CHAPITRE XXXVI
HOTBUHS SCHMID. — OTTO. — LEHUIHN. -
(•tcnra Schmld.— Les deux moteurs exposés par M. Schmîd,
de Zurich, sont représentés planche 37. Le premier est destiné aux petits travaux en chambre, et le second est une véritable pompe à vapeur.
M. Schmid a surtout en vue l'utilisation de l'eau en chaîne des villes, et son moteur double n'était exposé que pour montrer que le mécanisme imaginé par lui peut aussi bien servir comme moteur à vapeur que comme moteur hydraulique.
Comme nous n'analysons en ce moment que les petits moteurs industriels, nous ne décrirons que l'appareil simple; il suffira d'ailleurs d'examiner le dessin de la pompe motrice pour en comprendre immédiatement le fonctionnement,
LemoteurSclimid se compose d'un bâti dans lequel se trouvent ménagés les conduits d'entrée et de (sortie de l'eau; d'un cylindre oscillant maintenu sur la tahle de distribution par deux leviers articulés reliés par une traverse à leur extrémité, d'un arbre à manivelle avec volant , d'un piston et d'une tige de piston servant de bielle motrice.
L'eaaen charge arrive par l'orifice central et pénètre tantôt
30â PETITS MOTEURS INDUSTaiELS.
d*un côté du piston, tantôt de l'autre, suivant la position du cylindre, qui sert lui-même de tiroir, l'échappement s'opère du côté opposé à l'arrivée, suivant les flèches indiquées sur le dessin. Un récipient d'air installé sur le tuyau d'arrivée amortit les coups de bélier et donne une régularité si grande à la marche, que la machine peut sans inconvénient faire 300 révolutions à la minute.
Les leviers sur lesquels repose le cylindre sont articulés sur les flasques des paliers de l'arbre, et la traverse qui les relie est maintenue à une hauteur convenable par une tige filletée qui permet de donner au cylindre l'adhérence voulue pour réduire les frottements à leur minimum. Cette disposition permet le démontage rapide du cylindre et le nettoyage des orifices sans arrôt prolongé.
Le moteur Schmid pourrait servir de pompe à bras, et, dans ce cas, il offrirait l'avantage d'être très-simple à installer et d'être moins sujet à des dérangements que les systèmes de pompes à boules et à clapets.
La construction des moteurs exposés ne laissait rien à dési-* rer, tout le travail d'ajustage était obtenu sur le tour, les pièces étaient rustiques, les conduits pour Teau larges, sans changements brusques de direction; en un mot, en admettant des eaux pures, ces moteurs nous paraissent établis pour fournir un service régulier et durable.
Us offrent d'ailleurs une sécurité indiscutable et peuvent être mis en marche et arrêtés par la simple manœuvre d'un robinet. Leur puissance peut varier de 10 à 25 kilogrammètres et la dépense d'eau est à peu près proportionnelle au travail fait; leur prix de revient n'a rien d'exagéré et ils peuvent s'in* staller dans un emplacement restreint.Malgré cela,ils ne peuvent s'employer que dans des cas très-rares et dans des villes tout à fait privilégiées comme service deau.
Tous les petits moteurs hydrauliques, quel que soit leur système, dépensent une quantité d'eau considérable et néces-
sitent une installation de tuyaux et de compteurs à eau souvent très-compliquée.
Les distributions d'eau à domicile sont d'ailleurs dans des conditions très -défavorables pour être utilisées à produire de la force motrice, les pressions varient à chaque rue, à chaque étage, et toute la canalisation est combinée pour amener des pertes de charge considérables.
Un moteur hydraulique rend au maximum 60 pour 100 de l'effet utile, ce qui fait que 1 litre d'eau tombant de 15 mètres ne produit que 9 kilogrammètres. Pour un travail moyen de 10 kilogrammètres par seconde avec 1 atmosphère et demie
de pression effective, il faudrait donc dépenser
= 4000 litres ou 4 mètres cubes à l'heure, et 40 mètres cubes en dix heures, ce qui est excessif.
