‹ Description des coquilles fossiles des environs de ParisChapitre 394 sur 426 · GENRE XLIX · texte numérisé non relu

GENRE XLIX

TÉRÉBRATULE. Terebratula.

Caractères génériques. Coquille inéquivalve, régulière, subtrigone, attachée aux corps marins par un pédicule court, tendineux. La plus grande valve ayant un crochet avancé, souvent courbé, percé à son sommet par un trou rond ou par une échancrure. Charnière à deux dents à l’intérieur. Deux branches presque osseuses, grêles, élevées, fourchues et diversement rameuses, naissent du disque de la petite valve et servent de soutien à l'animal.

Testa inæquivalvis, regularis, subtrigona, pediculo brevi, tendineo corporibus marinis affixa; valvd majore nate producté , sæpè incurvd, apice perforatd aut emarginatd. Cardo dentibus duobus ad internum. Rami duo subossei, graciles , furcati, varié ramulost, e disco valvæ nascentes, fulcrum animal: præbent.

Le genre Térébratule est l’un des plus intéressans dont nous ayons à traiter, non parce qu'il offre des particularités dans le bassin de Paris, mais parce qu'il n’y en a point qui soit aussi universellement répandu dans les terrains de sédiment qui forment la croûte extérieure du globe terrestre. Il est curieux de remarquer que dans chacune des grandes divisions de

ces terrains il existe un certain nombre de Térébratules qui n’en dépassent pas les limites; sil y en a quelques- -unes qui paraissent se soustraire à cette règle générale pour un certain nombre de couches de la terre, il n’en est aucune qui passe des terrains secondaires dans les tertiaires, et aucune espèce vivante actuellement connue n’est analogue avec celles de ces premiers terrains.

Les coquilles réparties aujourd'hui dans le genre Térébratule, étaient connues long-temps avant que Bruguière proposät ce genre dans l’'Encyclopédie. Les anciens orycthographes surtout en avaient mentionné et figuré un certain nombre sous des dénominations vulgaires, et celle de Térébratulites était une des plus fréquemment employées.

Linné avait confondu les Térébratules avec les Anomies, et nous avons vu, en traitant de ce genre, que ce n'étaient pas là les seules coquilles qui lui étaient étrangères. Bruguière, comme nous venons de le dire, créa le genre qui nous occupe, et le mentionna dans les tableaux de classifications qui commencent le premier volume des vers de l'Encyclopédie. Depuis lors ce genre fut adopté de tous les conchyliologues, et il n’éprouva presque aucune variation dans ses rapports. l’anatomie des Lingules, que l'on doit à M. Cuvier, servit puissamment à les fixer d’une maniere définitive. Nous ne reviendrons pas sur ce sujet, les détails que nous avons donnés sur les Brachiopodes pouvant suffire pour faire connaître les changemens de peu d'importance qu'ont éprouvés les rapports des Térébratules.

Depuis quelques années que l’on a multiplié la recherche des corps organisés fossiles, on a observé dans les coquilles qui présentent les caractères des Térébratules des formes et des accidens remarquables, qui ont déterminé la création de plusieurs genres, dont il reste actuellement à apprécier la valeur. Quelques-uns, tels que les Strygocéphales, Magas et Pentaméres, ont été établis d’après la forme des appendices osseux qui sont dans l'intérieur des coquilles; un autre, celui des Strophomènes, est fait seulement d’après les formes extérieures; un autre, enfin, les Spirifères, contient à la fois plusieurs formes extérieures, et il n’est fondé que sur ce caractère accidentel, de la conservation plus ou moins parfaite de certaines parties dont tous 1. Brachiopodes sont pourvus : aussi M. Sowerby, auteur de ce dernier genre, y a-t-il rassemblé, d’une manière artificielle, des Térébratules boat, ayantle sommet de la grande valve percé d’un trou rond, et d'autres Térébratules transverses, à charnière droite, dont le talon de la valve inférieure est ouvert par une large fente médiane et iriangulaire; il y a même introduit quelques espèces dont la valve inférieure n’a jamais aucune

ouverture. Ces dernières coquilles, qui pour la plupart sont comprises par M. Sowerby dans son genre Productus, méritent une attention particulière, parce qu’en effet elles ont des caractères qui leur sont propres. Toutes les Térébratules, sans exception, quelle que soit leur forme extérieure et la structure des apophyses de l’intérieur, ont toutes le crochet de la valve inférieure percé plus ou moins largement, et cette ouverture donne issue à un tendon plus ou moins prolongé, qui sert à les fixer aux corps sousmarins. Les Térébratules ne sont donc point des coquilles libres; elles portent avec elles le caractère indélébile de leur manière de vivre. Les Productus, au contraire, n'ayant aucune ouverture au crochet, ont dû vivre libre et avoir par conséquent des différences organiques en rapport avec des habitudes aussi dissemblables de celles des Térébratules. Ces caractères fondamentaux nous ont paru suffisans pour ne jamais confondre les deux types qui les présentent. Cest pour cette raison que, n’attribuant qu'une faible valeur aux formes extérieures, et ne considérant la forme des osselets intérieurs que comme des accidens spécifiques, nous réunissons aux Térébratules, et sans aucune exception, toutes les coquilles qui ont au crochet de la grande valve une ouverture ronde ou triangulaire ; tandis que, sans exception aussi, nous rangeons dans les Productus toutes les coquilles térébratuliformes qui n’ont aucune ouverture au crochet de la grande valve. Nous avons la conviction que ces deux genres suffisent pour placer d'une manière rationnelle toutes les espèces qui sont actuellement connues.

