MONTFERMEIL. — CHELLES. — POMPONNE
De Montfermeii , beau et grand village sur la lisière de la forôt de Bondy , et où l’on trouve quantité de jolies habitations , la vue se promène agréablement sur la vallée de la Marne. Celte belle rivière ^ dont la souree est an pied de la montagne de Langres, arrose une riche contrée dont elle porte les tiibuts à Paris. La rapidité de" son cours , malgré ses détours nombreux , en rend la navigation facile ; et , quoiqu’elle ait exigé de nombreux barrages , son lit est par fois profond , et les bateaux qu’elle porte sont remarquables par leur grandeur , qui va jusqu’à cent-vingt pieds de long, sur dix- huit de largeur, et par leur port qui est de six-cent milliers à, pleine charge. La Marne est sujette à de fréquents débordements.
Au milieu de ce riche bassin s’élève Chelles, lx»urg qui compte iiiiUe deux cent dnquanle habitants. Les rois de la première race y avaient un palais, près duquel Oiilpéric fut assassiné eu 584 , par Landry > amant de la cruelle ï'rédcgonde. Clovis 11 habita long-temps ce petit édiücc avec ce même Landry ^ devenu maire du palais. Clotilde , femme de Clovis 1" , avait fondé en oe heu un monastère de tilles, qui fut depuis aiig-
DEncién PltOlTEITADE.
nicnté par BaÜiUde, femme de Clovis 11 ; cette princesse en fit reconstruire les bâtiments auxquels. > elle ajouta une magnifique église. Cette abbaye devint si considérable , que des reines mêmes en jouirent en commande. Là , comme dans presque tous les autres monastères de ces temps , la corruption fut portée à un excès scandaleux. Le fils de Dagobert 111 , élevé dans ce lieu , en tira son nom , et fut appelé Thierry de Chelles. 11 fut l’avant-dernier des rois Fainéants.
L’abbaye de Chelles , avant la révolution , était renommée parla richesse, l’antiquité et la beauté de son église, dont le trésor rivalisait avec celui de Saint- Denis. Ou y montrait , entre autre chose , le calice de saint Eloi, dont la coupe en or était enrichie d’émaux : aujourd’hui il ne reste plus rien de tant de magnificence. Le monastère est détruit; nos guerrière ont été 'armés du fer de ses grilles pour défendre l’indépendance et la liberté de leur pays. L’or des châsses a fourni de quoi les payer ; les pierres , de quoi leur élever des asiles honorables, et la fortune de qnelcpies moines, pour le moins inutiles , divisée entre un grand nombre d’individus , a répandu l’aisance dans le canton.
Pomponne , petit village sur la rive droite de la Ma rnc, a un assez beau château, moins remarquable cependant par sa décoration qpe par
U6KT. — CtATI. — N ANTODllLET. 1 o5
la belle disposilion de son plan et son agréable situation au bord de la rivière, la vaste étendue de son parc et ses belles avenues. Les b(ûs d’alentour ajoutent beaucoup à ses agréments; les dépendances de ce village l’étendent jusque vis-àvis la petite ville de Lagny ; il avait un couvent d’Augustins. Louls-le-Gros fit quelque temps séjour à Pomponne^ en 1131 , pendant sa giierre contre Thibault , comte de Champagne et de Brie.
J^GNY. — CLAYE. — NANTOUIIXET. i ' , — JÜIEEY.
Lagny f ville située en amphithéâtre sur la rive gauche de la Marne , doit son origine à une abbaye fondée au seplièmq siècle par Furci, gentilhomme écossais. Ce monastère, pillé et détruit au neuvième siècle par les Normands , fiit rétabli par Herbert , comte de Ciiampagne , mort en gqS. Ses richesses s’accrurent par les libéralités des successeurs d’Herbert et de Thibault II , célèbre par ses poésies galantes et ses amours avec Blanche de Castille , mère de saiut| Louis. La ville de Lagny, prise et brûlée par les Anglais, en i358, soutint contre” eux, en I4i8, un siège mémorable que le duc de Bedfort fut obhgé de lever.