La compagnie concessionnaire du service des eaux de Paris donne des abonnements au prix de 80 francs par mètre cube journalier pendant un an. Lorsque la consommation dépasse 10 mètres cubes, la dépense en argent pour le fonctionnement d'un semblable moteur atteindrait 80x40=3 200 francs par an, près de 1 0 francs par jour.
Dans les quartiers centraux, l'eau de l'Ourcq est amenée par des tuyaux spéciaux avec une pression d'environ 12 mètres, et 9on prix de vente est réduit à 40 francs le mètre cube. Au lieu de 10 francs par jour, on arrive à une dépense de 6 fr. 50, ce gui est encore beaucoup trop cher.
Mais ces chiffres, tout élevés qu'ils sont, sont loin de représenter la dépense réelle par unité de travail produit, car, ^it qu'on n'ait pas encore trouvé de bon compteur à eau, soit ]ue les compagnies concessionnaires ne veuillent pas en faire usage, on ne vend pas l'eau au mètre cube employé, mais par abonnement, en se basant sur les plus grandes consommations ^otidiennes. Ainsi un moteur de 10 kilogrammètres dont on De se servirait que six mois, reviendrait à 20 francs par jour
avec les eaux de la Seine, et à 13 francs avec celles de TOurcq. Il est bon d'ajouter que beaucoup de villes sont mieux pourvues d'eau que Paris, et qu'un moteur hydraulique est si commode, surtout lorsqu'il est aussi bien compris que celui de M. Schmid, que dans beaucoup de cas particuliers on le préférerait à tout autre système, malgré la dépense quotidienne qu'il occasionne.
Au point de vue pratique, on peut faire observer que les machines à eau sont sujettes à des réparations lorsqu'elles restent quelque temps sans fonctionner ou que les eaux employées sont trop calcaires. L'oxydation des cylindres, des pistons et des tables de tiroirs diminue beaucoup l'effet utile et augmente pour la même raison la dépense d'eau pour un travail donné.
Tout en reconnaissant le mérite particulier du moteur exposé par M. Schmid, nous ne croyons donc pas que son application puisse se généraliser dans les pays oîi on ne fait pas usage de compteur à eau, ni dans ceux oîi la pression est faible et le prix de l'eau élevé.
Employé comme moteur à vapeur pour la manœuvre d'une pompe ou pour tout autre usage, il pourrait rendre des services partout oh Ton chercherait la simplicité, sans se préoccuper de la consommation.
moteur Otto et l^aiifeii. — Deux systèmes de moteurs à gaz figuraient à Vienne, celui de Lenoir et celui d'Otto et Langen. Nous ne dirons rien du premier, dont la force dépassait 2 chevaux; le second seul doit trouver place ici, à cause de son petit modèle d'un quart de cheval.
Rappelons en quelques mots le principe de l'invention de MM. Otto et Langen(l).
Un piston se meut dans un cylindre vertical entièrement
(i) Pour les dessins el les détails complets de cet intéressant moteur, on peat consulter le mémoire de M. Schmid, paru en 1867 dans l" Annuaire des anciens élèves des arts et métiers.
PETITS MOTEURS INDUSTRFELS. 305
ouvert à sa partie supérieure, et au pied duquel arrive un mélange d'ail' et de gaz en proportion facultative.
La combustion de ce mélange produit d'abord la force ascensionnelle qui porte le piston au somnnet de sa course; la contraction des volumes, après cette combustion, laisse iutervenir par fractions la pression atmosphérique, laquelle fait descendre le piston à son point de départ; celui-ci agissant alors en vertu de cette pression, jointe au travail de gravité dû à son propre poids.
Dans la course ascendante, le piston et sa tige sont en quelque sorte isolés et sans action sur le mécanisme du moteur, et cela pour favoriser la plus grande extension des volumes qui ae combinent, se dilatent, et qui doivent lancer le piston à la ^^s grande hauteur possible dans le cylindre. ^^Au sommet de la course, l'isolement du piston cesse subitement; sa tige est mise en connexion rapide avec un système d'engrenages porté par l'arbre moteur, et colui-ci est entraîné avec sou volant par l'eûet des volumes déjà réduits par ie refroidissement.
