‹ Description des machines les plus remarquables et les plus nouvelles à l'Exposition de Vienne en 1873Chapitre 19 sur 107 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Fil n'est aucune branche de l'aclivilé humaine qui ait fait en cinquante ana d'aussi grands progrès que la métallurgie. L'invention de la machine à vapeur, la création des voies ferrées, la construction métallique des vaisseaux et surtout l'épuisement rapide de nos grandes richesses forestières sont les principales causes qui ont amené la sidérurgie au développement colossal que chacun sait. La métallurgie des autres métaux usuels aégalement reçu des perfectionnements importants et, pour ne parler que des matières employées dans les constructions mécaniques; lo cuivre, le zinc, l'étain et le plomb sont aujourd'hui obtenus dans des conditions de pureté et de bon marché exceptionnels, mais l'emploi du fer a pris un essor tellement extraordinaire, que l'examen des progrès de la métallurgie des autres métaux est tout à fait secondaire par rapport à celui de la sidérurgie et ne saurait trouver place dans le résumé rapide que nous allons faire. Nous ne lerons qu'une seule exception en faveur de l'exposition hors ligne de MM. Lavaissière et fils.

Tout se tient, tout s'enchaîne dans le magnifique développement industriel auquel nous assistons. Si la métallurgie emprunte à la puissance de la vapeur ses machines d'épuisement et d'extraction, ses souffleries et ses martinets, ses

34 PROGRÈS RÉCEM^ DE LÀ IIÉTÂLLCRGIE.

laminoirs et ses pilons, la machine à vapeur a trouvé dans la métallurgie moderne les éléments constitutifs de ses générateurs à haute pression et les organes si légers et si résistants de ses divers mouvements. Si les chemins de fer ont aujourd'hui des rails de longue durée, si la métallurgie leur fournit le moyen ^e traverser des passages jugés jusqu'alors inaccessibles , les charbonnages et les usines se servent avec succès des voies ferrées pour leur exploitation économique. Les forges du Crensot n*ont pas moins de 200 kilomètres de chemins de fer, tant de grande que de petite voie, et les aciéries Krupp. dans la seule usine d*Essen, en ont 53 kilomètres.

Les progrès de la métallurgie ont cela de particulier, que leurs promoteurs ne se sont pas attachés à la qualité du métal, mais bien à sa production rapide, homc^ne, économique. Les fers obtenus aux forges catalanes, les aciers obtenus par cémentation et fusion, ne le cèdent en rien, comme malléabilité et comme résistance, aux produits actuels. On fait plus vite, moins cher, plus gros, mais on ne fait pas mieux.

La puissance de l'outillage a permis d'obtenir des pièces colossales, et c*est paiement un grand progrès, ayant son utilité toute spéciale dans l'artillerie et la marine. C'est même le progrès qui est le plus apprécié du public, et noua avons entendu beaucoup de personnes nous dire que ce qui les avait le plus frappées à l'exposition de Vienne, c'était le bloc d'acier Krapp de 52 000 kilogrammes, le canon russe de 40 tonnes, les tôles Barouin, et surtout le modèle de l'enclume du pilon de Ferme, qui atteint le poids incroyable de 633 000 kilogrammes, et dont nous donnons le croquis planche 60.

Les expositions ont jeté sur la métallurgie un vif reflet et ont beaucoup servi à généraliser les bonnes méthodes. La plupart des grands maîtres de forges ont suivi r^^ièrement les concours internationaux et sont venus comparer leurs propr(!s produits avec ceux de leurs rivaux. A chaque exposition Un envoyaient le dessus du panier, pour employer une exprès-

PROGKte RÉCENTS DE f.A MÉTALLURGIE. :tS

sioD vulgaire, de Iiiupfabricalion et les iDg;énieur9 pouvaient se rendre exactement compte de la limite des dimensions de fers et de tôlesqii'ils avaient à leurdieposition pour leurs projets. Il est vrai que daits la quantité des produits exposés il se trouvait de véritables tours do force exécuUîs i'i des prix fiibuleux, qui pouvaient dérouter le chercheur et lui donner des idées fausses (I), mais la masse des échantillons provenait d'une fabrication sinon couriînte, du moins possible.

