‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 99 sur 111 · DES EXANTHÈMES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES EXANTHÈMES EN GÉNÉRAL

DGGGGLVIII. Nous comprenons sous ce titre toutes les maladies éruptives dont l'enveloppe tégumentaire peut devenir le siège, en les distinguant par leur marche aiguë ou chronique. Celles-ci ont été décrites sous toutes les formes qu'elles sont susceptibles de revêtir, et avec tout le soin qu'elles méritoient. Il

seroit donc superflu de revenir sur une exposition descriptive épuisée , et nous croyons devoir nous arrêter seulement au parallèle intéressant de'ces deux ordres de maladies. Une circonstance bien digne de remarque dans la nature des exanthèmes chroniques, c'est cette lenteur de leur mode inflammatoire dont il ne faut chercher la cause que dans la présence des vaisseaux lymphatiques qui existent en si grand nombre dans la peau. A quelque profondeur que pénètre dans le tissu tégumentaire l'altération qui constitue l'exanthème chronique, il est certain que l'inflammation des vaisseaux blancs y joue le principal rôle. L'exhalation est interrompue aussi dans ce cas , non plus par un simple obstacle mécanique, mais par l'altération des organes mêmes qui l'exécutent. Tel est le principe dont l'évidence est établie par cette longue et précieuse série d'observations plus intéressantes les unes que les autres dont le tableau est sans cesse offert à nos yeux dans l'hôpital Saint-Louis, et qui est devenu, après une grande expérience, la règle constante de notre thérapeutique.

DCGGGLIX. Mais il ne suflisoit pas de connoître ce résultat majeur d'une observation attentive , qui permet néanmoins d'apprécier la véritable nature des exanthèmes -, notre investigation s'est encore dirigée vers le but de préciser plus exactement qu'on ne l'avoit fait jusqu'à présent , le siège que chacun d'eux occupe dans les élémens de l'enveloppe tégumentaire. Il y a, comme on l'a vu , des différences bien importantes à noter sous ce rapport , et qui méritent plus de considération qu'on ne le croit généralement dans la direction des méthodes curatives. Les dartres elles-mêmes, qui, au premier aspect, semblent se confondre dans un centre commun d'origine, ont cependant des traits de dissemblance bien prononcés. Aussi , tandis que les unes développent un sentiment de cuisson , de prurit, ou de douleur insupportable, les autres envahissent l'épaisseur entière des tégumens, sans produire d'autre incommodité, pour ainsi dire, que le malaise et la gêne inséparables de

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toute altération organique un peu considérable. L'affinité, s'il est permis de s'exprimer ainsi, que chaque espèce d'éruption herpétique a pour telle ou telle autre partie des membranes muqueuses , méritoit aussi une étude spéciale , et cependant il ne paroît pas que ce sujet eut encore fixé l'attention des hommes de l'art qui s'étoient livrés avant nous à la pathologie cutanée. Ainsi que nous l'avons observé, la dartre phljcténoïde ro7igeante a été reconnue et constatée plusieurs fois dans la membrane muqueuse de l'estomac et des intestins- et aujourd'hui que la connoissancedes phlegmasies abdominales a acquis tant de précision, il sera facile de vérifier ce que nous avons dit de la modification qu'elles reçoivent du caractère herpétique. On rencontre aussi la plupart de ces maladies à l'orifice ou au point de jonction des deux surfaces tégumentaires , et cette particularité s'observe également chez les animaux.

