PREMIERE FAMILLE
LES TUBICOLÉES.
Coquille, soit contenue dans un fourreau testacé distinct de ses valves , Soit incrustée entièrement ou en partie dans la paroi de ce fourreau, soit saillante au-dehors.
Aucun auteur avant M. Lamarck, aucun naturaliste , n'avait apercu la liaison intime qui existe entre tous les coquillages de cette famille. La plupart, peu connus, étaient placés par les anciens conchyliologues parmi les tubes marins, les vermisseaux de mer. Lorsque Linné donna à cette partie des sciences naturelles l'impulsion nouvelle qu’il imprima également à toutes les autres, il pensa que, composés de plusieurs pièces, ces corps devaient avoir plus d’un rapport avec les Pholades, et les rangea dans ce genre. Les mêmes idées sur les mêmes familles se reproduisant , Bruguière, auquel la science est redevable de tant d’excellens travaux , en adoptant les idées de Linné, les perfectionna. C’est ainsi que nous voyons cette famille des Multivalves de Linné , composée d'abord de trois genres, subir entre ses mains des changemens notables ; mais presque tous nécessaires , portés au-moins à la hauteur des connaissances de son temps, et rassembler des élémens précieux. C’est alors que nous voyons le genre Fistulane établi d'une manière positive sur des caractères bien tranchés , mais encore trop largement exprimés pour ne pas. y admettre beaucoup de Coquilles différentes. Il faut dire aussi qu’on en connaissait trop peu pour faire de bonnes coupes. Cela était si vrai, que M. Lamarck, lorsqu'il publia, en 1801, le Système des animaux sans vertèbres, ne sentit pas le besoin de les faire. Le genre Fistulane de Bruguière fut admis , et resta tel que.ce
naturaliste célèbre l'avait fait. Cependant, lorsque M. Lamarck publia, dans les Annales du Muséum, ses mémoires sur les fossiles des environs de Paris, il manifesta quelques doutes à l'égard de la Fistulana personata, pensant déjà que ce corps singulier pourrait bien constituer un genre à part. Depuis, dans l’Extrait du Cours, il rassembla dans une même famille, les Pholadaires, plusieurs genres dont il fit voir la liaison. C’est alors que l’on vit les rapports qui existent entre les Arrosoirs et les Clavagelles, qu'il démembra des Fistulanes; ce fut alors que l’on aperçut le lien des Clavagelles à ce dernier genre. Le Taret et la Pholade s’en éloignaient davantage, ou plutôt, la liaison du Taret avec la Fistulane n’avait point encore été apercue. Enfin, lorsque M. Lamarck, mettant la dernière main à ses travaux, a publié l'Histoire des animaux sans vertèbres, on s’est aperçu de la justesse d'esprit et de la sagacité qui conduisit son illustre auteur à la formation de la nouvelle famille. Il y rangea dans leur ordre de rapports les genres connus qu’il y avait déjà placés, y en établit de nouveaux, et en sépara les genres Gastrochène et Pholade, avec lesquels il constitua une famille voisine par ses rapports. La famille des Tubicolées se trouva alors composée ainsi qu'il suit : Arrosoir, Clavagelle, Fistulane , Cloisonnaire, Térédine, Taret, ï
En examinant avec quelqu'attention ces différens genres, nous allons bientôt en saisir les rapports. Dans l’Arrosoir, on voit au-dessous de l'espèce de corolle que forme la réunion des tubulures, une impression qui paraît d’abord irrégulière, mais qui, Vue avec attention, présente la forme de deux petites valves égales, incrustées dans le tube, de manière à en compléter le contour. Si on examine la Clavagelle, on reconnaitra qu’une des valves seulement est inerustée dans la paroi du tube, ce qui conduit à croire que ce sont réellement des valves insérées dans le singulier tube de l’Arrosoir. Si l'on examine ensuite les Fistulanes, on leur reconnaîtra un tube, mais contenant une coquille complète, formée de ses deux valves.
Ne connaissant des Cloisonnaires que le tube, la coquille et l'animal n'ayant jamais été vus, on n’a pu les placer que par analogie, ou par une présomption plus ou moins fondée, dans la famille des Tubicolées. Il n’en est pas de même des Térédines, qui font le passage aux Tarets. Ce genre de coquille était resté un des derniers confondu avec les Fistulanes ; cependant, deux valves nues, insérées à l'extrémité d’un tube, indiquaient des différences notables. C’est encore M. Lamarck qui fit sentir les rapports du nouveau genre avec les Tarets et les Pholades; car il ne faut que rendre libres les valves de la Térédine, pour en faire un Taret, ou fixer celles-ci, pour en faire une Térédine.
Nous ne trouvons fossiles, aux environs de Paris, que trois des genres de cette
DES COQUILLES FOSSILES. ñ
famille ; nous ne pouvions nous arrêter à leur seule considération ; nous aurions manqué de faire saisir les rapports intimes qui lient les différens genres qui la composent; nous n’aurions pu faire remarquer cette transition si naturelle, démontrée avec tant de sagacité par M. Lamarck, transition si essentielle à bien constater, puisqu'elle nous dévoile une des plus belles lois de la nature vivante. Ces observations deviennent d'autant plus nécessaires, que n'ayant pas à traiter tous les genres, puisque tous ne se rencontrent pas fossiles, nous n’aurions offert qu’une esquisse incomplète, d’après laquelle il aurait été impossible de saisir les rapports. Les trois genres que nous avons à examiner sont les suivans : Clavagelle, Fistulane et Térédine.
La manière dont M. Lamarck a caractérisé les genres d’après les coquilles, étant généralement d’une grande exactitude, et n'ayant à faire connaitre que des téts dont nous ne connaissons les animaux que par une analogie plus ou moins éloignée , nous pensons ne pouvoir mieux faire que de suivre en cela un si grand maitre, et de nous servir de ses déterminations toutes les fois que nous croirons qu’elles n'ont pas besoin de changemens ou de modifications.