‹ Description des environs de Paris, considérés sous les rapports topographique, historique et monumental;Chapitre 16 sur 63 · MEAUX · texte numérisé non relu

MEAUX

En revenant sur la Marne, la ville de Meaux se développe au milieu d’un vaste et brillant bassin que la rivière sinueuse semble abandonner à regret. Cette ville, la plus considérable du dé|>artenieut de Seine-et-Marne après Fontainebleau, et qui compte près de sept mille âmes , est fort ancienne , et, par une conséquence assez naturelle , fort mal percée. De tous ses édilices, aucun n’est remarquable, si ce n’est la cathédrale, temple gothique, dont 1© sanctuaire est très-beau. Cette église fut terminée par la reine Jeanne de Navarre. Les Anglais en ruinèrent ime tour en i4i9, et lui firent perdre le peu de symétrie qu’on trouve dans les construc-

MKAt'X.

lions de ce genre. On y élève nn monument à la mémoire de l’illustre Bossuet. Meaux fut bridé par les Normands au neuvième siècle, pendant la guerre de la Jacquerie, à l’époque de la prison du roi Jean. La partie de la ville appelée le Marché, fut assiégé* par les paysans révoltés. Coliguy faillit surprendre à Meaux Charles IX , qui ne dut son salut qu’à un corps de six mille Suisses qui le ramenèrent à Paris.

Les premières semences des opinions religieuses de Calvin furent apportées dans cette ville sous le règne de François I*'., par deux ouvriers; elles y ont conservé des sectateurs qui dé[>endent du consistoire de Paris.

Meaux fut la première ville qui abandonna le parti de la ligue. Henri IV y fit son entrée par la porte Saint-Nicolas. Cette porte, rebâtie en 1728 sur les dessins de Boffrand, est d’une décoration un peu lourde.

Du côté de la ville , on lit cette inscription :

iAtdovico XV üegi Chrittianissimo portam a fonda~ mentis restitutam,

Ædiies D. D. T. Anno MDCCXXVJII.

On y Ut du côté du faubourg, ces deux vers:

Henricum primà agnwi Rtgsmqtte rtespi :

Est mihi nunc eadem quœ fuit anlè fides.

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Cette porte est le seul monument moderne qm

n6 DEUXlijfE PnOJIENAI)£.

esistc à Meaux; car ou n’a [)as exécuté le projet conçu lors tic la tléinolition de l’église Saiiit-Faron, projet qui était d’employer les deux ordres, dorique et ionique, qui en décoraient la façade, à faire deux portes de la ville: on voyait dans cette abbaye de St.-Faron, les tombeaux d’Oger et Benoit, tou» deux preux de Cliarleniagne. Meaux a une société d’agriculture, sciences et arts; uue bibliothèque d’environ dix mille volumes, et un cabinet d’histoire naturelle. Ses nouvelles promenades promettent d’être belles. Le canal de dérivation de l’Ourcq vient par un très-long détour passer fort près da la ville.

CRÉCY. — COtlÆMMTERS. — COURTALIN,

Crécy, bourg ou petite ville, n’offre rien de remarquable que les vestiges de ses murs qui furent,* dit-on, flanqués de quatre-vingt-dix-neuf tours. Le grand Morin, rivière qui tombe dans la Marne , baigne cette petite ville qui est le siège d’une justice de paix, et compte onze à douze cents habitants.

Plus haut , sur la même rivière , est situé Coulommiers, siège d’une sous-préfecture, et peuplé de trois mille six cents habitants. Cette ville possède encore les restes du château qu’avait fait commencer, en i6i 5, Catherine de Gonzague, duchesse douairière de Longueville ; il fut démoli par le duc

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r.RÉCT. — C0UL0MMIER3. — COl’RTAI.IN. 1 I7

de Chcvreuse, en 1756. Près de ce cliàtcau il y avait un couvent de Capucins , dont l’église , qui subsiste encore, sofait remarquer parla délicîifesse de son architecture : elleolTrc un raélangede formes et do details , qui indique le passage du gothique au genre antique, vers la fin du quinzième ou le commencement du seizième siècle.

Entre Crécy et Coulommiers se trouve l’importante papeterie de Courtulin. Cette manuüiclure, l’une des plus considérables de la France, a été fondée en 1767; on y fabrique des papiers de toute espèce et de toutes dimensions. C’est de là que sortirent en, 179a, les premiers papiers vélins ou sans vergeure qui aient été fabriqués en France, et dont l’invention appartient aux Anglais. Ce succès valut à cette papeterie la qualidcalion do royale. C’est la première usine qui se soit procurée une source artificielle dite à l’artésienne, ou, sans le secours d’aucune machine, l’eau s’élève à cent soixautepieds^ et c’est aussi la prc-mièro qui , pour la trituration , ait ado|>lé les cyliinlrcs à la hollandaise, concurremment avec les niaillels ou pilons qu’on y a conservés. • '

B01SSY-l.E-cnATEL, — CL'tlH'AllD. — FARKMOC- TIER. — MAUPERTU1.S.

