CHAPITRE XXXV
C0!ISIDE1ATI0RS GE2IÉ1ÂLÈS
Les petits moteurs pour le travail en chambre étaient rares à l'Exposition, mais comme il s'en trouvait de tous les systèmes: électriques, hydrauliques, à air chaud, à vapeur et à explosion de gaz, on pouvait, sans quitter la galerie des machines, faire une étude complète de la question.
Pour bien comprendre les avantages et les inconvénients des moteurs Schmid, Lehmann, Siemens et Fontaine, que nous allons décrire, il est utile d'entrer dans quelques considérations sur la nécessité d'un petit moteur industriel, sur les difficultés du problème à résoudre, et sur les différentes solutions proposées jusqu'à ce jour.
Au fur et à mesure que les diverses branches de l'aclivilé humaine se développent et progressent, la force musculaire de l'homme et des animaux, particulièrement celle de l'homme, est remplacée par des moteurs inanimés. La vapeur domine aujourd'hui dans tous les grands travaux, dans toutes les applications mécaniques un peu importantes.
Le motif principal de ce changement n'est pas aussi philanthropique qu'on pourrait le croire de prime abord : si on abandonne l'emploi de la force musculaire, c'est tout simplement parce qu'elle est la plus coûteuse et la plus îrrégulière
l'ETITd MOTEUHS INDUSTRIELS.
de toutes les forces motrices, et noo pas dans un but d'humanité. Avec 100 kilo^amines de cliarbon, bien utilisés, on produit, pendant une journée, un travail plus constant et plus considérable qu'avec trente hommes vigoureux.
Cette transformation, dont les résultats économiques sont incalculables, ne s'est pas produite sans amener avec elle un grave inconvénient provenant de rag:gIomération d'un grand nombre d'ouvriers sur le même point. Le travail manuel, à, proprement parler, ayant Tait place à un travail de surveillance n'exigeant qu'une dépense insignifiante de force musculaire, on a pu employer, dans les usines, des femmes, des jeunes filles et môme des enfants, et le contact de ces nouveaux venus avec des ouvriers, la plupart sans éducation, a créé une démoralisation profonde.
L'usage d'un petit moteur, qui permettrait à chaque famille de travailler isolément, pourrait, dans un grand nombre de cas, combattre la mauvaise influence dont nous parlons. La fille pourrait ainsi rester sous les yeux de sa mère, et les enfants ne seraient plus exposés h voir s'étioler leur jeunesse dans une usine où l'on abuse souvent de leur force naissante.
Ceci est le point de vue humanitaire qui, tôt ou tard, recevra une solution satisfaisante et dont les bons effets ne peuvent se faire sentir que lentement, progressivement; mais il V a dès aujourd'hui, en dehors de la décentralisation manufacturière, une foule de métiers ou d'industries en chambre, qui réclament un moteur de petite puissance.
Rien qu'à Paris, on compte encore plus de 6 000 roues à manivelles et 12000 outils à pédales. La lithographie, ta passementerie, la bimbeloterie et beaucoup d'autres spécialités font usage de machines mues à bras d'homme, et c'est par millions qu'on peut évaluer les bénéfices que produirait l'installation générale d'une force motrice à domicile.
La couture mécanique, qui s'est si rapidement propagée dans tous les pays, n'est pas sans danger pour la eaulc pu-
blique : de nombreuses observations ont établi, en effet, que le mouvement de la pédale exerce sur la santé et la moralité des ouvrières une fâcheuse influence. D'un autre côte, il est certain que les fabricants de machines à coudre ont été arrêtés dans leur conception par le peu de force dont ils disposaient, et qu'ils pourraient, à l'aide d'un moteur convenable, créer des machines beaucoup plus puissantes et à mouvement beaucoup plus rapide.
L'aération des appartements, surtout dans les pays chauds, ne peut bien se faire que par la ventilation mécanique, laquelle exige aussi l'emploi d'une petite machine motrice.
L'éclairage si économique qu'on obtient en faisant passer un courant d'air à travers des éponges chargées d'essences minérales, ne se développe pas, faute de moteurs chauffés au gaz actionnant un petit ventilateur.
Nous n'en finirions pas, si nous voulions énumérer tontes les applications d'un moteur destiné soit au travail en chambre, soit à réaliser certaines inventions jusqu'ici improductives. Ce que nous venons de dire suffit pour établir ce fait, qu'au double point de vue de la moralité et de l'intérêt d'une foule d'ouvriers, un petit moteur réellement pratique serait un véritable bienfait.
