‹ Description des maladies de la peauChapitre 37 sur 94 · DES TEIGNES · texte numérisé non relu

DES TEIGNES

XXL En général , les individus qui sont atteints de telle ou de telle espèce de teigne , commencent par ressentir un prurit plus ou moins violent à la tête. Le cuir chevelu , dans certains points de sa surface , devient rouge, se fend, ou souvent même se tuméfie. Quelquefois les glandes , soit cervicales , soit occipitales , se gonflent, et sont douloureuses au contact -, quelquefois aussi , mais plus rarement , une grave céphalalgie accompagne cette affection cutanée.

XXII. Les démangeaisons augmentent de jour en jour; alors on aperçoit entre les cheveux , ou sous le doigt de l'enfant qui se

gratte , des pustules ou des vésicules environnées d'une arole enflammée. Dans quelques cas , on ne distingue aucune trace d'ulcération. On croit voir des petits canaux dilatés , ou les conduits de plusieurs follicules glanduleux , d'oii s'échappe lentement une humeur visqueuse etrougeâtre. Il peut également arriver, surtout dans la teigne nuiqueuse , que la peau s'élève en tumeurs circonscrites , pisiformes ou coniques , assez dures à leur base , ayant leur sommet mou et blanchâtre , lequel contient une liqueur flavescente. Cette liqueur se répand avec fétidité , soit qu'on lui donne issue avec l'instrument , soit que ces tumeurs crèvent spontanément j après qu'on a provoqué leur suppuration par des cataplasmes.

XXIII. Bientôt les cheveux sont inondés de cette matière impure 5 qui les agglutine les uns aux autres , en se coagulant par l'action de l'air et de la chaleur. Les flots de cette humeur visqueuse qui coule d'une source abondante , et qui ressemble quelquefois à de la résine fondue , se succèdent et se chassent , pour ainsi dire , réciproquement. De là proviennent une multitude de couches croùteuses ou squammeuses , qui forment , par leur réunion , un couvercle horrible et hideux sur la tête. Mais sous ce couvercle réside une sanie putride , qui attaque la peau , qui ronge les cheveux jusque dans leurs bulbes , qui consume le tissu muqueux voisin , qui menace jusqu'à la substance osseuse du crâne. Quelques malades sont en proie à des douleurs nocturnes et atroces. Quelques autres tombent dans une maigreur funeste qui arrête les progrès de leur accroissement.

XXIV. C'est surtout lorsque les teignes se sont manifestées dès la naissance , ou lorsqu'on a négligé long-temps les moyens applicables à leur curation , que leurs ravages sont considérables. C'est alors qu'on voit des abcès se former dans le cuir chevelu ; c'est alors qu'on voit survenir des engorgemens glanduleux à l'occiput , au col , aux épaules , sous les aisselles ; les oreilles parfois s'enflent et se tuméfient d'une manière monstrueuse 5 les paupiè-

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res irritées sont rouges et larmoyantes. Une odeur repoussante s'exhale des pustules, qui insensiblement sont devenues voisines et confluentes. Les anciens cheveux tombent déracinés. Ceux qui les remplacent sont blancs , mous, s'alongent à peine; leurs touffes claires et fines ressemblent à une matière lanugineuse. L'esprit n'est apte à aucun travail intellectuel ; le corps n'est propre à aucun exercice physique. Enfin , j'ai vu quelquefois cette effroyable maladie attaquer radicalement les plus précieuses sources de la conservation humaine , et retarder long-temps le développement organique de la puberté. C'est ce que j'ai particulièrement observé chez le nommé Hilaire Frévin , menuisier de profession. Ce jeune homme parcourt maintenant sa vingt-unième année , et n'a encore aucun des signes qui caractérisent la virilité. Ses parties génitales sont d'un très-petit volume ; elles ne sont point couvertes de poils. Sa voix est claire et analogue à celle d'un enfant qui n'auroit que douze ans. Sa taille a presque la même disproportion. Hilaire Frévin est né avec la teigne faveuse , et son père en étoit atteint. Il est à remarquer qu'un phénomène absolument identique s'est manifesté sur deux filles , dont l'une étoit âgée de seize ans , et l'autre de vingt. Toutes deux paroissoient n'en avoir que dix. Elles étoient dans un état d'amaigrissement déplorable, n'étoient point encore réglées, etc. Ily avoit des plaques faveuses sur différentes parties du corps ; les glandes cervicales étoient engorgées, et cette affection s'étoit développée en elles presqu'aussitôt après leur naissance.

