CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LE TRAITEMENT DES SCROPHULES
DGGLXXIII. Plusieurs considérations générales se présentent à l'esprit lorsqu'il s'agit de déterminer le meilleur mode de traitement qui convient aux maladies scropbuleuses. Ces maladies ont trois époques distinctes aux yeux d'un observateur exercé , et il importe de mesurer en quelque sorte l'écbelle que parcourt la sensibilité pour les faire arriver à une maturation complète. Personne n'ignore que la nature est plus lente dans les abcès scropliuleux que dans les pblegmons ordinaires; qu'elle y marclie en quelque sorte par sauts et par une succession d'actes souvent interrompus. Il est rare que ses efforts se soutiennent. Elle s'abat par intervalles, et il est des cas néanmoins où elle se montre énergique et puissante.
DCCLXXIV. Pour établir un traitement sage et bien raisonné, nul doute qu'il ne faille avoir égard au génie particulier des symptômes qui signalent la première invasion de la maladie scropliuleuse. Si la peau est sèche , aride et brûlante , s'il y a dans le pouls une plénitude remarquable, si les urines sont rouges, flamboyantes et sédimenteuses, si la susceptibilité nerveuse des entrailles est manifestement exaltée , si l'on observe un état d'excitation dans toutes les facultés vitales , on a de suite recours à tous les moyens de thérapeutique qui doivent apaiser cet orgasme gé- 2. 4n
néral. Dans une circonstance absolument contraire, lorsque l'action médicatrice languit, lorsque de l'inertie des solides dérivent des résolutions incomplètes, des suppurations inactives, des cicatrices informes , etc. , c'est l'occasion de mettre en œuvre les ressources sans nombre que peut offrir la méthode perturbatrice. Ici surtout la doctrine de l'expectation ne seroit en aucune manière admissible.
DCGLXXV. Un des secrets les plus importans de la thérapeutique, pour la guérison des maladies chroniques, est d'appeler sur le système affecté les secours tutélaires des autres systèmes. La réaction la plus utile dans l'économie animale , est celle qui provient de la synergie de tous les organes. Afin d'effectuer cette réaction , l'art prescrit de mettre en jeu les excitations artificielles qui sont en son pouvoir. Les voyages, les distractions, les exercices de la danse ou de l'équitation , le changement d'air et de nourriture, etc., contribuent efficacement à ce but. Les passions même de tous les genres ont une puissance qu'on ne sauroit contester , quand elles sont provoquées à Fimproviste; et les Anglais, qui font toucher à leurs malades le corps glacé des pendus, comptent sans doute sur les effets salutaires de la surprise ou de la terreur. Lorsque le sens de l'amour s'éveille , il en résulte un effet plus avantageux encore. Cette passion exhalante provoque dans tous les organes un mouvement fébrile , ou , pour mieux dire , une sorte de tumulte qui accélère le cours de la lymphe , et qui est très-favorable au dégorgement des glandes. J'en ai vu un 'exemple frappant chez une jeune demoiselle écrouelleuse depuis l'enfance , et à laquelle on avoit inutilement administré beaucoup de remèdes. La plus étonnante métamorphose se manifesta dans son état physique dès qu'elle se fut enflammée pour un jeune homme qui passoit souvent sous les fenêtres d'une maison où elle étoit élevée. Ces faits s'expliquent par la physiologie des âges.
DGGLXXVI. Au surplus , je répète ce que j'ai déjà énoncé dans d'autres ouvrages. Le temps est un élément indispensable dans la
MALADIES DE LA PEAU. SSg
curation des maladies chroniques, et particulièrement des maladies scropliuleuses. Les traitemens doivent être en général continués pendant plusieurs années. Il importe , en outre, de les pratiquer dans les temps les plus favorables à leur réussite. Pour les mettre en pratique, on m'a vu souvent attendre les révolutions d'un âge critique ou l'arrivée d'une saison chaude. Si l'on néglige cette condition , les essais de l'art sont infructueux et tournent parfois au détriment des malades.
ARTICLE VIII