‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 87 sur 111 · DES TEGUMENS EN GENERAL · texte numérisé non relu

DES TEGUMENS EN GENERAL

DGCGXGVL La nature , qui a répandu tant, de richesse et de variété dans la composition intime et dans les formes extérieures des êtres organisés, ne s'est pas bornée néanmoins à l'agréable ; elle a su y joindre heureusement l'utile. L'un et l'autre se montrent en ejffet au milieu de ces nuances de qualités protectrices, de couleurs brillantes, ou de texture suave qu'oflfre à nos yeux l'enveloppe cutanée de l'homme et des animaux. Quelle distance n'y a-t-il pas du tissu ravissant de finesse et de blancheur chez les beautés voluptueuses qui peuplent les sérails de l'Asie , à la peau cuivrée des Mongoles, et au corps muqueux tout-à-fait noir des peuplades africaines! La différence à cet égard n'est pas moins sensible , quand on compare les innombrables espèces animales

qui couvrent la surface du globe, habitent les hautes régions de l'atmosphère ou vivent au sein des vastes mers. Dans l'hémisphère boréal , les animaux se distinguent par l'épaisseur et le moelleux particuliers aux fourrures qui nous viennent de ces contrées; dans l'hémisphère austral , au contraire , la peau des animaux plus ou moins dénudée de poils, souvent même absolument rase, présente en même temps des couleurs étincelantes en rapport avec la lumière des régions qu'ils habitent , comme chez les premiers l'appareil pileux a été modifié d'après la température à laquelle ils sont soumis.

DGCGXCVIL Une des modifications qui impriment à la peau les différences d'aspect les plus prononcées, se trouve dans les plis naturels ou accidentels qu'on remarque à sa surface. On connoît l'immense pli antérieur qu'elle forme chez le bœuf, où il est désigné par le mot fanon j le rhinocéros en présente qui ne sont pas moins remarquables dans les régions des épaules et des lombes ; le scrotum enfin laisse apercevoir une disposition analogue dans l'espèce humaine. Mais chez celle-ci les progrès de l'âge et les maladies développent sur la peau plusieurs plissemens auxquels les habitudes sociales attachent la même défaveur qu'à ce qui affoiblit en général les agrémens et la beauté physiques. En détruisant ces qualités passagères, les rides que la perte de l'embonpoint ou les approches de la vieillesse déterminent, deviennent, à la vérité, les élémens principaux dans l'expression de la physionomie. Le front de l'homme offre presque toujours par là le témoignage d'une intelligence précoce ou trop active , de même que la sérénité du cœur s'annonce presque infailliblement chez lui par une douce régularité et le calme parfait des traits du visage.

DCGCXCVIIL Les animaux présentent d'autres dispositions particulières à leur enveloppe tégumentaire externe. C'est ainsi que l'épiderme prend chez eux des degrés divers de consistance, comme on le voit depuis la peau pulpeuse des mollusques et même des batraciens, jusqu'à sa composition écailleuse et calcaire dans les

serpens et la tortue. De pareilles modifications qui ne sont pas moins saillantes que celles dont nous avons cité des exemples dans quelques autres espèces, fournissent en même temps la preuve que, dans les transitions graduées de la texture tégumentaire cliez les animaux , un principe d'utilité préside incessamment à cette multiplicité de formes plus ou moins régulières et harmoniques.

DCCGXGIX. Ce n'est pas seulement dans la comparaison d'une espèce animale avec l'autre, ou entre plusieurs individus de la même espèce, mais entre les diverses parties de l'enveloppe tégumentaire chez un seul et même individu qu'il est possible d'apprécier des différences déstructure. L'homme, par exemple, est loin d'offrir le même degré de consistance sur tous les points de cette membrane. Ainsi qu'on le sait généralement, des nuances très-marquées existent entre la peau de la plante des pieds et celle de la paume des mains. Celles-ci sont même sensibles de si bonne heure dans le fœtus qui vient de voir le jour que , tout en reconnoissant la part que les influences physiques peuvent avoir plus tard sur cette disposition , il n'est pas permis de nier qu'elle ne tienne à une circonstance native.