Pas plus en métallurgie qu'en mécanique et en industrie quelconque, nous n'aimons les tours de force, et nous partageons l'avis dt! M. Cunin-Gridaine, ministre du commerce sous Louis-Philippe, qui, à propos de l'Exposition de 1844, recommandait aux examinateurs d'écarter du concours tout ce qui n'avait pas un caractère d'utilité publique.

o Un produit isolé, disait le ministre, fùt-il un chef-d'œuvre de patience ou d'adresse, un modèle de'richesso et d'élégance, s'il n"a été obtenu qu'à prix de travail ou d'argent, n'a pas par lui-même une valeur industrielle qu'on doive particulièrement encourager; souvent même de pareils travaux sont pour leur auteur une cause de mécompte et de ruine. Mais il n'en est pas de même d'un produit en réalité plus modeste, s'il satisfait h nn besoin commun, si sa bonne fabrication en assure le bon usage, si son bas prix en généralise l'emploi. Ce produit a une véritable valeur industrielle, et sa place est marquée à l'E-xposition. 9

Revenons à la métallurgie, et suivons ses progrès principaux dans les grandes expositions.

L'Exposition de ISbl mit à jour les différents procédés agités dans la fabrication du fer par la Prusse, la Suède, l'Angleterre et la France. Bien que présentant des différences

(1) 11 nous est arrivé personnellemenl d'avoir fait un projet de pont avec des (iimeiisioiu du liki et de ferB spécinux qui Hguraioiit A l'Exposilioii de 1807 ol Oc n'avoir pu réal'iser noire élude qu'après un remaniement eompler, fiiule de pouvoir DODs firocurer, h ii'itnporle quel prix, des malériaus aanlogucs.

marquées entre eux, tons ces procédés n'avaient rien de particulier, ils accusaient un grand perfectionnement sur les anciennes méthodes, mais non un changement radical de fisdirication. Quoi qu'il en soit, les grands maîtres de forges venaient de se mesurer côte à côte, l'état actuel de la métallurgie se trouvait alors parfaitement déterminé.

En 1855, l'acier puddlé faisait son apparition, l'acier fondu se présentait sous des aspects nouveaux. Krupp exposait un lingot de 2 500 kilogrammes ; jamais on n'avait rien vu de semblable. Bochune envoyait un trio de cloches en acier moulé, Verdier présentait son acier mixte.

La fabrication des grandes tôles et des fers spéciaux pour le bâtiment avait déjà pris une grande extension. Une tôle de Montataire pesait 1 550 kilogrammes ; un rail Barlow, exposé par Rymney, avait 26 mètres de longueur ; la Providence avait réussi à produire un fer en I de 0",30 de hauteur et de 6 mètres de longueur ; le Creusot euGn envoyait une plaque de blindage en fer forgé, de 0",1 1 d'épaisseur.

La maison Petin-Gaudet, qui était déjà très-réputée pour ses pièces de forge, exposait un arbre pour la marine, avec six coudes, pesant 23 tonnes, qui attirait tous les regards.

Chenot père exposait ses éponges de fer, germe fécondé depuis d'une nouvelle et admirable fabrication.

Ajoutons à cette liste, déjà longue, l'apparition des premiers bandages sans soudure et des roues entièrement forgées.

En 1862, tous les grands métallurgistes sont de nouveau en présence, leurs produits sont incomparablement plus beaux qu'en 1855, mais tout pâlit devant la découverte de Bessemer.

Quelle exposition que celle de Bessemer! Une collection complète de toutes les transformations, de tous les emplois de l'acier. On est étonné au dernier degré ; impossible de se faire tout d'abord l'idée qu'un simple courant d'air comprimé, traversant la fonte liquide, puisse donner immédiatement un métal malléable, facile à couler, à étirer, à emboutir, à forger,

PUOGRkS RÉCENTS DE LA MÈTALLUHGIE. 37

pt que ce métal, véritable protée, prenne les formes multiples de toutes les pièces imaginables.

Kropp, le roi des aciers, comme on le désignait déjà, présentait un bloc d'acier fondu au creuset, sans soufflures, pesant i\ tonnes, et des canons de toute beauté. Bochune assourdissait tous les visiteurs avec un bourdon en acier fondu de 10 tonnes.

Les blindages, dont la guerre de Crimée avait consacré l'utilité, étaient placés au premier rang; les bandages, les essieux, les ressorts et toutes les pièces du matériel de chemin de l'er avaient progressé sous tous les rapports; meilleure qualité de matières, travail plus soigné, prix de revient plus faible.

Des fers spéciaux de grandes dimensions, des collections superbes de minerais et de houilles complétaient la remarquable exposition métallurgique de I 862.

L'Exposition de Londres avait mis en relief le procédé Bessemer; celle de Paris, en 1867, consacra son immense succès, mais elle porta un nouvel élément capital à la fabrication de l'acier: nous voulons parler du four à gaz Siemens, au moyen duquel on arrive à la fusion complète, rapide, économique de l'acier charge en grande masse sur ta sole d'un four à réverbère.

