‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 79 sur 111 · DU TRAITEMENT INTERNE POUR LA GUERISON DES SCROPHULES · texte numérisé non relu

DU TRAITEMENT INTERNE POUR LA GUERISON DES SCROPHULES

DGGLXXVII. Il est peu de maladies qui résistent autant que les scrophules aux moyens internes de la médecine pratique. Les substances pharmaceutiques n'exercent qu'une action indirecte sur les systèmes affectés. Il faut , en conséquence , préférer celles qui manifestent une sorte d'affinité pour le système absorbant. Sous le rapport de cette propriété médicinale , le mercure , le fer et le soufre se trouvent certainement en première ligne. Mais l'or, considéré comme un métal si précieux, n'occupe ici qu'un rang très-secondaire, malgré les vaines prétentions des alchimistes; et les effets miraculeux qu'on lui attribue , ne sont appuyés sur aucune observation positive.

DCCLXXVIIL Le mercure remplit d'autant mieux les vues pratiques du médecin dans le traitement des maladies scropliuleuses , que la cause organique de ce fléau désespérant est presque toujours un levain syphilitique, ainsi que nous l'avons souvent constaté à l'hôpital Saint-Louis par des observations précises. La plus active des préparations que nous offre ce métal extraordinaire, est sans contredit le muriate de mercure sur-oxidé, com-

36o MALADIES DE LA PEAU.

plètement dissous dans l'eau distillée, et incorporé dans des véhicules mucilagineux; j'ai communément recours à ce sel , si difFusible et si pénétrant, pour arrêter les progrès des tumeurs lymphatiques ou pour prévenir leur développement. Il faut bénir les effets perturbateurs de ce médicament , l'un des plus salutaires que possède notre art. A Paris , on fait un fréquent emploi du calomélas ou muriate de mercure doux , qui passe avec célérité dans le système absorbant, et modifie avec plus ou moins d'avantage ses propriétés vitales. On l'administre sous forme de pilules, qui sont devenues une branche considérable de commerce pour les officines de nos pharmaciens. Qui n'a pas entendu parler d'un sirop médicamenteux auquel la renommée de Bouvard a donné une erande vosue , et dont le nitrate mercuriel forme la base spéciale ! Ce sirop jouit d'une activité salutaire. Mais il faut avouer que quelques praticiens de nos jours le prodiguent avec un empirisme risible et qui ne s'accorde guère avec les progrès de la médecine philosophique. Cette pratique routinière est d'autant plus condamnable, qu'il faudroit, au contraire, varier infiniment les essais dans une maladie aussi rebelle, et pour ainsi dire incompréhensible , par les nombreux ravages qu'elle occasionne.

DGGLXXIX. Les divers produits que nous donne le fer plus ou moins oxidé par l'atmosphère ou autres agens chimiques , ont une action bienfaisante sur l'économie animale. Le safran de mars apéritif est très-accrédité. L'eau martiale est la meilleure tisane dont puissent user les scrophuleux. Le vin chalybé seconde miraculeusement les effets d'une bonne méthode curative. Toutes les substances quasferrea virtus nohilitavit semblent augmenter les oscillations du système vasculaire, et réveiller les forces médicatrices. J'ai vu toute une famille singulièrement tourmentée par des symptômes écrouelleux, et qui s'étoit presque entièrement guérie par l'usage continué des eaux de forges. Les médecins de l'Europe s'accordent aujourd'hui sur l'efficacité des ferrugineux dans le traitement des affections scrophuleuses.

DCCLXXX. Je n'ai jamais trop compté sur les vertus du soufre lorsqu'il est uniquement administré à l'intérieur. Mais je parlerai plus bas des ejQfets avantageux qui résultent de son application extérieure. Le carbonate de potasse étoit fort vanté par Peyrillie , qui lui attribuoit gratuitement une propriété fondante et résolutive. D'autres praticiens donnoient la préférence aux préparations antimoniales. Nous avons répété devant nos élèves les essais entrepris avec le muriate de chaux , et nous n'avons recueilli que des doutes. Un docteur anglais, M. Crawfort, a postérieurement donné de grands éloges au muriate de baryte , et l'avoit présenté comme un stimulant spécial des glandes lymphatiques. M. le professeur Baumes cite un exemple très-remarquable des bons effets de ce sel dans son ouvrage sur le vice scrophuleux, qui est un vrai modèle d'expérience médicinale. Il fait mention d'un homme traité par M. le docteur Poutingon , et chez lequel toutes les glandes du col étoient considérablement engorgées. Cet homme désespéroit de sa situation. Il fut néanmoins radicalement guéri par la dissolution du sel de baryte , qu'on administra d'une manière soutenue et méthodique. Les expériences de mon condisciple , M. Hébréard, méritent d'être citées. Elles ont été faites avec ]a plus scrupuleuse exactitude. J'en avois tenté de pareilles à l'hôpital Saint- Louis, et j'avois aussi signalé la substance dont il s'agit comme un médicament très-énergique lorsqu'il s'agit de combattre les maladies lymphatiques.

