‹ Description des environs de Paris, considérés sous les rapports topographique, historique et monumental;Chapitre 34 sur 63 · MONTROUGE · texte numérisé non relu

MONTROUGE

Montrouge , autrefois célèbre par ses maisons de campagne, est aujourd’hui l)ieu négligé, et ne mérite plus l’attention des curieux que par scs guinguettes, cpii renferment presque toutes des salies de danse. Les annexes de ce village sont, pour l’ou’st et le midi de Paris, ce que sont, pour l’est, Belleville et Ménil-Montant. L’église de Montrouge, qui avait été bâtie en i 555 , n’existe plus; il est présentement question d’en construire une notivelle sur les dessûis de M. Vallot, architecte.

ha maison de retraite de Montrouge, dont nous donnons le plan et l'élévation (pl. 5i ), est située près de la barrière d’Enfer. Cette utile et philautro|iû|uc institution fut fondée en 1781 par Louis X’VI, pour servir d’asile aux anciens emplovés des hôpitaux et auxindigens des deux sexes; ceux-ci paient eu entrant une somme fixe, et les aut res y trouvent le prix de leurs longs et pénibles travaux.

Les hôpitaux , peu visites par les gens du monde, •

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sont cependant des édifices qni, sans présenter comme* ceux d’im autre genre, ‘un éclat brillant de décoration, n^en sont pas moins susceptibles des beautés qui résultent d’une disposition simple , sage et grande , et d’un style sévère et caractéristique. .Ces édifices exigent , plus rigoureusement qiîe beaucoup d’autres, des connaissances profondes , et les talents nécessaires à la pratique de l’architecture. On doit y trouver réuni, so* lidité de construction , distrilmtions savantes , appropriées à ime multitude d’usages, et soumises à de nombreuses conditions, dont les plus légères sont importantes à l’iiumanité ; enfin, l’économie, qui doit être rigoureuse , parce qu’il s’agit de remploi. des deniers publics consacrés au bien-être de , l’indigent.' , ' ,

On a vu , dans la description de Paris, quelques exemples dans lesquels toutes ces données sont bien remplies; la maison de Mbntrouge, pat le célèbre Antoine , n’occupe pas un rai>g moins distingué que celles-ci.

L’édifice principal sc compose d’un grand corps de bâtiment avec deux ailes en retour,' p'^écédé d’une esplanade circulaire (a) ,• et d’une large' avenue (b) qui sépare le jariUn en deux parties (cc). Celle-ci a son entrée sur la roule par une porte (rf) assez bien ajustée. La façade, terminée par deux pavillons en avant-corps, est d’im caractère do

décoration sévère et sage; elle a quelque’ chose de celle de l’hôpital Cochin , et se fait |iarticu- ^ “ lièrenienl remarquer par une simplicité agreste, très - convenable à uii édifice bâti hors de la ville. La porte est décorée de deux colonnes doriques isolées, portant un fronton de forme circulaire. Les autres parties de la façade, dont les baies du rez- de-chaüssée sont cintrées, n’offrent d’ailleurs que des traits d’appareils horizontaux; une corniche, oruée de modillons, couronne cette élévation. Derrière le princi()al corps de-logis, et entre lès ailes , se trouve une cour régulière (e). Quoicpi’il semble, à l’inspection du pLui, que l’architecte ait été obligé d’employer utilement d’anciennes constructions , la distribution intérieure est fort bien appropriée à la destination de l’édifice ; les bâtiments accessoires sont adroitement rejetés dans les irrégularités du terrain , et loin de nuire à l’harmonie générale de cette composition , ils la rendent plus parfaite.

L’n immense vestibule [f) conduit, à gauche , à la chapelle {g), dont il forme au besoin la nef; à di oite il communique à l’escalier principal, et, par un côi ridur, avec les cuisines placées à l’extrémité de laile droite. Les étages supérieurs sont distribues en logements. Les combles des pavillons sont terminés par des lanternes qui facilitent le renouvellement de l’air dans l’intéiieur.

CATACOMBES

CATACOMBI-S.

Sous le sol qui porte le petit Montrouge , Mont- Souris, etc., s’étendent, à plus de mille toises hors de Paris, d’immenses excavations, qui se prolongent dans l’enceinte des murs de cette ville , sous les faubourgs Saint-Jacques et Saint-Germain ; elles sont le fruit de l’exploitation des carrières qui ont fourni à la construction de Paris et des lieux environnants. A une époque oîi celle ville était moins grande , ses habitants employèrent , pour constniire , les matériaux qui se trouvaient pour ainsi dire sous leurs mains; plus tard, la ville s’agrandissant , on bâtit sur ces cavités; mais plusieurs écroulements de leurs voûtes , qui entraînèrent^lans leur chute les maisons qui les couvraient, avertirent les Parisiens de leur imprudence; la police fit visiter ce labyrinthe souterrain, dont la partie supérieure menaçait ruine de toute part ,’ et pouvait, par un écroulement spontané, engloutir un cinquième de Paris. On entreprit alors, et l’on poursuit toujours avec activité , d’immenses travaux pour étayer ces voûtes délabrées. Des murs et des contre-murs furent élevés pour répondre aux rues situées sûr la surface; dans leurs intervalles, de uombçeux piliers soutiennent les plafonds ; enfin, la vigilance active elle talent qu’ap-

aSo TROISIÈME PROMENADE.

portent à ces travaux , les hommes habiles qui ère sont chargés, doivent bannir la terreur que quelques écrivains ont cherché à porter dans l’esprit des Parisiens qui , au resle , constants seulement dans leur insouciance, se sont moqués des sinistres prophéties, et reposent tranquillement sur ces abîmes.

