont, Mouchy-le-Châtel, C. G.
On ne connaïîtencore que cette seule espece fossile aux environs de Paris. Elle est ovale-oblongue, étroite, lingulée, très-mince, très-déprimée à son extrémité inférieure, plus épaisse et plus renflée à son extrémité supérieure. A l'extérieur elle est presque lisse; on y remarque seulement des stries sublamelleuses, qui indiquent les accroissemens; la charnière a quelque chose de particulier, que l’on ne retrouve pas dans les espèces vivantes : ordinairement un peu inclinée vers le côté antérieur, la gouttière des valves est obliquement renversée de la face interne vers l’externe; cette gouttière cardinale est peu profonde, conique, terminée en cuilleron à sa base; ce qui est particulier, c’est que, au côté postérieur de ce cuilleron, le bord supérieur forme une sinuosité assez profonde, qui ne laisse cependant aucun bâillement à l'extérieur. La surface interne des valves est lisse, subnacrée ; leur cavité est très-peu profonde; l'impression musculaire est petite, semi-lunaire, superficielle, et située au tiers inférieur et postérieur de la longueur totale; les bords sont minces, tranchans et simples dans toute leur étendue,
Cette coquille, fort rare, est longue de cinquante à cinquante-cinq millimètres, et large de vingt-trois à vingt-huit. Mon cabinet.
GENRE XLVIIF.
ANOMIE. Anomia.
Caractères génériques. Coquille inéquivalve, irrégulière, operculée, adhérente par son opercule. Valve percée, ordinairement aplatie, ayant un trou ou une échancrure à son crochet; l’autre un peu plus grande, concave, enüère. Opercule petit, elliptique, osseux, fixé sur des corps étrangers et auquel s'attache le muscle intérieur de l’animal.
Testa inæquivalris, irregularis , operculata , operculo adhærente. Valva minor perforata, sæpius plana; nate perforato aut emarginato; altera integra, concava, paulo major. Operculum parvum , ellipticum, subosseum , corporibus marinis affixum.
Linné fit le genre Anomie avec quelques coquilles que les anciens conchyliologues, et Lister entre autres, confondaient avec les Huïtres. Si Linné était borné à séparer ces coquilles et à laisser pour un autre genre celles que les oryctographes désignaient depuis long-temps sous le nom de Térébratules, il aurait évité une confusion que plus tard on fut obligé de réparer : mais elle n’était pas la seule; car avec les Anomies et les Térébratules, Linné mit encore des coquilles qui servirent depuis aux genres Placune, Cranie, Calcéole et Hyale; ainsi, comme on le voit, il rassemblait d’une manière peu naturelle des coquilles fort diverses, et appartenant à des types très-différens de mollusques; le genre Hyale lui seul, qui appartient aux Ptéropodes, en est la preuve convaincante. La première réforme des Anomies est due à Bruguière, qui, dans l’'Encyclopédie, en sépara les Placunes, les Cranies et les Térébratules. A ce dernier genre il faut reporter ce que Linné nommait Hystérolite, qui n’est autre chose que le moule intérieur d’une Térébratule ou d’un Productus. Lamarck, en adoptant ces changemens, continua l’œuvre de Bruguière, et ce fut lui qui sépara les Hyales et les Calcéoles. Lamarck, qui évita la distribution méthodique de Linné et de Bruguière d’après le nombre des pièces des coquilles, apprécia de bonne heure les rapports naturels des Anomies, qu'il rangea, des 1801, à côté des Cranies et des Térébratules, dans sa classe des coquilles irrégulières à valves inégales. Peu de temps après, M. de Roissy, dans le Buffon de Sonnini, avec sa sagacité habituelle, rapprocha ce genre
des Huîtres et le mit en rapportavec elles et les Cranies. Cette opinion détermina sans doute Lamarck à en adopter une meilleure, lorsqu'il proposa un nouvel arrangement méthodique dans sa Philosophie zoologique; cependant ce genre n'était pas encore tout-àa-fait dans ses rapports naturels. Ce fut M. Cuvier qui les indiqua d’une manière précise dans la premiere édition du Règne animal, ouvrage dans lequel ce genre vient immédiatement apres celui des Huîtres. Lamarck imita cet arrangement nouveau dans son dernier ouvrage, lorsqu'il modifia d’une manière si convenable la famille des Ostracées de ses premières méthodes. Nous avons vu, en traitant cette famille précédemment, les changemens qu’elle a éprouvés, et nous n’y reviendrons plus actuellement.
Les Anomies sont des coquilles marines fort singulières; elles sont composées de deux valves inégales irrégulières, dont l’inférieure, à l'inverse de celle des Huîtres, est toujours la plus petite. Cette valve est tres-remarquable, en ce qu’elle est constamment percée ou profondément échancrée immédiatement au-dessous du bord cardinal, de manière à ce que trèssouvent ce bord cardinal est porté par un pédicule court et épais; un osselet, d'une forme circulaire, fortement fixé aux corps sous-marins, passe à travers le trou de la valve inférieure, le bouche en guise d’opercule, et remplace limpression musculaire, puisqu'il est vrai qu'il donne insertion au muscle adducteur des valves, qui ne laisse par conséquent aucune trace sur la valve inférieure. Dans la valve supérieure, dont le bord cardinal est presque interne, on remarque trois petites impressions musculaires qui sont très-rapprochées.