Boisfty-Ie CJiâtel y un peu . à l’est de Coulom-i aiiers, tire son nom d’un ancien chàteau-fort dont

BXtXirirE rROHENADIK.

il reste des ruines assez considérables (V. pl. l8). Une grosse tour, une plus petite , les débris d’une chapelle , et deux anciens bâliments qui faisaient partie de l’habitation principale, forment un ensemble très-pittoresque , et donnent une idée exacte de ce qu’a dû être ce château. Le propriétaire actuel a lait réparer ce qui était susceptible de ré|)arations, et a dessiné à l’entour un vaste jardin paysager, dont ces vieilles constructions , couvertes de lierre et qui attestent les ravages du temps, ne sont pas le moindre ornement. Une petite rivière serpente à travers les bosquets, et remplit la partie des profonds et larges fossés que les débris n’ont pas comblés.

Guértird^ bourg, et Faremoutler ^ ancienne abliaye, non loin de Courtalin, et dans l’agréable vallée de Morin , oIFrent ; Tun, un très-beau parc dessiné par M. Delaimcis , arcliitecte ; et l’autre d’agréables jardins autour de l’abbatiale, seul reste de sa célèbre abbaye de Bénédictins.

Le bejui château de Maupertuis , qui était situé dans le vallon qu’arrose le ruisseau d’Auberliii , au sud deCoulommiers , a été démoli pendant la révolution. Les jardins qu’a célébrés dans ses vers le Virgile français, n’ont conservé que ce <|u’ils tiennent de la nature, la plus magnifique végétation. Le château actuel n’était jadis qu’un moulin orné^ c’était une fabrique d’agrément qui,

Vue <ln Kiiinfi ilii t'hàlrau ci«* Boi»»v-lF-(’li*tel

rOISST-LE-f.HATP.1.. GtÉnAF.D, CtC. 1 IQt.

j>ar des addiliuus Lien enleudues, est devenue une fort Jolie maison de plaisance j de beaux arbres heureusement groupés en cachent l’irrégularité ; un petit portique de quatre colonnes doriques lui donne une élégance particidière , et montre quel parti un architecte intelligent peut tirer d’une décoration aussi simple ^ lorsqu’il l’emploie ' a propos, et consulte l’Ilalie et les ruines de la Grèce qui nous en offrent tant de modèles»

Tous les objets d’art qu’offraient Maupertuis n’existent plus. On n’y trouve cpie des vestiges d’iuie pyramide d’un fort l>on style, auprès de

laquelle on voyait le tombeau de Coligny.

nOSOY. — TOUTINAN.5.— FONTENAI-TRV'.SICNY. ‘ CHAMPEAUX. — VAUX-EE-PRASLIN.

La petite ville de Rosoy , qui n’a guère que quinze cents habitants, est située dans un agréable vallon qu’arrose l’Yères ; elle n’offre rien de remarquable, si ce n’est une belle église de forme gothique , d’une architecture légère et fort riche d’ornements. Rosoy , clos d’anciens murs flanqués de tours , est ceint d’une agréable plantation. C’est aujourd’hui le siège d’une justice de paix.

Près de Rosoy, on remarque le château de Beroay, sur la rivière d’Yères , et celui de la Grange-

BEl'XIÈME PROMENADE.

Bleneau, l)âli en grès et flanqué de cinq grosses tours. Le lierre qui tapisse les murs de cette ancienne forteresse, les groupes d’arbres qui l’ombragent, et les eaux qui en baignent le pied, lui donnent de tous côtés un aspect fort pittoresque.

Au milieu du plateau élevé qu’entourent les rivières de Seine, de Marne, deMoiin et d’Ycres, dans un fond entrecoupé d’étangs nombreux, se trouve le bourg de Tournons, siège d’une justice de paix , et peuple de seize à dix-sept cents habitants. Ce lieu n’a par lui-même rien de remarqualile; mais on doit voir, dans ses environs, le* châteaux de Comhreux et S rn^uinvdliers. Le preniier de ces étlifices, nouvellement rebâtis, est simple , mais vaste , et présente des aspects trèsagrcablcs ; l’autre , qui , trente ans avant cettei époque, était l’une des plus magnifKpies habita-^ tions des environs de Paris, renferme dans son, parc immense un étang de deux cents arpens, le plus grand qu’il y ail dans la contrée. Ce |»arc fait en quelque sorte partie de la forêt d’Armainvilliers, forêt très-bien percée, et qui occupe ellemême tout le plateau dont les eaux s’écoulent dans la Ml u ne et l’\ ères. Au midi de Tournans, le ruisseau qui a baigné cette petite ville et les jardins de Combreux, vient se perdre dans im gouffre, après avoir fait tourner le moulin de Vitlege.nard. Audessus , dans le mê.'ue vallon, sont d’autres gouffres

ROZOV. — TOURNAIS , Ctc.

qui absorbpjit, sans qu’on connaisse leur direction ni leur issue, toutes les eaux des collines environnantes. Le bas de ce vallon est arrosé parmi autre ruisseau qui vient de Leverdy} ce dernier village a un château assez considérable.

