DOMINE. DEUS. MEUS EXALTASTI. SUPER. TERRAM HARITATIONEM. ME AM. (I
Dans la seconde inscription, placée au-dessus de la seconde porte, Cécile parle elle-même et
(1) « Seigneur, mon Dieu, vous avez glorifié ma demeure sur la terre. »
l’église de SAINTE-CÉCILE
rappelle la prière, qu’elle fit au Seigneur, lorsque le licteur l’eut frappée à mort :
(i) TRIDUANAS. A DOMINO POPOSCI. INDUCIAS
UT. DOMUM.MEAM. ECGLESIAM. CONSECRAREM.
Au-dessus de cette même porte, dans l’intérieur de l’église, on lit en lettres d’or sur un fond d’azur la prière parlaquellele pontife saint Urbain, célébra la puissance de la grâce divine dans l’âme de sainte Cécile, au moment où Valérien, converti subitement par son épouse, vint implorer la grâce du baptême. Dom Guéranger répétait souvent avec une ferveur inexprimable cette invocation, tout imprégnée du parfum de l’antiquité :
DOMINE. JESU. CHRISTE SEMINATOR. CASTE CONSILII SUSCIPE. SEMINUM. ERUCTES QUOS. IN. CÆGILIA. SEMINASTI. (2).
(1) « J’ai demandé au Seigneur un délai de trois jours, afin de consacrer ma maison au Seigneur. »
(2) « Seigneur Jésus-Christ, auteur des chastes résolutions, recueillez les fruits de la divine semence, que vous avez déposée au cœur de Cécile, «
Au-dessus de l’inscription est peinte l’image de l’Agneau triomphant, gracieux symbole du Christ victorieux, qui par la main de Cécile a renversé à ses pieds Valérien, Tiburce et toute une troupe de païens, devenus tout à coup des témoins héroïques de la foi chrétienne.
L’édifice n’est qu’une élégante chapelle à une seule nef de six travées. Le sanctuaire forme la sixième. L’abside pentagonale qui termine le monument, est fermée par une boiserie et sert de tribune aux religieuses. Deux chapelles de dimensions inégales s’ouvrent sur le sanctuaire et forment comme une sorte de transsept. Celle de droite est consacrée à la Sainte Vierge. Celle de gauche, beaucoup plus grande, forme le chœur des religieuses. L’édifice est éclairé par des fenêtres à lancettes géminées, surmontées d’un oculus sans ornements. Dans la nef, au-dessous des fenêtres, les murailles sont ornées par des arcatures, formées par trois lancettes pour chaque travée. Une large bande, étincelante des riches couleurs dont les miniaturistes du moyen âge savaient faire un si habile usage, court tout le long de la nef entre
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les arcatures et les fenêtres. On y lit en lettres d’or celte inscription empruntée à l’office et aux ,i actes de sainte Cécile : ■:
CANTÂNTIBÜS. ORGANIS. CÆCILIA. DOMINO DECANTABAT. DICENS FIAT. COR. MEUM. IMMACULATÜM UT. NON. CONFUNDAR. (I)
Les clefs de voûte sculptées et peintes sont ornées de couronnes de lis et de roses, entourant les insignes du martyre et de la royauté de la musique sacrée, qui font la double gloire de la vierge Cécile. Au-dessus de l’autel, ces motifs sont remplacés par les armoiries du monastère.
L’autel en marbre blanc, orné de colonnes d’onyx, est en forme de sépulcre ouvert. Dans l’intérieur, on aperçoit l’image de la patronne de l’église, couchée dans la pose virginale et gracieuse qu’elle prit elle-même pour dormir son dernier sommeil. Saint Pascal P'' et Clément VIII
(1) « Au milieu du bruyant concert de ses noces, Cécile chantait au Seigneur et disait : Que mon cœur reste pur et j ma vie sans tache. » '
DIS SOLESMES
l’ont retrouvée dans cette attitude, exempte de la corruption du tombeau et prête à se lever au cri de l’Époux. Par ordre de Clément, l’habile sculpteur, Etienne Maderno a reproduit cette pose dans la statue qui orne à Rome la Confession de la sainte Martyre et qui est un des chefs-d’œuvre de l’art moderne. Pendant l’occupation de Rome, sous le premier Empire, le préfet, M. de Tournon, en fit prendre un moulage unique; il était depuis longtemps oublié dans un atelier à Rome, lorsque le T. R. Père Dom Guéranger apprit son existence. Grâce au dévouement d’un serviteur infatigable de sainte Cécile, et à la générosité de Son Eminence le Cardinal Pitra, ce trésor d’un prix inestimable est venu orner l’autel de Sainte-Cécile de Solesmes, pour lequel la main de Dieu le tenait en réserve depuis soixante ans. Sur le couronnement de la boiserie qui, pour le spectateur, fait le fond de l’autel, se dresse dans une attitude de reine, une autre statue de sainte Cécile, imitée de celle qui orne le jubé de la cathédrale d’Albi. Audessous, sur la boiserie, une main monastique a peint les figures de sa’int Ambroise, le docteur dté
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la virginité, de saint Bonaventure, que la Congrétion bénédictine de France honore comme un de ses protecteurs, de saint Benoît et de sainte Scholastique, dont la présence en ce lieu n’a pas besoin d’être expliquée.
