‹ Description des maladies de la peauChapitre 28 sur 94 · OBSERVATIONS RELATIVES A LA TEIGNE GRANULÉE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS RELATIVES A LA TEIGNE GRANULÉE

IX. Première Observation. — Adélaïde Bonne, âgée de quatre ans , d'un tempérament mélancolique , ayant la peau brune , née à Paris de parens inconnus , eut la petite-vérole, et n'éprouva pas de gourme dans les premiers mois de sa naissance. Elle a été atteinte, à l'hôpital Saint-Louis, d'une affection du cuir chevelu qui présentoit les caractères suivans : croûtes d'un gris-brunâtre , spécialement fixées au sommet de la tête et à la partie postérieure du col. Ces croûtes, tantôt isolées, tantôt rapprochées et pour ainsi dire confondues , inégales et irréguhères dans leur forme , ressembloient à des fragmens de mortier noirci. Il y avoit des grains de cette matière collés et pour ainsi dire suspendus à la partie moyenne ou supérieure des cheveux. Dans les autres endroits de la tète se remarquoient des écailles ou des croûtes minces. Au bas de l'occipital , il suintoit une humeur visqueuse qui coUoit les cheveux. Son odeur étoit fade comme du lait ou du fromage gâté, mais n'avoit aucune analogie avec celle du favus.

Deuxième Observation. — Une autre petite fille , âgée de sept ans et demi, d'un tempérament bilieux, ayant des cheveux châtains tirant sur le noir , la peau brune et sèche , jouissant d'ailleurs de la meilleure santé , fut affectée presque subitement de la teigne granulée , et sans qu'aucune cause apparente y eût donné lieu. Cette teigne attaqua d'abord le sommet de la tête , puis la partie inférieure et postérieure de l'occiput. Elle se répandit ensuite sur tout le cuir chevelu , au point de Penvahir entièrement. Elle étoit caractérisée par de petites croûtes brunâtres , friables , de diverse grandeur , de diverse forme , dont la plupart s'étoient détachées de la peau, de la tête pour se coller le long des

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cheveux. Ces granulations sèches ressemhloient assez bien à des fragmens de manne YÏeilhe et noircie dans les boutiques. Le cuir chevelu présentoit d'ailleurs sous le doigt une surface très-rugueuse et très-inégale. Cette teigne faisoit éprouver un prurit très-considérable. Elle étoit accompagnée d'une odeur fade et repoussante. Il y avoit engorgement des glandes cervicales.

Troisième Observation. — François-Benjamin Breton, âgé de onze ans , né à la Guadeloupe , d'une constitution bilieuse , ayant le peau basanée et verdâtre , est affecté depuis long-temps d'une teigne granulée. Il a plusieurs frères, dont il est le plus jeune , et tous ont eu la même maladie, mais à un degré bien moindre. Chez celui-ci, la teigne dont il s^agit a commencé par une très-forte démangeaison. L'enfant s'est gratté avec violence, pour éteindre cette sensation douloureuse. Alors le cuir chevelu s'est excorié. Des croûtes brunes se sont bientôt formées sur cette partie de la tête. Ces croûtes sont devenues épaisses, rugueuses et granulées; eUes sont séparées par des intervalles : elles se brisent facilement sous le doigt, lorsqu'elles ne sont point abreuvées par le pus; et quand on les froisse, elles s'enlèvent du cuir chevelu par fragmens inégaux , ronds et plus ou moins volumineux. D'autres fois , elles adhèrent avec une telle force, et elles sont si sèches et si dures , qu'on ne peut parvenir à les détacher. On diroit qu'elles ont la ténacité du plâtre appliqué sur les murailles. Lorsque la tête suppure , la matière de l'ulcération suit le trajet des cheveux , et forme , dans quelques circonstances , des croûtes étendues d'une surface assez uniforme. A la partie supérieure de la tête, où la maladie est plus intense, le cuir chevelu est tuméfié et éraillé. Cette teigne n'a point l'odeur fétide des précédentes.