Au bas de la course, piston et tige sont de nouveau isolés instantanément, et leur attache sur l'arbre moteur est neutralisée, mais celui-ci continue son mouvement de rotation en vertu de la force vive accumulée dans le volant jusqu'à ce qu'une nouvelle impulsion vienne le mouvoir directement.
L'inflammation du gaz et de l'air a lieu au moyen d'un bec de gaz extérieur, comme cela a lieu dans les machines système llugon.
Le mélange se fait dans la proportion de 6 pour 100 de gaz et de 9i pour 100 d'air.
Un moteur Lenoir dépense 2"', 600 par force de cheval et par heure, tandis qu'un moteur OttoetLangen ne dépense que l mètre cube de gaz pour le même travail. Pour un quart de cheval, on peut compter sur 3 ou 4 mètres cubespar jour au maximum.
306 PETITS liOTEUBS INDUSTRIELS.
Le moteur Olto et Langen perfectionné est facile à installer et à mettre en mouvement ; il se dérange peu et son emplc est excessivement économique. Son seul inconvénient réside dans le bruit, qui dérange beaucoup les locataires d*une maison, surtout si rinstallation est faite à un étage supérieur.
Nous savons que les efforts tentés dans la même voie par M. de Bischopp sont sur le point d*être couronnés de succès, et il est probable que la solution du problème des petites forces par Texplosion du gaz aura prochainement un bon modèle i présenter à l'industrie.
]ll«le«r à air chaud, «jatèHie Iiehnumn. — - L'emploi de l'air chaud dans les machines motrices a trois inconvénients principaux : l'emplacement exigé pour la machine est considérable par rapport à sa puissance ; la quantité de combustible brûlé par force de cheval et par heure est supérieure à celle exigée pour la marche d'une machine à vapeur; enfin, la haute température à laquelle sont soumis certains organes, amène rapidement leur dislocation et leur destruction* Les deux premiers points perdent un peu de leur importance lorsqu'il s'agit de très-petites forces et l'annulation du troisième est surtout le but que poursuivent les inventeurs en général et M. Lehmann en particulier.
Chaque exposition internationale a possédé sa machine à air chaud.
En 1851, Ericson exposait un système qui a eu un grand succès en Amérique, en Angleterre et en Allemagne, mais qui est aujourd'hui à peu près abandonné partout.
La machine Ericson était une espèce de calorifère alimenté par une soufflerie intérieure, composée essentiellement de deux pistons qui se mouvaient dans un corps de pompe. Le piston moteur était muni de soupapes d'aspiration par lesquelles l'air extérieur entrait dans l'espace compris entre les deux pistons toutes les fois que la pression, dans cet espace, s'abaissait audessous de la pression atmosphérique. Le piston alimentaire.
termine fin forme île cloche, augmentait la, pression de l'air lorsqu'il se rapprochait du foyer et le forçait à venir au contact de ses parois chaudes. Ainsi, avec un mouvement convenable des deux pistons, l'inventeur arrivait à introduire rapidement de r.iir froid presque aussitôt que l'échappement avait donné iesue à l'air qui venait de travailler, ii chauffer ce nouvel air, à lui faire produire un travail et à l'évacuer.
La partie la plus remarquahlc de la machine Ericson était certainement le régénérateur de chaleur, se composant d'une série de toiles métalliques sur lesquelles on faisait passer alternativement l'air chaud pour le dépouiller de sa chaleur et l'air froid pour lui donner tout d'abord une température que l'action du foyer ne faisait que compléter.
En 1855, Frauchot exposait une machine qui accomplissait son action au moyen de l'échaufTement et du refroidissement subits de quatre masses d'air passant successivement d'une chambre chaude dans une chambre froide, le même air servant indéfiniraont.