DCGLXXXI. Au surplus, lorsque la thérapeutique d'une maladie est peu avancée, chaque médecin, chaque apothicaire a, pour ainsi dire, son arcane. A Paris, les teintures, les élixirs, sont dans une vogue extraordinaire. On les compose communément avec la racine de gentiane, l'écorce d'orange, le carbonate ammoniacal, etc. On y fait entrer la poudre de scrophulaire, la résine de scammonée ou de jalap. On vend aussi des pilules dont les ingrédiens sont le calomélas, le sulfure d'antimoine , l'éthiops minéral , etc. Il est bien certain que si , à l'aide de ces médicamens ,

on peut parvenir à rétablir le ton des organes digestifs , le cours de la lymphe doit reprendre son activité première , et les engorsemens doivent diminuer.

DCGLXXXIL Le traitement que l'on fait suivre aux malades de l'hôpital Saint-Louis est simple et souvent efficace. Lorsque les premières voies ont reçu un ébranlement salutaire par l'administration des émétiques et des purgatifs , nous associons l'usage des plantes amères à celui des préparations mercurielles. Les décoctions de quinquina , de houblon, de bardane, et de tous les bois sudorifiques , nous ont paru très-utiles dans beaucoup de circonstances, pour remédier aux langueurs des forces digestives. Il est peu d'années où on ne renouvelle les essais qu'on avoit d'abord tentés sur la ciguë , \si. pheUandrium aquaticwn, la digitale, l'aconit, etc. ; et nous pouvons dire que les mêmes incertitudes nous arrêtent encore , lorsqu'il s'agit de déterminer les meilleurs effets de leur administration. On est fâché de voir dans les livres de la science tant de promesses vaines, tant d'assertions futiles, tant de guérisons imaginaires, tant de détails mensongers. Gardons -nous donc de rien affirmer sur la foi trop prompte de nos prédécesseurs. C'est au temps seul qu'il appartient d'affermir les pas de l'expérience et d'en épurer tous les résultats.

ARTICLE IX

DU TRAlTEMElNfT EXTERNE EMPLOYÉ POUR LA GUERISON DES SCROPHULES.

DCGLXXXIII. Les frictions mercurielles ont des effets trèsremarquables lorsqu'elles sont pratiquées avec discernement et continuées avec méthode sur les tumeurs scrophuleuses. Elles sont le meilleur résolutif qu'on puisse employer ; mais il importe d'y

recourir de bonne heure, et avant que les absorbans qui a voisinent la glande engorgée aient cessé d'être perméables par ce médicament salutaire.

DCGLXXXIV. Nous venons d'employer avec quelque succès la pommade de tartre stibié, dont j'ai donné la formule dans mes Nouveaux Élémens de Thérapeutique et de Matière médicale. Cette pommade a pour singulier effet de provoquer une sorte d'orgasme fébrile sur la peau affectée , et d'y susciter une éruption de petits boutons qui ont quelque ressemblance avec ceux qui résultent de l'inoculation de la vaccine. Ces érysipèles artificiels impriment une excitation salutaire et finissent quelquefois par diminuer le volume des tumeurs. Mais j'ai vu aussi des circonstances où ce moyen a été infructueux. Il faut en réitérer les applications avec prudence, et les soutenir assez long- temps pour effectuer la résolution des tumeurs.