Quatrième Observation. — Angélique Brunet étoit âgée de dixhuit ans , bien réglée; elle étoit douée d'un tempérament bilieux , et jouissoit d'ailleurs d'une très-bonne santé. H y a environ dixhuit mois , qu'en se faisant peigner , elle sentit qu'on lui excorioit la tête. Il survint, sur cette partie de la tête, quelques légères

croûtes qui ne tardèrent pas à disparoître ; mais bientôt après, par des circonstances fâcheuses , ayant négligé les soins de propreté , et ressenti beaucoup de cliagrin par la mort de sa mère , elle éprouva une teigne granulée , qui se manifesta d'abord vers la partie moyenne et supérieure de la tête, et s'étendit ensuite à la partie inférieure de cet organe. Les croûtes étoient d'une couleur brune , et très-sèches. Dans un seul endroit, il y avoit une exsudation de matière ichoreuse , qui n'avoit pas lieu dans certains jours. Ces mêmes croûtes dont j'ai parlé, étoient d'ailleurs petites, de forme lenticulaire , très- friables , collées aux cheveux , qu'elles tenoient fortement appliqués les uns aux autres. Le cuir chevelu étoit épaissi et très-irrité.

Cinquième Obserpation, — Rose Merville , ayant atteint sa douzième année , ayant la peau brune , les yeux et les cheveux trèsnoirs , avoit éprouvé la gourme à deux ans , et la petite-vérole à huit. Depuis six mois , elle est attaquée de l'affection suivante : croûtes proéminentes , granulées , isolées , inégales , d'un brun légèrement verdâtre, sous lesquelles le cuir chevelu fournit une humeur épaisse ; prurit continuel , qui s'augmente par la présence d'un grand nombre de poux. Les parens attribuent cette éruption à l'usage d'un peigne malpropre ; ils prétendent observer , que lorsque la teigne est plus sèche que de coutume , et qu'il ne se fait aucune exsudation par la tête , les urines sont chargées et très-fétides. Ce fait, du reste , est analogue à d'autres que j'ai eu occasion d'observer dans l'intérieur de l'hôpital Saint-Louis.

Sixième Obserpation. — Jean Leroux , âgé de six ans , est affecté , depuis quinze mois , d^une teigne granulée , laquelle se complique d'une dartre squammeuse , répandue dans différentes parties du corps. Ces deux maladies lui sont survenues pendant qu'il étoit confié aux soins d'une nourrice malsaine. ( Ses frères , tous nourris par leur propre mère , n'ont jamais eu aucune affection de la peau. ) La tête de celui-ci est en partie couverte de croûtes d'un blanc grisâtre , très-minces depuis qu'on lui appli-

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que la calotte ; car , auparavant , elles étoient fort épaisses , arrondies , bosselées , abreuvées d^un liquide ichoreux. Les deux oreilles et les deux tempes sont couvertes de dartres vives d'où s'écoule beaucoup de sérosité fétide. Le corps est parsemé de petits boutons très-nombreux , surtout aux épaules. Il est des temps où ils disparoissent presqu'entièrement ; alors ils sont remplacés par des écailles qui s'enlèvent facilement, et la maladie se dissipe ainsi pour se manifester bientôt avec la même intensité qu'auparavant. Le malade éprouve tant à la tête que sur les autres endroits du corps une démangeaison que les bains même ne peuvent apaiser ; et lorsqu'il se gratte avec Tavidité que nécessite la force du prurit qui le tourmente , ses ongles sont baignés de sang.

X. Que doit-on conclure des observations ci-dessus énoncées ? Ne prouvent-elles pas d'une manière irréfragable que la teigne granulée a des caractères constans qui la séparent, de la teigne faveuse , puisqu'elle en diffère à la fois , et par la forme , et par la couleur , et par beaucoup d'autres phénomènes ? Après tant de traits de dissemblance, quel patliologiste pourrait encore les confondre ? Quelques anciens et quelques modernes ont marqué, du reste , cette distinction , quoiqu'ils ne l'aient ni établie ni exprimée convenablement.

ESPÈCE TROISIÈME

TEIGNE FURFURACÉE. TINEA FURFURACEA. (PLANCHE III.)

Teigne ne formant point des croûtes, mais des écailles furfuracées, blanches, plus ou moins épaisses, tantôt humides et adhérentes aux i-.heveux à l'aide d'un suintement visqueux et fétide , tantôt sèches et friables , et se détachant de la tête avec la plus grande facilité.

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