‹ Description des machines les plus remarquables et les plus nouvelles à l'Exposition de Vienne en 1873Chapitre 107 sur 107 · FLAMMES CHANTANTES · texte numérisé non relu

FLAMMES CHANTANTES

Iiifttranieiits de penage — Presque toutes les nations avaient envoyé ii Vienne de nombreux modèles de bascules et d'appareils de pesage; les expositions les plus complètes et les plus remarquables étaient celles des maisons françaises et américaines.

INSTRUMENTS DiVEKS. 480

< Les usines de la Mul;\tit're à Lyon, fondées en 1827 par M. Bérang:cr et dirigées maiutenaat par M. Mairet, exposaient leurs divers appareils d'une exécution parfaite et qui sont répandus aujourd'hui dans toutes les usines dt France et du continent. Depuis la fondation de l'usine, les types qu'elle a livrés à l'industrie ont été l'objet de perfectionnements incessants et l'on peut citer parmi ses créations les appareils suivants : les bascules romaines on au centième: la balance-pendule, dont le type a été depuis reproduit par tous les fabricants d'Europe et des Etals-Unis; la bascule en l'air à un seul point de suspension, pour le pesage à la grue des pièces encombrantes et d'un déplacement difficile — les divers modèles de ces bascules en l'air peuvent servir pour les poids de 500 à 30000 kilogrammes ; — et enfin le wagon-bascule avec appareil de calage isolant le mécanisme ; ce wagon est utilisé dans les usines métallurgiques pour le transport et le pesage des fontes et des fers.

Comme perfectionnements de détail, nous signalerons l'emploi des brides articulées dans les ponfs à bascule pour neutraliser l'effet des chocs, la double romaine supprimant l'emploi incommode des poids additionnels, et le cuvclage en fonte remplaçant la maçonnerie.

Le système de pont à bascule à cuvelage en fonte présente des avantages particuliers sur le type à maçonnerie. On peut l'établir sur tous les terrains, milme sur ceux envahis par les eaux, l'installer et le déplacer avec la plus grande facilité, en quelques heures et sans le secours d'ouvriers spéciaux.

Nous avons encore remarqué dans cette exposition une série de balances de précision sensibles de 0*,00l à 0',U0.5 et des balances spéciales pour conditions des soies, dont l'exécution, comme celle de tous les produits sortant des usines de la Mulâtière,ne laissait rien à désirer et défiait toute concurrence.

Dans la section française, M. L. Paupier, de Paris, avait également une exposition très-complt-le d'appareils divers de pesage bien étudiés et bien construits.

Au nombre des appareils envoyés par cette maison, nous citerons la machine sextuple, octuple ou duodécuple, poor régler les ressorts et peser les locomotives; un pont à bascule de 20 tonnes avec tablier en fer et poutres tabulaires pour porter les roues des chariots ; et de nombreux modèles de romaines-bascules pour des poids de 1000 à 2000 kilogrammes.

MM. E.-T. Fairbanks et C% de Saint-Johnsbupy, dans l'Etat du Yermont, sont les principaux fabricants d'appareils de pesage des Etals-Unis. Ils avaient envoyé à TExposition un très-grand assortiment de leurs types de balances adaptées à toutes sortes de poids, depuis une balance pour peser les lettres jusqu'il un pont de bascule de 30 tonnes et un modèle de balance pour peser les bateaux vides ou chargés de 4 à 500 tonnes u leur passage dans les écluses. Tous ces appareils étaient fort bien exécutés et pouvaient soutenir avantageusement ta comparaison avec les meilleurs produits envoyés par les usines françaises et anglaises.

L'usine de^Saint-Johnsbury est fort importante; elle occupe 000 ouvriers et produit cliuquo année plus de 50 000 appareils divers do pesaj^e; le cliillre des alfuires pendant raniiée 1872 s'est élevé à plus de 10 millions de francs. Les balances sont adaptées aux étalons de toutes les nations et portentles marques de chacune d'elles; la plus grande partie est basée sur le système métrique, employé par un tiers environ de la population du globe.

Les appareils de MM. Fairbanks et G" sont envoyés dans toutes les parties du monde et sont spécialement utilisés en Chine et au Japon pour peser la soie et le thé ; ils sont presque exclusivement employés dans les chemins de fer américains et dans toutes les brandies du commerce.

iféservolr d eau. — Ij» service d»^ l'eau en pression à l'Exposition était obtenu au moyen d'un réservoir d'eau supérieur placé au sommet d'uue tour située à l'extrémité ouest de

INSTRUMENTS DIVKRS. m

l galerie des machJDCs. Les pompes servant ù alimenter le réservoir sortaient des ateliers de M . Erste Briianor, de Vienne, qui avait été également chargé de la oonstructiou de la tour et du réservoir sur les plans étadiés et préparés par la commission de l'Exposition.