Ces désastres détruisirent le commerce de Lagny et ruinèrent l’abbaye. A une époque où le
106 DEVXltHI! PlOHXIflDt.
zèle religieux exerçait une Ixien plus grande influence sur les esprits que l’amour du bien pu-' blic, on ne s’occupa point du commerce et des manufactures; mais on s’attacha à rétablir l’abbaye qui bientôt attira de nouveaux malheurs sur la ville. En effet , les moines se soulevèrent en i544 , contre leur abbé, et entraînèrent le peuple dans leur rébellion. L’abbé obtint du roi la permission de faire marcher contre les révoltés des troupes que commandait le capitaine de Lorges.
La ville fut prise ; les hommes passés au fil de l’épée; les femmes abandonnées à la brutalité soldatesque, et l’abbaye livrée au pillage. Le cruel souvenir do tant d’horreurs est resté long-temps gravé dans la mémoire des habitante de Lagny , auprès de qui, il y a peu d’années encore, il eût . été imprudent de demander , en faisant allusion à cet événement : Combien vaut l’orbe! Celte question excitait la fureur de la populace; et, malgré' les ordonnances sévères rendues à ce sujet , le malheureux questionneur était plongé dans la fontaine publique aux cris de Vorge t i’orge !
La petite ville de Lagny , siège d’une justice de (>aix , compte à |>cine deux mille haliitants; elle n’a plus d’autre commerce que celui des fromages de Brie , des grains et farine, «t , sous le rapport <les arts , elle offre encore à la curiosité du voyageur une belle église paroissiale , autrefois
LAGNT. — CtATE , CtC.
abbatiale^ un petit hôtel-dieu' très-simple , mais bien disposé , et la fatale fontaine dont l’eau est abondante et jiure , et sur laquelle on Ut cette inscription :
Siste gradum , nays , nee arnicas desere stdêif
Talibiu auapiciia, qiim nutiuenda tihi?
Vindicc te , spernil citais ocnt/icia liaguœ ; ,
Si qui» enim nugax unda siUre docet.
Claye , traversée en deux sens, d’un côté par la route d’Allemagne , et de l’autre par la petite rivière de Beuvronne, est un bourg de mille habitants et le siège d'une justice de paix. Le canal de dérivation de l’Ourcq passe à Claye, et reçoit, près de là, les eaux de la Beuvronne, qui prend sa source au pied de la butte de Montmeillant , non loin de Mortefontaine, et se jetait autrefois dans la Marne auprès du village d’Anet. 1
Cette partie des environs de Paris n’est pas aujoiird’hui très-riche en monuments des arts. La plupart des villages ont cependant des cliàteaux , mais presque tous insigniliants sous le rapport de l’architecture. Une grande partie des édifices qui avaient quelqu’importance , ont été démolis, leurs débris dispersés et les parcs rais en culture.
Nantonillct, village situé dans im vallon agréable et riant , allluent à la Beuvronne, possède une
loâ 'fiEVXlèlIE PROXEMAdC.
jolie église paroissiale et un ancien château dont l’architecture porte l’empreinte de la renaissance des arts. Ce cliâteau fut bâti par' François 1”, et ensuite appartint à son chancelier Antoine Duprat qui, en i535, à l’âge de soixante-douze ans , odieux aux peuples qu’il a\ait foulés , et méprisé du prince dont il avait Qatté les goûts licencieux , y termina, dans les remords, des jours abrégés par la mollesse et les maladies. Dans son état de vétusté et de dégradation, ce château est de l’aspect le plus pittoresque.
Près de là , au nord , on trouve Juilly , célèbre par son collège qui, en 1639, remplaça une abbaye de l’ordre de Saint- Augustin. Quoique , pendant la révolution, on eût établi à Juilly un hôpital militaire , il y resta un petit nombre d’élèves J mais plus tard , le père Prîoleau ayant racheté la maison , les oratoriens s’y réunirent de nouveau , et le collège reprit sa splendeur première. On y compte deux cents élèves qui atteignent le plus haut degré de l’instruction.