En 1 802, Wilcox avait envoyé une machine ayant une grande analogie avec celle d'Ericson. Sur un soubasâement servant do fourneau se trouvaient montés deux cylindres séparés par un régénérateur de chaleur. Le premier cylindre, placé directement sur le foyer, était à double effet; l'air chaud agissait sons le piàton et la partie aupérieurc servait de pompe à air; le deoxiùmo cylindre était à simple effet. L'air aspiré par le premier cylindre traversait le régénérateur, se détendait sous le pialon du deuxième cylindre, revenait dans la partie inférieure du premier cylindre, oi!i, directement chauffé, il agissait de nouveau par expansion ; puis il traversait de nouveau le régénérateur en allant à la cheminée.
En 1867, M. Shaw, de Boston, exposait une machine de 20 chevaux, qui n'a fonctionné que vers la fin de l'Exposition, le chauffer l'air en vase clos, M. Shaw employait l'air i la combustion pour produire le mouvement ; sa ma-
chÎDe se composail d'an grand Foyer, de deux cylindres iih leurs, d'un régénérateur de chaleQr et de deux soupapes i distribution. Coinrae dans le sj^slèmc Wilcox, la partie i>up^ rieure d'un des i-ylindres servait de pompe à aîr.
La petite machine Lanbcreau, agissant au moyen de l's cliaud et de la pression atmosphérique, produisant un Irawi excessivement faible, était également exposée en 1867.
Le moteur Lehmann, que nous représentons planche 28, i
compose : t" d'un four en maroniierie muni de w^ar^ de grille, de chambre de combustion, de chemini>e, cendrier et de registre pour activer ou modérer lo lire 2° d'une capacité cylindrique formée d'une chambre i
PETITS MOTEURS INDUSTRIELS. :m
i l'action de la chaleur et d'un récipient à double paroi servant à rafraîchir l'air; 3° d'un déplaceur d'air en tôle avec cloisons transversales, manœuvrant avec très-peu de jeu dans la capacité cylindrique; 4" d'un piston servant de couvercle étaoche ; 5° d'une petite pompe pour envoyer do l'eau dans la double enveloppe de la partie rafraîchissanto ; 6° et des divers organes pour transmetire et régler le mouvement de rotation.
Le régulateur à force centrifuge actionne un sabot de frein, qui ralealit le mouvement du volant lorsque la vitesse dépasse le maximum fixé d'avance.
Le piston est attaché au moyen d'une double barre à un grand levier vertical qui actionne la bielle motrice et la manivelle. Le déplaceur est mû par une série de pièces actionnées par l'arbre lui-même.
Dans la position représentée sur le dessin, l'air contenudans l'espace A, ayant été fortement chauffé, a repoussé le piston C jusqu'à la fin de sa course; à ce moment, le déplaceur B refoule l'air de A en D. L'eau renfern:iée dans la double enveloppe K refroidit immédiatement l'air, ce qui crée un vide partiel ramenant le piston C dans l'intérieur du cylindre. Lorsque la course est presque achevée, le déplaceur ramène de
Imeau l'air dans l'espace .\, où il s'échauffe et recommence Keclion.
Bnnioinsde deux ans, cent trente macliinessystèmeLehmann Kété vendues en Allemagne, et un grand nombre d'attestabs prouvent que leur usage est exempt de la plupart des BOnvénîents des autres types de machines à air chaud. Pendant toute la durée de l'Kxpoaïtion, trois spécimens ont très-bien fonctionné dans une annexe de lasection allemande. Uu de ces spécimens a été acheté pour le Conservatoire des i et métiers de Paris, où on pourra bientôt le voir fonc-
aucoup d'inventeurs croient que le» •
"ir chaud
3i0 PETITS MOTEURS INDUSTRIELS.
sont, en principe, bien plus économiques que les machines à vapeur, parce que, dans ces dernières, la vapeur d'échappement emporte avec elle presque toute la chaleur empruntée au combustible. Il y a là une erreur capitale, aussi bien au point de vue théorique qu*au point de vue pratique.
M. Ch. Laboulaye, dans le Complément de son Dictionnaire des arts et manufactures^ a publié une étude théorique sur les machines thermiques, qu*on fera bien de consulter avant de chercher de nouvelles combinaisons de moteurs à air chaud.
