DES MÉTHODES DE TRAITEMENT EMPLOYÉES POUR LA GUÉRISON DES
PSORIDES.
DCGCLXVIIL On n'aura pas de peine à croire qu'un genre de maladies dont le caractère est de ne respecter aucune condition sociale, et d'atteindre le riche dans son palais aussi bien que le pauvre dans sa chaumière , a dû naturellement faire éclore une immensité de recettes et de formules plus ou moins utiles. Quand quelque turpitude s'attache à une maladie , il faut toujours s'attendre à ce que la cupidité spéculera sur la honte de ceux que cette maladie afflige, et que le charlatanisme cherchera à s'en faire un monopole. Telle est aujourd'hui l'histoire de la maladie vénérienne , et telle a été de temps immémorial celle de la psoride pustuleuse.
DCCGLXIX. Un écrivain a dit qu'il est toujours possible de calculer assez exactement l'étendue des notions positives qu'on a sur une maladie d'après le nombre des médicamens préconisés pour la combattre. Cette idée , qui , prise d'une manière trop générale, cesseroit d'être juste, s'applique parfaitement à la thérapeutique des deux maladies précitées ; et nous y trouverons en particulier, pour la psoride pustuleuse, la confirmation de ce que nous avons dit touchant sa véritable étiologie.
DGGGLXX. La simple énumération des remèdes dangereux ou bizarres , puissans ou inertes qui ont été proposés pour le traitement de la gale , à des époques plus ou moins éloignées , exigeroit à elle seule plusieurs pages. Ghaque médecin qui crut devoir s'en occuper (car elle fut long-temps abandonnée à la routine populaire ) réglant sa thérapeutique d'après l'idée qu'il se formoit
de la maladie , il dut en résulter le chaos le plus impénétrable. Tirons un voile sur ces travers de l'esprit humain; car que nous serviroit de savoir que le pissat d'âne, l'eau distillée de fiente de renard, les lotions avec le sang de vipère, ont joui autrefois de quelque crédit dans le traitement de la gale? Si l'histoire des erreurs n'est pas totalement dépourvue d'intérêt, il n'y a du moins que les vérités positives qui aient une utilité directe.
DGCCLXXL On fut long-temps dans l'incertitude pour savoir s'il convenoit de traiter la psoride pustuleuse par des moyens externes ou par des médicamens internes. Ces derniers , généralement abandonnés aujourd'hui, faisoient • toujours partie des méthodes suivies par les anciens, s'ils n'obtenoient pas exclusivement la préférence. Ainsi , les malades dévoient subir une ou plusieurs saignées, prendre quelques potions purgatives et se tenir à l'usage des décoctions de plantes dites dépurantes, telles que la chicorée, la patience sauvage, la bardane, la saponaire , etc. , avant de passer aux moyens dirigés contre l'éruption elle-même , et qui consistoient, comme aujourd'hui, en onguents, en pommades et lotions diverses. Il est évident que ces précautions de régime inutiles pour la gale , ne pouvoient que prolonger sa durée, et que, si elles réussissoient seules quelquefois, ce n'étoit que dans de certaines éruptions prurigineuses que l'on confondoit avec elle.
DCCCLXXII. Lorsque son étiologie commença d'être un peu mieux appréciée , les remèdes restèrent encore remarquables par leur extrême énergie. C'est ainsi que Baldinger faisoit usage d'un onguent composé d'acide nitrique et de fleurs de soufre. Zacutus Lusitanus recommandoit, à l'imitation de Pline, une pommade faite avec les amandes amères; Trécourt employoitune dissolution de soufre et d'arsenic ; Heister un amalgame de plomb et de mercure. Enfin on a employé avec plus ou moins d'avantage toutes les substances douées de quelque propriété active, que fournissent les trois règnes de la nature.