Les bâtiments n'offrent rien de bien reniar- «juable , mais ils sont agréables et singulièrement appropriés à leur destination. Un enclos de trente arpents, bien planté, contribue, avec la bonté de l’air et la salubrité des eaux, à en faire un séjour cxli-êmement sain.
DAMHARTIIf. — NANTEÜII.. — BETZ. 10(>
DAMMARTIN. — NANTEUUi. — BETZ.
Dammartin , dont le nom semblait dériver de Dormnium Martini, ou de castrum Dumini Martini^ dont , par corruption on a d’abord fait Dommartin, ainsi qu’on le lit dans des titres anciens , est une petite ville de plus de deux mille balûtants, située sur la route de Flandres, et siège d’une justice de paix.
Celte ville est assise sur une éminence, au sommet de laquelle s’élevaient les ruines , qui existent encore en partie , d’un ancien château-fort , connu, dès le règne de Henri 1", en io5o, mais dont il paraît que la construction primitive remontait à une époque plus reculée : ce qui reste encore de la construction de ce château , parait être un ouvrage du quinzième siècle , ou du commencement du seizième. 11 était en briques, genre de construction très-commun sous les règnes de Louis Xll et de François I". 11 fut démantelé lors
de la confiscation des lilens du connétable de Montmorency , époque à laquelle ce domaine passa dans la maison de Condé , qui l’a possédé long-temps. Depuis plus d’un siècle , les démolitions de cet ancien édifice , dont la ville s’était rendue propriétaire , ont servi à la construction d’une partie des maisons de Dammartin. L’as-
110 D£UXlàHE PB0M£NA0E.
pect imposant et pittoresque de ces ruines , qui pouvaient encore long-temps braver les siècles , a disparu sous l’opiniâtre marteau, et la partie de ce château , élevée au-dessus des fossés , a été remplacée ()ar une promenade agréable qui ne présente d’ailleurs rien de remarquable, que la vue dont ou y jouit. Elle est disposée sur le massif du château, dont la construction est apparente, et s’élève eucore à la hauteur du coteau et dans les fossés. De cet endroit, les regards planent dans une étendue de douze à quinze lieues , sur unpays très-riche et très-varié.
Les comtes de Dammarüii sont célèbres dans notre histoire, et les amis de la gloire militaire de la France se rappelleront avec plaisir les noms d’Antoine de Chabannes , comte de Dammartin et de son neveu Jacques de Oiabannes, seigneur de la Palice , à qui Charles Ylll dût le succès de Fortiori) , et qui ne fut pas moins estimable par sa fidélité que par sa valeur.
Le collège fondé â Dammartin par le cardinal de Bissy, et doté par une demoiselle Porte fin, subsiste encore.
Nanteuil-le-Hauduoin , bourg sur la même roule, ii’ofire pas des souvenirs bistoiiques aussi agréables aux amis des ails. Cette petite ville appartenait au duc de Guise qui s’y retira en i56o lorsqu’à la mort de François 11 , la reine-mère, pour
DAMMAIITJN. — KANTEüIL. — nET*. 1 1 1
abaibser les Guises, favorisa les protestauU.Le con< nélable de Montmorency, paiement mécontent de ' la cdur, était à Chantilly : ce voisinage facilita les réuuions et les intrigues de ces deux seigneurs à la suite desquelles ils formèrent , avec le maréchal de Saint- André, cette ligue connue sous le nom de Triumvirat^ et qui fut le prélude des fureurs de la guerre civile et de la Saint-Barthélemy. Nanteuil avait été donné par Clovis à l’un de ses généraux^ que quelquesauteurs nomment Chagneric.Valbert^ petit-fils de ce guemer, en prenant le froc, donna, vers 6a5, ce domaine à l’abbaye de Luxeuil, qui en fut dépouillée par les comtes dePontliieu. Nous passerons sous silence une foule de mutadons pareilles , presque toutes , résultat de la violence , et dans lesquelles la transmission du domaine entraînait toujours celle du reste de la population serve, que n’avait pas anéantie la barbare oppresrsion de ces fiers suzerains qui se partageaient les peuples comme les tigres du désert déchirent entre eux la gazelle devenue leur proie. Le château de Nanteuil , presqu’entièrement démoli , n’ofFre plus rien de remarquable : ce bourg est le siège d’une justice de paix du département de l’Oise, et compte mille quatre cent vingts habitants.