La Société d'encouras^eraent, à Paris, a si bien compris l'intérêt qui s'attache à cette question, qu'elle a institué un prix pour l'inventeur d'un moteur à axe rotatif, pouvant mettre à peu de frais à la disposition de l'ouvrier en chambre un travail de 5 à 20 kilogrammolres par seconde.
Les conditions à remplir pour résoudre convenablement le problème de la petite force sont si multiples et si difficiles à réaliser, qu'il n'est pas étonnant de voir tant de chercheurs intelligents abandonner les travaux qu'ils avaient faits dans cette voie, et renoncer à poursuivre une solution qui fuyait sans cesse devant eux. Les moteurs Coque, Faivre, Lobereau etCazin, exposés en 1867, sont aujourd'hui, sinon dans l'ou*
bli, du moins à peu prùa ioexploltés, et cependant ils renfer- ■Màpent tous les quatre de sérieuses qualités. ^B'Un moteur pour la petite industrie doit : 1" Offrir une sécurité absolue; 2* N'amener avec lui aucune cause d'insalubrité ; 3° Exiger peu de soins pour la mise en marche et peu de surveillance pendant le travail;
4° Ne nécessiter qu'une faible dépense journalière ; 5° Coûter bon marché de première acquisition ; 6° Tenir peu de place;
7' Présenter des garanties sérieuses de durée et une grande facilité d'entretien ;
8" Avoir une puissance pouvant varier dans de grandes klBDÎtcs, sans que l'eQ'et utile change sensiblement.
Dans les grandes villes il se présente deux systèmes bien différents pour la solution du problème. On peut, en effet, créer une usine unique et distribuer le travail moteur à domicile, comme on distribue l'eau et le gaz, ou établir des machines indépendantes. Nous avons vu, il y a quelques années, un projet remarquable, étudié sous la haute direction de .M. Sonimellicr, pour doter Paris d'une installation complète, permettant la distribution de l'air comprimé dans tous les quartiers industriels. Ce projet n'a pu Être réalisé par suite de la trop grande dépense de premier établissement qu'il nécessîtJiit et du peu de bénéfice probable qu'il aurait donné pendant plusieurs années.
Le système mixte, qui consiste à employer le gaz d'éclairage ou l'eau en charge pour donner le mouvement à des moteurs portatifs, est jusqu'à présent celui qui a réuni le plus d'adhésions parmi les savants et les praticiens.
Parmi les appareils indépendants, les moteurs à ressorts et les moteurs électriques sont ceux qui jouissent le plus de la faveur publique et, chose singulière, ce sont précÏBémenl les
rencontrerons, sinon des dif&cultés de construction, car depuis 1 aBmirable invention des machines à courants continus le problème de la transformation de l'électricité en travail présente une simplicité extraordinaire, mais deux inconvénients de premier ordre provenant l'un de l'emploi des acides dans un appartement, Tautre dans le prix exagéré de l'unité de travail.
Il est bien reconnu aujourd'hui qu'avec une machine magnéto-électrique à courants continus on peut produire une puissance électrique équivalente à iO éléments Bunsen, en tournant une simple manivelle, ce qui revient à dire qu'avec une faible force on développe beaucoup d'électricité. Il résulte de là que, pour produire un peu de force motrice, il faut beaucoup d'électricité.)
Un raisonnement basé sur la théorie mène directement à la même conclusion.
Dans une machine électrique, la force motrice le meilleur marché provient de l'oxydation du zinc par la pile, oxydation qui se convertit partie en chaleur, partie en travail. Or 1 kilogramme de zinc ne peut développer que 5000 calories, tandis que 1 kilogramme de charbon, qui coûte quinze fois moins, développe jusqu'à 8U00 calories; donc, tant qu'on n'aura pas trouvé une autre combinaison électro-magnétique que Toxydation du zinc, il n'y aura aucun avantage économique à se servir de moteurs électriques, au contraire.
Des expériences directes nous ont montré qu'une bonne machine électro-magnétique occasionnait une dépense trois ou quatre fois plus grande que les moteurs à >^peur et à explosion de gaz pour la production d*un même travail.
Dans un laboratoire il peut y avoir intérêt à se servir dune machine tantôt pour produire de rélectricilé avec de la force, tantôt pour produire de la force avec l'électricité ; mais c'est là un cas tout spécial en dehors de la question de travail en chambre qui nous préoccupe.
PETrrS MOTEtJRS INOnSTBIELS. .101
i considérations générales seront complétées dans les ^ax chapitres suivants. Afin de ne pas nous répéter inutilement, nous préférons examiner avec les moteurs exposés les conditions particulières de l'emploi de l'eau en charge et du gaz d'éclairage comme force motrice. Ce qui précède suffit pour donner une idée des difficultés extraordinaires qu'on rencontre dans l'étude des petits moteurs industriels.