Au pied de l’autel, une plaque de marbre blanc porte cette simple inscription :
REVERENDISSIMUS. IN. PATER PROSPER. LUDOVICUS. PASCHALIS GUÉRANGER ARRAS. SOLESMENSIS
DILEGTISSIMIS. AD. S. GÆCILIAM. FILIABUS COR. SUUM. LEGAVIT HIC. DEPOSITUM IN. PACE. (I)
En ce lieu, le 14 mai 1873, a été enseveli le cœur du T. R. P. Dom Guéranger, d’après le vœu que le vénérable Abbé avait exprimé luimême. Ce dépôt sacré ne pouvait mieux reposer
(1) « Le Révérendissime Père en Jésus-Christ Prosper- Loiiis-Paschal Guéranger a légué à ses chères filles de Sainle-Cécile son cœur, qui a été déposé ici dans la paix, »
que dans cette église, dont la consécration à sainte Cécile fut la consolation suprême de la vieillesse du grand serviteur de Dieu , et au pied de cet autel où il avait offert tant d’âmes pures au Seigneur.
La chapelle de la Sainte-Vierge est dédiée à Notre-Dame de Czenstochowa, Reine de Pologne. Un jeune gentilhomme polonais, visitant le monastère de Sainte -Cécile, lorsqne l’œuvre était encore à son début, estima qu’il rendrait un grand service à sa patrie, s’il pouvait fonder dans cette maison naissante un centre de prières perpétuelles pour la Pologne. Dans ce dessein, il fit exécuter une image de la célèbre image de Notre-Dame de Czenstochowa, peinte, dit-on, par saint Luc et vénérée comme le palladium de la nation polonaise. Au XV® siècle, pendant les guerres des Hussites, un de ces hérétiques osa frapper de son sabre la sainte Madone. Il ne réussit pas à la percer ; mais sous sa main sacrilége,deux plaies béantes s’ouvrirent sur le visage de la Vierge et le sang coula. En mémoire de ce miracle, Notre-Dame de Czenstochowa est toujours représentée avec une double
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balafre sur la joue droite. Au milieu du xvii® siècle, la Pologne envahie à la fois par les Suédois, les Tartares, les Cosaques et les Moscovites, fut sauvée par son intervention d’une ruine inévitable. En reconnaissance, le roi Jean-Casimir lui décerna le titre de Reine de Pologne et la couronna en cette qualité aux applaudissements de toute la nation (1655). Les malheurs qui ont fondu sur ce peuple infortuné n’ont fait qu’accroître sa dévotion envers son auguste patronne, et Czenstochowa est encore chaque année le rendez-vous de multitudes innombrables.
L’image originale de Notre-Dame de Czenstochowa est d’un style barbare. Dans la copie vénérée à Sainte-Cécile de Solesmes, l’artiste a adouci les traits en s’inspirant de la célèbre Madone de saint Luc, vénérée à Rome, dans la basilique de Sainte- Marie-Majeure. La sainte image est placée sur un autel de marbre blanc et rose, sorti des ateliers de M. Landeau. La piété ingénieuse et le goût exquis du bienfaiteur qui a érigé l’autel, ont profité, pour la décoration de cette chapelle, du nombre des fenêtres qui l’éclairent. Les sept lancettes ont
été garnies de grisailles, exécutées par M. Claudius Lavergne, et rappelant l’effusion des sept dons du Saint-Esprit dans l’ànie de Marie. Une colombe peinte sur le vitrail du milieu semble encore ombrager Celle qui a conçu le Verbe divin ; au-dessous, un ange lient un cartouche sur lequel est écrit ce simple mot Sapientia, Sagesse. Six autres anges apparaissent dans chacune des autres lancettes, présentant de même le nom d’un des dons de l’Esprit-Saint. Au-dessus d’eux, des médaillons offrent les principaux symboles bibliques de la Sainte Vierge, dessinés avec goût. Ce sont : la cité dont l’Agneau est la lumière, le buisson ardent, l’Arche d’alliance, la tour de David, le lis au milieu des épines et enfin la rose entourée de douze étoiles, allusion aux armoiries de Dom Guéranger, dans laquelle on sent la main délicate d’un ami. Cette petite chapelle est pleine d’un parfum exquis de piété; la Reine de Pologne est entourée d’hommages fervents, et les moniales de Sainte-Cécile ne sont pas seules à avoir confiance en sa puissante intercession.
Le chœur des religieuses, fermé à l’entrée
100 l’église de SAINTE-CÉCILE DE SOLESMES
par une double grille en fer, a également la forme d’une chapelle ayant trois travées égales, terminées par une abside à trois pans, occupée au milieu par le siège de l’Abbesse. Ce siège, le buffet d’orgues qui le surmonte et les stalles qui se déploient le long des murailles, font honneur au talent de M. Foubert, de Sillé-le-Guillaume. Les clefs de voûtes peintes, portent des colombes, qui volent à tire-d’aile, symbole des âmes virginales, qui se hâtent à la suite de l’Époux.