Voici la conclusion de cette remarquable théorie :
« L'étude qui précède montre clairement combien était erronée la base théorique sur laquelle on faisait reposer la prétendue supériorité de la machine à air chaud sur la machine à vapeur, au point de vue de l'économie du combustible ; idée qui a déterminé bien des inventeurs à s'occuper de ce genre de machines. Si, à cause de l'état gazeux de l'air et de sa faible chaleur spécifique, on peut accroître la pression au moyen d'une faible quantité de chaleur, par contre, on ne peut produire de travail par détente sans que la pression diminue rapidement et, par suite, qu'elle ne devienne bientôt trop faible pour que la production du travail puisse continuer d'avoir lieu avant que la majeure partie de la chaleur communiquée au gaz soit utilisée. Si la vapeur coûte plus de chaleur, comparativement au gaz, par contre, la détente n'en fait pas baisser la pression avec la même rapidité, à cause de la grande quantité de chaleur dégagée par les parties qui se condensent, et il résulte un avantage de ce qui était considéré comme un inconvénient : la possibilité d'utiliser, au moyen de la détente prolongée, une plus grande partie de la chaleur incorporée. La supériorité des machines à vapeur sur les machines à air chaud résulte manifestement de cet élément. »
AIoteiirA Slemcii». — M. Frédéric Siemens, de Dresde, auquel on doit la première idée du four régénérateur de chaleur, exposait deux nouveaux moteurs, l'un à air chaud,
l'IiTlTS MOTliORS INDUSTRIELS. 311
l'autre à vapeur. Ces appareils no produisaient qu'une Torce insignifiante, ils ne peuvent donc être considérés que comme les germes d'une invention dont nous n'aurions peut-être pas parlé sans l'autorité incontestable qui s'attache i tontes les oréations de cette famille de savants qui porte le nom de Siemens.
Les figures 1 et 2 de la planche 39 représentent le moteur a vapeur, les figures 3 et 4 de la même planche représentent le moteur à air chaud.
§ I . Moteur à vapeur. — Ce nouveau motsup est caractérisé par l'absence de tout mécanisme articulé ; il ne possède en effet ni cylindre, ni piston, ni bielle, ni manivelle; le générateur luimôme est mis en rotation directement par la vapeur.
Il se compose d'une enveloppe en tôle A, posée obliquement et terminée par deux axes, d'une partie fixe B, d'un double fond d, d'un condensateur c et de diverses pièces accessoires.
Cylindrique à la partie inférieure, l'enveloppe A s'élargit par le haut en forme de poire. Elle est munie intérieurement d'une surface hélicoïdale en tùle, ayant l'apparence d'une série d'entonnoirs pénétrant les uns dans les autres. Le condensateur c est formé d'un srand tuyau enroulé en spirale et entourant toute la partie supérieure de l'enveloppe principale.
L'espace compris entre l'enveloppe A et son double fond D constitue le chaudière proprement dite K, laquelle communique a%'ec l'intérieur du système par un grand nombre de petits orifices circulaires. Un trou garni de son tiimpon, placé à la partie supérieure de A, permet d'introduire l'eau dans l'appareil.
L'ensemble du moteur est installe sur une pièce de bois oblique, reposant sur le sol d'une extrémité et sur un tréteau de l'autre. Une petite construction en fer plat soutient le palier de l'axe oblique et l'arbre de transmission H. L'arbre h reçoit le mouvement du moteur, soit par l'intermédiaire de deux
engrenages coniques, soit simplement par un ressort 9, lorsqu'il s'agit d'un travail extrêmement faible.
Un bec de gaz unique /, placé sous le réservoir d'eau, suffit pour actionner l'appareil. Lorsque M. Siemens veut produire une force de 8 à 10 kilogrammètres, il fait alors usage d'un brûleur beaucoup plus puissant, composé d'une série de chandelles Bunsen à longues cheminées.
L'intérieur de l'enveloppe fixe B est garni de terre réfractaire, comme les fours ordinaires ; une cheminée, placée audessus de cette enveloppe et suffisamment élevée pour n'incommoder personne , laisse échapper les produits de la combustion.
