‹ Description des maladies de la peauChapitre 26 sur 94 · OBSERVATIONS RELATIVES A LA TEIGNE FAVEUSE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS RELATIVES A LA TEIGNE FAVEUSE

VI. Première observation. — Le nommé Isidore Lignon , âgé de cinq ans , étoit né de parens sains. Ayant été nourri par sa mère , il jouissoit d'une santé excellente. Celle-ci , pour vaquer plus librement à des occupations domestiques , le confia aux soins d'une vieille femme , laquelle étoit atteinte , dit-on , d'une teigne faveuse très-ancienne. L'enfant vécut près d'un an auprès de cette femme , coucha même avec elle. Au bout de ce temps , il lui survint , sur diverses parties de la tête , des croûtes ou tubercules jaunes, circulaires, déprimés dans leur centre , relevés par

leurs bords. Celte maladie s'accrut , au point que les tubercules se réunirent , et ne formèrent plus qu'une seule calotte croûteuse qui couvroit tout le cuir chevelu. Chaque tubercule présentoit la forme d'un petit godet, et dans les endroits même où ils étoient le plus rapprochés , leur confusion et leur multiplicité n'empêchoient pas de distinguer tous les vrais caractères du favus. Dans les petits espaces qui n'étoient point couverts de croûtes , la peau étoit rouge et enflammée. La démangeaison étoit considérable ; et lorsque l'enfant se Hvroit avec ardeur au plaisir qu'il avoit à se gratter , il enlevoit les tubercules , au-dessous desquels on apercevoit une sanie rougeâtre et fétide. Au bout d'un certain temps , la maladie reparoissoit.

Deuxième Observation. — M. Gallot et moi avons recueilli à l'hôpital Saint-Louis l'observation suivante sur deux petites filles , Virginie et Julie Calandini , italiennes d'origine. L'une avoit atteint sa septième année, l'autre sa cinquième. Elles jouissaient d'une constitution très-forte, ainsi que leurs parens. Lorsqu'on nous apporta ces deux enfans , leur tête étoit couverte de tubercules faveux circulaires, d'une couleur très -jaune, creusés en godet dans leur milieu , oiîrant des bords proéminens , tels en un mot que nous venons de les décrire dans le cas précédent. On observoit une régularité parfaite dans les tubercules; mais la plupart d'entr'eux étoient coliérens et disposés par plaques sur le cuir chevelu. Au milieu de cette masse croùteuse , devenue informe dans quelques endroits de îa tête par les progrès de la maladie , on apercevoit des sillons et des crevasses d'une profondeur considérable. Le cuir chevelu y étoit sanguinolent et presque détruit par l'effet terrible de l'ulcération existante. Il y avoit des croûtes brisées qui tomboient en petits grains au travers des cheveux. Mais il est surtout impossible de dire quelle quantité de poux infestoit la tête de ces deux malheureux enfans. Ces animalcules dévorans étoient cachés en nombre infini sous les croûtes ; ils excitoient un prurit intolérable. Cette éruption dégoûtante exhaloit

en outre une odeur de souris difficile à supporter. Au surplus, la teigne dont il s'agit , n'avoit pas seulement son siège dans le cuir chevelu. Il est à remarquer que les deux sœurs avoient des plaques faveuses dans des parties absolument analogues du reste du corps , comme aux sourcils , aux tempes , au bas des épaules , aux lombes , sur la région du sacrum, à la partie externe et supérieure des cuisses, à la partie moyenne des jambes. Ces deux petites filles ont été guéries par les procédés mis en usage à l'hôpital Saint-Louis , et dont nous ferons mention plus bas.

Troisième Observation. — Antoine Fondaneige , né à Paris , et doué d'un tempérament lymphatique , fut abandonné dès l'enfance par 'ses parens. Il n'avoit jamais eu d'autre maladie que la petite-vérole , lorsqu'à dix ans il sortit de Paris , sans guide, sans destination. Après quelques jours de marche , il se trouva à Amiens , où il fit le métier de mendiant. Pendant trois années , il parcourut les campagnes de la Picardie*, il couchoit dans les granges et les heux humides. Un jour, en se peignant , d sentit trois tubercules à la partie supérieure et moyenne de la tête ; il prit le parti de les arracher : mais ils ne tardèrent pas à renaître, et, plusieurs jours après , d'autres endroits s'en trouvèrent pareillement couverts. Toute la tête en fut garnie. Il parut de semblables croûtes sur l'abdomen, la poitrine, les cuisses , les jambes et les bras. Antoine Fondaneige se détermina alors à venir à Paris , pour se faire traiter à l'hôpital Saint-Louis. Il arriva le 29 février 1804. Lorsqu'il se présenta à nous , tout son corps étoit semé de croûtes faveuses jaunâtres, dont les unes étoient cavées dans leur centre et relevées vers leurs bords , ce qui leur donnoit une certaine ressemblance avec les semences du lupin, et les autres, brisées par des frottemens réitérés, ne présentoient plus que des tubercules informes au-dessus du niveau de la peau. Il ne s^en écouloit aucune humeur. Le malade exhaloit une odeur de souris très-énergique. Il étoit exténué de maigreur, et avoit un appétit dévorant. Cet enfant est sorti de l'hôpital parfaitement guéri. Cette observation et

la précédente prouvent que le favus peut attaquer d^autres parties que le cuir chevelu.

