CORBEIL. — ESSONNE
Corbeil, petite ville, siège d’une sous-préfecture du département de Seine-et-Oise , et peuplée d’environ quatre mille âmes, fait dériver son nom ^ de Domilitis Corbiilon , général de INoron dans les Gaules, et qui, dit-on^ a fondé cette ville.
D’autres auteurs croient que Corbeil est le Mitiolediun que, dans ses commentaires. César place sur la Seine entre Pari.s et Melun. Quoiqu’il en soit , il est coiistaut que Corbeil est fort ancien , et que sa situation piimitive était près de la droite de la Seine. Cette partie de la ville porte encore le f ieux-Marchè. Il y avait déjà un pont 'sons les rois de la première race, mais point de maisons par-delà. Au neuvième siècle , Charles-le- Gros lit bâtir, à Corbeil, uu château où il plaça un comte avec des troupes, pour protéger, les ^campagnes contre les invasions des Normands.
Ces comtes , devenus puissants, osèrent plus d’une fph> résister aux rois dont ils tenaieut leur autorité. Cette ville de Corbeil, importante pour la défense de Paris, fut assiégée en vain par le duc de *
I" ÉtAC^ -
COItBZIl. — ESSOîfNÏ,
Bourgogne, en l4i8 , résista de même aux Calvi-* nistes eu i56o, et ne se rendit, en 1 5go, an duc de Parme, qu’après un mois de siège. Celle dernière et vigoureuse résistauce coula clier aux liahilaiits qui l’avaient faite.
Ce fut à Corlieil que mourut Iiigelburge, celte reine infortunée, fille de Vaîdemar, prjemier roi de Daiiemarck et femnje de Philij>pe-Aiigiiste , qui prit uixiiisurmonlable dégoût [lour elle dès le premier jour de ses noces. Les esprits forts du temps attribuèrent cette aversion à un sorlik^e. Le véritable sorcier était l’amour de Philippe pour Agnès >^de Méranie.
AujourdTuil Corbell est une ville ouverte, ^et dont la partie la plus considérable est sur la rive gauche de la Seine. Le pont qui réunit ces deux parties est ancien , et a été rebâti a diverses époques,
Ce que Corbeil olTre de plus remarquable , ce sont les magasins à grains construits sous le ministère de l’abbé Terray. Les moulins à douze tournants dans deux cages, mus par la rivière d’Essonne/à sa chute dans la Seine, appartienncitt à n»üU?l-dleu de Pans et datent de i665.
La halle aux blés de Corbei^ , dont nous donnons ( pl. a5.) les plans et l’élévation, est, sous le rg]>port de l’architecture, ce qu’il y a de plus
TROISliME PIOMZNADI.
digne d’atlenlion dans celte ville, et c’est, indépendamment de toute comparaison , un tvès-bel édifice ; elle fut bâtie , en 1780 , par M. Viel , architecte des bôf>itaux et liospic<'s de la ville de Paris. Sa forme est un rectangle de ceot einquante-deux pieds de long sur quarante>quatre de large , terminé par deux pavillons. Elle est ouverte, dans son pour- , tour, |»ar trente arcades , et sa largeur est partagée ' au rez-de-chaussée et dans toute sa longueur, en deux nefs, par une file de piliers. Un escalier circulaire , placé au milieu , conduit aux deux étagea supéiicurs. Cette halle, qui ne sert pas à l’usage auquel cUen été destinée, est située sur le bord de la Seine, au milieu d’une place vague et longtemps uegligée. On l’a depuis quelque temps ornée de plantations qui ajouteront à l’effet piquant de cet intéressant monument.
Ce qui , plus que les monuments des arts , rend Corbeil célèbre dans la contrée, c’est son église, autrefois collégiale de Saint-Exupère ( par corniption Saint-Spire) : la dévotion y attire tous les ans, au mois de mai, un concours ' considérable , et c’est l’occasion d’une fête fort gaie et à laquelle ajoute beaucoup la beauté de la saison. L’église est ^ gothique et d’un style assez lourd. On y remarque un tableau représentant saint Exupère; il est dû au pinceau d’un jeune peintre du pays , et pas sans mérite. .