DGGLXXXV. Le soufre a une action très-favorable sur les individus qui se trouvent atteints de la maladie scrophuleuse, lorsqu'il est toutefois administré avec les procédés qui peuvent lui donner l'impulsion nécessaire. Je suis souvent à même de constater les propriétés médicinales de cette substance aux bains de Tivoli, où les eaux minérales se trouvent imitées avec un art si parfait. C'est à l'arrosoir que je les fais communément administrer, et presque toujours sur les parties malades. J'ai donné des soins à la santé d'une jeune demoiselle dont les deux joues étoient couvertes de pustules hideuses, et qui fut miraculeusement guérie par l'emploi continué de ce moyen. Je puis dire pareillement avoir vu des personnes qui se louoient beaucoup d'un voyage fait à Barèges, à Cauterets ou à Bagnères de Ludion. En général, toutes les eaux qui charrient le soufre et qui jouissent d'une température très-élevée , sont salutaires dans les scrophules , parce qu'elles réveillent par la percussion l'action assoupie ou languissante de toutes les glandes lymphatiques. Les eaux chargées de sels alkalins, tels que le carbonate de soude ou de potasse, etc..

celles qui contiennent des substances ammoniacales, sont d'une grande utilité. Enfin, de grands avantages sont accordés à l'eau de mer, et il paroît surtout que les Anglais la font servir avec un plein succès à leurs divers systèmes de guérison. Il faut toutefois savoir l'approprier aux circonstances et aux périodes de la maladie. JUarina aqua et magna et varia quâdam vi pollet : sed imperiti facile ipsâ perperàm uti possunL Russel. De tabe glandulari

SIVE DE USU AQUjE MARINiE, IN MORBIS GLANDULARUM , etC.

DCGLXXXVI. On peut employer avec succès, à l'extérieur des glandes engorgées , des emplâtres qui ont pour base de leur composition , la ciguë , le savon , les oxides mercuriels , etc. Lorsque la scropliule se manifeste par des pustules , et qu'elle s'étale uniquement sur l'appareil tégumentaire , aucun topique ne m'a paru préférable au nitrate d'argent fondu, pour amoindrir les ravages de la maladie scropliuleuse, et je supplie mes lecteurs d'y faire une attention sérieuse. Ce tonique a pour avantage de produire une excitation permanente sur la peau et d'y susciter tous les phénomènes d'une fièvre locale. Il est rare que la maladie ne perde pas de son intensité lorsqu'on a pratiqué plusieurs couches successives de cette préparation à des intervalles convenables. Le nitrate d'argent dénature à la longue les irritations morbifiques. Les médecins étrangers qui sont venus visiter l'hôpital Saint- Louis, ont été frappés d'étonnement en voyant une si grande quantité de malades guéris ou soulagés par ce procédé extérieur , dont je puis dire avoir donné le premier l'idée et suggéré le mode d'application.

DCGLXXXVII. Les vésicatoires , les cautères, les sétons, les ventouses , le moxa , etc., trouvent leur emploi dans le traitement des scrophules cutanées. Le feu semble épurer le ferment corrupteur de cette maladie. Il semble empêcher les déviations funestes de ce vice, qui a tant d'afhnité pour les organes de la poitrine. Que ne dirois-je pas , si je voulois exposer ici toutes les précautions à prendre pour assurer la cure des ulcérations , pour consolider la

réunion des plaies et diminuer la difformité des cicatrices , etc. ? Les physiologistes seuls , qui ont une idée exacte des lois de la réaction vitale , peuvent saisir les heureux effets de tous ces moyens extérieurs, tandis que les médicastres s'abusent et prodiguent infructueusement une multitude de remèdes absurdes et insignifians.

DGCLXXXVIIL Une discussion sérieuse s'est élevée dans nos écoles cliniques , relativement à l'utilité des opérations chirurgicales pour les scrophules articulaires. Un moyen aussi hardi m'avoit paru d'abord très-redoutable. Mais le raisonnement doit se taire devant des expériences décisives. Sans doute il seroit imprudent d'enlever des tumeurs scrophuleuses dans des parties pourvues de nerfs ou de vaisseaux importans ; mais il n'en est pas de même pour les caries qui attaquent les articulations des membres. J'ai vu pratiquer plusieurs opérations de ce genre par mon ami, M. Richerand ; et toujours le succès a couronné cette tentative : à la vérité les sujets étoient vigoureux et robustes. Mais M. Lallement n'a pas été moins heureux dans l'hospice de la Salpêtrière. Nous conservons dansl'hôpital Saint-Louis une jeune fdle de vingt ans dont l'exemple doit encourager ceux qui voudroient tenter de pareils essais. Il s'étoit établi à sa cuisse et à sa jambe droite une dégénérescence éléphantine qui avoit acquis un volume monstrueux, et qu'on désespéroit de pouvoir guérir par les moyens communément usités. Il est digne d'observation que, depuis que cette jeune personne a eu l'extrémité inférieure amputée , son embonpoint s'est accru à un point prodigieux; son teint a pris toutes les couleurs de la santé la plus vive. On diroit qu'il se passe ici un phénomène analogue à celui de l'émondation des arbres. Les membres qui restent semblent augmenter d'énergie et de vigueur.