DCCCLXXIIL Parmi les plantes qui ont été alternativemenl vantées pour le traitement externe de la gale, je ne mentionnerai que les principales. L'herbe aux gueux ( clematis vitaïbd) fut beaucoup prônée dans le temps par un médecin d'Avignon , et ce moyen étoit populaire en Provence, il y a une quarantaine d'années. Un autre médecin du même pays, M. Sumeire , a célébré depuis les vertus antipsoriques de la dentelaire ( Plumbago Europœa. Lin.). Ce remède obtint même le suffrage de l'ancienne Société royale de Médecine, sur le rapport qui lui fut fait, à cet égard, par M. Halle. M. Rangue, d'Orléans, a composé un livre pour établir l'utilité de la stapliysaigre(Z?^^^/7zzw/7z staphysagria. Lin.), pour le même objet. Toutes ces plantes et une foule d'autres que nous pourrions mentionner encore, étoient, ainsi que le tabac ( nicotiana tabacum. Lin. ) que Dodoens , J. Bauliin , Mattbiole , J. P. Franck, ont considéré comme antipsorique , étoient, dis-je, employées en décoction , ou bien en macération dans l'huile, dans le vin, combinées quelquefois à certaines préparations opiacées, dans la vue de modérer leur propriété irritante , et administrées plusieurs fois le jour en frictions. Leur usage a été totalement abandonné pour des substances plus faciles à manier et d'une efficacité plur sûre. Un médecin militaire distingué, M. Vaidy , a employé avantageusement le camphre dans le traitement de la gale 5 et quelques autres assurent avoir obtenu des succès du Uniment ammoniacal , recommandé par Peyrilhe.
DGGCLXXIV. Les oxides métalliques, les sels mercuriels, cuivreux , de zinc , de plomb , ont aussi trouvé leur emploi dans le traitement de la gale. Werlhof se servoit d'un onguent dans la composition duquel ^ entroit le mercure précipité ; M. Hufeland fait entrer le zinc dans sa pommade. Mais de toutes les substances minérales , la seule qui a justifié le mieux tous les éloges des praticiens , et qui par suite s'est maintenue en possession de leur confiance exclusive dans le traitement de la maladie qui nous occupe , c'est incontestablement le soufre. Connu sous ce rapport de-
puis des siècles, c'est par mes soins, après une expérience longuement acquise, qu'il a été généralement substitué à tous les autres moyens depuis une vingtaine d'années.
DGGCLXXV. Je n'entreprendrai point ici de faire connoître en détailles diverses préparations ou les procédés particuliers qui ont été conseillés pour l'emploi de cette substance. Une telle énumération , fort insipide , seroit d'ailleurs à peu près dépourvue d'utilité. Depuis l'œuf de Pabbé Quiret, qui consiste dans l'introduction pratiquée bien long-temps avant qu'il ne la renouvelât , d'une certaine quantité de fleurs de soufre dans un œuf dont on extrait préalablement l'albumine , et qu'on fait cuire ensuite pour s'en servir en guise de pommade , la pharmacie a vu se multiplier à l'infini les préparations analogues. Le Uniment de M. Louis Valentin , qui se compose de soufre natif et de chaux vive par parties égales , triturés en poudre très-fine et incorporés dans sufiisante quantité d'huile d'olive ou d'amande douce, m'a paru constituer une pâte de consistance médiocre , utile pour frictionner matin et soir les pustules de la gale. La même formule tant soit peu modifiée a été long-temps adoptée dans les hôpitaux militaires.
DCGGLXXVI. Indépendamment de la rancidité qu'elles contractent assez promptement , la graisse ou les huiles qui servent d'excipient au soufre dans les compositions précitées, ont encore l'inconvénient d'occasioner ime malpropreté rebutante et d'altérer le linge. La pommade dite improprement d'Helmerich , puisque j'en avois consigné la formule dans un de mes ouvrages, même avantque M. Burdin divulguât la recette dont ce chirurgien faisoit un secret, cette pommade , quoique faite avec la graisse, ii'a pas l'inconvénient que nous avons reproché aux autres. Elle se compose de deux parties de soufre sublimé , d'une de potasse purifiée et de huit d'axonge. Pour en user , il faut d'abord mettre le galeux dans un bain ordinaire , l'y frotter avec un savon liquide çle Flandre ; et ensuite il se frictionne lui-même deux ou trois fois le ]our avec la pommade indiquée. M. le docteur Lugol
obtient le même résultat à l'hôpital Saint-Louis, par des lotions dans lesquelles le soufre et le savon se trouvent unis par portions égales. Percy fit dans le temps à l'hôpital Militaire de Paris , par ordre du ministre de la guerre, des expériences avec la pommade d^Helmerich, qui toutes confirmèrent ses avantages. Un chirurgien-major nommé Pihorel, a proposé une autre préparation qui diffère à peine du liniment déjà cité de M. Valentin. Beaucoup d'autres ont été mises en usage; mais les unes sont d'une assez grande cherté par leurs ingrédiens , et les autres ne laissent pas que d'être, à quelques égards, dangereuses j il étoit donc trèsimportant de simplifier et d'assurer tout à la fois l'administration de ce précieux moyen thérapeutique.