Le cimetière des Innocents existait, depuis plusieurs siècles, au milieu de Paris, lorsqu’en 1186 Philippe-Auguste l’agrandit et l’entoura de hautes murailles; encore augmenté en 1218, par Pierre de Nemours, évêque de Paris, il était toujours insufbsant. Cependant l’insalubrité dont il était la source, en avait , des i56o , fait désirer la suppression. Vivement, mais inutilement réclamée en l554, cette suppression, si importante à la santé publique, et à laquelle les évêques s’étalent toujours opposés , fut enfin ordonnée en i y85 , pour arrêter les ravages toujours croissants que causait la putréfaction d’un aussi grand nombre de cadavres. Les carrières dont nous venons de parler furent destinées à recevoir les débris de vingt générations. Ces nouvelles Catacombes dlsjwsées par les soins de M. Charles-Alexandre Guillaumot , architecte et inspecteur-général des carrières , furent consacrées au mois de niars 1786. En quinze mois de travaux , interrompus seulement par les grandes chaloiii-s, on enleva tous les ossements du charnier

CATACOMBES

des Innocents, et l’on continua successivement, jusqu’en )8i5, l’évacuation d'.. tous les cimetières et caveaux des nombreuses élises de Paris.

Dans une maison connue depuis long-temps sous le nom di Isoire ou la tombe Isoard., dont le gouvernement avait fait l’acquisition, et qui était située, dans la campagne, près d’une 'entrée des Catacombes , on avait recueilli une grande quantité de monuments , de cercueils de métal et d’inscriptions : cette collection religieuse a été dévastée k la révolution, et la maison, vendue, estaujourd’bui transformée en un cabaret’.

On descend ordinairement dans les Catacombes par l’escalier pratiqué à la barrière d'Enfer. Parvenu à une profondeur de cinqnante-buit pieds, on trouve deux galeries : l’une jvarcourt la route d'Orléans 5 l’autre , suivant le boulevard Saint-Jacques, est rencontrée par l’aquéduc souterrain des eaux d’Arcueil. Cetaquéducs’étant trouvé, en quelques endroits , établi sur des carrières dont alors on ignorait l’existence , il a fallu faire d’immenses travaux pour sa conservation. Plusieurs autres galeries mènent delà aux Catacombes; l’une d’elle estnommée du Port Mahon , à cause d’un plas en relief de ce fort qu’on v ^oit sculpté sur la pierre, ■ qui est d’un grain fort tendre. Cet ouvrage curieux a été exécuté de 1777 à 1 78a par un carrier nommé Décure , dit Beau-Séjour , militaire vétéran, qui

avait ëtc long-temps captif dans les casemates da port Mahon. Il employa à faire ce relief les heures de ses repas qu’il prenait dans cette solitude. Il y ajouta un grand vestibule orné d’une mosaïque en silex.

Le vestibule des Catacombes construit en 1811. offre, sur les deux piliers d’entrée, cette inscription du cimetière Saint-Sulpice :

Hac ultrà mclas requiescunt,

Beatam spem spectantes.

l.a disposition des Catacombes en longues galeries a permis d’apporter un certain ordre dans cette accumulation de débris humains. Les têtes et les membres , rangés syméti iquement , composent de droite et de gauche deux longues murailles qui forment la galerie , et derrière lesquelles sont entassés tous les autres fragments. Cet ordre et les monu- -lucntsqui se rencontrent dans ces galeries funéraires sont en partie dus aux soins de M. Héricart de Tliury, iuspecteiir-généi'al des travaux souterrains .du département de La Seine.

Parmi les objets les plus remarquables de ces Ca- . tacombes, nous citerons.: le cabinet inincralogi(|uc contenant la collection de tous les bancs Ag la tombe Isoirc. Cette collection est due à M. Gambier-la- Pierre, chef d’atelier conservateur des Catacombes.

CATACOMBES

Dans un carrefour on voit mie collection pathologicpie de toutes les pièces trouvées dans l’arrangement de chaque ossuaire. Sur une autre table est une réunion des têtes les plus curieuses par leur striicture , ou les accidents qu’elles ont éprouvés. La crj’pte de Saint - Laurent , oh sont déposés les ossements exhumés en l8o4 de l’ancien cimetière de cette paroisse, mérite aussi de fixer raltenlion; l’entrée en est décorée de deux pilastres doriques de poestum; on y voit un piédestal construit en ossements , dont les moulures sont faites de tibias de la plus grande dimension. Sur ce monument est une tête d’une belle conservation.

