CHAPITRE V
^ En général les constructions de l'Exposition de Vienne avaient un caractère monumental plus accentué que celles des expositions précédentes; la rotonde surtout oUVait au visiteur un sujet d'étude architectural d'un grand intértU.
La coupole a lOo mètres de diamètre et 85 mètres do hauteur totale; elle est entièrement en fer. Le dôme de l'exposition de 1 862, dont on a tant parlé, n'avait que 50 mètres de diamètre ; celui de Saint-Pierre, à Rome, ne dépasse pas 45 mètres; celui des Invalides, à Paris, est encore plus petit.
Vue du dehors (pi. H), la rotonde semble couverte par un vaîitc entonnoir renversé; elle est pour ainsi dire écrasée sous la pression du toit, et nî la jolie colonnade supérieure ni la
t6 GONSrBUCnONS.
eouroane qui la sarmonte ne parviennent à donner an monn* ment l'élégance que l'on cherchait à obtenir. De l'intérieur, bien qu'on descende de 2 mètres pour arriver au sol, les colonnes paraissent hors de proportion avec la coupole, on les voudrait beaucoup plus élevées. La salle est grandiose, l'effet est puissant, mais on est plus étonné que séduit, et l'on admire davantage les vastes dimensions et la belle exécution du travail que l'harmonie des proportions et la beauté de l'architecture.
Scott Russell, ingénieur anglais auquel on doit le Great- Easiertij avait proposé à la commission autrichienne de faire une coupole au centre de la grande galerie de 250 mètres de diamètre, afin d'offrir à l'Etat un emplacement couvert gigantesque pour les fêtes et les cérémonies officielles : séance d'inauguration, distribution des récompenses, réception des souverains, etc., etc. La dépense nécessaire à la réalisation de cette idée était telle, que, malgré le parti pris de ne rien épargner pour éclipser les expositions précédentes, on dut renoncer à son exécution, et on adopta définitivement un projet du même ingénieur, analogue au premier, mais avec un diamètre réduit à plus de moitié.
Plusieurs grands constructeurs soumissionnèrent l'exécution du projet définitif, et c'est la maison bien connue de Jean Harkorl, de Duisbourg, en Westphalie» qui, ayant fait le plus grand rabais, fut déclarée adjudicataire de la totalité du travail. Le prix, comprenant le transport, le montage et la peinture, fut de 48 fr. 75 les iOO kilogrammes, bon marché sans exemple lorsqu'on le rapproche de la valeur du fer brut et du charbon de terre en 1872.
Notre croquis (fig. i) donne une idée très-exacte du système de construction imaginé par Scott Russell, et le dessin d'ensemble (fig. 1, pi. 11) montre l'agencement des bâtiments longitudinaux et transversaux avec la rotonde. Quelques notes empruntées au cahier des charges du constructeur com-
CONSTRUCTIONS. tT
léteront les rensoignements nécessaires à l'iatelligence de oe sraarquable édifice.
Fig. i.
L'entreprise comprend la fourniture, Térection et Taclièemeut dans le Prater, à Vienne, d'un pavillon central en fer
tt ooNsnucnoKs.
fidaant partie da groupe de bâtiments élevés pour TExposition internationale de 1873.
Fanme. Le bitiment doit être circnlaîre et snrmonté d*ane coupole cylindro-coniqne. Le diamètre intérieur de centre en centre des colonnes sera de 104*,979; la hauteur du sol au faite, de 76 mètres.
Maiériamx. La construction sera entièrement en tôles et fers d'angle, rivés comme le sont les poutres de ponts ou les coques de navires. La quantité de fer dépassera 2 000 tonnes. Sa qualité sera la même que la qualité supérieure employée dans des constructions analogues. Les fers porteront la marque des fabricants. Les principales parties de Tœuvre consistent en tôles de 13 millimètres d*épaisseur et en fers d*angle de 0,10 sur 0,10.
Camsiruciion. Les tôles et les cornières seront assemblées à l'aide d'une seule rangée de rivets distants de 0*,lo2 les uns des autres. Les joints longitudinaux des tôles seront à recouvrement et ceux des extrémités bout à bout avec un couvrejoint extérieur. Le tout maté et parfaitement étanche. Presque tout le travail est en ligne droite ou en courbe, mais dans une seule direction. Aucune pièce n*a besoin d*ètre forgée.