DCGLXXXIX. Je ferai remarquer, du reste, que les remèdes appliqués à la curation des scrophules n'obtiennent quelque réussite qu'autant que les malades ne négligent aucun des moyens 2. 48

diététiques, et qu'ils s'astreignent aux lois du régime. Ils doivent n'user que d'une nourriture saine et facile à digérer ; mais on a tort, ce me semble, d'imaginer qu'il ne faut les alimenter qu'avec une viande bonne et succulente. Ce préjugé est un de ceux qu'il est le plus important de détruire. En effet, si la diète, purement animale, influoit tant, comme on le dit en France , sur la guérison de la maladie qui nous occupe , l'Angleterre seroit-elle peuplée de scropliuleux ? Ce régime fortifiant ne convient réellement qu'aux malbeureux liabitans des campagnes, dès long-temps affoiblis par tous les genres de privation. Ce qui convient, du reste, aux scropliuleux de toutes les classes, c'est de respirer un air salubre, de rechercher les lieux secs et bien exposés , de se livrer à un exercice habituel , de monter à cheval , de cultiver la natation , de se fortifier par des voyages ou par des travaux rustiques , de se distraire par la chasse , la pêche, ou par des jeux propres à raffermir la fibre et à provoquer une transpiration abondante. Je l'avouerai toutefois , la thérapeutique des scrophules forme véritablement un grand vide dans les fastes de notre art. Tout est, pour ainsi dire, à rechercher contre cette maladie, si profondément invétérée dans l'économie physique de l'homme. Rien n'est plus inexpugnable que ce mal factice de notre vie sociale. Il faudroit d'autres habitudes et surtout d'autres mœurs pour s'en délivrer.

LES PSORIDES.

DCCXC. Je comprends sous le genre des psorides toutes les affections cutanées dont le caractère général est de provoquer à la surface de la peau un prurit plus ou moins énergique qui porte les malades à se gratter sans cesse pour éteindre ou apaiser la sensation pénible qui les incommode. Ce caractère, qui les accompagne toujours, en fait une famille à part. Le vulgaire même est tellement frappé de la similitude de ces éruptions superficielles , qu'il les confond sous la dénomination commune de gale.JJn des grands points d'utilité de cette dissertation sera, je l'espère, d'avoir soigneusement séparé par des caractères positifs des maladies qu'on a voit confondues.

DCGXGI. Quelques auteurs ont donné à ces maladies l'épitliète de sordides. Ils ont voulu ainsi les distinguer de cesefïlorescences fébriles , plus communément désignées sous le nom d'exanthèmes , et enfin de toutes les maladies qui peuvent attaquer la peau. Ce sont des éruptions sans fièvre primitive, dont la plupart ne sont point contagieuses, mais qui, presque toujours, s'offrent à nos regards sous l'aspect le plus hideux et le plus dégoûtant.

DCGXGII. Ces sortes d'affections n'attaquent ordinairement que la lie du peuple , et c'est dans les classes les plus inférieures de la condition humaine qu'elles exercent leurs affreux ravages. Parfois , il arrive néanmoins que malgré tous les soins de l'hygiène la plus éclairée, on les voit s'attacher à tous les rangs et à toutes les classes de la société. Parmi ces maladies dont nous nous proposons de donner l'histoire , on en remarque qui dérivent manifestement d'une cause interne , comme , par exemple , d'un vice particulier qui s'est introduit par degrés dans le système lymphatique ; mais il en est d'autres qui proviennent d'une cause extérieure, et qu'on peut attribuer à la présence de certains animal-

cules dont les naturalistes ont particulièrement étudié la forme et la configuration.

DGCXCIÏL C'est depuis la découverte du microscope, c'est surtout depuis que l'histoire naturelle sert quelquefois de guide à la médecine pratique, qu'on a rectifié beaucoup d'idées sur la nature des causes et l'origine de certaines maladies psoriques : tant il est vrai que les recherches les plus disparates et les plus éloignées en apparence de notre art ne laissent pas d'être d'un grand avantage pour l'éclaircissement de certains problèmes , souvent même pour la solution des questions les plus difficiles de la science !