Quatrième Observation. — Souvent la teigne faveuse épargne la tète, et se porte uniquement sur d'autres parties. Le fait suivant en est une preuve. Jean- Jacques Dedoitil, homme âgé de trente ans , robuste et de moyenne stature , avoit toujours joui d'une bonne santé. Il lui survint une teigne faveuse au côté de la cuisse, qui se propagea insensiblement aux jambes et aux bras. La tête resta saine et intacte. Cette teigne commença d'abord par des boutons petits, relevés en pointe, et recouverts d'une pellicule blanche. Bientôt un cercle inflammatoire se forma autour de ces boutons, qui s'agrandirent. Les croûtes devinrent jaunes, épaisses, s'élargirent considérablement, présentèrent une surface lisse , creusée dans son milieu, en sorte qu'elles figuroient par leur agrégation les cellules d'une ruche à miel. Elles étoient profondément enfoncées dans l'épaisseur de la peau. A mesure que la maladie avançoit dans ses progrès, les croûtes tomboient, et laissoient après elles sur la peau une teinte d'un rouge violet; mais, peu de temps après, il s'en formoit de nouvelles. La maladie sévissoit surtout pendant le printemps. Durant l'hiver, elle s'éclipsoit, du moins en partie. Il n'est pas inutile de rappeler que le malade éprouvoit des nausées et des vomissemens complets, principalement pendant les chaleurs de l'été.

Cinquième Observation. — Qui croiroit que la teigne faveuse peut attaquer les vieillards? C'est là pourtant ce que nous avons observé à l'hôpital Saint -Louis. Angélique Delamalle, âgée de soixante-huit ans, fileuse de laine, née à Paris de parens sains, n'avoit éprouvé , jusqu'à l'époque de l'invasion de la maladie qui fait le sujet de cette observation , aucun accident qui mérite d'être rapporté. La teigne dont il s'agit lui survint spontanément et sans cause connue. Elle manifesta tous les caractères du vrai fa-, vus ; même couleur , même excavation des tubercules , même odeur, etc. La tête n'était pas la seule partie affectée. On obser-

voit des croûtes faveuses aux bras, aux cuisses, principalement dans les endroits qui répondoient à des aponévroses considérables.

Sixième Observation. — Geneviève Fesson, âgée de vingt ans, née à Rouvre, département de la Sarthe, d'un tempérament lymphatique , n'ayant jamais eu la petite-vérole , éprouva, à l'âge de neuf ans, une maladie qui dura trois mois, et dont elle conserve à peine le souvenir. A douze ans, nouvelle maladie, qui étoit caractérisée par un état de foiblesse continuelle , de douleurs vagues dans tous les membres, par le gonflement et la suppuration des glandes lymphatiques situées sous la mâchoire inférieure , et par tous les autres symptômes qui annoncent l'existence du vice scrophuleux. On lui prodigua les remèdes; mais il paroît que la maladie a surtout été guérie par l'apparition menstruelle, qui arriva vers l'âge de quatorze ans , et marcha ensuite régulièrement. A dix-neuf ans, Geneviève Fesson se trouvant en voyage, fut obhgée de traverser une rivière dans le moment de ses règles, et cette imprudence donna lieu à leur suppression. A vingt ans , il parut sur différentes parties du corps des pustules rougeâtres , auxquelles succédèrent des croûtes épaisses, d'un jaune blanchâtre , enfoncées dans le milieu , relevées à la circonférence. Ces croûtes se desséchèrent peu à peu, devinrent alors blanches, et tombèrent en poussière ; il resta au-dessous une tache rougeâtre , avec dépression de la peau. Il survenoit continuellement de nouveaux boutons ou tubercules , de manière que la malade n'en étoit jamais entièrement débarrassée. Depuis cette éruption , la menstruation ne s'étoit point rétablie. Enfin , la malade entra à l'hôpital Saint-Louis au mois de décembre i8o3, dans un état de foiblesse excessive , accablée par la maigreur , conservant néanmoins son appétit ordinaire. Les fonctions de tous les organes, hormis celles de l'utérus , s'exécutoient assez bien. On voyoit dans toutes les parties de son corps des croûtes ayant le caractère décrit ci-dessus. On apercevoit aussi beaucoup de cicatnces et de

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taches rougeâtres dans les endroits où les croûtes avoient existé. Les soins ciiratifs que nous lui administrâmes parvinrent à la guérir.

VIL Je me borne à l'exposition de ces faits ; j'aurois pu sans doute les multiplier bien davantage, puisque la teigne faveuse est la plus commune de toutes , et qu'elle s'offre perpétuellement à notre observation. Il me suffira de dire que cette affection singulière et intéressante est une des espèces les plus tranchées du genre dont nous traitons. On doit être surpris que les auteurs ne l'aient pas décrite jusqu'à ce jour avec plus de détail et d'exactitude.

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