‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 20 sur 111 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES LÈPRES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES LÈPRES

CCGLXXIII. Comment dissiper la confusion qui règne encore dans Pliistoire des lèpres! Cette maladie offre à l'esprit des images si repoussantes , elle épouvante à un tel point l'imagination et la pensée, elle réveille des souvenirs si tristes et si déplorables , qu'on a souvent appliqué son nom à d'autres affections cutanées, lorsque leurs progrès étoient alarmans. De là sont provenues une foule de méprises sur son véritable caractère. Des teignes liideuses qui s'étoient étendues sur tout l'appareil tégumentaire, des dartres squammeuses très-invétérées et très-intenses , ont été fréquemment désignées sous le nom de lèpres dans les écrits de quelques auteurs. Avouons même que, de nos jours, malgré les lumières répandues dans la science par une nosographie exacte , malgré les avantages procurés par la méthode analytique, on n^a que des notions insuffisantes sur un fléau si formidable pour la nature humaine.

GGCLXXIV. Il est vrai que la lèpre est devenue plus rare de nos jours* et, si les méthodes manquoient aux auciens, les cas d'observation manquent aux modernes; c'est ce qui fait que la plupart d'entre eux n'ont pu décrire les symptômes de la maladie avec précision et exactitude; ils ont souvent été réduits à n'en parler que sur la foi d'autrui. De là sont nées tant de discussions futiles

Oo MALADIES DE LA PEAU.

parmi les érudits : on s^est vainement disputé, et on n'a répandu que de l'incertitude sur ce genre d'affection.

CCGLXXV. Dans une matière qui a un si puissant intérêt pour notre art , on ne sauroit s'imaginer combien les controverses nombreuses sur la valeur et la signification des mots ont été préjudiciables ; combien surtout elles ont entravé la marcbe progressive de nos connoissances ! Elles ont infecté la pathologie de mille erreurs. Ce n^est donc qu'après avoir attentivement contemplé la nature malade, qu'on peut, sans craindre de s'égarer, chercher dans les livres les caractères distinctifs de cette étonnante dégradation du système humain. Ce procédé est celui que j'emploie pour la publication de ce travail; et, d'après l'autorité des meilleurs écrivains grecs, je n'appliquerai la dénomination de lèpres qu'aux maladies qu^ils ont eux-mêmes ainsi désignées.

CCCLXXVL Un médecin, très-habile philologue, s'est donné beaucoup de i)eine pour prouver que la lèpre décrite par le législateur des Hébreux, n'est autre chose que l'éléphantiasis , ou la lèpre tuberculeuse. 11 pense que les traducteurs ont mal rendu le texte. J'avoue qu'il m^est absolument impossible d'adopter son opinion. Car, pourquoi les Israélites n'auroient-ils pas été également sujets à la lèpre squammeuse, puisque j'en trouve la description la plus fidèle dans les Livres saints? Les paroles du Lévitique , qui font entendre que les tégumens ne conservent pas le même niveau, indiquent précisément l'un des caractères les plus frappans de cette maladie , que je me propose de décrire avec beaucoup d'exactitude. Si quelqu'autre passage de l'ouvrage que je viens de citer, signale l'éléphantiasis, je préfère penser que les deux affections ont pu avoir la même patrie : ne voyons-nous pas journellement plusieurs espèces de dartres se développer dans nos chmats tempérés?

CCCLXXVIl. Le but auquel j'aspire, n^est point, du reste, d'offrir à mes lecteurs un traité complet sur la lèpre, mais seulement

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de ranger clans un ordre méthodique des phénomènes dont le plus grand nombre ont été sous mes yeux. Je montrerai la chaîne des rapports qui les lie à ceux déjà consignés dans d'autres ouvrages. L'expérience est un trésor qui doit se grossir par la masse des faits, à mesure qu'on les rassemble.