DGCXGIV. J'ajouterai que ces sortes de recherches ont introduit une précision extrême dans nos connoissances ; car rien n'égale la confusion qui régnoit auparavant dans l'histoire des affections psoriques chez les anciens. Il semble qu'effrayés par les dégoûts que leur inspiroient de pareils maux, ils aient tout mêlé et tout confondu dans leurs observations.

DCCXGV. C'est donc une grande faute de n'étudier la nature malade que par les yeux de nos prédécesseurs et de se persuader qu'ils ont tout vu et tout aperçu avant nous. La vieille érudition embrouille presque toujours ceux qui veulent acquérir des notions exactes en pareille circonstance. De quel secours en effet peuvent être les livres pour des objets journellement exposés à nos regards ? Pour s'instruire en semblable cas, ne suffit-il pas de tracer fidèlement des histoires particulières dans l'intérieur de nos hôpitaux? Quand je vois, par exemple , nos érudits , au sujet delà gale, si commune de nos jours, compulser Oribase, Paul -^ginète, Aëtius, Rhazès et Avicenne , je ne m'attends pas à plus de lumières , que si j'allois étudier les plantes dans Mathiole ou dans Dioscoride. A quoi sert donc ce luxe de citations et d'autorités insignifiantes? un latin élégant, un choix de termes bien appropriés , peuvent-ils remplacer un vide réel dans la description des faits qu'il est important de recueillir?

MALADIES DE LA PEAlî. 36c)

DCCXCVL Les anciens n'a voient pas les mêmes moyens que nous pour constater l'existence des insectes qui s'attachent à la peau. On trouve néanmoins dans leurs écrits des assertions qui prouvent qu'ils en avoient connoissance. Plusieurs d'entre eux ont dit d'une manière expresse qu'il pouvoit se développer des êtres vivans sous la peau des mains, des jambes et des pieds. Avenzoar, médecin arabe , prétend qu'au moment où on aperçoit sur les boutons un suintement léger, il en sort des animaux d'une si petite dimension , que l'œil peut à peine les distinguer. Ces animaux se trouvent sous l'épidérme , où ils cheminent comme la taupe sous la terre. Ne trouvons-nous pas dans les livres saints les tableaux les plus pittoresques de la maladie pédiculaire?

DCGXGVIL J'ai déjà dit plus haut que toutes les maladies psoriques n'étoient pas contagieuses, et c'est là un des caractères qui servira à faire distinguer les espèces qui se rattachent au genre que nous décrivons, ainsi que j'aurai occasion de le démontrer dans la suite de ce travail; il est donc despsorides qui ne peuvent se contracter , ni par le contact du visage et des mains , ni par le voisinage de l'être infecté, ni par l'usage des mêmes vêtemens, etc. Le caractère contagieux ne convient qu'à la gale proprement dite ; je l'assigne comme un des phénomènes essentiels qui séparent cette maladie de la psoride papuleuse.

DCGXGVIII. Les psorides se manifestent communément par des pustules conoïdes, contenant une lymphe incolore et qui jaunit en s'épaississant ; dans certains cas, ce fluide aqueux est promptement résorbé. Quelquefois, comme dans la psoride papuleuse, ce sont de simples élevures, irrégulièrement répandues et à peine visibles , qui sont accompagnées du plus violent prurit. Il en est qui forment de petites tumeurs circonscrites , à base dure , circulaire, enflammée, qui tournent à une suppuration lente mais complète , comme dans la psoride crustacée.

DGGXGIX. On voit toutes ces éruptions se terminer en générai par de petites exfoliations de l'épidérme, par de petites écailles

opaques ou transparentes; quelquefois par des croûtes qui couvrent des ulcérations plus ou moins superficielles. A ces ulcérations succèdent parfois des stigmates ou des pétécliies livides. J'aurai occasion de revenir sur ces caractères spéciaux qui signalent le genre des psorides.

DGCG. Quelle que soit l'irritation occasionée par la présence des psorides , il est rare que ces maladies excitent une rougeur considérable sur la périphérie de la peau , comme il arrive dans les efflorescences fébriles plus communément désignées sous le nom ai exanthèmes. Dans la psoride papuleuse, par exemple, on n'en observe pas la moindre trace; quand on gratte ou qu'on écorclie le sommet des papules, on n'en fait jaillir qu'un peu de sérosité sanguine, simple résultat de la déchirure des tégumens. Le développement des poux sous l'épiderme de certains malades produit pareillement un malaise qui n'est jamais assez puissant pour provoquer les phénomènes de l'inflammation, ou pour déterminer une suppuration véritable ; d'ailleurs cette maladie a principalement lieu à l'époque de la vie où le système cutané a perdu toute son énergie et son activité.