DGGCLXXVIL Ma longue pratique à l'hôpital Saint-Louis ra'ayant mis à même de constater le degré d'utilité et les avantages respectifs de chacune des méthodes précitées et de la plupart de celles que je crois devoir passer sous silence, j'ai fini par adopter un procédé qui me paroît à la fois plus efiicace et plus facile à mettre en pratique ; voici en quoi il consiste : on prend une certaine quantité de dissolution de sulfure de soude ou de potasse, à laquelle on ajoute, au moment de s'en servir , une dose déterminée d'acide suîfurique. Pour la commodité des personnes qui veulent faire usage du remède , je suis dans l'habitude de le faire préparer et mettre dans deux bouteilles. L'une portant le n^ i , contient la dissolution de sulfure de potasse ou de soude ; l'autre , étiquetée n» 2 , contient de l'acide suîfurique non concentré. Pour s'en servir on remplit jusqu'aux trois quarts d'eau bouillante une cuvette ordinaire , dans laquelle on verse ensuite plein un verre à liqueur de la dissolution n» i ; on agite le mélange, ajoutant en même temps une égale quantité de la liqueur n° 2 , et à l'instant même on voit un léger dégagement gazeux se produire. La personne qui doit se servir de cette préparation y trempe alors une éponge fine , et fait matin et soir des lotions sur les parties couvertes de pustules.
DCGCLXXVIIL Outre que ce procédé curatif n'altère en aucune manière le linge, et ne laisse après lui aucune espèce d'odeur désao^réable, ce qui permet son emploi chez les gens du monde , j'ai constaté depuis plus de vingt ans son utilité immédiate. Ainsi , sept à huit jours suffisent avec lui pour guérir les gales simples, et je ne l'ai point vu échouer contre celles qui se montrent le plus opiniâtres. On trouve dans le bel établissement sanitaire de Tivoli, sihabilement dirigé par MM. Audéoud et Jurine, les deux substances parfaitement préparées, en sorte que nous n'hésitons pas à adresser là toutes les personnes qui auroient à en faire usage.
DCCGLXXIX. Depuis que j'ai donné celte métliode de traitement pour la psoride pustuleuse , quelques praticiens en ont proposé d'autres plus ou moins analogues. M. Dupuytren, par exemple, emploie à l'Hôtel-Dieu la dissolution suivante : eau commune, une livre et demie; sulfure de potasse , quatre onces; acide sulfurique, demi once; la dissolution doit être faite en plein air dans un vase de terre ou de faïence; on ajoute l'acide sulfurique par degrés , en agitant doucement le mélange qu'on renferme ensuite dans une bouteille exactement bouchée avec du liège. On voit que cette préparation diffère très-peu de celle que j'emploie; l'une et l'autre s'administrent également en lotions, et sans aucune espèce de soins préliminaires.
DCGGLXXX. M. Jadelot, dont j'aurais du mentionner déjà le liniment antipsorique à base de sulfure de potasse , qu'il a particulièrement composé pour la commodité des gens du monde et des voyageurs, se sert encore àl'hôpital des Enfans, pour le traitement de la psoride pustuleuse , des bains sulfureux déjà introduits par J. P. Franck dans la pratique; voici comment on les prépare suivant les principes de M. Jadelot : dans une baignoire de bois ou construite en maçonnerie , remplie d'eau à 29° de Réaumur , on met quatre à cinq onces de sulfure de potasse ou de soude, concret, qui, en se dissolvant, donne au liquide une couleur verdâtre à la surface , jaune et rouge foncé au centre. On peut
ajouter une petite quantité d'acide sulfurique qui favorise le dégagement du gaz sulfureux, lequel est extrêmement délétère pour le sarcopte; les malades supportent parfaitement ce bain, qui peut être d'une heure. Les eaux minérales artificielles ont ce grand avantage pour le cas dont il s'agit ici , sur les eaux naturelles qu'on a conseillées aussi contre la gale , qu'on peut y accroître à volonté la dose du soufre. J'ajouterai qu'entre autres avantages des lotions sur les bains avec ces eaux , c'est que les premières ne portent que sur les points contaminés de la peau , tandis que les seconds irritent fort souvent les parties saines.
