TEIGNES
XL VIL Quand on consulte les auteurs , on s'aperçoit généralement qu'ils ont eu la prétention de vouloir guérir les teignes , avant d'apprendre à les bien connoître : aussi est-on surpris du vaste arsenal de recettes qu'ils ont rassemblées pour y parvenir. Mais cette abondance de moyens réputés curatifs, atteste plutôt notre indigence que nos ressources. En effet , plus il y a de remèdes proposés contre une affection quelconque , plus on doit croire qu'il y a eu des tentatives infructueuses. C'est parce que certains médicamens n'ont pas réussi , qu'on a fait des recherches innombrables pour en trouver d'autres.
XL VIII. Qu'est-il donc arrivé , relativement à la guérison des teignes ? Rien n'a été fixé avec précision. On a accumulé sans choix les formules empiriques , et cette partie intéressante de la pathologie cutanée est tombée entre les mains des charlatans. Mais , je le demande , que peuvent être des méthodes qui ne sont point appuyées sur une connoissance profonde de l'état
des propriétés vitales ? Étrange traitement que celui qui nous laisse, dans une ignorance complète des rapports de l'organisation avec les remèdes !
XLIX. Nous avons déjà dit que les différentes éruptions du cuir chevelu avoient un but manifeste pour la conservation de l'économie animale. Avant de leur opposer des méthodes curatives 5 il convient donc d'examiner s'il est salutaire de les guérir ; et ce n'est pas sans raison , je pense , que le célèbre Ambroise Paré recommandoit aux chirurgiens de ne point entreprendre leur traitement.
L. Sans adopter rigoureusement une assertion de ce genre , on ne sauroit nier que la guérison trop prématurée de la teigne, n'expose quelquefois à des inconvéniens graves les individus qui en sont atteints. J'ai donné mes soins à une jeune fdle , âgée de quatorze ans , qui éprouvoit des maux d'estomac intolérables, accompagnés d'un catarrhe utérin , pour s'être délivrée de cet exanthème avec trop de précipitation. On amena à l'hôpital Saint- Louis une femme dont le front étoit couvert de boutons faveux , qui avoit perdu la vue après avoir placé sur sa tête un violent répercussif. N'a-t-on pas vu , dans quelques circonstances , le virus de la teigne se déployer sur les articulations , et entraîner même le spina ventosa ou la phthisie scrophuleuse ? D'autres fois , les malades tombent dans les langueurs de la fièvre hectique ; l'irritation se transporte sur les glandes du mésentère , et il peut survenir une diarrhée mortelle. La meilleure cure de cette maladie seroit , sans contredit , celle qui s'opéreroit d'elle-même par l'action simple des puissances médicatrices , comme cela arrive ordinairement au milieu des troubles organiques de la puberté.
LL Cependant , l'irritation vive que les teignes graves excitent presque toujours sur le cuir chevelu, les atteintes profondes qu'elles portent aux glandes , au système lymphatique , au tissu cellulaire , ainsi que je l'ai surtout observé dans la teigne faveuse , ne permettent point de confier , dans tous les cas , leur guérison aux seules
forces de la nature. Les lumières de notre art sont souvent d'une nécessité absolue; et , il faut le dire , autant la cure des éruptions dont il s'agit , est préjudiciable à l'économie animale , quand elle est entreprise d'une manière prompte et inconsidérée , autant elle est salutaire, quand on procède d'après une méthode sage et des secours médicinaux savamment appropriés. Il est temps , en conséquence, de dégager le traitement des diverses teignes de tout le farrago d'un aveugle empirisme. Il paroît , du reste , que les anciens l'avoient envisagé d'une manière beaucoup plus médicinale que les modernes. Alexandre de Traites vouloit qu'on se dirigeât d'après les indications générales que fournit la considération des sujets et celle de leur genre de vie. L'immortel Rliazès , qui a acquis tant de gloire dans la description de certains exanthèmes , assignoit un mode de curation à chaque tempérament. Il est vrai qu'il a fait à ce sujet des distinctions subtiles , qui ne sont pas d'un grand intérêt pour l'observation clinique.
ARTICLE VIIL