XXX DISCOURS
lies par la fièvre miliaire ; et quelquefois il leur survient des efflorescences qui durent plusieurs années. Au surplus, ce qui prouve que les forces vitales ont une part très-active au développement des maladies cutanées , c'est que les éruptions des dartres et celles de la gale s'affaissent considérablement après la mort, ainsi que nous avons pu nous en assurer par un grand nombre d'autopsies cadavériques. D'une autre part, il importe de remarquer, que le système dermoïde subit une multitude d'altérations , lesquelles ne proviennent que d'un aifoiblissement extraordinaire , introduit dans l'exercice de Pirritabilité et de la sensibilité : tels sont les ecchymoses, les taches scorbutiques, les pétéchies, et autres affections de ce genre. Les dartres furfuracées ou squammeuses, que les vieillards éprouvent dans les extrémités inférieures, sont dues à l'état d'atonie générale qui existe dans leur économie. Un homme dont le travail consistoit à décharger le bois qui arrive sur la Seine, fut contraint, un jour d'hiver, de se plonger dans l'eau jusqu'à la ceinture. Frappé d'un engourdissement subit, il tomba , et fut ramené par ses camarades sur le bord de la rivière. Depuis ce temps , la peau de ses mains et de ses pieds est devenue roide et presqu'insensible ; il a perdu jusqu'à la faculté de se livrer aux plaisirs de l'amour , et son corps est parsemé de plaques violettes et bleuâtres, d'une forme très-variée. Cette affection singulière disparoît toutefois momentanément, quand on soumet le système dermoïde à une douce chaleur , ou à des lotions tièdes et stimulantes. C'est par un mécanisme d'action analogue , qu'une violente fièvre , soudainement suscitée , fait souvent évanouir des dartres chroniques , qu'on croyoit inguérissables. Cette double considération physiologique , que nous venons d'établir , touchant l'exaltation excessive ou la prostration extrême des forces vitales de la peau, donne, pour ainsi dire, la clef des procédés curalifs.
§. XXXIV. Dans les sciences physiques , beaucoup de vérités ne restent inconnues , que parce qu'on ignore les vérités intermédiaires. L'étude approfondie des maladies dont nous traitons, n'est
PRÉLIMINAIRE. xxxi
donc pas uniquement propre à nous éclairer sur tous les faits relatifs à la sensibilité et à l'irritabilité de la peau ; elle parviendra peut-être quelque jour à nous révéler la physiologie entière des parties diverses qui constituent cette merveilleuse enveloppe, ou qui correspondent plus ou moins directement avec elle. Déjà, en suivant une méthode inverse de celle qui dirige communément les esprits dans l'aj)prentissage de notre art , par la contemplation des teignes et de la plique, nous sommes arrivés à des idées nouvelles sur les fonctions des tégumens de la tête et des cheveux : l'histoire des dartres nous a initiés davantage dans l'action mystérieuse du tissu réticulaire et du corps papillaire ; celle des éruptions écailleuses nous a mieux fait apprécier la nature de l'épiderme. Déjà mes recherches sur les scrophules m'ont conduit à des notions plus certaines sur l'économie vitale des glandes et du système lymphatique. Qui sait enfin , si des méditations plus prolongées sur les symptômes affreux de l'éléphantiasis , n'ajouteront pas à nos découvertes sur l'appareil cellulaire , et si un examen plus exact des exostoses et des caries vénériennes , ainsi que de tous les phénomènes qui leur appartiennent, ne résoudra pas quelque problème sur l'acte physiologique de l'ossification, qui a déjà coûté tant d'expériences!
§. XXXV. Toutefois, aucun phénomène ne me semble plus susceptible d'être éclairci par l'étude de la pathologie cutanée , que celui de ces étonnantes sympathies , qui font continuellement correspondre les différens systèmes de l'économie animale. Ce sujet est toujours nouveau pour les observateurs physiologistes j la connexion la plus frappante est, sans contredit, celle du système dermoïde avec les membranes muqueuses de l'estomac , dans les premiers paroxysmes de la petite-vérole : ce dernier organe se contracte dans cet exanthème, et est violemment irrité par des nausées ou par des vomissemens. L'appareil respiratoire n'est pas moins lié avec la peau , qui se couvre d'une eflflorescence farineuse dans la troisième période de la phthisie pulmonaire. Si l'on pouvoit