CGCLXXVIII. La lèpre est la plus redoutable des maladies cutanées ; elle tient une des premières places dans l'histoire des malheurs du genre humain. Nos pères la regardoient comme un signe non équivoque de la vengeance céleste; son nom seul inspiroit l'horreur à tous les peuples. Il est peu de désastres qui aient fait autant de victimes; et, ce qu'il y a de plus triste, c'est que la mort ne termine que lentement les souffrances des infortunés qui en sont atteints. (c II semble que ce mal, dit énergiquementM. de Pons, en » veuille moins à l'existence de l'homme qu'à ses formes, et qu'il y) fasse plus consister son triomphe à dégrader qu'à détruire. » Le tableau que nous en présenterons, suffua pour mettre au jour cette vérité. En effet, pendant que la peau se flétrit et se décolore, pendant que le tissu cellulaire s'altère et se tuméfie à un point extrême, pendant que le corps entier se détériore, jusqu^à devenir méconnoissable , les fonctions intérieures se maintiennent souvent dans l'intégrité la plus complète.

CCGLXXIX. Toutefois, parmi les maladies humaines, il en est peu qui, dans leurs progrès successifs, atteignent d'une manière plus profonde les différens systèmes de l'économie vivante. Mais d'abord on frémit d'effroi quand on songe à la dégénération affreuse contractée par l'enveloppe cutanée, qui devient épaisse, écailleuse et rude comme celle des quadrupèdes; qui prend la consistance dure et raboteuse de l'écorce des arbres. Le mal s'accroît; le tissu muqueux , les membranes , les glandes, les muscles, les cartilages, les os, etc., rien n'est épargné par ce virus extraordinaire. Tout le corps se convertit en ulcères rongeans, ou se couvre de tumeurs carcinomateuses; les membres se détachent et tombent en lam-

beaux hideux et clégoùtans. Quel tableau plus déchirant que celui d'un infortuné qui survit ainsi misérablement aux plus nobles et aux plus importantes parties de son être!

CCGLXXX. La lèpre est une des calamités les plus anciennes qui aient affligé le genre humain : son nom remonte jusqu'à Hippocrate. Chez les Perses et autres peuples de l'antiquité, on expulsoit les lépreux des villes , aussitôt après l'apparition du plus léger symptôme. J'ai déjà dit qu'on regardoit cette maladie comme un affreux résultat de la colère des Dieux. Une proscription honteuse pesoitsur les malheureux qui en étoient frappés, ainsi que le rapportent les historiens; aussi chargeoit-on d'offrandes les autels de Junon et de toutes les Divinités offensées, pour parvenir à apaiser leur courroux. Il semble même que l'espèce de lèpre qui étoit la plus odieuse, étoit la lèpre squammeuse , qui est communément désignée sous le nom de leuce dans les fastes de l'art; car, dans plusieurs îles de la Grèce, toute couleur qui se rapprochoit de celle de la lèpre, étoit un sujet d'épouvante, et bannie de l'enceinte des lieux habités.

CCGLXXXI.Les Livres saints nous retracent surtout le tableau véritable de cette funeste maladie. Ils peignent, avec une fidélité très-remarquable, les ravages que produisoitla lèpre sur le peuple d'Israël. On y retrouve, sur les signes patliognomoniques qui la distinguent, cet état de stupeur et d'insensibilité absolue, qui gagne successivement tout l'organe dermoïde; la décoloration et la chute des cheveux , qu'on n'observe guère dans les autres maladies. La tête se dépouille , dit le législateur des Hébreux , et l'homme n'offre alors qu'un spectacle digne de commisération. Tout le monde sait avec quelles couleurs fortes et pittoresques, l'imagination poétique et exaltée des Orientaux a reproduit l'horrible infirmité de Job, dont la peau étoit rongée d'ulcères fétides. Dieu frappa de la lèpre le cruel Pharaon , roi d'Egypte , pour venger le sang des Juifs, dont les mains de ce tyran s'étoient si

souvent souillées. Tous les siècles ont retenti du sort malheureux de Naaman , ce chef des troupes de Syrie , merveilleusement guéri par le prophète Elisée, pour s'être baigné sept fois dans les ilôts sulfureux du Jourdain.