La chaleur est l'agent le plus énergique des opérations mètallnrgiques; grâce au four Siemens, on peut atteindre sans difficulté la température de fusion de l'acier et produire économiquement un métal d'excellente qualité. A coté de Siemens, on vit aussi apparaître, en 1807, doux novateurs, Martin et B<;rard, dont les procédés n'avaient pas encore été sanctionnés par la pratique, mais dont les premiers échantillons étaient extrêmement remarquables.

Pclin-tiaudet exposait des poutres ù double ï de 1 mètre de hauteur et do lu mètres de longueur, pesant 2 bOO kilogrammes, ctdeu.\ blocs d'acier de 25 tonnes, d'une assez belle texture.

Le Creusot avait enfin réussi à présenter une classification de fer admirablement bien comprise, qui devait petit à petit servir de base à toutes les transactions sur ce métal. Les sept types adopta avaient chacun des qualités distinctes révélées par des épreuves de forgei^e, de laminage» d'estampage, d'emboutissage, de flexion, de traction, de compression et de torsion. C'était là un travail de premier ordre, d'une difficulté extraordinaire, qu'une usine aussi gigantesque que le jCreusot pouvait seule mener à bonne fin.

Krupp progressait toujours : un canon du poids de 50 tonnes et un bloc d'acier très-homogène, de 40 tonnes, donnaient la mesure de la puissance hors ligne du premier fabricant d'acier du monde.

Les frères Marrel, de Ri ve-de-Gier, avaient envoyé un arbre en fer forgé, d'un fini parfait, pesant 30 180 kilogrammes.

Terre-Noire présentait des produits en bessemer aussi variés et aussi parfaits que possible. Cette usine, dans la fabrication des rails, a résolu rapidement le problème de prendre la fonte au fourneau de premièi*e fusion, de faire subir à cette fonte, dans le convertisseur Bessemer, la transformation en acier et d'obtenir des lingots qui, tout rouges, sont portés au laminoir, où ils subissent une élaboration mécanique.

Bochune avait de beaux produits parmi lesquels on distin* guait une cloche de 14750 kilogrammes, et vingt-deux roues pleines, portant leur bandage, coulées d'un seul jet, en acier fondu au creuset.

En 1873, à Vienne, on ne trouvait d'exposition métallurgique complète, véritablement complète, que celle d'Allemagne, ce qui ne veut pas dire que les autres nations n'avaient rien envoyé ; il y avait au contraire des produits tout à fait hors ligne dans les expositions autrichienne, française, suédoise et russe, mais l'Allemagne seule était représentée par toutes ses grandes usines, ses principales houillères et ses mines les plus renommées.

pboguès récents de la métallurgie. m

iCs miaeraia d'Amérique, si l'on en juge par les nombreux ^ohantilIoDB envoyés à Vienne, sont excellents et abondants, mais les cartes géologiques manquaient pour permettre d'apprécier les facilités d'exploitation et la richesse de chaque gisement. Nous avons surtout remarqué les houilles bitumineuses de Cincinnati et les rainerais do l'er du Missouri, d'Alabama et d'Indiana.

Ueux fours à puddler rotatifs, l'un de Sellers, dans la galerie des machines, l'autre de Danks, exposé seulement en modèle dans le palais de l'Industrie, étaient les deux plus beaux spécimens d'outils de forges qui soient venus des Etats-Unis.

Le puddlage mécanique sera un des grands progn?s réalisés en raétallui^ie, il supprimera un travail pénible et mettra les maîtres de forges à l'abri des grijves, si préjudiciables aux intérêts de tous.

Ce qui nous a surtout intéressé dans l'exposition métallurgique américaine, ce sont les beaux fers laminés à froid envoyés par MM. Jones et Laughliiis, auxquels nous consacrons un chapitre spécial.

Les Anglais avaient deux modèles d'appareils fort ingénieux et destinés, croyons-nous, à un immense succès, nous voulons parler du four Whitwell et du four Siemens, le premier ayant pour objet d'envoyer dans les hauts fourneaux de l'air chauffé à une très-haute température, ce qui procure une augmenlaliûii de la à 20 pour 100 dans la production de la fonte ; le second, qui permet de fabriquer directement de l'acier, d'une qualité égale à celle de l'acier fondu, sur la sole d'un four rotatif.

L'exposition métallurgique espagnole était une des plus complètes qu'on puisse voir, elle renfermait de très-belles et de trèa-séricuses collections de minerais de fer et do spécimens de houille. Nous avons compté, dans celte section, cenlcinquaute exposants, et il est hors de doute que, sans la guerre

civile, l'Espagne eût envoyé à Vienne des échantillons plas variés et plus remarquables encore de ses immenses richesses minières.