La planche 06 donne la vue d'ensemble et les dispositions principales de cotte oonstniction, remarquable par son élégance et sa solidité.

La lour était située à 120 mètres environ des macliincs et des pompes; elle se composait d'un soubassement en pierre de 4°', 70 d'élévation sur lequel reposait la charpente en t'onlc parlant le réservoir. Ollc lour comportait huit éla|:;es; six de rf» étages avaient 5™, 10 de hauteur; lu premier et le dernier étage, ainsi que lu montrent les dessins, avaient une élévation nioindre. La hauteur totale de la tour était de I17'"..^0; olle était l'orméc d'une colonne centrale et do liuit colonnes creuses un l'onte disposées en forme d'oL^ogonc, Ces colonnes avaient O^.itl de tliamètre avec O-.OâS d'épaisseur; les divers tronçons formant chacune des colonnes étiiient réunis dans le sens do la hauteur par des collerettes boulonnées et solidement reliées entre elles, dans le plan horizontal, it chaque étage, par des fers en T ; le tout était consolidé par des Ters do mémi; section et d'un échantillon plus faible formant des croix de Saint-André.

La planche 5f> donne les détails de ces divers assemblages, ainsi que iadisposilion des lirantsqui réunissaientles colonnes à leur base et à la colonne d'eau placée au centre.

Sur les colonnes de l'étage supérieur, n'ayant que 2 mètres de hauteur, étaient fixées des consoles en fer portant une galerie de 2 mètre» de largeur qui régnait tout autour du réservoir. Les figures qui représentent l'assemblage des consoles supérieures donnent également les dispositions adoptées jiour In construction de cette galerie. La vue en coupe indique la l'uïon dont le réservoir en tôle reposait sur une bague en ïontr

en forme de rail à double champignon, qui portait également le plancher de la galerie circulaire.

Cette galerie était entourée d'une grille fort élégante et on jouissait de ce point élevé d'une vue splendide qui permettait d'embrasser d'un coup d'œil l'ensemble de l'Exposition. On arrivait à la galerie par un escalier dont les dispositions sont figurées dans notre dessin. Pour faciliter l'ascension et remédier autant que possible à la roideur de l'escalier, on avait eu l'ingénieuse idée d'augmenter alternativement la largeur de la moitié de chacune des marches, ce qui offrait au pied une assise suffisante; sans l'emploi de cet artifice, avec l'inclinaison du limon, on n'aurait eu que des marches fort étroites et sur lesquelles la descente surtout eût été très-difficile.

Le réservoir en tôle avait 7", 60 de diamètre et 5", 80 de hauteur ; il pouvait contenir environ 240 mètres cubes d'eau. Cette eau arrivait au réservoir par la colonne placée au centre de la tour et s'en échappait par deux des colonnes latérales. Les pompes pouvaient fournir 150 mètres d'eau à l'heure; un indicateur électrique fixé sur le réservoir faisait voir sur un cadran placé dans la chambre des machines les variationsilde hauteur de l'eau dans le réservoir.

La pression obtenue permettait, en cas d'incendie, d'envoyer de l'eau sur toutes les toitures de l'Exposition , à l'exception de la rotonde centrale.

La tour a été élevée sans échafaudage extérieur et sans aucun accident. Le poids total de la partie métallurgique reposant sur la base en maçonnerie, et comprenant les colonnes, les entretoises et le réservoir, était d'environ 450 tonnes.

Rouleau compresseur. — Le rouleau compresseur représenté ci-contre avait été envoyé à l'Exposition par MM. Aveling et Porter, de Rochester. Avant l'ouverture, ce rouleau a été employé pour dresser les chaussées aux abords du palais et aplanir les routes du Prater ; il adonné de très-bons résultats.

Comme l'indique le dessin, cet appareil est construit sur un

principe nouveau breveté par M. Avcling. Les cylindres cornpressfurs, au lieu d'ôtre placés îilappièrcdG lamachiae, comme dans les rouleaux à vapeur ordinaires, se trouvent à l'avantet servent de support à la partie antérieure de la chaudière sans 1 "intermédiaire d'aucun bâti. C'est, en somme, une machine ...jroutière montée sur des roues à large jante. Les roues d'avant,

très-rapprochées l'nne de l'autre, compriment la chaussée sur une largeur égale h l'écartement qui sépare les roues de l'arrière.

Les roues antérieures sont légèrement coniques et elles sont montées sur un essieu dont les extrémités sont infléchies de haut en bas; de telle sorte que les roues, qui se touchent h leur

partie inférieare reposant sur le sol, sont écartées Tune de lautre à leur partie supérieure. Cette disposition permet de placer entre les deux roues un fort pivot qui repose surl'essiea et traverse des saillies dont la boite à fumée est munie à sa partie antérieure. Ce pivot porte un collier qui prend son appui sur la saillie inférieure, percée à cet effet d*un trou circulaire . d'un diamètre tel que non-seulement le pivot central peut tourner librement, mais même prendre au besoin un certain mouvement d'oscillation pour permettre aux roues de suivre les courbes que présente la surface de la route. Les extrémités de l'essieu antérieur sont tenues dans un châssis en tôle, en forme de fourche, qui sert à recevoir les chaînes de direction dont le conducteur a les extrémités à portée de sa plateforme.

