CANCER
A l'exemple de M. Alibert , nous ne nous étendrons guère sur le cancer de la peau, cette affection rentrant plutôt dans le domaine de la chirurgie proprement dite, que dans celui de la pathologie médicale. Nous croyons néanmoins devoir dire ici quelques mots de sa nature et de son traitement.
Le cancer de la peau n'est qu'un des derniers degrés de l'inflammation de cette membrane. Il est toujours le produit d'une cause stimulante quelconque-, il débute par une irritation simple, qui ne se transforme en cancer que lorsque la partie qui en est le siège a été imprudemment et long-temps irritée , ou que le sujet qui la porte, ne s'est point soumis à un traitement convenable , et a continué à mener son genre de vie habituel. Dans ces deux cas , la peau et le tissu cellulaire, en proie à vme subinflammation lente, s'altèrent de plus en plus, et aboutissent enfin à la désorganisation , qui constitue le cancer.
Suivant M. Alibert, la nature auroit constamment en vue , dans l'ulcération du cancer, de séparer les parties malades des parties saines , et l'obstacle qu'elle rencontre dans cette opération , seroit cause que la matière de la suppuration prend un si mauvais caractère. Nous n'avons pas besoin de dire que cette opinion est erronée, et M. Alibert lui-même apparemment ne la soutiendroit plus aujourd'hui. Ce que M. Alibert appeUe un bienfait de la nature n'est autre chose que le résultat fâcheux et inévitable d'une inflammation qui va toujours en croissant , et qui n'a point été arrêtée dans son principe, et si la suppuration prend un si mauvais caractère, c'est qu'elle est jointe au détritus de la partie désorganisée, tombée en putréfaction.
Si l'on avoit toujours soin de combattre par les moyens conve-
iiables l'inflammation de la peau et du tissu cellulaire , qui précède le développement du cancer, il n'arriveroit que trèsrarement qu'on auroit à combattre cette terrible affection. Quoi qu'il en soit , lorsqu'un ou plusieurs tubercules se sont récemment développés sur une région déterminée du corps , on doit chercher à en obtenir la résolution , à l'aide d'émissions sanguines , répétées tous les quatre à cinq jours, d'applications émollientes ou narcotiques et de dérivatifs à l'intérieur. Lorsque la douleur est dissipée et l'irritation en grande partie effacée , il convient de faire appliquer sur la partie malade des topiques légèrement stimulans , et il ne faut avoir recours à l'extirpation , que lorsque ces moyens auront été employés, pendant un temps assez long. Si les tubercules se sont ulcérés, il n'est pas nécessaire de recourir de suite aux applications caustiques ; il convient d'essayer auparavant l'emploi des moyens que nous venons d'indiquer dans le paragraphe précédent. Depuis l'ère de la doctrine physiologique, on a vu souvent des ulcères carcinomateux céder aux antiphlogistiques locaux et aux dérivatifs internes. Si nonobstant ce traitement, dirigé avec non moins de prudence que d'énergie, la maladie continuoit ses progrès , il faudroit se résoudre, soit à extirper la tumeur ulcérée , soit à la cautériser au moyen d'escarrotiques. Parmi les préparations conseillées, la poudre arsenicale et de proto-chlorure de mercure, composée de 199 parties de calomel et d'une partie d'acide arsénieux , est un des remèdes les plus efficaces. On en saupoudre l'ulcère avec une petite houpe, de façon à le couvrir d'une couche épaisse d'un millimètre au plus. Cette poudre a sur la pâte arsenicale du frère Corne l'avantage de ne point déterminer l'érysipèle autour des parties sur lesquelles on l'applique. Elle cautérise moins fortement que cette dernière , mais on peut revenir sans danger plusieurs fois à son application. Quelques chirurgiens ont aussi obtenu la cicatrisation d'ulcères très-rebelles , à l'aide de cautérisations pratiquées avec le nitrate d'acide de mercure.
On a cru long-temps que ces moyens escarrotiques exerçoient une action spécifique sur le point ulcéré; mais on sait aujourd'hui qu'ils n'agissent qu'en détruisant les parties désorganisées , et qui ne sauroient revenir à leur état normal, et en substituant ainsi une plaie simple , dans celles dont la composition n'est que peu ou point altérée.