Dans la section française, le Crensot avait nne exposition admirable dont nous parlerons en détail ; signalons seule-* ment en passant sa belle classification des aciers, sa série d'échantillons de fer, de fonte et d'acier, son cylindre à triple enveloppe pour machine marine, pesant 9 000 kilogrammes, et ses échantillons de minerais oxydulés magnétiques.

La maison A. Quillacq et C% d'Anzin, qui s'était déjà fait remarquer à l'Exposition de 1867 par sa bonne construction de matériel pour les mines, était très-bien représentée à Vienne. Sa machine d'extraction , munie d'une détente Guinote, a été surtout appréciée par les ingénieurs.

Les usines de Marquise (Pas-de-Calais) avaient envoyé un grand nombre de tuyaux à emboîtement fabriqués mécani** quement. Ces usines, dont le développement a été aussi rapide que considérable, ont livré en 1872, rien qu'en Allemagne et en Autriche, près de 18 millions de kilogrammes de tuyaux pour les villes suivantes : Berlin, 5 837 500 kilogrammes; Carlsruhe, 20800; Cassel, 25000; Chemnitz, 500000; Celogne, 3 631900; Francfort, 3 524 000; Cottinge, 540 000; Mayence, 1 494500;Nordhausen,588700;Offenbach,985 400; Kale, 10 800; Vienne, 500 500; Presbourg, 50000; Fiume, 206 000. Ces livraisons, comme on le voit, ont eu lieu aussi bien dans les districts possédant des fonderies que dans ceux qui, bien que n'en possédant pas, sont à proximité de grandes usines nationales.

La Société de la Vienne avait également de très-beaux échantillons de sa fabrication. Cette société est arrivée à une production quotidienne de 100000 kilogrammes de fonte se décomposant ainsi : 20 000 kilogrammes de tuyaux pour conduite d'eau et de gaz, 30000 kilogrammes de coussinets de chemins de fer, 10000 kilogrammes de moul-

Bge divers, et 40 000 kilogrammes do gueuses pour deuxième fusion.

MM. Mauget et LippraaQn , les dignes successeurs de MM. Degoussée et Laurent, exposaient la collectioa de leurs trépaos et de leurs appareils divers pour le fonçage des puits.

Les raélailurgistes de la Loire, qui devaient avoir une splendidc exposition collective dans la rotonde, étant arrivés un peu tard, se trouvaient disséminés à l'intérieur et mémo à l'estérieur de la galerie des machines. Là étaient groupées les belles tôles de Barrouin, sans rivales au monde ; les roues d'Arbei, celles de Brunon, de Deffassieux frères et Peillon. A côté, les bandages de Revollier, les ressorts et autres pièces d'acier de Firminy : spécimens réussis d'une excellente fabrication.

N'oublions pas de signaler dans la même section la carte géologique de la France et le profil géologique de Paris à l'Océan et aux Pyrénées, exposés par le ministère des travaux publics.

Nous avons remarqué dans la section suisse quelques beaux rainerais de fer du canton des Grisons et une carte géologique exposée par le département de l'intérieur de la Confédération.

En Belgique, les établissements de Seraing dominent aussi bien comme ateliers de construction que comme usines métallui^ques. Ils comptent en effet 4 sièges d'exploitation de houillères, 143 fours horizontaux, 2tf> fours Appold, 30 sièges d'exploitations minières. 5 hauts fourneaux, 2 fonderies de fer, 7a fours à réverbère, (2 laminoirs et 10 convertisseurs Bessemer, produisant annuellement 17 millions de kilogrammes d'acier. Les pièces de forge en acier et en fer e-xposéea par Seraing à Vienne ne présentaient aucun caractère saillant ni de nouveauté ni de diflicultés vaincues. C'étaient des spécimens en bonne matière, travaillés avec soin, voilà tout.

Les fontes de A/mci(r et celles de la société V Espéranùe soni

de très-bonne qoalité. L'exposition da ministère des travaux publics renfermait une carte instructive de la production, de la consommation et du transport des minerais métalliques en Belgique.

Le matériel pour l'exploitation des mines et des usines métallurgiques était très-bien représenté par un groupe important d'ingénieurs belges, parmi lesquels nous citerons :

M. Chaudron, qui exposait le modèle d'un trépan de 16 500 kilogrammes, le modèle de boite à mousse pour le cuvelage des puits et les plans des puits de marécage ; M. Briart, qui exposait son système de triage mécanique des charbons ; M. Guibal. qui avait envoyé son ventilateur et son contrôleur d'aérage. Enfin, M. Dulait, avec son haut fourneau, M. Libotte avec un nouveau modèle de cages à éclisses, et M. Nyst, dont le parachute agit sans choc môme sur des guides en fer.