Le développement de la force se fait de la manière suivante :
Après avoir rempli d'eau, à une hauteur convenable, l'enveloppe A et par conséquent la capacité K, on ferme bien hermétiquement l'orifice d'entrée et on allume le gaz.
La vapeur, qui se produit d'abord dans la partie K, monte à l'intérieur et s'engage dans les spirales en entonnoirs ; petit à petit, l'eau de l'enveloppe A remplace celle de la capacité K, et le courant de vapeur devient assez énergique pour donner le mouvement à tout Tappareil. Après un certain temps de chauffage, la vapeur se forme abondamment et le mouvement atteint son maximum d'intensité.
Lorsque la vapeur arrive dans la partie supérieure de l'enveloppe A, elle entre dans le condensateur C, qu'on laisse ouvert en bas jusqu'à ce que tout l'air soit expulsé et qu'on met ensuite en communication avec le réservoir d'eau.
Une fois en mouvement, le moteur n'exige d'autre soin que la surveillance du feu; comme il n'y a aucun échappement d'eau ou de vapeur, aucune communication entre l'intérieur et l'extérieur, aucun presse-étoupes, on n'a pas à craindre les excès de frottement, si préjudiciables aux autres petits moteurs industriels.
Au lieu d'une soupape de sùroté, l'inventeur a préféré adapter à la partie supérieure de l'enveloppe A une plaque fusible, trèsfacile à remplacer, laissant échapper la vapeur dès que la tension atteint une intensité qu'elle ne doit pas dépasser. Et, pour plus de simplicité dans la macliino e.vposée, c'était le couvercle même de l'entrée de Teau qui survaît de plaque de sûreté.
La principale dirOculté dans ta construction de ce moteur était d'empêcher la circulation de l'eau dans l'enveloppe A et les spirales s, et de permettre à l'eau de conserver toujours son niveau horizontal, malgré le mouvement de rotation. Admettons, en effet, que l'eau se meuve contre la surface hélicoïdale avec la vapenr, le développement de la vapeur se ferait de préférence dans la partie supérieure de la chaudière, l'eau, par suite de l'évaporalion, se refroidirait et nécessiterait une nouvelle quantité de chaleur lorsqu'elle reviendrait en bas ; la résistance produite par ce déversement diminuerait aussi la force de la machine.
Cet Inconvénient a été écarté, après une suite d'essais infructueux, par la disposition particulière des spirales eu larges surfaces coniques, lesquelles donnent un libre passage à l'eau par en bas et laissent la vapeur seule s'engouffrer dans le pas de l'hélice.
L'eau tourne avec l'enveloppe ; elle ne se meut que dans le sens de la rotation de l'arbre et conserve son niveau horizontal, autant que le permet d'ailleurs la force centrifuge de la niasse liquide.
Le tuyau du condensateur communique avec la partie supérienrc de l'enveloppe A et rejette l'eau condensée au centre dos entonnoirs. La surface de condensation est considérable; son effet est augmenté par la rotation du serpentin, qui participe naturellement au mouvement de la chaudière.
Dans les machines un peu puissantes, l'inventeur supprime le condensateur; l'enveloppe A reste ouverte à sa partie supé-
moteurs à air chaud; cependant, la chose étant des plus intéressantes, nous allons chercher à expliquer l'effet de l'air alte^ nativement chauffé et refroidi sur leau des récipients concentriques.
L'air étant plus léger que l'eau se maintient toujours audessus d'elle; et à cause de la position inclinée des récipients et de l'avance des tubulures l'une par rapport à l'autre, dès que la machine tourne, l'air qui était contenu dans les couples de compartiments inférieurs est amené à passer de l'espace chaud dans l'espace froid en traversant le bras correspondant du régénérateur. Dans les couples supérieurs, c'est au contraire l'air froid qui passe par le régénérateur, auquel il reprend la chaleur qu'il avait reçue dans la position inférieure, et arrive à la capacité la plus chaude.
