XXXII DISCOURS
ignorer les sympathies du système dermoïde avec les parties génitales , il n^y auroit qu'à rappeler que Finfection syphilitique de ces parties , coïncide souvent avec les ulcérations de l'intérieur de la gorge. Mais le fait le plus remarquahle que nous ayons découvert par la pathologie cutanée , est celui d'une femme de mauvaise vie, atteinte d'une dartre furfuracée qui occupoit tout le sein gauche : toutes les fois qu'elle grattoit long-temps le mamelon malade, elle étoit entraînée dans des pollutions voluptueuses. Un habitant d'Arras vint me consulter. Il avoit une émission de liqueur séminale, quand il cherchoit à apaiser le prurit violent qu'excitoit, à la marge de l'anus, la présence d'une dartre miliaire. Lorry raconte qu'un sexagénaire éprouvait une démangeaison insupportable à la cuisse , et qu'en se grattant , il ne tardoit pas à être affoihli par une éjaculation abondante. Qui ne sait pas que les appétences vénériennes deviennent souvent extraordinaires chez les individus affligés de certaines maladies de peau, surtout lorsque ces affections ont envahi la totalité du système dermoïde ? Quelquefois aussi , par l'atonie universelle de ce même système , il se manifeste un phénomène absolument contraire. J'ai cité naguère l'exemple d'un malheureux matelot, qui, pendant l'hiver, s'étoit plongé dans la Seine jusqu'aux reins, et chez lequel la peau, accidentellement frappée d'une rigidité morbifique , détermina une impuissance virile dont il ne s'est jamais rétabli. On verra dans le cours de cet ouvrage , que des maladies cutanées, parvenues à un degré d'intensité très-considérable , ont retardé la puberté dans les deux sexes , et ont radicalement énervé l'appareil de la reproduction. Pallas, dans son J^oyage en Russie , rapporte que les Cosaques du Jaik sont très-fréquemment attaqués d'une lèpre endémique dans les contrées qu'ils habitent. Cette lèpre , accompagnée de douleurs vives dans les articulations , attaque d'ordinaire ceux qui sont à la fleur de l'âge , et pourtant elle donne une aversion invincible pour les plaisirs de l'amour. Je m'abstiens d'alléguer d'autres faits pathologiques , qui démontrent qu'en général ,
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plus est important le rôle que joue un organe dans l'économie animale, plus ses relations avec les autres organes sont intimes et étendues. La peau est l'aboutissant commun de tous les nerfs , de tous les vaisseaux artériels , veineux et lymphatiques ; elle est le foyer le plus actif de la sensibilité humaine; toutes les parties élémentaires du corps concourent à la former ; chacune de ces parties lui imprime , pour ainsi dire , des propriétés de sa façon. Faut-il s'étonner du nombre et du pouvoir de ses influences sympathiques, dans ses divers états de maladie?
§. XXXVI. L'histoire physiologique des correspondances que la peau entretient avec les autres systèmes de l'économie vivante, jette nécessairement un jour nouveau sur les rétropulsions des maladies cutanées. Quoiqu'on ne puisse pas dire rigoureusement que la matière , ou les humeurs particulières qui signalent extérieurement ces maladies , puissent se déplacer d'un organe à l'autre, il s'opère néanmoins des refoulemens et des transports manifestes de l'irritation morbifique, lorsqu'une issue quelconque lui est fermée. En général , nous avons observé que le phénomène des rétropulsions étoit d'autant plus pernicieux , qu'il a lieu dans les exanthèmes que les médecins chniques regardent comme étant en quelque sorte dépuratoires : de ce nombre sont les varioles, les rougeoles, les fièvres miliaires, les érysipèles de divers genres, etc. Souvent, sans autre signe précurseur qu'un léger frisson métastatique , ces exanthèmes abandonnent soudainement la peau , pour se jeter sur quelque viscère important , et en détruire la vitalité : dès-lors l'acte de la coction est interrompu; il survient de l'anxiété, une suffocation véhémente, des défaillances ; la mort arrive en quelques heures. Quelquefois pourtant la nature parvient à se débarrasser ; la crise se déclare aussitôt par des douleurs énormes dans les bras et dans les cuisses , par un flux d'urine plus abondant, ou par la formation d'un abcès. C'est ce dernier procédé que nous imitons, lorsqu'en pareil cas nous pratiquons des vésicatoires , des cautères et autres émonctoi- I 3.