MM. Âveling et Porter ont adopté pour le train arrière des dispositions analogues à celles qu'ils appliquent à leurs locomo« biles agricoles. L'arbre coudé et les pièces qui en dépendent sont supportés par des consoles en fer formées par le prolongement des parois de la chaudière. Cette disposition a pour but de diminuer considérablement le poids mort, tout en rendant la construction plus simple; elle est maintenant appliquée i toutes les machines qui sortent des ateliers de ces constructeurs «

Le rouleau compresseur exposé à Vienne et qui, comme nous l'avons dit, a donné de très-bons résultats pratiques pour la confection des chaussées du parc, pèse 7 tonnes et demie. Les diverses parties du mécanisme sont bien groupées et l'ensemble de la construction est très-satisfaisant.

Flnmine» chantnnte». PyroplMne de H. Frédéric Kiistncr. — On fait depuis longtemps dans les cours de physique une expérience connue sous le nom de lampe philosophique. Elle consiste à placer un petit bec de gaz allumé dans un long tube de verre ; si Ton abaisse lentement le tube sur la flamme, il y a un moment où celle-ci commence à rendre un son mn-

ûoal qni se renforce, puis diminue, et finit par disparaître a mesure que le tube descend.

Les lois de ce phénomène ont été étudiées pour la première bis, il y aune vingtaine d années, parle professeur Tyndal, qui, iveo un tube de 0'°,15 à 0°',20 de longueur, en faisant /arier le volume de la flamme et en réglant la hauteur à laquelle elle pénètre dans le tube, avait pu obtenir une série do notes représentées par les nombres 1, 2, 3 4 et 5.

Les sons ainsi produits résultent d'une succession de petites explosions de la flamme, et Ton a constaté que les flammes sonores sont quelquefois d'une extrême sensibilité et que, si elles sont silencieuses, il suffit d'une note convenable donnée dans leur voisinage pour les faire parler.

M. Frédéric Kastner a communiqué, il y a quelques mois, à l'Académie des sciences les expériences nouvelles qu'il avait faites sur les flammes chantantes, en revendiquant comme entièrement neuf le principe suivant, qui a servi de base à la construction de l'instrument remarquable dont il est linventeur.

« Si dans un tube de verre on introduit deux flammes de grandeur convenable et si on les place toutes deux au tiers de la longueur du tube, comptée à partir de la base inférieure, ces flammes vibrent à l'unisson. Le phénomène continue de se produire tant que les flammes restent écartées. Mais le son cesse aussitôt que les deux flammes sont mises en contact. Je prends, dit-il, un tube de 0™,55 de longueur, de 0",41 de diamètre extérieur et de O^jOOâo d'épaisseur. Deux flammes isolées provenant de la combinaison du gaz hydrogène, s'échappant de becs convenablement construits et placés à 0",183 de la base, ont produit, quand elles étaient séparées, le fa naturel.

« Si l'on fait varier la position des flammes dans le tube, en les laissant toujours écartées au-dessus du tiers de la longueur, le son diminue jusqu'à la moitié du tube, endroit au delà duquel tout bruit cesse de se produire. Au-dessous de ce même

point, le son augmente, au contraire, jusqu'au quart de lâ longtieur du tube ; en cet endroit, si l'on rapproche les flammes, le son ne cesse pas immédiatement, les deux flammes pouvant continuer de vibrer comme une flamme unique. »

 la suite de ses expériences, M. Kastner a fait une application fort intéressante des flammes chantantes à la construction d'un instrument musical d un timbre entièrement nouveau, et qu'il a fait entendre à l'Exposition de Vienne. Cet orgue d'un nouveau genre, qui s'harmonise fort bien avec la voix humaine et donne des sons très-mélodieux, a été nommé pyrophone par l'inventeur. L'instrument se compose de trois claviers ; chacune des touches du clavier est mise en communication, à l'aide d'un mécanisme fort simple, avec les conduits adducteurs des flammes dans les tuyaux de verre. Lorsqu'on presse sur ces touches, les flammes se séparent et le son se reproduit aussitôt; dès que l'on cesse d agir sur les touches, les flammes se rapprochent et le son cesse immédiatement.

Il est inutile d'ajouter que les accords suaves et mystérieux du pyrophone ont obtenu un grand succès de curiosité parmi les visiteurs de rExposition ; nous laisserons à des juges plus compétents le soin d'apprécier la valeur artistique de ce nouvel instrument de musique.

Le piano doit-il, dans un temps donné, disparaître devant l'orgue à gaz? C'est ce que l'avenir seul nous dira.

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