DGGGLXXXL Je ne dois point omettre de parler ici d'un autre mode d'administration du soufre dont l'efTicacité a été démontrée il y a quelques années, je veux parler des fumigations sulfureuses. Depuis long-temps nous avions fait à l'hôpital Saint- Louis, la remarque que la gale n'attaque jamais les religieuses ni les infirmiers attachés au service des salles où l'on traite les malades affectés des psorides pustuleuses. Des individus ont été fréquemment guéris de cette affection pour être restés exposés simplement à l'exhalation de la vapeur sulfureuse dans des salles très-chaudes où des galeux se frottoient avec diverses ponimades soufrées. Il y a d'ailleurs près de deux siècles que Glaubert a reconnu cette propriété de la vapeur du soufre , qui depuis a pareillement été constatée en Allemagne; mais c'est à M. Gales , ancien pharmacien en chef de l'hôpital Saint-Louis, qu'appartient l'honneur d'avoir popularisé son usage.
DGGGLXXXIL Le procédé de ce chimiste , défectueux à plusieurs égards, comme celui de Lalouette dont il paroit être une imitation , a été modifié de la manière la plus avantageuse par M. Darcet , chimiste aussi profondément instruit que physicien habile. Je ne ferai point ici la description de l'appareil dit de Darcet, il me suffira d'observer que sa simplicité inappréciable attire les regards et l'admiration des étrangers qui visitent l'hôpital Saint- Louis, et que depuis sa construction, il a été imité avec le plus 2. 5y
o^rand succès, non-seulement dans les nombreux établissemensde bains que possède la capitale, mais jusque dans les moindres villes de province. Voilà donc encore une nouvelle méthode de traitement pour la gale , et qui peut avoir son utilité spéciale. Cependant , M. Biett, qui a expérimenté particulièrement ce procédé dans le même hôpital où il a pris naissance, pense qu'il faut beaucoup rabattre des éloges qu'on lui avoit d'abord donnés. Suivant ce médecin, la méthode par les fumigations sulfureuses peut convenir dans les hôpitaux militaires, mais elles ne sauroientêtre employées aussi utilement dans les hôpitaux civils, consacrés à une classe d'individus épuisés ordinairement , quand ils y arrivent , par de longues maladies et par la misère. Elle guérit d'ailleurs plus lentement, ajoute-t-il, que quelques autres; et, si elle offre l'avantage de l'économie et de la conservation du linge , il est plus que compensé par la foule de contre-indications qui s'opposent à son emploi. Au reste, pour en faire usage , il faut se servir de l'appareil de Darcet, ne pas y brûler au-delà de huit à douze gros de soufre , par une température qui ne doit point dépasser 5o à 62° de Réaumur; en ayant de plus l'attention de mêler au gaz sulfureux une certaine quantité de vapeur aqueuse , précaution très-Litile, surtout à l'égard des personnes qui ont la peau très-irritable ; chaque fumigation doit être de trente à trente-cinq minutes.
DCCGLXXXIU. Je ne parlerai maintenant , après les détails dans lesquels je suis entré touchant les moyens proposés pour le traitement de la gale , je ne parlerai, dis-je, d'une certaine quintessence antipsorique dont le nitrate de mercure fait la base, que pour justifier l'oubli où elle est tombée. La pommade oxygénée dite à^^lyoUj a joui quelque temps d'une grande vogue; mais l'expérience m'a prouvé que c'est un moyen toujours lent dans son action et peu fidèle , qu'il faut bannir de la matière médicale avec cette foule de recettes mystérieuses qui souvent ont produit les effets les plus funestes , et ne peuvent profiter dans tous les cas qu'au charlatanisme.