GCGLXXXIL La lèpre naquit d'abord sous le ciel ardent de l'Egypte et de l'Arabie. Elle inonda la Grèce et l'Asie , à cause du commerce continuel de ces deux nations; mais à l'époque où les Romains soumirent tout l'Orient, ce fléau se répandit en Italie et dans toute l'Europe : la France ne fut pas épargnée. On sait que sous le règne de Philippe I^^^ il y avoit des religieux soldats , désignés sous le nom di Hospitaliers , auxquels étoit spécialement confié le soin des infortunés lépreux; institution bien digne d'honorer tous les siècles. Ils passoient leur vie à protéger les foibles, et aux occupations pieuses de la charité. D'une main secourable ils assistoient les malheureux, et, de l'autre, ils faisoient la guerre aux Infidèles : tantôt paisibles, tantôt guerriers, leur humanité égaloit leur valeur militaire. Louis VIII avoit spécialement mentionné les lépreux dans son testament, et il avoit fait des donations aux hospices qui les recueilloient.

GGGLXXXIII. Il paroît, surtout d'après les recherches historiques de M. Valentin, très-habile praticien de Marseille, que l'ancienne Provence étoit une des contrées où la maladie dont il s'agit étoit la plus fréquente et la plus répandue; aussi avoit-on multiplié les hôpitaux et les infirmeries pour le traitement de ce genre d'affection, à un excès que l'on ne peut décrire. Toutes les villes en possédoient. L'hôpital dans lequel on renferme aujourd'hui les insensés, étoit jadis consacré aux lépreux : on contraignoit tous les malades à s'y renfermer.

GGGLXXXIV. On est généralement convaincu que cette affection est plutôt le résultat des mœurs et des habitudes des hommes, que du climat et des influences atmosphériques. Elle est née au milieu de la barbarie et du désordre des institutions sociales. G'est la

corruption des peuples qui a perverti toutes les lois de l'iiygiène publique. Les hommes qui sont habituellement mal nourris , qui vivent dans la saleté, dans l'indigence et les privations, sont aussi les plus sujets à la lèpre ; mais on a vu ce fléau disparoître à mesure que la civilisation s'est perfectionnée. Les divers soins de propreté, le fréquent usage du linge, ont beaucoup contribué à l'éteindre, et n'en ont laissé presqu'aucun vestige dans nos climats.

CCGLXXXV. On observe qu'elle a été, en quelque sorte, liée aux grands événemens de ce globe : l'expédition des Croisades contribua singulièrement à la développer. Si l'on fouille dans les annales des peuples, on voit que les émigrations, les pèlerinages, les guerres ,les mélanges des nations entre elles, ont puissamment contribué au développement des affections lépreuses. Que d'exemples on pourroit citer! Il paroît, du reste, que toutes les maladies considérées sous un point de vue général, s'éloignent de certains pays, quand les circonstances cessent de favoriser leur action. Qui oseroit donc assurer que la lèpre ne reparoîtra pas dans toute son intensité et avec ses symptômes les plus effrayans!

CGGLXXXVI. Quoique les maladies lépreuses se remarquent souvent dans des contrées d'une température opposée, il semble toutefois qu'elles soient particulièrement reléguées au voisinage des tropiques et de l'équateur. C'est dans ces latitudes, que la nature plus féconde et plus active , est aussi plus propre à développer les grands fléaux de l'espèce humaine. Dans tous les temps, les lieux que le soleil éclaire davantage de ses rayons, ont servi de théâtre à des affections terribles et extraordinaires.

CCCLXXXVII. Ce phénomène fait naître une observation qui n'a échappé à aucun médecin philosophe ; c'est que chaque climat paroît spécialement favoriser le développement d'une maladie particulière, et la terre a peu d'endroits qui ne soient exposés à quelque calamité déplorable. Dans certains lieux, c'est le tissu

cellulaire qui est radicalement affecté; dans d'autres lieux , c'est le système vasculaire sanguin , l'appareil respiratoire , ou les voies digestives, etc. Les voyageurs les moins instruits ont fait cette remarque; les poètes même en font mention. Ne diroit-on pas que la nature se plait à multiplier sous mille formes la maladie ou la mort !

GGGLXXXVIIL La lèpre elle-même subit une multitude de modifications parle pouvoir de cette influence des climats; c'est là ce qui lui imprime un caractère prothéiforme. Aussi a-t-on mal-àpropos décrit ses principales métamorphoses, comme des espèces différentes, chez les divers peuples où elle a été aperçue. Cependant , malgré cette physionomie particulière que la lèpre emprunte, pour ainsi dire, des causes locales qui la font naître, il y a des traits généraux qui fixent irrévocablement le genre auquel elle appartient.