Les Térébratules sont des coquilles généralement minces et cependant solides par la contexture serrée des lames dont le test est composé; elles sont régulières, symétriques, très-inéquivalves. La valve inférieure est la plus grande. Le crochet de cette valve est ordinairement fort saillant, tandis que celui de la valve supérieure ne l’est pas, puisqu'il rentre èn dedans de la coquille : dans un très-grand nombre d'espèces le crochet de la grande valve est percé à son sommet d’une ouverture arrondie, plus ou moins grande, selon les espèces, et qui n’est point toujours en proportion avec leur volume; dans d’autres espèces, la charnière, ordinairement plus transverse, rarement courbée, ordinairement droite, comme celle de certaines arches, se prolonge dans la valve inférieure en une sorte de talon plus ou moins étendu, régulier, triangulaire, à surface supérieure plane, et divisée dans son milieu par une fente triangulaire plus ou moins élargie et parfaitement symétrique : cette fente, par sa base,

coupe le bord cardinal, et son sommet remonte jusqu’à l'extrémité du TOME 1. 55

crochet. Nous aurons à l'égard de ces dernières coquilles quelques observations importantes à faire, qui feront voir qu’elles appartiennent sans aucun doute au type des Térébratules.

Nous observerons d'abord qu'il existe parmi les espèces vivantes comprises aujourd'hui par tous les auteurs au nombre des Térébratules, des espèces qui ont constamment une fente triangulaire au crochet de la grande valve, par exemple la Terebratula psittacea, et d’autres qui ont un talon triangulaire postérieur, telles que la Terebratula truncata. 1 est une autre observation plus importante que celle-ci : toutes les Térébratules, quelle que soit leur forme, ont l'ouverture postérieure du crochet complétée en partie par deux petites pièces calcaires, triangulaires, unies entre elles dans la ligne médiane, et faiblement fixées au test de la grande valve, dont elles forment cependant une des parties essentielles, puisqu'elles couvrent une partie assez considérable de la surface supérieure que présente le crochet. Lorsque ces deux pièces viennent à manquer, elles laissent une fente triangulaire, qui prolonge l'ouverture ordinaire du crochet. Si ouverture du crochet est très-petite, si elle est faite entièrement dans l'épaisseur de ces pièces triangulaires, dès qu’elles n'existent plus, on ne peut avoir l’idée de ce que pouvait être cette ouverture postérieure du crochet, et il ne reste plus à sa place qu'une grande fente triangulaire, qui était close pendant la vie de l'animal. Ce que nous venons de dire n’est pas seulement une induction inspirée par les principes et la théorie, mais elle est aussi le résultat de notre observation; car nous avons des individus dans lesquels la fente postérieure est encore fermée par les pièces, tandis que dans d’autres de la même espèce cette fente est entièrement ouverte. La charnière des Térébratules est telle, qu'on ne peut, sans la briser, séparer les valves. La valve supérieure présente à l’intérieur un appareil apophysaire plus ou moins compliqué, qui sert, à ce qu'il paraît, à soutenir les diverses parties de l'animal. M. de Blainville a remarqué un des premiers que dans les Térébratules vivantes chaque espèce présentait dans cet appareil une forme et des accidens particuliers. Ce serait donc par son moyen que l'on pourrait déterminer rigoureusement les nombreuses espèces du genre; mais si cela est praticable pour les espèces vivantes, il est impossible d’en faire le moindre usage pour la grande quantité des espèces fossiles, dont le plus grand nombre ne se trouve que dans des roches dures, dont elles sont remplies. Il faut donc, pour déterminer les espèces de Térébratules, avoir recours à des caractères artificiels; et c’est là précisément ce qui rend si grande la difficulté, et augmente l’em-

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barras du naturaliste au milieu d’un nombre considérable d'espèces variables par l’âge et les localités, et à un tel point qu’elles semblent passer les unes aux autres par des nuances insensibles. Ce que nous venons de dire suflit pour faire apprécier les difficultés sans nombre qu'il faut d’abord surmonter pour entreprendre avec succès une bonne monographie des Térébratules. Ici cette difficulté n’est point à vaincre, puisque l’on ne connaît encore que deux espèces fossiles dans le terrain tertiaire de Paris.

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