‹ Description des maladies de la peauChapitre 30 sur 94 · OBSERVATIONS RELATIVES A LA TEIGNE FURFURACÉE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS RELATIVES A LA TEIGNE FURFURACÉE

XIL Première Observation. — Lucie Colin avoit atteint l'âge de six ans, lorsqu'elle éprouva la teigne porrigineuse. Elle est douée d'un tempérament bilieux-sanguin ; sa peau est blanche , ses cheveux sont châtains. La maladie affecta la partie antérieure et postérieure de la tête : c'étoit un amas d'écaillés furfuracées d'un blanc jaunâtre, d'autres fois grisâtre, et tellement sèches , que le plus simple attouchement suffisoit pour en faire tomber un certain nombre sur les épaules de l'enfant : cet exanthème ne rendoit d'ailleurs aucune odeur fétide. Il y avoit une démangeaison forte , qui étoit àda-fois occasionée , et par la présence des squammes , et par celle des poux , qui abondent aussi dans cette affection. Les endroits de la tète dégarnis d'écaillés , étoient lisses, rouges et très-irrités.

Deuxième Observation. — Thérèse Linet , ayant les cheveux blonds , d'une constitution lymphatique , a été atteinte de la teigne furfuracée à sept ans. Quand elle s'est présentée à mon observation, on remarquoit , sur la région de l'occiput, des écailles roussâtres , épaisses , irrégulières , amoncelées sur le cuir chevelu , collant les cheveux , au point qu'il eût été impossible de les démêler. Ces couches d^écailles un peu humides se déprimoient, quand on y appuyoitle doigt : on observoit à la nuque un suintement qui étoit d'une extrême fétidité.

Troisième Observation. — Le sujet de cette observation est une jeune fille de quatorze ans ( Pauline Armand ) j mais elle n'étoit point encore réglée. Elle avoit les cheveux bruns, la peau ohvâtre, et étoit d'une maigreur extrême. On voyoit çà et là sur sa tête des écailles furfuracées , tantôt isolées , tantôt confondues. Quand ces écailles tomboient spontanément , ou qu'on les enlevoit par des cataplasmes , le cuir chevelu offroit une teinte rouge

rosée. Cette éruption a été long-temps rebelle; divers traitemens ont échoué. Des applications émoUientes l'ont guérie après dixhuit mois de soins assidus.

Quatrième Observation. — Le caractère de la teigne furfuracée s'est déclaré d'une manière très— complète chez Adélaïde Bertrand , âgée de quatre ans. Le tempérament de cette jeune fille étoit spécialement marqué p-^r la prédominance lymphatique. Ses cheveux et sourcils étoient d'un châtain clair. Elle étoit née à Paris de parens sains. La maladie occupoit tout le cuir chevelu , une partie du front et les oreilles. Une humeur ichoreuse qui sembloit fournie par exhalation , se concrétoit par l'action de l'air , offroit des squammes légères, aplaties , d'une foible consistance, et colloit à peine les cheveux. Dans d'autres portions de la tête , c'étoient des écailles blanches , furfuracées , que le plus simple frottement faisoit tomber. A cette éruption s'en joignoit une autre , caractérisée par une multitude de petits boutons répandus sur les autres parties du corps , qui donnoient le sentiment d'une vive démangeaison ou plutôt d'une cuisson presque intolérable. Cette maladie sembloit avoir débuté presque en même temps que la première , et n'offroit point d'écaillés fufuracées. D^ailleurs toutes les fonctions s'exécutoient chez la jeune malade avec la plus parfaite régularité.

Cinquième Observation. — Eugénie-Victorine Bodier, âgée de huit anSj d'un tempérament sanguin et bilieux; d'une constitution forte , ayant les cheveux châtains , eut une teigne furfuracée qui s^étendit à tout le cuir chevelu , et qui fut marquée par les caractères suivans : écailles furfuracées jaunes ou grisâtres , plus ou moins prononcées, collant un peu les cheveux, rapprochées et par plaques , d'autres fois distinctes et isolées , tombant par la plus simple agitation des cheveux , laissant apercevoir à leur place une teinte rougeâtre , avec quelques dépressions du cuir chevelu inégalement situées , fournissant un liquide visqueux , d'une odeur caséeuse et nauséabonde.

Sixième Observation. — Enfin j'ai vu la teigne furfuracée se manifester avec tous ses caractères chez la nommée Joséphine Argon , parvenue à sa douzième année , ayant les cheveux trèsrouges , la peau très-blanche, comme c'est le propre de ce genre de tempérament , mais parsemée de taches de rousseur , surtout à la figure et à la poitrine. Elle avoit deux sœurs douées d'une constitution différente , et qui toutes les deux avoient éprouvé la teigne faveuse. La plupart des écailles étoient tellement collées par couches les unes aux autres à l'aide d'un liquide visqueux et fétide, qu'elles offroient l'aspect d'une croûte informe. Cette teigne avoit été plusieurs fois combattue , et toujours infructueusement ; sans doute parce qu'on avoit discontinué par intervalles l'application des topiques employés pour la guérir. La jeune malade n'étoit point tourmentée par les poux, et disoit ne pas éprouver de grandes démangeaisons. Je dois néanmoins ajouter qu'elle avoit , par intervalles , les glandes cervicales engorgées. Mais ce gonflement se dissipoit assez vite, lorsque l'écoulement teigneux étoit plus abondant que de coutume. Ce n'est pas , du reste , l'unique fois qu'un pareil phénomène s'est présenté à mes yeux.

XIIL Nous croyons avoir établi par un nombre de faits assez positifs , que l'affection ci-dessus décrite , et communément désignée par les auteurs sous le nom deponigOj appartient véritablement au genre des teignes ; en sorte que ceux qui ont cru devoir l'en séparer dans leurs ouvrages , ne l'ont point envisagée sous son aspect véritable. Cette méprise vient , ainsi que je l'ai déjà dit , de ce qu'on l'a trop légèrement confondue avec des altérations cutanées , qui ont au premier coup d'oeil des caractères physiques analogues. Mais l'exactitude analytique introduite de nos jours dans l'étude de la nosographie, dissipera cette confusion.

a4 MALADIES DE LA PEAU.

ESPÈCE QUATRIÈME

TEIGNE AMIANTACÉE. TINEA ASBESTINA. [ PLANCHE IV.)

Teigne n'offrant jamais de croûtes, mais des écailles luisantes, argentines, qui, par leur concrétion, enduisent et unissent les clieveux par paquets et dans toute leur longueur, dont l'aspect soyeux et chatoyant a une analogie frappante avec celui de l'amiante.

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