Le grand autel des obélisques et le sarcophage du lacrimatoire sont de grandes consolidations exécutées en 1810, pour soutenir les ébojulements, et auxquelles on donna cetté forme monumentale. Sur le sarcophage , on lit ces vers de Gilbert :

Au banquet de la vie, infortuné convive,

J’apparus un jour, et je meurs ;

Je meurs, et sur ma tombe, où lentement j’arrive, Nul ne viendra verser des pleurs.

Lors des premiers travaux , et pour faciliter la circulation de l’air, on avait placé sur un bloc de pierre une grande terrine de feu. On lui a substitué une lampe sépulcrale antique, élevée sur un piédestal. '

Le pilier cruciforme du memento et celui de

V imitation preuueutleur nom, le premier de cette inscription :

UTemeiUo quià pulvis es , . >

Qu’il offre sur ces trois faces ; et le second de ses inscriptions tirées de l’imitntion de Jésus- Christ. Il en est de même de celui des ntàt$ Clémentinei.

La fontaine (h la Samaritaine prend son nom des paroles de Jésus à la Samaritaine , qui y sont

couverte par les ouvriers, dans le sol des Catacombes ; on l’a ingénieusement décorée , ainsi que les piliers qui soutiennent la voûte.

Ce n’est pas seulement aux anciennes générations que ,lcs Catacombes servent de demeure ; on y a aussi précipité les restes de ceux qui ,'à diverses époques, périrent victimes de nos discordes civiles; les tombeaux de la révolution et celui des victimes renferment les cendres de ceux «pii fuient tués aux divers combats livrés dans Paris, et dans les massacres des 2 et 5 seplemlirc.

En sortant des Catacombes par la porte de l’Est, on trouve un vestilmle et une rampe dont la pente douce ramène dans les carrières snpérleines; delà deux chemins conduisent à l’escalier coiistriiit en 1784 sur le bord de la voie créuse, ou ancienne route d’Orléans. Eu remontant par cet escalier, on

CATACOMBES

86 trouve dans une cour fermée par une grande porte, dont les piliers, en forme de tombeaux antiques , sont d’un style simple et sévère. 11 y a pour le service de ces vastes souterrains une ouverture, dont la pente, assez douce, permet aux voitures d’arriver à la porte des Catacombes.

VANVRJES. — ISSY. — VArGIRARD.

Vanvres, très-grand village connu dès 998, est •situé dans un vallon. 11 est riclie en sources qui donnent de très-belles eaux. Le cliâteau, situé sur une éminence assez élevée qtil domine la vallée de la Seine, a été bâti, en 1698, sur les dessins de Jules-Hardouln Mansard, pourM. de Monta rgis. Vingt ans après, il fut vendu an duc de Bourbon , à qui les occultions du ministère ne permettaient pas d’aller à Chantilly aussi souvent qii’il le désirait.

Le château de Vanvres consiste en un grand corps-de-logis , dont la masse imposante et la belle situation font le mérite principal ; il est d’ailleurs d’une décoration assez insignifiante. Le parc, qui s’étend au pied du coteau, est surtout remarquable par le grand parti que le dessinateur a su tirer des eaui qui l’arrosent. Les bassins, les canaux et les jets d’eau en sont d’autant plus beaux, «pi’ils sorti continuellement alimentés par des sources trèsabondantes.

Au-dessous de ce château, on trouve le village

TROISIÈUE PROMENADE.

(^Issy, dont on fait dériver le nom de la déesse Isis. Ce lieu est fort ancien, puisqu’il était, sous Childebert , une possession royale. Un édifice gothique, situé sur la place qui est devant l’église, est encore nommé la maison de Childebert. Plusieurs rois habitèrent Issy. Parmi ses nombreuses maisons de plaisance, on remarque celle du séminaire de Saint-Sulpice , que Marguerite de Valois a possédée. C’est à Issy que s’assemblèrent, en 1 6g6, les quatre docteurs chargés d’examiner la doctrine des livrçs publiés par l’illustre archevêque de Cambray : discussion dans laquelle Bossuet se montra très-passionné et ennemi de Fénélon.

Le château d’Issy, situé à l’extrémité occidentale du village, et dans une situation charmante, fui jadis possédé par le président de Besigny. Construit par Bullet , il est digne do l’attention des curieux , soit qu’on le conridère sous le rapport de sa disposition,, ou sous celui de la beauté de la décoimion de ses dilTérentos parties.

Vaugirard, village considérable qui tient immédiatement à l’enceinte de Paris, compte 55oo habitants. On y voit plusieurs maisons de campagne; il n’est célèbre que par ses giiuigiieües où le peuple de Paris se porte en foule les dimanches.

Pi ’ès de Vauglrard est le«;imetlère de l’Ouest. Il n’a rien de bien remarquable. On y trouve les tombeaux de Labarpe et de la célèbre Clairon.

, A VERSAIllES ET A RAMBOUILLET.

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