Funtenay-Trésigny y qui prétend au rang de ville, ne compte guère que mille à onze cents habitants, et son château n’est remarquable que pour avoir été le séjour de Charles IX et du dqc d’Epemon, qui le fit réparer. En allant vers Chau~ mes, on trouve, au Vivier, dc^ vestiges d’un château royal bâti sous le règne de Phillppc-lc- Hardy,

En traversant la plaine qui sépare la rivière d’\ ères de la Seine , on parcourt les champs illustrés en i8i4 par de nombreux combats. Nangis, Morrnant , la Ferté, ont été le théâtre des exploits trop infructueux des Français, et des inutiles revers des puissances alliées.

Le village de Champeaux était jadis une petite ville qui n’avait conservé de son ancien état qu’une collegiale. Cette église, fort grande, disposée en forme de croix, est d’une structure qui paraît du douzième siècle; elle présente une masse imposante et pittoresque. La belle tour carrée, terminée en terrasse, qui l’accompagne, domine une vaste campagne , et s’aperçoit d'une très-grande distance. . v

123 BFXXIEUE PSOMENAOK.

y aux-le-P raslin est uu château considérable , bâti en i653 par Louis Leveau pour le surintendant Fouqnet, Vendu par le fils de celui-ci au maréchal de Villars, pour que la terre de Vaux fut érigée en duché-pairie , il prit le nom de y aux-

- y illara. De nos jours , le duc de Chniseul Praslin l’ayant acquis , ce château reçut son nom actuel.

Quoique construit avec magnificence et par un architecte d’un vrai mérite, ce château, considéré dans son ensemble, ne présente pas une heureuse combinaison de formes ; ses lignes coupées, ses avant-corps mnltipUés sans nécessité, ont un air de contrainte qui porte à croire que Leveau ne fut pas absolument maître de sa composition; mais, à travers ces défauts, et quelques, licences condamnables, on retrouve, dans cette production , ce caractère de noblesse et de magnificence , ces détails corrects et gracieux qui caractérisent les compositions de cet homme célèbre, et dont l’heureuse application balance avantageusement les défauts d’ensemble et d’harmonie qu’on peut lui reprocher dans cet édifice.

Le corps de logis principal est situé au milieti d’une vaste cour entourée de fossés larges et profonds, remplis d’eau vive, et bordés d’une balusti-ade en pierre. L’avant-corps du milieu, qui s’élève .sur un large perron, est décoré, au rez-de-chaussée.

ROZOT. — TOüRîtANS , CtC. 1 23

d’une ordonnance ionique avec fronton. Les quatre pavillons placés aux angles du château, olTrent la bizarrerie d’un ajustement de trois pilastres ioniques de toute la hauteur du bâtiment, et couronnes par un fronton. Quoique ce château ail deux étages carrés , élevés sur un soubassement, la hauteur des combles, qui rappelle ceux des Uullerics, en fait paraître les proportions trop courtes. Le milieu est couronné par une espèce de dôme. L’intérieur est richement décoré; la chambre à coucher, dite du Roi, et qui recul en effet quelquefois les monarques, est enrichie d’un plafond où Le Brun a représenté Morphée accompagné des songes agréables et funestes. La fi lse est omée d’arabesques très-délicats. L’avant-cour, entourée ellemême de fossés , répond parfaitement , par son étendue , à la magnificence du château. Les bâtiments qui en forment les deux côtés , offrent des portiques d’ordre toscan d’un très-bon effet. L’entrée est fermée par une grille soutenue de cariatides.

Les jardins de "Vaux avaient développé et fait connaître les grands talents de Lenôtre; c’est là, dit-on , que fut exécutée la première grande cascade, et ces jets d’eau, dont les jardins, plantés sous le règne de Louis XIV, nous offrent tant d’exemples.

Le duc de Villars avait tout renversé pour faire

bi’UXIÀUE PROUENAOE.

un jardin piltoresque , comme est aujourd’hui le jiarc, qui contient près de six cents arpents. Les nombreuses statues de marbre, dont plusieurs sont r antiques , ont disparu , pour la plupart , dans les dévastations dont ce magnilique château a été le théâtre comme tant d’autres. Le parc forme un but de promenade pour les habitants de Melun.

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