La société civile des charbonnages du Hasard exposait le dessin d'un tunnel de 4000 mètres, exécuté à travers le calcaire anthraxifere et le terrain houiller, et les plans des appareils employés par elle au transport du charbon, au moyen d'une chaîne flottante sans fin , établie sur un parcours de 3 200 mètres.

Les Anglais et les Belges exposaient des tubes en fer de toutes les dimensions. Un diplôme d'honneur a été accordé dans cette spécialité à M. Chaudoir, le grand fabricant de Liège.

Les fers de Suède ont toujours été très-renommés, mais pefldant longtemps l'interdiction de l'exportation des minerais et plusieurs prescriptions restrictives ont arrêté l'essor que la métallurgie de ce pays devait naturellement prendre. Aujourd'hui cette industrie, débarrassée des entraves qui nuisaient à son développement, est très-améliorée et les forges suédoises sont pourMies de tous les appareils nouveaux usités en Angleterre, en Belgique, en France et en Allemagne. C'est ainsi que les inventions de Bessemer, de Siemens et de Martin sont en grande faveur et que les produits obtenus avec ces procédés sont d'une qualité d'autant supérieure, que les élé-

menls constitutifs sont plus riclicseninagiinùse et plus dùbai'rassùs de soufre et de phosphore.

L'exposition collective dite du Comptoir du fer était des plus rrussie : miDerais de fer, fonlc en gueuse, laitiers provenant des hauts fourneaux, barres do Ter et d'acier rien n'y manquait. Et comme en réalité tous ces produits étaient irréprochables, le jury a décerné un diplùmc d'honneur audit coinploir. Lus aciers supérieurs de l'uBinu do Faguersta et ceux exposés pur la société Lesjofara sont également dignes de la réputation de la Subdo.

Comme nous l'avons dit plus haut, l'exposition métallurgique d'Allemagne était la seule tout à fait complète, la seule qui oflt-ait aux visiteurs un intérêt capital tant au point de vue des richesses minéral ogiques qu'elle renfermait qu'au point de vue de leur classemeut méthodique et des échantillons remarquables en fer, en fonte et en acier.

Plusieurs grandes annexes contenaient les expositions collectives. Krupp avait un bâtiment spécial dont l'heureuse disposition permettait d'embrasser d'un coup d'œil l'ensemble des produits cl d'e.xaminer ensuite chaque objet d'aussi prîjs qu'on le désirait.

Nous n'avons pas l'inLention de passer en revue les innombrables collections exposées par l'Allemagne, nous nous contenterons de donner quelques détails sur les plus importantes et de consacrer une note spéciale à l'usine Krupp.

Tout d'abord nous signalerons les magnîliques cartes géologiques, les reliefs si bien combinés et les dessins d'une foule d'appareils propres à l'exploitation des mines. Jamais, dans aucune exposition, il n'a été donné au visiteur de pouvoir aussi bien étudier l'ensemble des possessions minières d'un pays et la série d'appareils employés pour l'extraction des minerais, la fabrication de la fonte et sa transformation en acier et en fer. La disposition des graphiques géologiques sur des cristaux parallèles permettait de juger en un instant toute l'étendue

d'une exploitation et la richesse des diverses couches utilisables. Sous le rapport de l'instruction des ingénieurs et des chefs d'usine ces reliefs, ces cartes, ces dessins et ces modèles avaient une immense valeur.

L'Allemagne occupe en ce moment le troisième rang parmi les pays producteurs de fer ; s'il est vrai que la Grande-Bretagne en produit quatre fois plus, il n'est pas moins vrai qu'elle approche beaucoup de la production des États-Unis, et qu'elle dépasse celle de France depuis l'annexion de TAlsace- Lorraine.

Comme production de houille, la Prusse a le deuxième rang en Europe. Sur une production totale annuelle de 190 millions de tonnes, l'Angleterre entre pour 120 millions, la Prusse pour 30 millions, la Belgique pour 16 millions, la France pour 14 millions, l'Autriche pour 6 millions et la Saxe pour 4.'

Les territoires cédés à l'Allemagne, à la suite de la dernière guerre, contenaient vingt-cinq hauts foumaux produisant plus de 200 000 tonnes de fonte et 1 50 000^ tonnes de fer, et en outre 9 000 hectares de gisements de fer et des mines de houille produisant 180 000 tonnes (1).