Il suit de là que lair descendra quand il sera froid et montera lorsqu'il sera chaud; et, comme chaque compartiment est alternativement en bas et en haut, il en résulte que le même air passe à chaque instant dans un compartiment froid oh il se contracte et dans un compartiment chaud oii il se dilate.
Or l'air chaud déplace plus d'eau que l'air froid ; ;donc, le centre de gravité des masses d'eau se trouve constamment en dehors du plan de rotation. De là mouvement : le centre de gravite du liquide cherchant toujours à se mettre dans le plan de rotation , et l'air chaud l'écartant sans cesse de cette position.
Avant d'aller plus loin, nous ferons remarquer combien la combinaison qui consiste à faire agir l'air chaud sur la masse d'un fluide pour produire une force est simple et ingénieux. Si la puissance de la machine était en rapport avec le combustible dépensé (ce qui n'est pas encore réalisé, à en juger par le spécimen exposé à Vienne), il y aurait dans cette idée la solution rationnelle du moteur en chambre.
L'air chaud n'est pas le seul élément produisant le travail.
sans cela il faudrait des capacités extrêmement grandes pour obtenir une force appréciable; hi vapeur d'eau joue ici un rôle lrès-împnrl.anl, comme on va le voir.
En supposant que la température de l'air contenu dans l'hémisphère A soit de 50 degrés, et celle de l'hémisphère A' de 1 00 degrés, l'air ne se dilaterait que du sixième de son volume, tandis que la vapeur saturée atteindrait un volume décuple pour la même augmentation de température. Ces deux éléments réunis donnent un agrandissement de volume de près du double. En admettant que l'air ait un volume égal à 15, il atteindrait 17 et demi par lechaull'age; la proportion de vapeur étant d'environ i et demi, son volume deviendrait égal à 15 ; 11.' résultat serait donc de 32 et demi, au lieu de 16 et demi.
Les régénérateurs R ne servent donc pas seulement à retirer et à restituer succeesivement la chaleur à l'air, mais ils servent aussi à condenser et revaporiser alternativement la vapeur d'eau. Il faut, pour obtenir ce résultat, un grand développement des parois, ce qui est facile à établir; il est également nécessaire que l'air serve à transporter la vapeur d'eau, ce qui existera tant qu'il n'y aura pas d'ébullitiou.
Si le récipient A'était assez chaulTé pour faire bouillir l'eau qu'il contient, le récipient A servirait d'abord de condensateur, puis il arriverait promplemeut à la même température que le premier, et tout travail cesserait instantanément. On voit par là que, pour fonctionner avec la pression atmosphérique en employant l'eau et l'air, on ne peut atteindre qu'un maximum de température égal à lUO degrés; mais on peut remplacer l'eau et l'air par tout autre fluide, puisqu'il n'y a pas de perte par évaporation.
Le refroidissement s'obtient en introduisant de l'eau dans l'espace central Dqui communique avec la partie inférieure du récipieot A par une série de petits trous. Les deux capacités A et A' communiquent entre elles par des conduits ménagés dans le moyeu de l'appareil. Les diverses parties du système sont
ainsi reliées directement les unes aux autres et avec Tair atmosphérique ; de là, aucune augmentation de pression ne peut se produire, et tout danger d'explosion est évité.
L'eau contenue dans la capacité ouverte D doit être renouvelée de temps en temps. Le remplissage et la vidange de toute la machine se font par les conduits et les trous ménagés pour le refroidissement. La quantité d'eau nécessaire à un bon fonc** tionnement se règle d'elle-même, ce qui est un très-grand avantage en pratique.
Le chauffage avait lieu à Vienne par un simple bec de gaz ; mais il peut être obtenu par tout autre procédé, pourvu toutefois qu'il soit d'une grande régularité.
Les régénérateurs R sont garnis intérieurement de surfaces multiples, laissant beaucoup d'espace libre pour l'air ; l'emploi des toiles métalliques est excellent dans ce cas.
M. Siemens pense que pour ce moteur, comme pour le premier, on pourra augmenter la puissance en faisant usage d'un fluide très-lourd, comme le mercure ; ce qui nécessiterait» bien entendu, l'emploi exclusif du fer dans toute la construction.