XXV. Les teignes coexistent quelquefois avec d'autres altérations , qui se manifestent ailleurs que dans le cuir chevelu. Celle qui mérite surtout une grande attention de la part des pathologistes, c'est la difformité qui survient dans les ongles chez certains individus atteints du fa vus, surtout lorsque cette maladie se continue long-temps après la puberté. Il se présenta -à Murray une jeune fille atteinte d'une difformité remarquable et de la décoloration de l'ongle du petit doigt de la niaiu gauche. En coupant cet ongle

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avec un couteau , on en faisoit sortir une humeur glutineuse , semblable à celle qui s'échappoit de sa tête. Plusieurs auteurs ont noté ce singulier phénomène , qui paroît avoir quelque analogie avec ce qui se passe clans la plique. Ce n'est pas , du reste , le seul point de contact que ces deux maladies ont entr'elles , ainsi que j'aurai occasion de le démontrer , ce qui les rapproche naturellement dans les distributions nosologiques.

XXVL Les diverses teignes que nous avons décrites, attaquent rarement les enfans pendant la lactation; j'en excepte pourtant la teigne muqueuse. Il est constaté que le plus grand nombre des individus qui éprouvent ces affections, ont atteint leur deuxième année , et qu'elles exercent leurs ravages jusqu'au premier septénaire ; elles se prolongent quelquefois au-delà de ce terme , mais plus rarement. Il arrive néanmoins que quelques espèces de teigne se remarquent dans l'âge avancé. Telle est principalement la teigne faveuse ; la teigne amiantacée n'est familière qu'aux adultes. Il suffit , pour s'en convaincre , de consulter les observations que nous avons recueillies.

XXVII. Il n'en est pas des teignes comme de beaucoup d'autres éruptions qui se perpétuent dans l'économie animale , quand on néglige de les combattre, et qui ne s'éteignent jamais d'une manière spontanée. La nature , qui provoque ces exanthèmes pour des fins qui ne sont point encore parfaitement connues , les fait ordinairement disparoître au développement de la puberté , souvent même avant cette époque , alors même que l'art n'y a apporté aucun secours.

XXVIII. J'ai déjà dit que l'apparition des teignes étoit accompagnée de l'engorgement de certaines glandes. On ne peut assurer si cet engorgement est la cause ou l'effet de ces éruptions cutanées , ou s'il n'est qu'un symptôme concomitant , attendu que tantôt il précède, tantôt il ne fait que suivre leur développement. Souvent la tuméfaction glanduleuse est tellement liée aux teignes, qu'elle disparoît lorsqu'on parvient à les guérir. Il ne faut, du

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reste , confondre cette tuméfaction ni avec l'engorgement scropliuleux , ni avec l'engorgement vénérien , et elle cède à des moyens tout différens.

XXIX. J'ai souvent cherché à déterminer , dans l'intérieur de l'hôpital Saint-Louis , le nombre relatif des différentes espèces de teignes , et M. le docteur Gallot m^a fréquemment aidé dans ce calcul. La teigne faveuse est celle qui s'est le plus fréquemment présentée à nos regards. Sur cent individus que nous soumettions à notre examen , il y en avoit au moins quatre-vingt-dix qui en étoient affectés. La teigne granulée fait à-peu-près la dixième partie des observations que j'ai pu rassembler. Nous avons vu plus rarement encore la teigne furfuracée , ce qui provient peut-être de ce que cette espèce , moins incommode et moins alarmante que les précédentes, ne force point les malades avenir réclamer les secours de l'art dans les hôpitaux. La teigne amiantacée paroît être la plus rare , et c'est pour cela , je pense, qu'aucun auteur n'avoit jusqu'à ce jour songé à la décrire. Quant à la teigne muqueuse , elle abonde à l'excès dans les grandes villes ; mais comme elle survient d'ordinaire pendant la durée de l'allaitement, ou dans les deux premières années de la vie, on sépare rarement de leur mère ou de leur nourrice les enfans qui en sont atteints.

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