Dans ces deux dernières années, la consommation du fer en Allemagne s'est accrue dans d'énormes proportions ; les causes de cet accroissement sont la nécessité de fournir aux chemins de fer des rails et du matériel roulant et en outre la demande, continuellement croissante, de toutes autres espèces de fer et d'acier.

Bien que la production intérieure en 1872 accuse un développement tout à fait hors ligne, le mouvement d'importation et d'exportation, pendant cette môme année, donne un accroissement considérable sur le même mouvement en 1868.

(!) Nous aurions bien désire pouvoir publier dans cette élude des renseignements aussi complets que ceux qui suivent, pour tous les pays ; mais les éléments nous ont fait défaut, et nous n'avons pu nous les procurer que pour rMlemagne et rAulriclio.

! résultat des importations et dt'a exportations

persspéciaQi

Vontps et aciers moulé;. ,

[cchioes et appareils divers.

837 114 tonnes. 356 769 tonnes.

ces chiffres, comparés à ceux de 1868, accusent eu faveur de l'année dernière une augmentation dans les importations de à 26 pour (00 pour la fonte, de 361 pour 100 pour le fer, de 154 pour 100 pour les rails et de 128 pour 100 pour l'acier. Les exportations se sont aussi développées rapidement. La fonte expédiée au dehors est en augmentation de 48 pour 11)0, le fer de 191 pour 100, les rails de 146 pour 100, l'acier de 11,7 pour 100.

L'usine Krupp, à Essen , est parvenue aujourd'hui à un développement colossal, et les produits envoyés à Vienne ont excité l'admiration de tous les connaisseurs.

Dans les expositions universelles qui ont précédé celle de Vienne, à Paris et à Londres , Krupp envoyait des pièces hors ligne, qui surexcitaient l'attention des métallurgistes, mais qoi passaient pour des tours de force exécutés spécialement en vue d'une exposition. A Vienne, quoique les objets exposés fussent pins extraordinaires encore, on comprenait qu'on était en présence d'une fabrication gigantesque, mais courante, normale.

On a cru longtemps que la réputation des aciers d'Kssen provenait d'un procédé mystérieux de manipulalion des minerais. Cela n'avait rien de fondé : te secret du succès de

Krupp, c'est la connaissance intime de l'acier fondu et des matières les plus convenables à employer ; c'est un soin minutieux pris, dans toutes les opérations de transformations, pour maintenir la qualité des mélanges, lesquels consistent notamment en acier puddlé , fondu avec addition d'un peu de peroxyde de manganèse et d'une faible proportion de fonte miroitante. C'est, dès le début, un rigorisme absolu dans la surveillance des produits expédiés et la régularité constante dans les livraisons. A tout cela, il faut ajouter que l'usine Krupp a été favorisée par des circonstances très-heureuses : de fortes commandes , l'appui de l'Etat et surtout par l'acquisition, en temps opportun, de mines de fer très-riches et de houillères de premier ordre.

Krupp fait un grand usage du procédé Bessemer, et bien qu'en 1867 aucun de ses produits ne portait l'indication de ce procédé, il est de notoriété publique que dix-huit convertisseurs fonctionnaient déjà à Essen.

Du reste, le système prussien qui consiste à refuser des brevets aux bonnes inventions pour en réserver l'application gratuite aux industriels du pays, a reçu aussi bien pour Bessemer que pour Giffard, Gramme et tant d'autres Français, une suite d'applications qui montrent combien la Prusse a peu le sentiment de la dignité commerciale et industrielle.

Moins importante que celle d'Essen, l'usine de la société Bochune, en Wcstphalie, n'en est pas moins une des plus grandes et des plus florissantes du continent. Sa production d'acier, dont les trois dixièmes sont exportés, s'est élevée, en 1872, à 48 000 tonnes.

Cette usine possède 16 fours à puddler, 220 fours à fondre l'acier, 7 appareils Bessemer. Elle emploie 5 600 ouvriers.

Bochune a une spécialité : il moule en terre ; le travail de forge, qui domine chez Krupp, n'est chez lui que secondaire. L'hélice exposée à Vienne était d'une belle venue ; elle pesait 9 000 kilogrammes. Nous ne mentionnerons ni les cloches, ni

les pièces pour chemins de fer, car l'Exposition de 1867 possédait des spécimens d'une égale valeur, sinon supérieure à ceux qui figuraient à Vienne.

Krupp et Bochune ont obtenu Tun et l'autre le diplôme d'honneur; la môme récompense eût, sans nul doute, été accordée au Creusot, si M. Henri Schneider n'avait pas fait partie du jury international.

