‹ Description des maladies de la peauChapitre 25 sur 94 · TABLEAU DE LA TEIGNE PAYEUSE · texte numérisé non relu

TABLEAU DE LA TEIGNE PAYEUSE

V. Le développement de la teigne faveuse se fait communément par de très-petits boutons pustuleux , qui provoquent une démangeaison plus ou moins violente sur le cuir chevelu. Ces boutons contiennent une matière purulente qui se dessèche , et donne lieu à la formation de plusieurs croûtes ou tubercules excavés dans leur milieu, et dont les dimensions augmentent successivement, en conservant toujours la forme circulaire qui leur est propre.

Comme quelquefois ces tubercules se manifestent en grand nombre sur les différentes régions de la tête, ils se joignent par leurs bords , au point de former, par leur agrégation , des plaques d'une étendue considérable, où l'œil distingue néanmoins avec facilité le godet qui fait le caractère principal de la teigne faveuse. Ce godet ne ressemble pas mal aux alvéoles d'une ruche à miel, ou aux cupules des lichens qui couvrent le tronc de certains arbres.

Quand cet exanthème chronique n'est pas très-ancien , les croûtes sont d'une couleur jaune , quelquefois d'une couleur fauve. Mais à mesure que ces mêmes croûtes vieillissent et se dessèchent , elles deviennent blanchâtres, s'usent, se brisent, se détachent du cuir chevelu ; et dès-lors on n'aperçoit plus sur la tête que les débris des tubercules faveux qui cessent d'affecter une forme réguhère.

Les tubercules de la teigne faveuse ont leur base profondément enchâssée dans le système dermoïde, et fortement adhérente à ce système. En effet, j'ai souvent voulu séparer de la peau quelques-uns de ces tubercules , afin de les conserver ( comme j'ai coutume de le pratiquer pour plusieurs maladies cutanées ); mais je n'ai pu y parvenir , sans intéresser vivement le cuir chevelu , et sans produire un écoulement plus ou moins considérable de sang.

Aussi la teigne dont il s'agit porte-t-elle ses ravages bien avant dans le cuir chevelu, qui se gerce; les crevasses qui résultent des progrès de l'altération , laissent suinter une matière , tantôt iclioreuse , tantôt purulente , qui détruit la peau , et qui corrode même, dans quelques circonstances, jusqu'à la substance osseuse du crâne. Toutefois , ce dernier cas est extraordinairement rare.

Il est des individus chez lesquels les croûtes du favus ne se bornent pas uniquement à occuper la tête. J'en ai vu paroitre au front, aux tempes, sur les épaules, et à la partie inférieure des

omoplates, aux coudes, aux avant-bras; j'en ai vu s'étendre depuis le haut des lombes jusqu'au sacrum , sur le devant des deux genoux , au tiers externe et supérieur des jambes , etc. En un mot , il semble qu'elles puissent se manifester dans tous les endroits où le tissu cellulaire est plus serré et plus dense.

Les démangeaisons suscitées par la teigne faveuse sont en raison du nombre des tubercules. Elles sont quelquefois intolérables. Dèslors les enfans sont portés à se gratter , et la sensation de prurit ou de cuisson est si vive , qu'ils trouvent une sorte de jouissance voluptueuse à s'écorcher le cuir chevelu de leurs ongles. Les poux qui pullulent en si grande quantité sous les croûtes , viennent ajouter encore à ce genre de torture. Toutes les cavités en sont pleines , et la surface du cuir chevelu en est tellement recouverte , que la masse entière des tubercules et de la peau semble agitée de leur mouvement.

L'odeur exhalée par le favus est aussi dégoûtante que son aspect. Cette odeur , qui a plus ou moins d'énergie , conserve toujours le même caractère. J'ai souvent fait observer à mes élèves qu'elle se rapprochoit infiniment de celle de l'urine de chat ou de celle des appartemens que les souris ont long-temps infectés de leur présence. Lorsqu'on fait tomber néanmoins les croûtes faveuses à l'aide des cataplasmes émoUiens , cette odeur change de caractère , et a quelque chose de fade et de nauséabond.

Indépendamment des tubercules faveux que nous avons déjà décrits , on voit que , dans les intervalles qui les séparent , la surface du cuir chevelu se recouvre continuellement d'écaillés furfuracées , lesquelles sont le produit de l'irritation générale du système dermoïde de la tête.

Nous avons souvent procédé à l'examen du cuir chevelu , après la chute des croûtes ramoUies par l'effet réitéré des lotions et des cataplasmes. C'est alors que l'on voit tout le tissu réticulaire rouge et erythémateux. L'épiderme a disparu , et des ulcérations nom-

breuses laissent suinter çà et là un liquide jaunâtre , visqueux et fétide. On aperçoit aussi une quantité plus ou moins considérable de petits abcès épars , non proéminens et au niveau du cuir clievelu , affectant une forme lenticulaire , et paroissant être comme autant de centres particuliers d'inflammation.

Mais un des symptômes remarquables de la teigne faveuse , lorsqu'on néglige de l'attaquer par des moyens convenables , et qu'on l'abandonne à ses propres progrès , est l'alopécie , que j'ai vu devenir presque totale cbez certains individus. Dans les endroits où les cheveux ont été déracinés , la peau reste lisse et luisante dans toute sa surface. On y aperçoit néanmoins çà et là quelques cheveux rares , altérés dans leur tissu , ainsi que dans leur couleur, et offrant une apparence lanugineuse.

J'aurois pu faire mention de quelques symptômes concomitans du favus , tels que l'engorgement des glandes cervicales , le gonflement du tissu cellulaire , la tuméfaction de la peau dans certains endroits , etc. Mais , outre que ces symptômes ne sont pas constans , ils sont communs aux différentes espèces de teigne. Je ne dois donc pas m'écarter de la précision que je me suis imposée , en surchargeant ce tableau de détails superflus.

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