Betz, beaucoup moins vaste qu’Ermenonville et Morlefontaine, ne leur cédait en rien pour le goût avec lequel ou avait su tirer parti d’nu site qui se
DEUXIÈME l'HOMENAOX.
prêtait à toutes sortes d’cnibcllissements. Aujourdliui, comme dans tout ce que les hommes abandonnent, Betz ne présente que des ruines. La nature seule, toujours puissante, semble y avoir pris de nouvelles forces ; la végétation y est admirable, et cachera bientôt à l'œil des curieux les traces de quelques fabriques , décoration obligée de ces lieux. Parmi celles qui ont résisté à l’incurie, on re* niaripie un teni[>lc à l’Amitié ; gracieux monument «xast^le d’onlrc ionique, et une imitation assez heureuse des ruines d’un vieux donjon chevaleresque. Le château de Betz lui-méme, d’élégante et solide construction, est dans le plus mauvais état.
LA F£RTÉ-MILON.
La ville de la Ferté-Milon tire son nom du château où fort Milon bâti au huitième siècle par nn seigneur de ce nom : les historiens nous ont conservé le plan de la distribution de ce château , et des détails assez curieux pour trouver place ici. Une première enceinte , la même que celle <les murs actuels de la ville, renfermait riiûtcl du châtelain et les maisons des familles qui étaient sous la sauvegarde du seigneur ; une seconde enceinte, formée de murailles épaisses flanquées de grosses tours, contenait un donjon très-bien fortifié pour le âècle où il fut construit. Dans ce donjon
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tft FERTE-MIlO!f,
(lemenraient quaire principaux officier» : au premier était confié lu »arde de la place ; au second le soin de veiller à ce que , de dehors , il ne fût formé contre elle aucmie entreprise; le troisième était chargé de son approvisionnement; et le quatrième-, enfin, en gardait les clefs. Tous quatre avaient des noms analogues à l’emploi qu’ils exerçaient : on les appelait le garde, le veilleur, l’annonaire; et le portier ouvrait, et répondait de» personnes auxquelles il en permettait l’entrée.
Ce château, négligé dans la suite, et tombant en ruines, dès la fin du règne de Phlllppe-le-Hardi, fut rebâti jwr le duc d’Orléans, frère de Charles VI. Le nouvel édifice était d’une grande beauté pour ce genre de construction, dont la force faisait le principal mérite. 11 soutint plusieurs sièges : pris enfin par Henri IV, en i5g4> H fut presque entièrement démoli. Ce prince laissa subsister les murailles de la ville, qui soutint encore, en i65a, un siège formé par les princes ligués.
Mais ce qui , plus que tous ces remparts homicides, portera à la postérité le nom de la Ferté- Alilon^ c’est la naissance de Racine, de l’inimitable auteur de Britannicus , (VAthalie , de celui qui,
comblé des bienfaits d’un Roi, aima mieux ne
pas écrire l’iiistoirc, que de se montrer ingrat, ou de trahir la vérité.
Ferté-Milon est dans une situation très-
DKUXlËHE rnOUENADK.
pittoresque. Le nouveau château a un parc arrosé par la rivière d’Ourcq qui, au moyen de huit écluses, commence à être navigable à compter de ce pont justju’à la Marne. Ces ouvrages furent faits par la . maison d’Orléans , qui voulut par là fà<nliter l’exploitation de la forêt de Villers-Cotterets qui lui appartenait. L’ouverture du canal de dérivation de l’Oui'cq rendra ces écluses inutiles au-dessous de Marcuil , sans que, pour cette raison , la naviga> tion soit arrêtée ; seulcraedt elle sera établie sur le nouveau canal avec un embranchement qui le fera communiquer à la IVlarne, auprès de Lizy.