DCGGGLX. Tous les exanthèmes chroniques sont loin d'exercer la même influence, comme il étoit aisé de le pressentir, sur l'état général du système , ou sur l'ensemble de l'économie animale. La simple éphélide ou même la dartre jur fur acée , qui intéressent à peine le corps muqueux de la peau, pourroient-elles avoir des effets aussi étendus à cet égard que ces désorganisations également repoussantes et cruelles qui constituent les différentes lèpres, les pians et tous les autres exanthèmes enfin qui attaquent si profondément le système lymphatique? Une autre condition qu'il n'est pas moins facile d'apprécier, c'est l'existence de telle ou telle évacuation purulente, sanieuse, dont la quantité seule peut être déjà d'une conséquence funeste j)our l'économie ; mais l'influence des exanthèmes méritoit d'être considérée sous un autre point de vue : nous voulons parler de cette action directe qu'ils paroissent avoir sur les fonctions de tel ou tel autre appareil organique. Chacun connoît l'observation très-ancienne du stimulus de l'éruption herpétique relativement à la cohabitation des sexes ; mais nous avons rapporté quelques faits qui établissent

des exceptions à cette règle générale. Un autre rapport qui n'est pas moins digne d'intérêt, est celui que la présence des exanthèmes chroniques a sur la direction des facultés intellectuelles. Plusieurs des infortunées victimes de ce cruel fléau ne trouvent de terme à leurs longues souffrances que dans le suicide; et l'explication de ce nouveau rapport n'est pas un des moins obscurs problèmes offerts à la physiologie par les maladies cutanées.

DCGGGLXL II y a déjà long-temps que nous nous sommes efforcés de porter les lumières de cette science dans la thérapeutique générale, et à plus forte raison dans l'ordre des maladies que nous étudions, ce Étrange traitement (disions-nous dans la » ire livraison de cet ouvrage), que celui qui ne met pas les )) moyens en rapport avec l'état des organes ! » L'exclusion de toutes ces recettes mystérieuses , de ces arcanes infaillibles , que le charlatanisme colporte et Hvre à l'avidité de l'ignorance crédule , ne pouvoit dès-lors ti'ouver grâce devant l'inflexibilité du principe qui nous dirigeoit. Détruire l'élément inflammatoire constituant des exanthèmes j à quelque degré d'ailleurs qu'il se présente, a donc été le but constant de nos moyens curatifs dans les premiers momens de toute affection exanthématique ; et c'est à cette règle fondamentale que nous devons incontestablement nos plus beaux succès. îMais alors même que les progrès de la dégénération organique , ou l'état de débilité consécutif des malades rend l'emploi de la méthode adoucissante impraticable, nous n'avons eu garde de nous jeter dans les procédés empiriques. L'ignorance et la paresse intellectuelles peuvent seules vanter les spécifiques ; mais le praticien éclairé par une sage expérience , ne s'abandonne point à de pareilles chimères. On se dirige encore en effet par des principes rationnels dans le traitement des exanthèmes qui ont résisté aux premiers moyens, en changeant, par l'application judicieuse et convenablement graduée des divers caustiques, le mode inflammatoire de la peau, ainsi que cela se pratique journellement avec succès dans beaucoup d'autres phlegmasies. Malheureusement,

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trop de cas restent encore au-dessus de cette ressource puissante ; mais le médecin philosophe sait s'arrêter à propos, et ne méconnoît jamais les bornes de son art.

ARTICLE V

DES EXANTHEMES AIGUS OU MALADIES ERUPTIVES.

DCCGGLXn. Il n'entre pas dans le plan de cet ouvrage de tracer en détail l'histoire de ces maladies, qui d'ailleurs sont décrites dans tous les traités généraux de médecine. En vain la physiologie s'est-elle efforcée de pénétrer la cause primitive et la nature de quelques-unes d'entre ces affections, et particulièrement de l'éruption variolique. Celle-ci peut sans doute servir de type pour toutes les autres; mais elle a de plus certaines particularités de forme et de développement qui doivent être sévèrement distinguées. On chercheroit inutilement , par exemple , dans beaucoup de maladies éruptives, pour ne pas dire dans toutes, cette fixité de caractères extérieurs et d'élémens producteurs qui, bien qu'inconnus dans leur principe, n'en conservent pas moins leur physionomie dans tous les temps et dans tous les lieux , au milieu de l'influence sans cesse agissante des modificateurs physiques les plus variés. Les différentes espèces d'érysipèle , les mille nuances d'éruption miliaire sont assez souvent erratiques et presque toujours en rapport dans leur apparition avec la nature des vicissitudes atmosphériques que les malades ont éprouvées. La variole n'échappe pas entièrement, sans doute, à cette cause puissante de modification dont les effets acquièrent même quelquefois , ainsi

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que l'a démontré une expérience récente, la plus grande évidence ; il est seulement digne de remarque qu'elle est le résultat d'un agent aussi insaisissable dans sa nature que constant dans sa manifestation et dans ses formes, et susceptible de neutralisation par la vaccine, autre agent non moins puissant et jusqu'à ce jour pareillement impénétrable.

