‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 93 sur 111 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

DES USAGES PARTICULIERS A CHAQUE ÉLÉMENT DE l'enVELOPPE TÉGUMENTAIRE.

DCCCCXXVIIL Les parties inorganiques de la peau dans l'espèce humaine ne sont pas, tant s'en faut, dénuées d'utilité, et établies là uniquement comme ces organes rudimentaires destinés chez quelques animaux à montrer l'uniformité du plan de la nature dans l'universalité des êtres vivans. Pour cesser d'être une barrière conservatrice de la chaleur, comme dans la plupart des autres espèces, les productions cornées de la peau humaine, mais surtout l'épiderme , ne remplissent pas moins des fonctions éminemment protectrices. Ce n'est qu'à l'abri de cette couche inorganique que peut s'exercer convenablement le tact général, source des facultés et des fonctions qui établissent la suprématie intellectuelle de l'homme. Qu'elle soit en effet trop développée , ou bien qu'elle manque entièrement , la sensibilité s'affoiblit ou s'exalte, devient inertie ou douleur. Il n'est pas jusqu'à l'appareil pileux qui, fort étranger sans doute au rôle qu'il joue chez la plupart des animaux , n'ait cependant quelque part à l'exercice de la faculté sensitive. La preuve, à cet égard, c'est qu'on rencontre constamment des poils aux environs de chaque appareil des sens, de l'œil, du nez, de l'oreille, où ils ont, comme on sait, pour usage d'atténuer , en quelque sorte , l'impression des agens qui mettent leur fonction en jeu, le son, les odeurs ,1a lumière.

DCCCGXXIX. L'épiderme exigeoit à son tour un degré convenable de mollesse et même d'élasticité sans lequel il n'eût pu qu^être un obstacle à la précision des fonctions tactiles. Le fluide gras, onctueux, qui se dépose en plus ou moins grande quantité

à sa surface, paroît essentiellement destiné à l'entretenir dans cette condition. C'étoit probablement à l'imitation de ce procédé de la nature que les anciens faisoient vni si fréquent usage des frictions huileuses , dont les modifications apportées dans les vêtemens, et surtout l'emploi du linge , ont pu seuls dispenser les peuples modernes.

DGCCGXXX. On ne peut guère assigner exactement les usages an pigmentum et du corps muqueux qui en est le siège; cependant il est présumable qu'ils ne sont autres que ceux dont nous venons de constater l'existence dans les éléraens plus excentriques de la peau : on observe du moins que l'activité sensitive se montre assez généralement en rapport inverse du développement des parties dont il s'agit. Dans la race blanche , par exemple , la sensibilité est toujours plus vive sur les parties naturellement moins colorées et sur celles que l'influence des vêtemens ramène à la même condition physique. On peut vérifier encore cette observation dans la race nègre dont la sensibilité est si intense à la plante des pieds et à la paume des mains, qui sont aussi beaucoup moins noires que le reste de la surface. C'est dans le tout jeune âge que les individus de cette même race sont particulièrement sujets au tétanos, et on sait que , nés blancs, la couleur noire n^a pas encore pris chez eux toute son intensité à cette époque de la vie. La qualité protectrice au. pigmentii?n et du corps muqueux devient beaucoup plus évidente encore chezles albinos ^oii l'un et l'autre existent à un degré si imparfait, et qui sont aussi sujets aux irritations variées de la peau pour les impressions les plus légères qu'éprouve cette membrane. L'âge fait encore subir à la peau des changemens sensibles ; mais ils le sont bien davantage dans les cheveux, qui du reste perdent alors quelques-uns de leurs principes constituans, que l'art parvient, jusqu'à un certain point, à leur rendre. Si la peau est disposée à l'accomplissement de tous les phénomènes sensitifs, par l'effet de son organisation générale, les faits précités montrent aussi que cette propriété

varie dans son intensité sur certains points de sa surface, où elle présente en même temps, comme nous l'avons déjà vu, une modification relative dans sa composition et dans sa structure.

DCCGCXXXL La surface tégumentaire externe se trouvant exposée à des chocs , pour ainsi dire continus et plus ou moins violens , il étoit indispensable que la partie fondamentale de son tissu pût supporter sans inconvéniens, et même favoriser à quelques égards le développement de certaines de ces impressions. Nul doute que le tact ne s'exerçât avec beaucoup moins d'avantage si, au lieu de ce point d'appui ferme et résistant que le derme présente à l'action des corps extérieurs, il n'avoit que la consistance molle et pulpeuse de la surface tégumentaire interne. Cette circonstance expliqueroit déjà suffisamment la diversité des fonctions des deux membranes, l'une étant un organe d'absorption, l'autre servant surtout à un usage excrétoire et tactilej mais celui-ci même indiqueroit, à défaut de faits plus décisifs, la possibilité de la première de ces fonctions dans l'enveloppe cutanée : car on ne voit par pourquoi , destinés à livrer passage aux différentes matières excrémentitielles, les vaisseaux, pores, ou autres voies d'éliminations ne pourroient pas servir aussi à transporter à l'intérieur les substances déposées à la surface. Il est toujours certain que l'état ordinaire de vacuité des vaisseaux situés au-dessous de l'épiderme, que par cette raison même on a nommés vaisseaux blancs ^ et qui forment peut-être en grande partie le corps muqueux, ne peut qu'être favorable au phénomène dont nous parlons. On sait que ces vaisseaux se remplissent quelquefois de sang, même dans l'état physiologique, ainsi qu'on le voit au visage qui vient à se colorer par l'effet d'un sentiment de honte ou de pudeur. Cette coloration accidentelle ne doit pas être confondue , sans qu'il soit besoin de le dire, avec celle qui constitue le pigmentum naturels de la peau. S'il est vrai que des sueurs de sang aient été observées, on ne peut pas douter que c'est par les mêmes canaux qui contenoient le sang dans le simple cas d'injection que ce fluide est exhalé dans celui-ci.

DCGGGXXXIÎ. Le réseau vasculaire sous-muqueux de la peau paroît naturellement destiné à fournir à chacune des parties constituantes de cet organe les matériaux nutritifs indispensables à leur développement ou à leur réparation. Telle que nous l'avons vue organisée , la double surface tégumentaire devient pour le corps vivant l'intermédiaire de toutes les impressions extérieures. Formée , comme nous l'avons dit , d'assez bonne heure , elle devient dans l'embryon le canevas des organes qui rempliront des fonctions plus ou moins importantes par la suite. Organe de nutrition et de défense, l'enveloppe tégumentaire devient encore le domaine le plus vaste pour le médecin ; et cette variété d'usages , que nous avons signalée , rendra facilement raison de l'étendue des considérations que l'étude de cette membrane nous fournira sous le point de vue pathologique.

ARTICLE PREMIER

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