- DCGCL On verra dans le cours de cette dissertation , que chaque espèce de maladie prurigineuse a, pour ainsi dire, son mode particulier de distribution à la surface de la peau; et c'est d'après ce mode de distribution, qu'elles produisent des irritations plus ou moins prolongées , plus ou moins incommodes. On verra par les descriptions exactes que nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs , que la psoride pustuleuse se montre principalement dans les intervalles des doigts, sous les aisselles, au pli des jarrets, etc.; que la psoride papuleuse éclate principalement derrière les épaules, où elle détermine une si vive irritation, qu'il est impossible de vaincre ce genre de souffrance; on verra enfin que la psoride crustacée a lieu à la partie externe des cuisses et des jambes. Dans quelques occasions , on la voit néanmoins se manifester aux bras et aux avant-bras.

DCCGIL Les psorides dont je vais donner l'histoire ne sont pas seulement des maladies fréquentes dans les grandes villes et propres au cercle de notre civilisation ; des voyageurs dignes de foi ont remarqué que les sauvages y étoient particulièrement sujets. Dans les forêts de la Guiane , les tribus qui forment leurs établissemens au milieu des marécages et qui vivent dans une saleté dégoûtante sont très-fréquemment sujettes soit à la psoride pustuleuse, soit à la psoride papuleuse, maladies qu'elles exaspèrent très-souvent par une médecine empirique, ou qu'elles parviennent à guérir par des plantes dont l'expérience leur a révélé les propriétés. M. de Préfontaine avoit fait des remarques très-curieuses sur les races indiennes qui sont particulièrement sujettes aux maladies cutanées.

DCCCIIL Les correspondances que j'ai établies avec les médecins qui pratiquent leur art dans les campagnes les plus isolées, et particulièrement dans la Basse-Bretagne , m'ont fourni aussi quelques renseignemens précieux à ce sujet. On sait, par exemple, qu'il existe depuis un temps immémorial une gale , qui est, dit-on, héréditaire dans la commune de Plouquernével, ainsi que dans celles de Plouveney et de Goarec; on y rencontre des familles entières d'individus qui , de génération en génération , en sont constamment atteints. Je discuterai ce point plus bas, lorsque je traiterai des causes qui influent le plus directement sur la production des maladies psoriques.

DGGCIV. Ces mêmes affections se montrent aussi très-fréquemment chez les animaux domestiques. Le cheval, si utile à l'homme , le chien fidèle , le chat , hôte auxiliaire qui purge nos maisons des êtres les plus incommodes , les moutons mal nourris, etc., présentent quelquefois les symptômes de la psoride papuleuse dans toute leur intensité. Les différentes sociétés , établies pour les progrès de l'agriculture et de l'économie rurale , rassemblent journellement à ce sujet les observations les plus remarquables.

DGCGV. Je ne traiterai ici que des psorides qui attaquent l'es-

pèce humaine; c'est après les avoir long-temps étudiées dans l'intérieur des hôpitaux et dans les différentes classes de la société , que je crois devoir ranger leurs phénomènes caractéristiques sous trois chefs principaux. En exposant d'une manière successive les symptômes delà psoride pustuleuse, delapsoride papuleuse et de la psoride crustacée , on voit que je ne m'écarte jamais de la méthode que j'ai adoptée dans cet ouvrage , qui est de grouper les maladies qui s'appartiennent par le plus grand nombre de rapports. C'est en vérité sans fiel, mais c'est avec étonnement, que nous avons vu quelques hommes se montrer contraires à cette marche, qui est si favorable aux progrès de notre art, et nous combattre par des objections que je ne puis sérieusement réfuter. DCGCVL Je suis sur le théâtre de l'observation, et j'avoue que je ne saurois m'entendre avec ces spéculateurs de cabinet, qui donnent pour des résultats certains les conceptions imaginaires de leur cerveau. Pour classer les accidens de la nature malade , de quoi nous serviroit le faste des mots et l'arrangement symétrique d'un brillant système ? C'est la vérité des choses etnon l'éclat des paroles stériles qui peut satisfaire les observateurs.

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