CHAPITRE SEPTIÈME
DES PERTES DE SUBSTANCES QUE PEUT SUBIR l'eNVELOPPE TÉGUMENTAIRE.
DGGCCLXIX. Indépendamment des lésions mécaniques qui détruisent les tégumens dans une plus ou moins grande étendue , et dont nous n'avons point à nous occuper ici, il est différentes causes qui peuvent amener ces mêmes déperditions de substance. Quelquefois c'est l'épiderme seul qui se trouve intéressé ; d'autres fois le pigmentum ou le corps muqueux sont détruits en même temps. En relevant l'erreur que quelques écrivains et observateurs, d'ailleurs très-recommandables, partagèrent avec Camper, toucliant la couleur qu'il dit être blanche dans les cicatrices du nègre, nous avons par là même prouvé que , si la partie colorante de la peau est susceptible de reproduction , elle peut aussi être affectée isolément. Lorsque les cicatrices restent blanches chez les individus de cette race, c'est que l'épaisseur entière de la peau, et fort souvent encore plusieurs de ses parties subjacentes ont été comprises dans la déperdition de substance ; le changement de couleur qui subsiste alors indique que le derme , pour le moins , a été intéressé, et nous avons vu qu'il est blanc dans toutes les races.
DCCCCLXX. Parmi les maladies cutanées proprement dites , il n'y a guère, dans le mode aigu, que la variole qui laisse des traces bien marquées de son passage, par des pertes de substance, avec des cicatrices indélébiles. Celles-ci sont même , on peut le dire , les caractères les plus sûrs auxquels on reconnoisse sa véritable nature ainsi que celle de la vaccine j, sur laquelle de fausses analogies et une observation superficielle ont seules pu faire commettre tant de méprises. La varicelle entraîne bien aussi quelque-
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fois un travail inflammatoire capable d'user la peau jusqu'à un certain point ; mais il est rare que la perte de substance qui en résulte soit assez profonde pour être durable , et plus rarement encore elle est comparable à celle qu'entraînent les maladies précédentes. Pour les autres exanthèmes aigus, Vérysipèle^ la roiigeole^ la scarlatine y la niiliaire , bien que leur siège soit aussi dans le réseau vasculaire et le corps muqueux de la peau, il est , pour ainsi dire, sans exemple qu'ils se soient terminés par suppuration; comment dès-lors pourroient-ils détruire des tissus qu'ils affectent si superficiellement ? Ce sont les exanthèmes chroniques surtout qui portent avec eux ce caractère de destruction. On pourroit dire des premiers que les tissus n'y sont intéressés qu'à titre d'instrumens des phénomènes morbides, tandis que pour les seconds c'est dans l'intimité de leur structure que ces phénomènes se passent. Aussi ces dernières affections donnent-elles constamment lieu à des pertes de substance plus ou moins considérables , pendant que les autres ne laissent pas le moindre vestige de leur passage. DCGGGLXXL II seroit fort utile, sans doute, de pouvoir déterminer à quelles conditions physiques tiennent les différences si nombreuses entre les résultats de lésions presque identiques en apparence. Pour ne parler que des deux circonstances opposées , ulcération et hypertrophie d'organes, nous n'avons guère encore que des conjectures sur la nature de ces phénomènes pathologiques , bien que tout semble placer dans l'existence du travail inflammatoire la solution de ce problème. Entre les exanthèmes divers , il en est auxquels semble plus spécialement départie la qualité destructive des tissus ; telle est la dartre rongeante y ainsi nommée de la circonstance même qui fait son principal caractère. Mais tel est, à un degré bien plus prononcé, le cancer, dont les affreux ravages détruisent quelquefois avec tant de rapidité jusqu'aux élémens les plus résistans de l'organisation. C'est à la peau surtout qu'il est intéressant et facile d'en suivre les progrès. D'autres affections peuvent produire des symptômes et des désordres
plus violens : aucune n'use aussi rapidement l'organisation et la vie , parce qu'elle épuise l'une par la douleur , et détruit l'autre par une fonte des matériaux nutritifs également prompte et continue. On a dit que l'inflammation simultanée des systèmes sanguin et lymphatique donne la clef de cette question obscure , et il est réellement possible que la circonstance dont il s'agit soit une des conditions de ce mode d'altération pathologique 3 mais pour l'explication des causes de déperdition plus où moins rapide de substance 5 par l'effet de certaines maladies, et particulièrement de celles qui affectent l'enveloppe cutanée , elle est tout entière probablement dans la constitution des individus et dans la nature des tissus organiques.
DCGGCLXXII. Les déperditions de substance dont la surface tégumentaire interne peut être affectée, n'étoient pas moins importantes à connoître que celles de la surface externe , et il faut convenir que ce n'est guère que dans ces derniers temps qu'elles ont été convenablement étudiées. C'est vers la muqueuse gastro-intestinale qu'ont été presqu'exclusivement encore dirigées les recherches. Si quelques points de cette surface ont paru être plus disposés à ce genre de lésion que les autres , tels , par exemple , que le grand cul-de-sac de l'estomac , les environs de la valvule iléo-cœcale, outre que la prédominance relative du système sanguin dans ces parties peut expliquer déjà cette différence, il est constant , d'un autre côté, qu'aucune partie n'en est véritablement exempte. Les déperditions de substance s'y produisent quelquefois avec une rapidité pour ainsi dire prodigieuse, comme le prouvent ces perforations dites spontanées ^ dont l'explication n'est pas moins embarrassante pour la physiologie, que leur étude et leur appréciation exactes ne sont intéressantes pour la médecine légale. M. Gruveilher en a donné une théorie assez satisfaisante , en les rapportant à l'inflammation chronique. De même qu'à la peau , la perte de substance peut ici ne pas comprendre la totalité de la membrane , cas plus rare , à la vérité , à
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cause de la différence d'épaisseur des deux organes. La chirurgie enseigne a corriger et à réparer en quelque sorte ces altérations dans le premier cas ; et , pour le second , les moyens de la médecine se bornent à peu près à ceux du temps et du régime ; leur issue néanmoins est loin d'être toujours défavorable , comme nous allons le voir dans l'histoire des cicatrices.
ARTICLE PREMIER