MALADIES DE LA PEAU. 43g
DCGGLXXXIV. Quelques expérimentateurs ont essayé de guérir la psoride pustuleuse par les bains d'eau tiède. Il n'est pas impossible que ce moyen ait modéré pour un temps la démangeaison, et même fait cesser entièrement des gales légères ; mais il expose les individus à d'inévitables récidives, parce qu'il n'a point d'action délétère sur le sarcopte, et que s'il l'entraîne quelquefois, ce n'est jamais complètement, ce qui lui laisse la faculté de se reproduire. J'en dirai autant de la vapeur émolliente , qui a été pareillement employée sans plus d'avantage. L'un et l'autre de ces moyens conviennent cependant dans quelques circonstances, pour diminuer l'inflammation des pustules , affoiblir la démangeaison , ou calmer l'irritation de la peau, que ne laissent pas d'exciter vivement certaines préparations antipsoriques qui, sans cette précaution , pourroient devenir fort incommodes , et même nuisibles à quelques malades.
DGGGLXXXV. Il est facile de concevoir que les bains doivent, au contraire , constituer la base des méthodes de traitement des psorides crustacée et papuleuse. D'abord, ils conviennent toujours comme détersifs de l'enveloppe tégumentaire , et comme caïmans du prurit insupportable dont l'éruption est accompagnée. A ce titre , il est rare qu'on ne soit pas obligé d'en faire usage dans toutes les circonstances. Quelquefois, pour activer l'exhalation cutanée sans irriter l'organe , on emploie avec succès la vapeur émolliente qui remplit alors une double indication.
DGGGLXXXVI. Le traitement, au reste, doit naturellement varier comme les causes qui peuvent donner naissance à ces éruptions prurigineuses. Si elles dépendent d'un état de pléthore, de la suppression de quelqu'exanthème ou d'un exutoire anciennement établi , il est évident qu'on n'y remédiera que par les évacuations sanguines ou par le rétablissement de la sécrétion supprimée. J'ai essayé , dans cette intention , mais sans pouvoir encore prendre , à cet égard, une décision définitive, les douches sulfureuses, chez une jeune demoiselle entre autres qui a voit été fort imprudemment
44o MALADIES DE LA PEAU.
traitée d'une psoride papuleuse par les répercussifs, et chez laquelle il étoit resté depuis sur les tégumens une démangeaison intolérable.
DGCGLXXXVIL Les lotions hydro-sulfureuses que j'ai aussi voulu employer par analogie, m'ont paru constamment exaspérer l'irritation de la peau; j'ai observé le même résultat des douches à l'arrosoir; ces moyens devront dès-lors convenir beaucoup mieux à la psoriasie qui est presque toujours indolente. Les bains alcalins et savonneux , tels que ceux de Plombières , sont infiniment plus utiles dans la psoride papuleuse". Je me suis encore assez bien trouvé de quelques pommades composées avec les divers précipités de mercure, qui m'ont paru d'ailleurs réussir particulièrement dans le prurigo pédiculaire.
DCGCLXXXVIIL A l'intérieur, les moyens curatifs appropriés aux psorides papuleuse et crustacée , n'exigent pas moins de précision dans le choix et d'habileté dans l'administration. Le régime des malades doit surtout être sagement dirigé. Il convient de proscrire toujours les alimens écliaulFans, acres, fortement épicés; et d'insister , à cet égard , avec d'autant plus de sévérité que les malades ont, en général, une certaine propension pour ce genre de nourriture.
DGCGXXXIX. On se trouve bien quelquefois d'un vomitif en débutant; il agit, dans ce cas, comme révulsif, de même que les purgatifs, tels que le calomélas, que j'emploie alors de préférence. Le petit-lait au jus d'herbes, les décoctions de plantes amères et diurétiques , la chicorée , la patience sauvage , la pariétaire, la bourrache trouvent aussi une application fort avantageuse. Mais c'est encore plus vers les moyens extérieurs qu'il faut spécialement diriger son attention. Gette remarque s'applique surtout, comme on le sentira facilement, à la thérapeutique du prurigo pédiculaire. Il est néanmoins des cas où les poux semblent engendrés spontanément par un état particulier d'altération des solides et des fluides de l'économie, et dans lesquels les toniques, le vin généreux, le quinquina , le sirop antiscorbutique , les éhxirs amers , etc. , sont
indispensables. Je n'ai pas besoin de dire que toutes les fois que leur apparition a un caractère critique , chez les enfans par exemple, il seroit superflu de s'en occuper et quelquefois dangereux de les combattre.
