SIXIEME FAMILLE
LES LITHOPHAGES.
Coquilles térébrantes, sans pièces accessoires, sans fourreau particulier, et plus ou moins bâäillantes à leur coté antérieur. Le ligament des valves est extérieur.
Les anciens conchyliologues, et Linné lui-même, connurent un fort petit nombre des coquilles perforantes, dont M. Lamarck a fait sa famille des Lithophages ; et en effet ces coquillages devaient offrir bien peu d'intérêt, surtout à cette époque où l’on cultivait cette science d’une manière assez superficielle, et plutôt pour satisfaire les yeux par des couleurs brillantes , que pour augmenter les connaissances zoologiques. Ces coquilles d’ailleurs généralement d’un petit volume, que l’on ne trouve qu'avec persévérance, et plutôt le marteau à la main qu'avec les autres instrumens de pêche, ont dû être long-temps méconnues; ce sont elles pourtant, plus que toute autre, qui peuvent constater irrévocablement la présence de la mer, pendant longue suite d'années, sur les continens que nous habitons : malheureusement ces vestiges ne se trouvent que très-rarement, et parmi le petit nombre d'exemples qui en est constaté, nous pourrions en rapporter deux observations qui nous sont propres : celle de Valmondois d’abord, que nous avons fait connaître dans un mémoire inséré parmi ceux de la Société d'histoire naturelle, et celle encore inconnue des falaises de Saint-Mihiel, entre Nanci et Verdun, dont les ro
chers, isolés en aiguilles, offrent les traces évidentes du séjour de l’eau qui les a sillonnés en travers à diverses hauteurs ; mais, en même temps, ils ont été criblés de coquilles perforantes que l’on retrouve souvent en place. On croirait peut-être que les terrains, où cela s’observe, appartiennent à des couches nouvelles. On serait dans l'erreur , car les falaises de Saint-Mihiel sont formées dans les couches inférieures de l’Oolite blanche; aussi est-il fort difficile, à cause du long espace de temps qui nous sépare de l’époque où vécurent ces coquilles perforantes, de reconnaitre le genre auquel elles peuvent appartenir, leur cavité aussi bien que leurs valves, étant revêtues d’une croûte de carbonate de chaux cristallisé qui les cache et les épaissit. Au reste , ces observations appartiennent plutôt à la géologie qu’à la zoologie; cette dernière partie des sciences naturelles n'ayant dans cette circonstance d'autre but que de constater les espèces, et d'en établir les rapports lorsque cela est possible.
Par notre observation à Valmondois, nous avors reconnu, aux environs de Paris, tous les genres perforans connus; ainsi, outre les Clavagelles, les Fistulanes et les Pholades, dont nous avons déjà fait mention, nous décrirons ici de nouveau les espèces qui appartiennent aux genres de la famille qui nous occupe. M. Fleuriau de Bellevue qui est un des naturalistes qui se soit le plus occupé des perforans , et surtout de ceux des côtes de La Rochelle, a donné à ce sujet de tres-belles observations, qui sont consignées dans le Journal de physique de l'an X, et dans le soixantedeuxième numéro du Bulletin des sciences. On lui doit la connaissance de plusieurs espèces qu'il avait placées dans plusieurs genres , qui peuvent se rapporter à ceux que M. Lamarck fait entrer dans les Lithophages.
Ces genres furent d’abord adoptés par M. Lamarck, qui s’en servit pour créer la famille des Lithophages (Extrait du Cours 1811 ); mais depuis il reconnat que quelques-uns d’entre eux étaient établis sur de mauvais caractères, et il la réforma en n'y laissant plus que trois genres. M. Cuvier ne l’adopta pas, il ne mentionna que le genre Pétricole qu’il laissa parmi les Vénus, tandis qu'il plaça ses Byssomies, que M. Férussac regarde comme des Saxicaves, iout près des Solens. Mais M. Férussac mit dans la même famille, les Pholadaires, les Saxicaves et les Hyatelles, avec lesquelles il est impossible, je crois, de faire une famille naturelle par le plus grand nombre de caractères. Quoique les Byssomies aient, comme les Saxicaves , la propriété de percer les pierres, ils s’en distinguent néanmoins trèsfortement. En effet, si les Byssomies ont un pied, le manteau est ouvert pour le passage hors de la coquille de cette partie de l'animal: alors la position des siphons, des branchies et du pied, ainsi que la forme du manteau, est trèsanalogue à celle des Pholades, quoique celles-ci, dépourvues d’un ligament corné et cartilagineux, s'en distinguent de manière à ne pouvoir entrer dans la même
DES COQUILLES FOSSILES. & famille. Les Saxicaves, dont nous possédens plusieurs individus conservés dans la liqueur, diffèrent essentiellement et des Pholades et des Byssomies, en ce que leur manteau n’est ouvert qu'antérieurement pour les siphons; il n’a aucune ouverture postérieure ; il forme une sorte d’ampoule où de sac pyriforme qui n’a d’autre issue au-dehors que celle des siphons; aussi le pied, tout-à-fait inutile, puisqu'il ne peut sortir de la coquille, est-il à l’état rudimentaire , et représenté par une languette charnue assez molle. On voit d’après cela que l'opinion de M. Férussac, sur ce genre, n’est point fondée sur l'observation directe, mais seulement sur des analogies qui trompent quelquefois. Néanmoins cet auteur recommandable a admis la famille des Lithophages de M. Lamarck , et, d’après son opinion, il n’a dû y laisser que les deux genres Pétricole et Vénérupe; mais il y a joint le genre Corbule qui s’en éloigne considérablement, et le genre Clotho formé par Faujas, et que les nomenclateurs ont presque tous oublié.
La famille des Lithophages se compose maintenant, d’après M. Lamarck, des genres Saxicave, Pétricole et Fénérupe.