Géométrie. La ligne de base pour la construction du bâtiment est un cercle dont le périmètre mesure 328*, 32 ; le rayon de pente est de 60*,80, ce qui donne une inclinaison de plus de 30 degrés.
Toii. La couverture comprend trois degrés : le premier s*élève à 43 mètres et finit par une plate*forme de 6 mètres de large ; le second est un cylindre perpendiculaire de 9 mètres a\ec une seconde plate- forme de 3 mètres de large ; le troisième commence à cette plate-forme supérieure et se termine par une couronne colossale.
Le dôme est supporté par trente piliers en tôle de 24 mètres de hauteur, 1*,20 de largeur et 3 mètres d'épaisseur. Ces piliers sont éloignés les uns des autres de 1 1 mètres. Les
supports et le toit sont rivés ensemble comme le reste de la construction.
Le toit proprement dit est un tronc de cône en tôle de 1 3 millimètres d'épaisseur sur lequel sont rivés trente poutres de redressement ayant 1",25 de hauteur à la base et allant en diminuant jusqu'au sommet, et sept anneaux réunissant les poutres de redressement. Cet ensemble pèse à lui seul 1 000 tonnes, soit 120 kilogrammes par mètre carré couvert.
Suivant les calculs de Tauteur du projet, la base des colonnes devait arriver toute faite des ateliers, être fixée sur les blocs de fondation et les colonnes montées à hauteur sans le moindre échafaudage. Les ouvriers travaillant à Tintérieur comme ils font pour les cheminées, on aurait placé à la partie supérieure des colonnes une poulie avec une corde pour monter tous les matériaux de la toiture. Les colonnes eussent été réunies entre elles au moyen d'un petit échafaudage volant, puis on eût posé sur tout le pourtour le premier anneau de la base conique. Les riveteurs, suspendus sous les tôles par des boulons, auraient pu faire leur travail sans aucun danger, et ils devaient poser les segments de poutres et les entretoises circulaires en môme temps que les tôles pleines du toit. Par ce moyen, le prix de l'érection de la rotonde aurait été à peu près nul, puisqu'il se confondait avec le travail de construc-' tion. Malheureusement l'entrepreneur avait pris ses dispositions pour agir aulrement ; il fit usage d'un énorme échafaudage, et les ingénieurs ont perdu l'occasion de se rendre compte des avantages complets du système Scott Russell.
Cette rotonde, avec sa galerie de pourtour, ses fondations et décorations, a coûté plus de 2 millions, soit 120 francs par mètre carré. La partie métallique seule peut-être évaluée à 80 francs le mètre carré, couverture comprise.
Lorsqu'on compare ces prix de revient à ceux du palais de l'Industrie en 1867, on constate une augmentation extraordinaire, car malgré le prix de base de 59 francs les 100 kilogram-
mes, payés aux entrepreneurs des bâtiments du Champ de Mars, le mètre de surface couverte n'a pas dépassé 76 fr. 7ft ainsi répartis :
Terrassemeolet charpentes en bois. I2'40 par mètre carré.
Charpentes en fer 52 ,02 —
Couverture 5 ,70 —
Décoration, peinture 3 ^71 —
Planchers et dallages 1 ,34 —
Frais généraux 1 ,89 —
ToUl 76^76 ^
Pour être juste, il est bon d'ajouter que ce dernier prix se rapporte à la construction totale du palais de 1867, tandis que les chiffres de 120 et 80 francs n'étaient relatifs qu'à la rotonde de 1 873 et à son pourtour; les galeries ayant coûté bien meilleur marché, on ne peut réellement admettre qu'une diffé* rencede moitié dans les prix de revient, ce qui est déjàassez important pour faire rejeter les constructions métalliques à toit conique et à galeries superposées lorsque la question écono^ mique sera mise en avant.
C*est également M. Harkort qui exécuta les galeries du palais. On devait faire les fermes en bois, mais les charpentiers de Vienne se liguèrent pour demander un prix exagéré et la commission préféra substituer le fer au bois ; d'autaAt plus que le réemploi des matériaux parut plus avantageux et que les risques d'incendies diminuaient sensiblement.