DCCCXG. En général, les affections cutanées dont je m'occupe, suivant leur intensité particulière ou leurs complications, exigent de la part du médecin beaucoup de discernement , de sagacité pour la direction des moyens cura tifs , et de persévérance dans l'usage de ces derniers de la part des malades. Il est infiniment plus facile de les prévenir par une sage prophylactique.
DGGGXGI. Tout ce qui contribue à l'entretien de la propreté doit, sans contredit, être mis au premier rang des moyens hygiéniques contre les psorides. Rien n'est plus simple que les précautions indiquées par l'expérience, à cet égard. Toutes les fois qu'il s'agit de la psoride pustuleuse , éviter autant que possible le contact, qui est son mode unique de propagation, avec les personnes qu'on soupçonne d'en être affectées, devient la première règle à suivre. Mais nulle part elle ne doit être plus rigoureusement observée que dans les grandes réunions d'hommes, telles que les corps de troupes, où la contagion trouve tant de facilité à se répandre. Les exemples en ce genre abondent; mais le suivant, qui a été rapporté par un médecin digne de foi , est certainement un des plus remarquables.
DGGGXGIL Deux bataillons d'un régiment d'infanterie traversant la Bretagne, où l'on sait que la gale est endémique , pour venir à Paris dans les mois de janvier et février 1812 , eurent onze cent quatre-vingt-seize hommes atteints de cette affection, pendant que les troupes qui, dans le même temps, traversèrent le Poitou et d'autres provinces limitrophes , où la même disposition n'existe pas, en furent tout-à-fait exemptes.
DGGGXGIII. Il n'y a donc, en pareille circonstance, qu'une séquestration sévère qui puisse empêcher l'accroissement et la propagation de la maladie. Dans la société, la défense de contact ne
doit pas être moins absolue. Non-seulement elle embrasse tout ce qui est communication immédiate d'individu à individu ; mais encore les objets tels que les vêtemens, par lesquels s'établit une communication indirecte. Il n'est pas nécessaire d'ajouter que la précaution doit être la même envers les animaux qui , vivant avec l'homme , lui transmettent souvent la psoride pustuleuse à laquelle ils sont plus ou moins sujets.
DCCGXGIV. Pour les autres espèces, il n'est pas, à beaucoup près, si facile d'indiquer les moyens d'en prévenir l'atteinte. Cependant l'expérience et l'observation nous montrent qu'elles paroissent affecter plus spécialement certaines classes de la société que d'autres ; d'où il semble permis de conclure que cette prédilection doit tenir à quelque circonstance de position sociale et de régime. Ainsi l'habitant de la campagne sobre et laborieux , en est à tous égards moins affecté que cette population misérable qui végète au sein des grandes cités , où elle offre le type de la dépravation morale avec le cortège de toutes les dégénérescences organiques.
DGGGXCV. Les peuples les plus civilisés de l'antiquité, les Grecs et les Romains surtout , ne connurent presque point le fléau des maladies cutanées, parce que les soins rigoureux de propreté , l'usage non interrompu des bains , et de diverses onctions journalières entroient, pour ainsi dire, dans leur éducation, et faisoient partie de leurs habitudes. Ges soins occupèrent de tout temps la sollicitude des philosophes et des législateurs. Ils formoient l'un des points les plus importans dans les lois de Solon et de Lycurgue ; on sait quelle sévérité régnoit , à cet égard , dans celles de Moïse ! Toutes les peuplades, en effet, qui vivent dans une sale apathie, traînent misérablement leur existence au milieu des hideux et dégOLitans exanthèmes dont elle entretient ou favorise la production. G'est donc à l'hygiène publique et privée à en déraciner le germe ; et cette entreprise est bien digne des gouvernemens éclairés qui cherchent à la fois l'agrandissement et le bienêtre des peuples.