DCCCCLXin. On sait que l'apparition de toutes les maladies éruptives est précédée d'accidens variés plus ou moins intenses, à l'ensemble desquels le nom de période d'incubation a été donné par les patliologistes. Ce n'est pas sans fondement qu'on a dans ces dernières années attribué à l'irritation des membranes muqueuses la série des phénomènes qui constitue les prodromes de ce genre de maladie. L'observation prouve en effet que cette surface tégumentaire est toujours alors le siège de l'irritation primitive ; ce qui n'établit pas néanmoins que la rougeole ne soit qu'un catarrhe pulmonaire, et la variole une gastrite. La circonstance dont nous parlons manque totalement dans les exanthèmes chroniques, et c'est un des caractères qui les distinguent des maladies éruptives proprement dites. On peut y voir également que l'influence sympathique ne s'exerce pas dans ces dernières , suivant la même direction que dans les autres : elle est néanmoins réciproque pour les deux ordres de maladies; nous ferons seulement une remarque qui n'a pas encore été présentée : c'est que dans les dernières, la sympathie s'exerce généralement du dedans au dehors, et dans le sens contraire pour les premières , ce qui nous paroît comporter très-peu d'exceptions importantes.

DGGCCLXiy. Ce n'est pas seulement à l'espèce humaine qu'est échu en partage le triste lot des maladies éruptives. Ainsi que les exanthèmes chroniques, on les observe chez les animaux qui vivent avec l'homme, en partageant ses travaux et sa misère. L'un des patriarches de la médecine française, M. Paulet, nous a communiqué le cas fort intéressant d'une rougeole observée par lui sur un jeune singe. Prodromes, fièvre concomitante, éruption de

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taches rouges analogues à des piqûres d'épines , très-rapprochées à la partie interne des extrémités antérieures et postérieures, ainsi que sur toutes celles dépourvues de poils , comme les joues et les abajoues, le cou, etc.; aucun des caractères de ce genre d'affection ne xnanqua à celle-ci. Elle se termina heureusement pour l'animal, qui devint, pendant son cours, un objet d'étude intéressant pour plusieurs médecins. Ce n'est pas d'ailleurs la seule analogie en ce ^enre existant entre l'homme et les différentes espèces animales. La claçelée , dont sont particulièrement affectées les bêtes à laine, présente la plus grande analogie avec la variole de l'espèce humaine, bien que les expériences de Camper, de Voisin, et celles plus récentes de la Faculté de Médecine de Paris , aient prouvé qu'on ne pouvoit point reproduire l'une de ces maladies par l'autre. Il existe probablement à cet égard la même différence qu'on observe dans la même éruption comparée à celle, d'ailleurs fort analogue , que présentent quelques autres animaux ; ce sont , pour ainsi dire , des spécialités de races.

DCGCCLXV. Indépendamment de l'origine assez connue de la vaccine, les deux espèces de varicelles désignées chez les Anglais par les noms de chicicenpox (pustules de poulet) , swme pox (pustules de porc) , indiquent encore clairement l'analogie que nous avons seulement voulu faire entrevoir existant à cet égard entre la généralité des êtres animés. Qu'il nous suffise d'avoir montré dans ces considérations ce dont commencent d'ailleurs à être généralement convaincus les médecins éclairés, nous voulons parler de l'intérêt qu'offre la comparaison raisonnée des animaux dans l'état sain et malade pour l'avancement de la physiologie pathologique.

