‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 102 sur 111 · CICATRICES · texte numérisé non relu

CICATRICES

DGGGGLXXVIII. On a constaté depuis fort long-temps que le tissu des cicatrices, toujours plus pâle que le reste des tégumens, est aussi moins élastique. D'une épaisseur moindre que ces derniers, il résiste moins aux tiraillemens exercés sur leur surface, et les déchirures ont presque toujours lieu dans ces parties. Le resserrement des mailles de leur texture rendroit peut-être déjà raison de la difficulté qu'on éprouve à y développer la rubéfaction , sans y supposer , comme l'ont fait quelques auteurs , absence totale des vaisseaux sanguins. En effet , dès que le phénomène peut être produit , la présence des vaisseaux devient irrécusable. Une autre preuve plus décisive à cet égard , est l'observation assez souvent réitérée du développement de boutons de varicelle sur les cicatrices varioliques et vaccinales. Ge travail inflammatoire exige nécessairement le concours des vaisseaux sanguins, et peut-être révèlet-il encore mieux la présence des nerfs dans les cicatrices , que la preuve qu'on a cru pouvoir tirer à cet égard des douleurs dont elles sont quelquefois le siège , sans faire attention que leur disposition physique , relativement aux parties sous-jacentes, pourroit expliquer cette dernière circonstance. Quoi qu'il en soit, il est certain que le tissu des cicatrices, sauf quelques modifications indiquées, présente tous les caractères des autres tissus organiques.

DGGGGLXXIX. La même modification devoit exister dès-lors dans les usages , ou les fonctions dont elles sont investies. Ainsi, il est constant, par exemple, que l'exhalation et l'absorption sont beaucoup moins actives dans les parties occupées par des cicatrices que sur les autres points de la surface cutanée. La même remar-

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que a été faite relativement à la faculté tactile. Il est très-probabie que, si l'état de la surface tégumen taire interne eût pu être soumis à l'examen des sens sous ce rapport, l'observation faite pour la peau lui eût été également applicable. C'est une conséquence directe des lois de la mécanique , que le résultat fonctionnel des organes soit constamment en rapport avec la précision et le bon état de l'instrument qui l'exécute.

DCCCGLXXX. 11 seroit superflu de s'arrêter à l'enumération des perfectionnemens introduits successivement dans les procédés chirurgicaux destinés à favoriser la cicatrisation des solutions de continuité et de leurs pertes de substance. Une des réformes les plus heureuses, sans contredit, fut la suppression de tous les corps gras et onguens dits incarnaiifs , qui ne faisoient que retarder le travail de la nature. L'éloignement de toute substance de cette espèce est donc une condition importante à cet égard ; et à l'intérieur, la soustraction de tout agent irritant n'est pas moins rigoureuse dans le cas d'ulcération de la muqueuse gastro-intestinale. Cependant on ne doit pas méconnoître qu'un degré modéré d'excitation est on ne peut plus favorable, ou , pour mieux dire, indispensable à l'accomplissement de ce résultat organique ; ce que nous avons particulièrement reconnu dans les maladies cutanées.

DCCCCLXXXI. Jusqu'à Fabre, qui, le premier, démontra, au milieu de l'Académie de Chirurgie , l'absurdité de l'opinion qui admettoit la régénération des tissus vivans, cette idée avoit constamment servi de base dans la direction du traitement des plaies; on connoît l'équivoque des faits et des observations sur lesquels étoit fondée cette théorie , sans qu'il soit utile de les reproduire. Louis comparoît la méprise dont ils avoient été la source, ce à l'illusion des personnes qui, assises dans une barque, croient, en s'éloignant du bord , que c'est le rivage qui fuit ; de même , dit-il , que la barque seule se meut, tandis que le rivage reste immobile; de même , ce sont les bords d'une plaie qui s'affaissent et non le fond qui s'élève. )) Quesnay remarqua que la rapidité de la cicatrisation est

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en raison de la vitalité des tissus 5 ce qui explique la promptitude de la cicatrisation des plaies cutanées, et le principe recommandé par les chirurgiens , de conserver le plus possible de tégumens aux lambeaux formés dans l'amputation des membres. Bichat a vu et expliqué , avec sa sagacité ordinaire , la formation de la pellicule qui constitue la cicatrice, par l'adhérence mutuelle des bourgeons charnus , resserrés alors sur eux-mêmes et convertis , pour ainsi dire , en une membrane cellulaire , dont la macération a fait reconnoitre parfaitement la nature organique.

DCCGCLXXXIL II n'y a de régénération admise aujourd'hui, et véritablement incontestable , que celle des parties inorganiques, telles que les poils, les ongles et l'épiderme. Ces deux derniers ne manquent jamais de se reproduire , et on a vu même des ongles se former à l'extrémité des doigts, après l'amputation des premières phalanges. Les poils ne jouissent pas de ce privilège, car ils cessent de se reproduire dès que leurs bulbes sont détruits ; ce dont il est facile de se convaincre pour les cheveux , par exemple , dans la comparaison de différentes espèces de teigne. Mais, alors même que l'industrie humaine parvient à corriger assez heureusement les défauts de ce genre, et à prévenir les inconvéniens qui pourroient en être la suite , l'homme ne sauroit apporter trop de soin à conserver dans leur intégrité tous les élémens de son enveloppe tégumentaire. Source pour lui de tant de fonctions importantes et de jouissances variées, elle possède aussi ce haut degré d'action organique ou de vitalité , avec lequel coïncident la fréquence et même la gravité des maladies. De là, la nécessité absolue de ces précautions hygiéniques, mises au premier rang des règles de salubrité publique par les médecins et les législateurs de l'antiquité , et par l'oubli desquelles naissent la plupart des maladies , mais particulièrement ces repoussantes dermatoses , qui ne sont pas seulement un fléau pour l'espèce humaine , mais qui , par le dégoût et l'horreur qu'elles inspirent, deviennent l'obstacle le plus puissant aux communications et aux besoins de la vie sociale.

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