‹ Description des machines les plus remarquables et les plus nouvelles à l'Exposition de Vienne en 1873Chapitre 43 sur 107 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

HKUUHll , DUCOmirN KT ST£UfLE|l.

A tout seigneur tout honneur. Pour nous, l'établissement Ducommun est celui qui a poussé le plus loin la perfection dans la construction des machines-outils. Avec Sharp, Stewart et C* et Sellers, il formait le groupe des maîtres de l'outillage à l'Exposition de Vienne. La maison Sharp, Stewart et C* a des outils bien établis, largement compris, savamment agencés dans toutes leurs parties ; Sellers est d'une ingéniosité dont rien n'approche; Ducommun excelle dans la netteté des formes et dans l'exactitude mathématique de Tajustage. Sharp, Stewart et C sont avant tout constructeurs de locomotives; quand ils ont besoin d'une machine, ils l'étudient pour leur usage personnel ; et dans le but de diminuer les frais de modèles et d'alimenter de travail un noyau d'ouvriers choisis, ils vendent aux constructeurs quelques exemplaires de la même machine. Sellers s'occupe spécialement d'outils de forges, de laminoirs, fours rotatifs, etc. Ducommun ne fait que des machines pour les ateliers de constructions mécaniques, et c'est pour cette raison que ses produits sont si soignés, si élégants, si réussis.

Depuis que M. Steinlen est devenu l'associé de la maison et l'un de ses directeurs-gérants, une nouvelle impulsion a été donnée à la fabrication des outils, mais toujours dans la voie d'améliorations successives qui ont fait la réputation de J. Ducommun.

Le prix des machines exposées avait d'abord éloigné les acheteurs ; mais, au fur et à mesure que les ingénieurs et les constructeurs examinèrent en détail cette belle série d'outils, leur vente s'effectua comme par enchantement.

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I planche 10 représente, en élévRtioii. en profilet en plan la fraiseuse verticale, une des plus belles machines de Ducommun. Une description nous paraitsupcrllue, d'autant plus que, gnoique de création ri^cente, ce modèle est d6jà très-répandu dans l'industrie, que tous ces mouvements horizontaux et verticaax sont bien connus des constructeurs. Bornons-nous à dire que cette machine a de larges surfaces dans les parties frottantes, une bonne assise dans le bâti, lo plateau, la table et !e porte-outil, et qu'en général toutes les pièces qui travaillent un peu fort sont en fer au bois cémenté et trempé.

C'est, du reste, un principe adopté par la maison Ducommnn de soumettre h. la trempe tous les organes qui fatiguent ou qui sont susceptibles de s'altérer par des frottements prolongés ou par des mouvements brusques. Rien de meilleur comme résultats pratiques, rien de plus propre h assurer un service de longue durée aux machines-outils.

Le tour à fileter et à charioter que nous donnons (planche M) est éj^ralement fort connu ; mais, comme nous avons quelques petites critiques à présenter, nous allons le décrire Bucoinclement.

Le banc, formé d'une double flasque en fonte bien nervée, repose sur trois supports ordinaires. La poupée-pointe est assujettie sous le bano au moyen de <Ieux forts boulons. Le débrayage du harnais est obtenu par un excentrique manœu- ^Téparun levier; l'arbre intermédiaire est tenu en place par une broche qui pénètre en mùme temps dans le support et dans l'excentrique. Comme la pointe est butée extérieurement, le mouvement de la vis pour le filetage est obtenu avec six engrenages et deux axes intermédiaires.

L'arbre repose sur la poupée dans deux coussinets cylindriques en bronze. Le plateau est muni de chiens de serrage en fer trempé, permettant de tenir la pièce extérieurement et intérieurement.

La contre-pointe reçoit son mouvement d'une vis intérieure

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agissant directement dans l'axe du tour ; Técrou est rapporté dans le manchon (fîg. 3). Le serrage est obtenu par une vis resserrant deux oreilles latérales (fig. 4).