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ARTICLE Vï.

DU SIÈGE DES MALADIES ÉRUPTiVES.

DCCCGLXVI. L'aspect ou les formes de ces maladies ne sont guère moins variables que celles des exanthèmes chroniques ; mais leur nature inflammatoire ne sauroit être aussi contestée. En effet, quelle que soit la différence extérieure de la variole , de l'éjysipèle et au pemphigus j des caractères sûrs décèlent constamment l'élément inflammatoire de ces maladies. Les unes soulèvent l'épiderme, en déterminant çà et là des /7^/)^c/^;^é'5 remplies de sérosité plus ou moins acre et limpide , tandis que les autres provoquent des abcès formés par une suppuration plus ou moins abondante; et il en est enfin qui se bornent à produire une rougeur vive, avec un sentiment d^ardeur et quelquefois de douleur gravative.Onnepeut méconnoître là les signes ordinaires aux phlegmasies, et l'identité doit sous ce rapport laisser peu d'incertitude. Les mêmes nuances d'irritation ont été reconnues de nos jours sur l'enveloppe tégumentaire interne. Des nécroscopies fréquentes ont mis en évidence la réalité de V étythème y des abcès y de V emphysème dans l'étendue des membranes muqueuses , et particulièrement de la muqueuse gastro-intestinale.

DGCCGLXVII. De telles nuances pathologiques n'indiquent pas seulement des degrés d'intensité différens , elles annoncent encore une certaine modification dans le siège des maladies. Seroit-ce porter trop loin l'analyse physiologique de dire que l'irritation peut dans ce cas être plus particulièrement fixée sur tel ou tel élément organique , nerf, vaisseaux blancs ou sanguins? Il est certain du moins que si l'observation confirme ce sentiment en ce qui concerne les exanthèmes chroniques, on ne voit pas pourquoi on serefuseroit à l'admettre pour les maladies éruptives. G'estdans

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]e corps muqueiix d'ailleurs que les premiers ont essentiellement leur siège; et, si l'épiderme et le derme y participent, ce n'est que d'une manière accessoire ou secondaire.

DCCCCLXVIIL Dans quelle partie de la peau autre que le corps rauqueux pourroit se développer le principe des maladies contagieuses? Bien que la nature intime des virus nous soit encore inconnue , l'observation nous en a suffisamment appris sur leur origine et sur leur mode de propagation pour ne nous laisser aucune incertitude à cet égard. Partout où se produit une sécrétion quelconque, ne fût-ce qu'un fluide purulent, la présence d'un appareil propre à développer ce résultat , c'est-à-dire des yaisseaux et desQuides, devient indispensable. Nous ne prétendons pas soulever ici le problème de la contagion, qui embarrassera peutêtre encore long-temps les praticiens et les physiologistes; nous avons seulement voulu noter la part que le corps muqueux a dans la production de ce phénomène, et cette part nous paroît extrêmement importante. Sans discuter la question de l'absorption, qui d'ailleurs a été déjà décidée sous un autre point de vue , sans aborder par conséquent l'hypothèse de l'infection générale à la suite d'une contagion^Jocale impure ou plus ou moins délétère, ce qui sort tout- à-fait de notre sujet, nous nous sommes bornés à ce qu'il y a de vraiment positif et accessible aux sens dans le fait pathologique dont il s'agit; ce résultat nous paroît incontestable , quand on indique simplement le réseau de Malpighi comme générateur et point de départ du principe contagieux. Ainsi, quelle que soit sa nature, c'est toujours à ce point qu'il doit aboutir; et ce fait , démontré par la pathologie, est encore justifié par la physiologie et i'anatomie comparée. On avoit du reste jusqu'à nous singuhèrement exagéré les limites de la qualité contagieuse pour les maladies éruptives et les exanthèmes en général. Une observation longtemps suivie, et une expérience lentement acquise nous ont mis à même d'apprécier toute la fausseté de ce principe relativement à celles de ces affections qui suivent le mode chronique.

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