Une observation très-curieuse, que l’on doit à M. Defrance, a prouvé que les Anomies étaient susceptibles de prendre facilement et de répéter sur leurs valves les divers accidens des corps sur lesquels elles s'appliquent. C'est ainsi que des espèces d'Anomies lisses, vivant sur des peignes, ont pris dans des sens divers l'empreinte des côtes des coquilles qui leur servaient de support. Cest à la diversité de direction de ces côtes adventices dans les Anomies, que l’on a reconnu qu’elles ne dépendaient pas des espèces, mais bien de la situation particulière et entièrement due au hasard de certains individus. Depuis, la même observation a été faite sur les Huitres, et surtout sur celles des espèces qui restent minces et qui sont adhérentes par une grande partie de leur surface.
On ne connaît pas encore un tres-grand nombre d’espèces d'Anomies, et aux environs de Paris il n’y en a toujours qu’une de signalée; elle nous donnera occasion de faire quelques remarques.
M. Lamarck, et après lui presque tous les auteurs qui ont parlé de l’'Anomie fossile des environs de Paris, ou qui ont eu occasion de la citer, l’ont donnée comme l’analogue de l’Ænomia ephipium de Linné. M. de Férussac seul doit être excepté : il fit sentir, à l’article Anomie du Dictionnaire classique d'histoire naturelle, que l’espèce fossile n'avait aucune analogie avec celle que nous venons de mentionner, puisqu'elle avait constamment des stries très-fines, dont l’autre manque toujours. D’apres cela, M. de Férussac pensa avec Juste raison, que l’Anomie des environs de Paris avait plus de rapports avec l’Anomia squama de Chemnitz et striulata de Bruguière. Malgré ces rapports, il est constant pour nous que l’Anomie fossile a des caractères qui lui sont propres, qui la distinguent de toute espèce vivante jusqu'à présent connue, et que M. de Férussac aurait sans doute appréciés sil eùt connu la valve inférieure, qui est excessivement rare, sans doute à cause de sa fragilité.
ANOMIE TÉNUISTRIÉE. Ænomia tenuistriata. Nob.
PI. LXV, fig. 7, 8, 9, 10, 11.
A. testd rotundatd, depressd, tenui, luteol&, irregulari, extüs tenuissimè striatd ; valvd inferiore minimd, tenuissimd, fragilr.
Ostrea anomialis, Lamk., Anim. sans vert. tom. 6, pag. 220, n. 53.
Anomia ephipium, Def., Dict. des sciences nat., tom. 2.
Var. a.) Nob. Testd orbiculari, valv& superiore planissimd.
Var. b.) Nob. Testd minore, ovato-oblongd, profund&; unco elevato.
Localités : Grignon, Parnes, Mouchy, Courtagnon, Monimirail, ete., C. G.; Senlis, Beauchamp, G. M. L.; Valmondois, Tancrou, Assy, G.M.S.; Guise - Lamothe et tous les sables marins du Soissonnais; les environs de Gand, de Bruxelles et de Cassel; Valogne et argile de Londres en Angleterre. 1
Cette coquille est variable, comme la plupart de celles qui vivent attachées; elle est généralement orbiculaire, aplatie, mince, transparente, d'un jaune pâle, si ce n'est dans le centre de la surface interne, où l'on remarque une tache blanche d’une médiocre étendue, sur laquelle se voient assez distinctement les impressions musculaires. Le crochet de la valve supérieure est ordinairement arrondi, obtus et à peine saillant; le bord cardinal , immédiatement au-dessous de lui, est épaissi et présente une petite surface striée, sur laquelle vient sinsérer le talon de la valve
opposée. La valve inférieure est proportionnellement beaucoup plus petite que la supérieure; lorsqu'on la trouve en place, ce qui est extrêmement rare, elle couvre à peine le tiers de la surface interne; elle est percée d’une ouverture médiocre, arrondie ou subovalaire, immédiatement au-dessous d’une apophyse saillante, terminée par un épaississement médiocre, qui sert à l'articulation cardinale; cette valve est lisse des deux côtés, tandis que la valve supérieure présente constamment des stries capillaires, longitudinales, très-serrées et très-nombreuses. Nous avons réduit à deux principales les variétés nombreuses de cette coquille : dans la première nous réunissons tous les individus dont la valve supérieure est très-aplatie; il est à présumer qu’alors la valve inférieure, fort concave, placée sur un corps concave, contenait presque tout l’animal. Dans la seconde, nous avons placé les individus qui se rapprochent par leur forme de certaines Gryphées, c’est-a-dire que le crochet très-protubérant se relève au-dessus du bord cardinal, sans y faire cependant une saillie considérable. Cette variété, qui se présente avec une grande constance dans les sables du Soissonnais,nous avait d’abord semblé une espèce particulière; mais nous avons reconnu depuis sur des individus mieux conservés que ceux que nous avions vus jusqu'alors, qu’elle n’en était qu'une simple variété, puisqu'elle est striée de la même manière.
Le diamètre de cette espèce est de quarante millimètres dans les grands individus.
La variété b est généralement plus petite, et surtout dans les sables du Soissonnais, où elle n’a que vingt à vingt-deux millimètres.
D'après la description qui précède, il est évident que cette espèce n’est point l’analogue de l’Ænomia ephipium, et qu’elle n’a non plus aucune ressemblance avec les espèces fossiles des divers bassins tertiaires, hors ceux de Paris, Londres, Valogne et de la Belgique; ce qui est remarquable, c’est qu'elle ne manque dans aucune des localités principales qui appartiennent à la premiere époque tertiaire en Europe; aussi nous la regardons comme une des bonnes caractéristiques de cette période.