DCCGC. On remarque quelques particularités analogues dans les animaux. Ainsi Féléphant , qui avoit besoin d'une base capable de soutenir, sans comprimer les nerfs et les vaisseaux , le poids énorme de sa masse, ofï're en conséquence la plante des pieds protégée par une couche abondante de graisse outre l'épaisseur trèsremarquable de la peau dans cette partie.

DCGGGL On connoit l'aspect particulier et la modification relative de structure existans dans quelques autres parties de la peau humaine. En général la partie interne des membres est d'un tissu plus mou, moins serré, et dès-lors moins résistant que la partie externe. Ce caractère , qui d'ailleurs se montre dans tous les points que les vêtemens soustraient à l'action de la lumière, est encore plus marqué aux creux des aisselles , aux plis des aines et dans quelques autres points naturellement protégés et plus

éloignés en quelque sorte de la périphérie. La peau du crâne diffère notablement de celle de la face ; et cette différence nécessitée par la diversité de fonctions , est également évidente dans les conditions pathologiques. Bichat a donc fait remarquer très-judicieusement l'influence que le tissu plus lâche , plus épanoui, plus riche en vaisseaux sanguins des tégumens du visage , exerce sur le développement des affections, et notamment des érysipèles de cette partie. L'un de nous , par sa position dans un vas le hôpital où affluent tous les genres des maladies cutanées a été souvent à même de reconnoître aussi ce rapport de la texture particulière de la peau avec la fréquence et le caractère des éruptions qui s'y manifestent.

DCGGiï. On ne trouve nulle part l'enveloppe tégumentaire externe modifiée d'une manière plus sensible que sur les points qui, tels que leslèvres, la marge de l'anus, la surface du gland, etc., établissent ses limites relativement aux membranes muqueuses, ou à l'enveloppe tégumentaire interne. Une ligne rougeâtre, l'amincissement de son épaisseur, l'enlèvement plus facile de l'épiderme, tels sont les caractères qui distinguent essentiellement sa texture dans ces parties. Également justifiée par les phénomènes physiologiques et par les données de la pathologie, cette différence ne détruit pas néanmoins l'analogie manifeste des deux surfaces. A défaut de démonstration anatomique, des faits nombreux et irrécusables d'un autre ordre attesteroient suffisamment cette identité de structure.

DCGCCin. Quelques anatomistes rejettent, à la vérité, le sentiment de Lieberkuhn sur l'existence de l'épiderme dans la muqueuse gastro-intestinale , mais son évidence dans l'œsophage , et la terminaison par un bord frangé de cet epithelium au cordia, dénotent à la fois sa présence et les modifications qu'il subit dans l'étendue de la peau interne. La continuité des deux surfaces ne paroît pas moins incontestable; et, si quelques caractères de dissemblance semblent exiger certaines restrictions à cet égard,

comme pour la conjonctive à son passage devant la cornée , pour le prolongement de la membrane muqueuse du vagin à l'intérieur de la matrice , suivant les observations de MM. Ghaussier etPiibes, il est au moins certain que partout ailleurs dans leurs points de jonction les deux membranes, interne et externe , sont absolument confondues. L'observation du polype à bras qu'on retourne à volonté et qui, dans cet état 011 ses deux surfaces deviennent alternativement internes ou externes, continue à vivre sans altération notable dans l'activité de ses fonctions ordinaires, fournit une nouvelle preuve de l'analogie dont il s'agit, alors même qu'on laisseroit indécise la question de l'existence d'une membrane muqueuse et même d'une véritable peau chez cet animal.