CGGLXXXIX. G'est par conséquent une manière défectueuse de procéder , que de désigner la lèpre par le nom des pays qui favorisent son développement : une semblable habitude a introduit beaucoup de méprises dans les ouvrages de l'art. Personne n'ignore néanmoins que plusieurs espèces de lèpres peuvent se manifester dans les mêmes lieux ; des voyageurs éclairés ont bien su les distinguer en parcourant l'Egypte et tous les pays où elle est encore endémique.

GGGXG. Quels inconvéniens n'y auroit-il pas d'ailleurs à fixer ainsi la dénomination des différentes lèpres , d'après les lieux où elles se manifestent ! Gette affreuse maladie, qui a eu son berceau sur le sol brûlant de l'Afrique , aux bords du Nil et du Sénégal , n'a-t-elle pas fait, pour ainsi dire, le tour du globe? Tous les médecins qui ont voyagé en Egypte, l'ont rencontrée à Alexandrie, à Rosette, au Gaire, à Sion, etc. ; elle s'est présentée à leurs regards, sous les formes les plus dégoûtantes; les phalanges des doigts et des pieds tomboient successivement. La Nubie , la Guinée,

le Congo, la NigTitie, l'Abyssinie, la côte d'Ajan, la côte de Zanguebar, etc.; les îles situées soit dans l'Océan indien, soit dans l'Océan atlantique, telles que les îles de Socotora, de Madagascar, etc. , abondent en maladies de ce genre. La lèpre est même si commune à l'ile de France , que les blancs comme les noirs y sont sujets. Le nombre des affligés augmente chaque jour , et dans une proportion tellement alarmante, que l'administration de la colonie prit, il y a quelques années, un arrêté, pour les transporter tous à Fîie de Coïtivy ; mais on n'osa pas mettre cet arrêté à exécution , tant les malades étoient nombreux , les médecins ayant été forcés^ sous des peines très-graves, de les déclarer tous. Les familles les plus considérables de l'île s'y trouvoient comprises. Les îles d'Afrique , situées dans l'Océan atlantique , telles que celles de Madère, des Canaries, du Cap-Vert, de l'Ascension, etc., n'en sont point exemptes.

CGCXCL Parcourez l'Amérique, et vous verrez que la lèpre s'y multiplie d'une manière effrayante : parmi les maladies du Groenland, elle tient un des premiers rangs. Le Canada, la Nouvelle-Ecosse, le Mexique, les Antilles, donnent naissance à l'élépbantiasis des jambes. M. le docteur Valentin rappelle l'habitude où l'on étoit de reléguer dans l'île de la Desirade tous les blancs lépreux qui se trouvoient à la Martinique, à la Guadeloupe, à Sainte-Lucie, à Saint- Vincent, à la Barbade, àTabago, à la Trinité, etc. Rien de plus favorable au développement de la lèpre, que le climat malsain de la Guiane. La Terre-Ferme , la Nouvelle-Grenade, le Brésil, le pays des Amazones, le Pérou, les contrées de la Plata , etc. , tous ces climats renferment des causes qui contribuent à la production de ce désastreux fléau.

CCCXCIL La lèpre est fréquente dans presque toutes les contrées de l'Asie. M. de S^^-Croix a eu occasion de l'observer à la côte de Coromandel pendant son séjour à Manille. L'établissement des castes et le peu de médecins qui existent dans ce pays , em-

pèchent que cette maladie, qu^on croit être éminemment contagieuse, ne soit convenablement étudiée. Il pense même qu'un médecin qui, par l'amour de l'art, se livreroit à ce genre de travail, perdroit la confiance publique, tant elle est en horreur. Aussi les Indiens séquestrent les lépreux, et ils font apporter tous les jours à leur porte de quoi subsister : ils font laver avec de fort vinaigre jusqu'aux chaises qui leur ont servi. La lèpre , ainsi que l'a trèsbien observé M. de S^^-Croix , est surtout très-commune aux îles Philippines. Manille possède un hôpital pour la traiter; cet hôpital est desservi par les Pères Franciscains, et situé dans un lieu trèssalubre. Il contenoit, lorsque M. de S^e-Croix l'a visité, près de quatre cents malades. Les îles du Japon, les Mariannes, les Carolines, les îles de la Sonde, les Moluques, etc., offrent également le tableau de cette dégoûtante infirmité ; il faut aussi nommer les royaumes deTonquin, ceux de la Cochincliine , de Siam, etc.

