CHARENTON
rOrafoire élevé dix-sept ans auparavant , lors<pie Henri IV , qui avait aiqnré , parce que , disait-il en plaisantant , Paria valait bien une mes.te , accorda aux relijponnaires le libre exercice de leur culte. Jacques Debrosse, célèbre arcliilecte, fut chargé de la construction de ce temple. Ce bel édifice était intérieurement décoré d’un pérlptère d’ordre dorifpie , dont les colonnes de vingt-un pieds de hauteur , soutenaient trois étages de galeries. Il avait, dans œuvre , cent quatorze pieds de long , sohantc-dix de large et cinquante d’élévation. Au plafond étaient les tables de l’ancien et du nouveau testament , écrites en or sur azair ; enfin il pouvait contenir quinze à seize mille personnes ; les protestants y tinrent leurs synodes nationaux de i6s3, i65i et 1 644. Vers la fin dei685, les catholiques tentèrent de l’incendier : on informait contre les coupables , lorsque Louis XIV ayant révoqué l’édit de Nantes, on commença d’abattre le temple, le soir même du 22 octobre l685, jour désastreux où cet édit sanguinaire, vérifié au parlement , répandit le deuil dans les âmes vertueuses; jour fatal qui obscurcit la mémoire du vainqueur de Courtmi , d’Ypres, de Méuin, etc. , et qui força cent mille familles à ftiir la France, à porter loin de leur patrie leurs ressources, leurs richesses, leur industrie et leurs espérances. Cinq jours suffirent au fanatisme [x>ur
DBOXIÈMK PROMKNADE.
qu’il ne restât aucune trace du magnifique temple de Charenton ; les matériaux forent appliqués au profit de riiôpilal général de Paris.
L’iiôpital des fous, établi en i64i, par Sébastien-Leblanc , a reçu , depuis sa fondation , de grands accroissements, et, outre les malades de Cbarenton et des communes environnantes , ou peut y recevoir plus de quatre cents malades de l’un et de l’autre sexe. On ne garde dans cet établissement que les insensés qu’on espère rendre à la raison ; les autres sont envoyés è Bicétre. Pour les premiers , le directeur actuel de l’établissement a imaginé d'appeler, comme le pratiquaient les anciens, la musique au secours de la médecine. Des bals , des concerts, des jeux scéniques , occupent , dans les moments lucides , ces malheureux qui , tour à tour , deviennent acteurs et spectateurs des divertissements. Ce genre particulier parait n’avoir pas été appliqué sans succès.
Ce qui , dans cet hospice , fixe PattentioD des connaisseurs, et que l'on regarde comme un ouvragç de maçonnerie de la plus grande hardiesse , ce sont les caves bâties à cent pieds au-dessous du sol du jardin ; ces caves sont composées de quatre nefs., chacune de soixante quatre toises de long sur quatorze pieds de large et douze de haut ; elles sont
GHARENTOM. — SAINT'MACR.
éclairées par quatre lanternes en forme de puits , et dont la disposition rend cet endroit très-sain : ces caves ont été construites en 1764 aux dépens des religieux ; elles peuvent contenir quinze cents muids de vin.
Dans la presqu’île que forme la Marne avant d’arriver à Cliarenton, l’on trouve le village de Saint-Maur dans une charmante situation. Une abbaye célèbre par le savoir et l’érudition de ses Bénédictins , et un magnifique château bâti sur les . dessins de Philibert de Lorme, le château , les Bénédictins et l’abbaye ont eu le sort des miracles du saint; il n’en est non plus question que de la haute antiquité du lieu , que quelques auteurs ont cru fondé par les bagaudes. Ces bagaudes étaient des vétérants que César, après la conquête, laissa dans la Gaule; et pour leur rapporter la fondation de Saint - Maur , quelques auteurs s’appuient sur le nom de castrum bagaudarum que ce lieu porte dans les anciennes chroniques. Ce village contient un grand nombre de maisons de plaisance, qui embellissent les bords de la Marne.
C’est à Saint-Maur que l’on vit en France les premiers jeux scéniques. Les confrères de la passion y donnaient des représentations des mystères. Ce genre de spectacle attirait tant de monde de Paris , et causa tant de désordres , que le prévôt des marchands le défendit. Cette prohibition
i:^|2' DEUXIÈME PROMENADE.
diirn jusqtl’en i^ioa que Cluirles V, ayanl un jour assisté h une de ces représentations , la trouva trllement do son goût qu’ii permit. airx confrère.s de venir jouer à Paris. Telle fut l’ori"inc du premier tliéàtre de l’Europe. Elle rappelle les voitüres et les tréteaux de Thespis, qui donnèrent uais- . sauce aux lliéàtres de la Grèce.
CANAL ET FdNT DE SAINT-MAUR. — BERCY.
Le Pont de Saint-Maur , hameau qui naguère dépendait du village , dont nous venons de parler, doit son nom à un pont quia été l’objet en idli de réparations importantes. L’espèce de retour que b Marne , arrivée en ce lieu , fait presque sur ellemême, et qui enveloppe la péninsule deSaint-Maur, par un contour de ]>lus de six mille six cents toises, après lc(]uel, elle sc retrouve à une distance de prè.sde six cents toises du point de départ, bisait désirer, depuis un grand nombre d’années, que, ])our éjiargncr à la navigation ce circuit , et les dangers «pi’il présenUÂt, il fût creusé ùn canal du pont Saint -Maur à Cliarenton. Ce projet^ entrep>ris sous le gouvernement impérial et |vresque terminé maintenant, a donné naissance au canal deSaint- Manr, et va offrir au commerce nue communication facile pour l’approvisionnement de Paris, llv commence un peu au-dessous du pont de SaintiViaur, et va aboutir à un vaste et ma^ifique port
Di;:;:-:;