eORBBIt. — KSSOWJnS. — CHANTl-UEBUB. 1 85
Les environs de Corbcii sont très-riants , mais la partie qui est la plus agréable , est celle qui s’étend dans le vallon qu’arrosent les ramifications de la rivière d’Essonne, jusqu’au bourg de c» nom. Ce site ressemble parfaitement à un vaste jardin anglais, chinois ou naturel, entremêlé des fabriques les plus pittoresques. Les restes de l’ancienne commanderie de Saiiit-Jean-de-lllc , ainsi nommée de sa position , contrastent par leur style gothique avec la belle maison de Chante- Merle. Celle-ci est une de ces habitations que le goût et l’industrie se sont disputés à créer; elle appartient à la &mille Oberkampf , famille dont le chef sera long-temps célèbre dans nos annales manufacturières. C’est à la fois une des plus agréables habitations et des plus importantes filatures de la France. La même famille possède encore près . de là une manufacture de toiles peintes. Celle-ci avait été fondée en 1 765 , par Baron , qui mourut cinquante ans après, u’oocupant encore que Bohanle ouvriers. Le fondateur de Jouy l’acquit en 1 770 , et a porté le nombre des ouvriers jnsqu’à trois cents.
Si l’aspect opulent de Chante-Merle fixe les regards , la modeste habitation de Bernardin de Saint-Pierre n’est pas non plus sans intérêt. La fraîcheur des eaux et des bosquets qui entourent cette petite fabrique simple et sans art , suffirait
TnOISIKMR PltOMENADK; '
pour la faire remarquer , alors même qu’elle ne rap|>ellerait pas le seiisil^le écrivain qui l’habita.
En voyant l’isolement et la simplicité de cette demeure, d’où sont parties des descriptions si varices, si pittoresques et si originales, on ne peut qu’admirer la puissance de l’imagination qui a transporté l’auteur, du fond de sa paisible reti-aite, au milieu des scènes les plus tenibles et les plus lointaines de la nature, pour nous les montrer avec une inimitable vénté. '
Essonne , traversé par la grande route , et peuplé de seize à dix^sept cents lial^itants , existait déjà du temps de Clovis. On y batbiit monnaie, et les pièces portaient cette légende : Esona Fiaci. L’abbé Suger y fonda, en laai , sous le nom de Notre- Dame -des- F ictoires , un prieuré, dont ise subsiste encore auprès de la route. ' t L’ancienne papeterie a été changée en foulon et la poudrerie, dont les explosions n’étaiênt pas sans danger , a été transportée plus haut dans la . même vallée.
FLEURY. — SAINTE-GENEVli:^^E. — MENNECY.
Entre les rivières d’Orge et d’Essonne, s’élève nn vaste plateau peu fertile, dont les bois de Fleury et de Sednte-Geneviève occa^nl une partie, et que dominent quelques tertres. Le chàteou de Fleury, dans un village bâti en grès, et celui de
FLeiiRT. — SAINTE-GEHETIÈVE. — WtNNECT. l8j
Beaurepaire , sont les plus remarquables do celte plaine. Dans celui-ci « dont le propriétaire, sans respect pour l’œuvre de Le Nôtre , a dispose son parc dans le genre irrégulier, on voit une vasque de marbre blanc d’environ vingt-quatre pieds de circonférence, décorée de mascarons , dont l’exécution habile est attiibuée nu ciseau de Jean Goujon.
Sainte-Geneviève-des-Bois , petit village' célèbre par son pèlerinage, est aujomd'lmi bien déchu de sa vogue. Sa potile et ancienne église , couverte de lierre , est surmontée d’un clocher pyramidal, et est très-pittoresque. I^’inleiidant de Paris , Berthier de Sauvigny , qui possédait cette terre, a fait faire de très-belles routes pour y arriver.
Le château et la nouvelle église , construits sur les dessins de Cellérier, ont clé démolis par sea héritiers depuis peu d’années. On peut encore voir, au haut du manège, un bas-relief contenant deux figures de Naïades qu’on croit être de Jean Goujon,
Le bourg de JHennecy, qui compte aujourd’liui douze cents habitants, et qui a un marché considérable, n’était encore, au quatorzième siècle, qu’un hameau. Son accroissement est principalement dûau magnifique château de VUleroy, commencé par Neuville de Viüeroy, secrétaire d’état, successivement en faveur sous quatre monarques ,
1 88 TROISIÉtU PKOHENADE.
Charles IX, Henri 111 , Henri IV et Louis XHI. De ce château et de sou parc il ne reste plus des ruines.