Le profil de la vis est un carré à angles arrondis, offrant une bonne tenue dans l'écrou, mais présentant le petit inconvé* nient d*être quelquefois difficile à emboîter. Les dents de la crémaillère sont renversées» ce qui les préserve de toute pous* sière.

Le support à chariot permet de faire prendre à Toutil toutes les positions désirables. Tous les leviers pour le débrayage et l'embrayage du mouvement longitudinal et transversal sont placés à la portée de la main de l'ouvrier, ce qui rend la manœuvre extrêmement facile.

M. Steinlen, auquel nous demandions : 1* pourquoi il ne supprimait pas la crémaillère pour charioter et fileter avec la vis ; 2* les raisons qui lui faisaient préférer, pour l'arbre de tour les coussinets et la butée aux bagues coniques adoptées par Withworth et Varal, nous répondit que le travail du filetage devait être fait avec le plus grand soin, qu'une vis fatiguée par un chariotage rapide perdrait sa précision et qu'en général dans un atelier bien outillé il était bon d'avoir des tours à crémaillère pour le chariotage et des tours à vis pour le filetage ; ce qui n'empêcherait pas, bien entendu, de posséder quelques tours complets pour les ouvriers faisant la réparation ou des travaux complexes. M. Steinlen n est pas partisan du chariotage fait avec la vis à cause des variations de vitesse dont on a besoin, surtout quand on ramène le chariot à la main, ce qu*on n'obtient bien qu'avec la crémaillère; il n'admet pas davantage la suppression de la butée, qui seule permet de maintenir convenablement Tarbre sans frottement exagéré. L'emploi des bagues présente, toujours d'après le savant praticien, plusieurs petits inconvénients; d'abord elles sont difBciles à bien faire et puis elles rendent le démontage de la pointe presque impossible sans aide.

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Malgré les bonnes raisons de M. Steinlen, nous pensons qne la simplicité est une condition de succès dans un outil et que, pour la plupart des travaux usuels, un tour avec une vis un peu forte peut parfaitement remplacer un tour avec vis et crémaillère, surtout si on a soin de faire un écrou, comme ceux des maisons Cail et Mazeline, enveloppant presque toute la vis et guidé dans une double rainure. De plus, le chariotage fait avec la crémaillère laisse souvent des traces qu'on évite avec l'emploi de lavis.

Quant à la butée, moins aflîrmatif, nons reconnaissons volontiers que le système Ducommun a du bon, surtout au point de vue du démontage ; mais nous ne saurions critiquer l'emploi des bagues coniques sans butée, qui suppriment un axe intermédiaire et deux engrenages du harnais, donnent une bonne tenue a l'arbre et conservent mieux à la pointe sa hauteur, car l'usure des bagues est moins rapide que celle des coussinets.

On travaille si bien chez MM. Hclmann, Ducommun et Steinlen que nous ne nous arrêterons pas îi la considération basée sur la difficulté d'obtenir des bagues parfaites en fer cémenté et trempé.

Nous avons encore une observation à présenter à la construction des tours Ducommun relativement à la contre-pointe, qai gagnerait à être faite comme celle de Gralfenstaden [Hg. 5), afin d'éviter le manque de tenue lorsque la pointe est à fond de course et pour permettre le graissage facile de l'écrou. L'ajustage mathématique du manchon dans son fourreau fait que, dans les tours Ducommun, la tenue persiste longtemps; aussi l'observation précédente s'applique surtout aux tours ordinaires moins soignés ; mais il n'en est pas moins vrai que la disposition figure 5 est préférable à celle figure 6, surtout 91 on a le soin de percer la vis de part en part pour pouvoir chasser la pointe avec une simple tringle.

Nous avons entendu dire par un ingénieur que les tours

iU HÇLIfANN, DUCQMIICIN ET STEINUEN.

Ducommun avaient des poupées un peu faibles ; c^ n'est pas notre avis, et nous partageons l'opinion d'un des membres du jury de l'exposition de Lyon, qui disait que dans ses ateliers, où se trouviùent des tours de différents constructeurs, il avait souvent remarqué que les tours Ducommun permettaient de façonner des pièces beaucoup plus lourdes que les autres systèmes, malgré leur apparence moins rustique.