CCGXCIII. Groira-t-on qu'à la Chine on rencontre une grande quantité d'individus affectés de la lèpre? M. de S^^^Croix en a vu beaucoup à Macao. Les Portugais ont établi au-delà des portes un hospice pour les recevoir; mais une condition essentielle pour y être admis , est d'être Chinois et catholique. M. de Guignes a pareillement fait mention des ravages que la lèpre cause dans la Chine. Il en est qui sont tellement tourmentés par la maladie , qu'ils en perdent les doigts des pieds et des mains. Le même voyageur atteste avoir observé un certain nombre de Chinois auxquels le nez étoit tombé en mortification. M. de Guignes prétend malà-propos que ce n'est point une vraie lèpre, parce qu'elle n'a point un caractère contagieux : en effet, rien n'est plus douteux que ce caractère qu'on attribue communément à cette affection.

CCGXCIV. Toute la Turquie d'Asie est en proie aux horreurs de la lèpre. Les côtes de la Natolie en sont infectées. Les villes d'Alep, de Damas, de Tripoli et d'Acre, dans la Syrie, ont vu depuis long-temps cette maladie les épuiser d'habitans, ainsi que

les contrées de la Palestine et toutes les cités qu'elles renferment. Les lépreux abondent en Perse et en Arabie.

CCGXCV. Les savans qui ont yoyagé dans la Grèce , ont vu cette maladie s'y développer avec des symptômes formidables. On la voit pulluler dans toutes les îles de l'Arcbipel, dans celles de Candie, de Tine, d'Andros, de Négrepont, de Ténédos, de Patmos et de Rhodes. L'île de Samos surtout est devenue une espèce de refuge pour les infortunés lépreux. On les rassemble, en plus ou moins grand nombre, dans des chambres, sans songer aies guérir : on n'a d'autre intention que de les séparer du reste de la société. Rien de plus lamentable que la situation de ces individus, lesquels sont devenus, en quelque sorte, le rebut de la nature et des humains.

CCCXGVL L'intérieur de l'Europe offroit autrefois une multitude immense de lépreux; mais la maladie a disparu avec les progrès des lumières et le perfectionnement des institutions civiles. On la retrouve néanmoins encore dans l'Europe septentrionale. Les îles rapprochées de Féroë , qui appartiennent au gouvernement d'Islande ; toutes les côtes maritimes de la Norwège et de la Suède, sont le théâtre de la lèpre fameuse connue sous le nom de Radesjge. Le professeur Pallas , dans son voyage en Russie , fait mention d'une maladie de ce genre , apportée en Crimée par les troupes qui ont fait la guerre contre les Persans. Les Cosaques du Jaik disent l'avoir héritée d'un détachement d'Astracan. L'un des premiers symptômes est d'avoir le visage violet. M. Willan dit avoir observé plusieurs espèces de lèpres en Angleterre ; mais ces lèpres ne sont autre chose que des dartres auxquelles cet auteur a imposé des noms qui ne leur conviennent pas. La France, cet empire si policé, compte encore des lépreux à Vitrolles et aux Martigues. L'Espagne enfin est renommée par la lèpre des Asturies : cette province possède une foule dliôpitaux, dédiés à saint Lazare, qui étoient destinés pour sa guérison. On

la rencontroit aussi, il y a peu d'années, clans quelques cantons de l'Italie , etc.

CCGXVII. Dans quels détails minutieux il me faudioit entrer encore, si je voulois procéder ici à Fénumération de tous les lieux où a pu se montrer ce fléau si triste pour la nature humaine! mais de semblables digressions ne font rien au but que je souhaite atteindre. Entrons maintenant dans l'histoire des faits particuliers qui constituent le genre de maladie qui nous occupe. Traçons avec fidélité le tableau des espèces. Disposons avec ordre la masse des connoissances qu'on a progressivement acquises sur cette intéressante matière. Que la méthode analytique nous guide ! notre travail sera plus utile et plus instructif.

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