Le diplôme d'honneur a été également donné à la section des mines du ministère du commerce de Prusse, pour ses cartes, ses dessins et ses tableaux .

Burbacher^ de Saarbriich, exposait un fer en Z de 26 mètres de longueur sur 0'",157 d'âme, 0",09o d'ailes et 0",0I2 d'épaisseur; une poutre creuse, formée de 4 fers en U rivés deux à deux, de 20 mètres de longueur, 0'",163 de partie droite, O',070 d'ailes et 0", 13 d'épaisseur ; une seconde poutre analogue à la première de 19",20 de long, 0",280 décote, 0°*,086 d'ailes et O^jOU d'épaisseur et deux fers en E cintré sur un diamètre de 4 mètres de 0"*,20 de hauteur sur 0",06 de largeur d'ailes.

Jacques Piedbœuf, de Dusseldorf, se faisait remarquer par de magnifiques tôles cintrées pour chaudière et réservoir, exécutées complètement au moyen de la presse hydraulique.

En Autriche, nous avons rencontré plusieurs choses trèsremarquables, entre autres les dessins et modèles exposés par le ministère de l'agriculture, les envois des forges de Bohême et l'exposition des forges impériales et royales de Moutan.

Un rapport ofQciel sur l'exploitation des mines en Autriche donne les renseignements suivants pour l'année 1871 :

En 1870, la valeur de la production a été de 61 500522 fr. 50 ; en 1871, de 89 135 970 francs (27635447 fr. 50 de plus que Tannée précédente). En tout, l'exploitation des mines et des fonderies en 1871 dépasse en valeur celle ^e 1870 de de 34 051 265 francs.

Ces résultats favorables de l'exploitation des mines sont dus

à une production de houille et de fer qui va rapidement augmentant.

La production de houille s*est élevée de 3 355 915 400 ki grammes en 1870 à 3 886981 950 kilogrammes en 1871, e augmenté par conséquent de 531 066 550 kilogrammes ou 15 pour 100; la production des lignites s'est élevée 3 086 667 450 kilogrammes en 1870, à 3 767 494 500 ki grammes; Taugmentation totale de la production des ch bons s'est donc accrue de 1212 863 050 kilogrammes ou près de 40 pour 100, tandis que la valeur totale de ce proc s'est élevée de 56407 405 francs en 1870 à 75 870 760 francs 1871, ce qui représente une augmentation de 19463365 fra ou de 34 pour 100.

La production du fer offre des résultats non moins satisf sauts. L'exploitation des minerais de fer en 1870 a atteini chiffre de 745 670 350 kilogrammes, et s'est élevée , en 18 à 771 397 600 kilogrammes ; elle a donc augmenté 25 727250 kilogrammes. Ces minerais ont donné en IJ 248 723 650 kilogrammes, en 1871 260 450750 kilogrammes fer brut, représentant une valeur respective de 48 457022 fr, et de 50 694 890 francs.

Par conséquent, la production du fer en 1871 a augme d'une valeur de 2 237 867 fr. 50.

Les ateliers des chemins de fer de l'Etat à Vienne, d M. Haswell est l'ingénieur en chef, avaient une très-belle rie de pièces de forge pour locomotives, exécutée au mo; d'une puissante presse hydraulique. Les roues, boitei graisse, têtes de piston, manivelles, etc,, obtenues par le p cédé Haswell, sont non-seulement bien parées, pour pai comme les forgerons, mais elles ont les fibres du fer convei blement disposées, ce qui leur assure une solidité excepti» nelle.

Une visite aux ateliers de la Statbhann nous a permis nous rendre compte de la facilité avec laquelle s'opère le i

PROGRÈS RÉCENTS DE LA MÉTALLURGIE, iU

Iriçage, ainsi que du bon marché de la fabrication, et surtout do la supériorité des pièces obtenues sur celles faîtes à l'aide du marteau-pilon.

La Hongrie était bien représentée par les forges de Schlosaer- Albert, de Waldstein-Wartenberg. du comte de Csaky et par les beaux fers magnétiques de Hoizmann.

Nous avons remarqué dans la section turque beaucoup de minerais de fer, très-riches et très-propices à la l'abricalion de l'acier, mais nous n'avons aucun renseignement sur l'importance des mines et sur la facilité de leur exploitation.