DGCGCIV. Mais il est possible d'arriver à la même conclusion sans en chercher les preuves hors de l'espèce humaine. On a vu, par exemple , les membranes muqueuses soumises par une circonstance accidentelle quelconque à l'action de l'air atmosphérique, ainsi que cela arrive quelquefois dans les chutes du rectum, et dans les anus contre nature, etc., prendre, et même assez promptement, toutes les apparences de la peau. Gelle-ci, soustraite au contraire pendant un temps plus ou moins long à l'impression des agens extérieurs, ne tarde pas à revêtir Faspect et jusqu'à un certain point le rôle des membranes muqueuses. C'est ce qui se voit dans les plis existans aux articulations des membres lorsque ceux-ci se trouvent depuis quelque temps dans un état de flexion continue. Des faits très-intéressans de ce genre ont été cités par Hébréard , qui , d'ailleurs , a fait ressortir avec une nouvelle évidence la conformité des deux organes par des rapprochemens physiologiques et pathologiques multipliés. Nous avons vu nous-mêmes à l'hôpital Saint-Louis un polype muqueux du vagin ayant plus de vingt ans d'existence, dont la partie qui faisoit saillie au dehors offroit tous les caractères de l'enveloppe cutanée.

DGGGGV. L'étude assidue des maladies si variées dont elle est le siège , nous a fourni de fréquentes occasions de constater l'inti-

mité des rapports existans entre les deux surfaces. Ainsi, nous avons signalé, les premiers, les traces de l'inflammation herpétique dans la muqueuse gastro-intestinale. Qui ne sait aujourd'hui que les boutons de la variole peuvent tout aussi facilement se développer à l'intérieur des membranes muqueuses gastrique et pulmonaire que sur la peau? Il en est de même de ces irritations érithémateuses que l'on rencontre presque aussi fréquemment sur l'une que buv l'autre surface; et, quant à leur mode chronique, nous avons, dans le cours de cet ouvrage, cité divers exemples, particulièrement celui de la dartre squammeuse que l'on rencontre assez communément à l'intérieur des fosses nasales, de la bouche, etc., et qui sert à justifier encore l'identité précédemment établie. Une autre source de preuves à cet égard , mais que nous nous contenterons de signaler pour le moment aux observateurs physiologistes , c'est celle des affections auxquelles la peau et les membranes muqueuses se trouvent soumises par l'influence d'une sympathie réciproque.

DCGGGVI. C'est sur ces faits et beaucoup d'autres observations plus ou moins analogues que se sont établis les deux sentimens contraires relatifs à la génération ou à l'ordre de développement des deux divisions de l'enveloppe tégumentaire. Autant qu'il est permis de se prononcer sur une question aussi difficile que celle des formations organiques, nous pensons avec la plupart des anatomistes de nos jours , et particulièrement avec M. F. Meckel, que les membranes muqueuses ont la priorité d'origine , et qu'ensuite par une progression successive du centre à la périphérie , leur tissu s'avance et se modifie pour constituer l'enveloppe. Il est constant que, jusqu'à la sixième semaine de la vie fœtale , les ouvertures naturelles par lesquelles s'établissent les communications des deux organes n'existent pas encore; le canal intestinal est déjà déroulé que la peau n'est pas même distincte. La formation de ces ouvertures arrive-t-elle, comme paroît l'admettre Fanatomiste que nous venons de citer , par une déchirure lente et

graduée du tissu des deux membranes ; ou bien celui de l'interne ne fait-il que se replier, pour ainsi dire, sur lui-même sans altération dans la continuité des mailles qui le composent, toujours est -il certain que la progression de développement de la surface au centre n'est plus soutenable.

DGCGGVIL Les changemens que la peau subit depuis l'instant où elle commence à prendre un caractère marqué dans l'embryon méritentd'êtreappréciés. D'abord incolore, mince et transparente, elle acquiert vers le milieu de la grossesse un degré sensible de consistance , et se recouvre bientôt d'une substance grasse et caséiforme qui, suivant l'âge du fœtus , ou le terme de l'accoucbement , se montre plus ou moins abondante à sa naissance. A cette époque , molle , rougeâtre , tomenteuse et par conséquent assez analogue aux membranes muqueuses , la peau prend progressivement une densité de mieux en mieux appropriée au milieu dans lequel l'individu est appelé à vivre et aux fonctions qui plus tard lui seront départies. C'est par ces gradations qu'elle arrive cbez l'adulte à l'état de composition qu'on lui connoît et dont nous allons maintenant exposer les caractères.

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