Les lames extensibles ou lames finisseuses pour Talesage étaient aussi très-remarquées à Vienne ; et comme elles ne sont pas très-counues des mécaniciens, nous allons entrer dans quelques développements à leur sujet.

Pour opérer à la lame ordinaire un alésage exact, il est indispensable que cet outil, lorsqu'il achève le travail, coupe des deux cotés; il doit avoir nécessairement pour longueur, de tranchant en tranchant, le diamètre du trou fini. Si la lame ne coupait que d'un coté, le trou deviendrait conique, et cela d'autant plus sensiblement que la pièce à aléser serait longue et que la barre porte-lame aurait un faible diamètre. Pour le travail exécuté sur le tour, par exemple, le diamètre le plus faible du trou alésé se trouvera du côté de l'entrée de la lame; il s'agrandira à mesure que la lame se rapprochera du guide de la barre logé dans le plateau du tour.

Les lames de longueur fixe conservent leur dimension pendant un temps relativement trop court, dépendant soit de la qualité de Tacier employé pour la lame, soit de la dureté ou de l'inégalité de la matière à travailler; il faut quelquefois les affûter avant d'avoir terminé la passe; d'ailleurs ce n*est que par l'afTiitage, c'est-à-dire par le tâtonnement, qu'on parvient à donner à ces lames la dimension désirée, et il faut souvent s'y reprendre à plusieurs fois, comme il peut arriver à l'ouvrier d'affûter trop faible ; si on ne se contente pas de l'à-peuprès, il y a lieu d'opérer comme si la lame était usée, de la mettre au feu, de l'allonger au marteau et de recommencer l'afi'ûtage, au risque de ne réussir guère mieux que la première

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fois. A moins d'avoir plusieurs séries de lames de rechange, c'est un va-et-vient continuel de la machine à la meule et de la meule à la machine. Par suite surtout de la perte de temps qu'il occasionne, Tenlretien des lames est fort coûteux. Généralement on se contente d'aléser à un, deux ou trois dixièmes de millimètre en moins, puis on cherche à mettre le trou, tant bien que mal, cylindrique et, s'il est possible, à la dimension voulue, soit au moyen d'un cylindre en bois dans lequel on a enchâssé une lame d'acier que l'on soulève au fur et à mesure du besoin en interposant entre elle et le fond de son logement une ou plusieurs épaisseurs de papier ou de fer-blanc, soit au moyen d'une fraise à dents à fer trempé, ou en acier trempé, ce qui vaut mieux. Bien qu'il ne soit encore qu'un expédient, ce dernier outil, quand il est bien fait, peut seul donner un résultat à peu près satisfaisant ; mais, sans parler de son prix trèsélcvé de premier établissement, un grain dur dans le métal sufGt pour lui faire perdre sa dimension.

Les lames extensibles, que la figure 7, pi. 11, représente, se compose de trois parties, savoir : d'une lame principale A, terminée par un tenon en queue d'hironde a, pénétrant dans la deuxième lamé B, et d'un coin également en queue d'hironde c. Ces outils donnent le moyen de produire un travail sans retouche et parent à toutes les difficultés d'affûtage, à la dimension exacte des lames d'une pièce ; il suffit de leur donner à la meule la forme et le tranchant voulu, et de les préparer ensuite de façon à ce qu'ils entrent avec un peu de jeu dans la jauge, puis de les régler définitivement en enfonçant le petit coin jusqu'à ce qu'il force. Cette opération de réglage dans la jauge se répète chaque fois que l'usure de la lame la rend nécessaire.

Bien que ces lames soient aussi solides que les lames d'une pièce, il convient pourtant de ne s'en servir que pour achever l'alésage en ne prenant qu'un demi-millimètre environ ; leur iffûtage doit se faire, autant que possible, a la pierre du Le-

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