Les galeries principales (fig. 2, pi. II) ont 25", 60 du dehors en dehors et 22", 800 du dedans au dedans des piliers; leur hauteur à la naissance de l'arc est de 16", 940 et au milieu de 22", 875. Les piliers ont été dissimulés sous des revêtements en bois d'un bon aspect, les fermes sont formées de poutres américaines en arc de 1",55 de hauteur entre les plates-bandes et de 4 mètres de flèche.
Les fondations ont été faites sur des pieux de 0",25 de dia-
nONSTROCTIONS, .11
I plaotjs îi i^iSO entre axes et enlbncés do !) à i niôlrps. LcB tfites de ces pieux furent réunies avec des poulres sur lesquelles sont élevés los murslatéraiLt. Les colonnes reposent sur quatre ou six pieax. Les planchers sont à claire-voie pour que la pouBBÎère poisse tomber entre le sol du parc et le plaocher.
Le montage de la superstructure s'est effectué au moyen de quatre grues roulantes qui niarcluiient sur les poutres inl'érieuros reliant les tiMos des pieux. On plaçait les deux oolonnes, une de chaque coti-, et on élevait ensuite la charpenlo d'une travée préalablement rivée.
La couverture est en zinc.
Entre chaque colonne sont placées des ten^'tres d'éclairage de 4"°, 20 de large sur 3"°, 30 de hauteur.
Les galeries transversales sont du méinc genre de construction que lagalerie principale ; leurs dimensions seules sont réduites. La largeur du dedans au dedans des colonnes n'a que tî",50et la hauteur 80U8 ta naissance des arcs, Ur, 420.
Pour toute ornementation on a disposé dans les galeries une grande quantité de peintures à la collo sur toile commune, dont l'effet est satisfaisant.
Toute cette partie du palais, maçonnerie, fermes, colonnes, couverture, décoration intérieure et extérieure, est très-réussie, et si les cours étaient restées, comme au projet primitif de la commission, semées de gazon et de fleurs sans aucune construction, tout aurait été pour le mieux.
La ventilation s'effectuait par la rotonde, qui servait dp cheminée d'appel ; l'air froid pénétraitpar les interstices du plancher ou par les portes et les fenêtres, mauvaise disposition s'il en fut qui rendait certains points du palais tout à fait inhabitables.
Tous les bâtiments situés entre le palais de l'Industrie et la galerie des machines destinés aux expositions des instruments d'agriculture ainsi qu'aux annexes du métallurgie, de machines
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et de plusieurs autres groupes, étaient entièrement en bois. Les pavillons allemands pour l'instruction, le travail des métaux, l'exposition Krupp, etc., avaient été étudiés sur un type spécial très-original et d*une bonne construction.
La galerie des machines que le chemin de fer du Nord vient de louer pour en faire un dépôt de matériel, est formée d*une partie centrale de 28 mètres de largeur sur 20 mètres de hauteur totale et de deux à-côtés de 8", 50 de profondeur sur 4'",25 de hauteur moyenne (pi. II, fig. 3). Sa longueur totale est de 797 mètres; Técartement entre les piliers de 7*. 14, le nombre de travées de 110. Les piliers sont énormes et on ne comprendrait rien à leurs dimensions (1",580 sur 1*,200 à la base) si on ne savait que la brique dont on s'est servi n'a pas une bien grande résistance.
La couverture est formée par un comble Polonceau dont la hauteur du poinçon est de 6 mètres. Les fenêtres sont placées de chaque côté à 6 mètres du sol.
11 n'y avait pas de promenoir supérieur, comme en 1867. Seulement sur une partie de la longueur se trouvait un bftti pour transmission, composé de colonnes, de poutres et de rails longitudinaux.
Il nous reste à signaler la construction en bois et briques de la galerie des beaux-arts, dont l'architecture a été très-remar* quée ; le modèle de la fontaine de Achmed II; le palais du viceroi d'Egypte , et les pittoresques chalets de Suisse et de Suède en face des galeries occupées par ces nations. Le pavillon de la commission française était décoré avec un luxe princier, et il renfermait une série d*objets d'art et de spécimens d'ameublement qui firent l'admiration de tous les visiteurs.