L'exposition russe méritait un examen approfondi ; on y trouvait tout d'abord la collection des minerais de Finlande et les pièces de fer, de fonte et d'acier Bessemer de Poutilofi', i Sai r t- Pétersbou rg.

usine Poulilolf possède 7 roues hydrauliques, 32 moteurs leur, -i hauts fourneaux, 83 fours à puddler, 377 forgea, laminoirs, 14 pilons et 155 machines-outils. Elle emploie i 000 ouvTiers et fournit annuellement pour 17 millions de francs de produits divers. Comme on le voit, il est peu d'établissements, en Europe, aussi bien outillés et employant un aussi nombreux personnel.

Le prince Demidolf exposait, entre autre choses, une magnifique collection de minerais d gangues de fer et des échantillons de l'oiite de fer et de tôle façonnés. Les établissements de Nijni-Taguii ont une célébrité universelle, maia ils sont plus connus pour leurs richesses en cuivre, en platine et en malachite que comme usines sidérurgiques; cependant ils ont employé, en 1872, 80 000 tonnes de minerais de fer qui ont servi à la fabrication de 8 O'IO tonnes de fer en barre, 10 000 tonnes de t(Me et 9 000 tonnes de rails.

La population ouvrière des O-xploitations du prince DemidolV dépasse 50 000 personnes des deux sexes.

Les usioes Rastorgouief, pour la fabrication des ionh's mou-

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lées, des tôles polies et des fers marchands, dont l'exposition , était fort belle, occupent 5 500 ouvriers. Ces usines produisent 16 000 tonnes de fonte.

M"' la comtesse Nadine Stenbock- Fermor avait envoyé plusieurs modèles d'installation de ses usines de VerkUIssetsk et des échantillons des produits qu'elle fabrique. La production annuelle de la fonte est d'environ 22 000 tonnes, et le nombre des ouvriers ou employés dépasse 5 000.

La fonderie de canons de Perm exposait des échantillons d'acier tordu à froid, le modèle réduit d un marteau-pilon de 50 tonnes, le modèle grandeur d'exécution de l'enclume de ce pilon et un canon formidable.

L'enclume du pilon de Perm (croquis pi. 60) pèse 633 000 kilogrammes; elle a été fondue surplace.

Le canon a un orifice de 0"',305, il pèse 40000 kilogrammes. La fermeture est du système français Traille de Beaulieu, l'affût en fer a été combiné par le colonel Semonoff. Le tube intérieur d'acier est renforcé par quatre rangs de frettes serrées par refroidissement.

Dans le rapide examen que nous venons de faire, nous nous sommes, à dessein, très-étendu sur l'importance des usines étrangères afin de montrer les progrès réalisés dans divers pays depuis peu de temps. Mais, si nous avons complaisamment énuméré les richesses en minerais de fer et en houille, et l'excellence de la fabrication en Allemagne, nous n'avons jamais sous-entendu que l'industrie française fût restée en arrière. Nous reconnaissons volontiers que les Allemands sont très-^studieux et très-savants, nous croyons toutefois qu'ils ne possèdent pas les facultés créatrices qui seules peuvent faire progresser sûrement une industrie.

L'Exposition de Vienne a donné tant de relief à la métallurgie allemande, que nous avons cependant entendu dire, que nous avons même lu dans plusieurs journaux spéciaux, que la France était au deuxième rang aujourd'hui pour l'exploitation

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des mines et le travail des métaux. C'est là, suivant nous, une erreur complète qu'il importe de relever et de combattre.

Les tôles exposées par Barrouin, de Saint-Etienne, étaient les plus beaux spécimens de laminage de toute l'Exposition de Vienne ; les roues Arbel et celles de Brunon frères sont incomparablement mieux faites que celles des pays allemands; les aciers Martin, de Firminy, sont beaucoup plus remarquables que les aciers similaires exposés par la Suède. Cela prouve que si nous ne possédons pas, près de nous, les éléments constitutiCs d'une bonne fabrication, nous savons les choisir et les employer supérieurement.

Mais nous avons un argument capital à opposer à nos dé-> tracteurs.

Tous les grands travaux métallurgiques que l'Autriche vient de mettre en adjudication depuis quatre ans ont été donnés à des constructeurs français : Cail, Fives, Gouin, le Creusot, etc.; c'est une maison d'Anzin (Quillacq et C) qui fournit en Allemagne le plus grand nombre de machines d'extraction ; en* fin, MM. Pinard, à Marquise, ont livré, en 1872 seulement, iS millions de kilogrammes de tuyaux de conduites d'eau en Prusse et en Autriche. La canalisation de Berlin même a été faite avec des tuyaux de cette usine. Qu'on ne vienne donc pas prétendre que nous sommes en arrière. Nous ne réclamons aucune suprématie, mais il nous est impossible d'entendre dire, sans le démentir hautement, que, malgré ses malheurs, la France n'ait pas conservé son haut rang industriel.

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