DU SIEGE SPÉCIAL DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE TEIGNE
XLL Le siège des teignes est une question qui a beaucoup d'intérêt pour les pathologistes. Plusieurs médecins établissent leur siège primitif dans les bulbes des clieveux; mais aucun fait positif ne le démontre. On a vainement allégué l'alopécie comme une preuve irrécusable de cette assertion; car, outre que ce pbénomène n'est pas constant , et qu'il ne s'observe que dans les teignes qui ont fait des progrès considérables , il survient dans d'autres maladies qui tiennent à des lésions entièrement étrangères au cuir chevelu. D'ailleurs , le fa vus attaque très-souvent des parties qui sont dépourvues de cheveux , comme le derrière des épaules, les reins, les cuisses, etc. La teigne muqueuse irrite le front, la face, le col, les oreilles, etc. Il est donc à présumer que , dans ces sortes de cas, l'altération du tissu réticulaire suffit pour mettre en évidence la véritable origine des teignes. Les cheveux ne peuvent, en général, prospérer quand ce tissu est profondément atteint dans les fonctions qui lui sont départies. Ils doivent, par conséquent , périr , parce qu'ils manquent des sucs nécessaires à leur nutrition. N'est-ce pas ainsi que les plantes cessent de végéter et de croître sur un sol stérile et ingrat ?
XLII. Les teignes paroissent donc avoir leur siège primitif dans le tissu réticulaire. Des anatomistes modernes ont jeté quelques lumières sur la disposition physique de cette partie si remarquable du système dermoïde. L'ingénieux artifice de quelques injections fines a paru démontrer que ce tissu n'est autre chose qu'un lacis de petits vaisseaux qui, projetant leurs troncs déliés à travers les pores incalculables du chorion , viennent se ramifier à sa surface et autour des papilles avec une admirable symétrie. C'est
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un système capillaire universel destiné à charier les fluides qui colorent les difFérens individus et offrent des nuances très-variées. Ne pressent-on pas déjà quel jour pourroit jeter sur les maladies cutanées une étude plus approfondie de ces conduits, si longtemps inaperçus, et qui ont, avec les tempéramens, les âges, les sexes, les climats, et beaucoup d'autres circonstances, un rapport bien digne de nos méditations ?
XLIIL Quand les propriétés vitales des vaisseaux dont la réunion constitue le corps réticulaire , sont irritées par la teigne , cette irritation fait passer le sang dans leur intérieur , et alors la peau paroît rouge et enflammée. Tous les phénomènes de la pblegmasie s'établissent bientôt sur le cuir chevelu, et donnent lieu à des exsudations diverses, dont la concrétion est la matière des exanthèmes qui frappent nos regards. Les papilles nerveuses qui sont comme enchâssées dans le réseau vasculaire dont il s'agit , sont vraisemblablement le siège des démangeaisons, des cuissons, du prurit, etc., auxquels les malades se trouvent si souvent en proie. Mais à mesure que les teignes se prolongent et étendent leurs ravages, le chorion s'affecte, ainsi que les autres tissus qui concourent à l'organisation du système dermoïde»
ARTICLE V
DES RÉSULTATS FOURNIS PAR l' AUTOPSIE CADAVÉRIQUE, DANS LES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE TEIGNE.
XLIV. Les autopsies cadavériques donnent souvent lieu à des erreurs très-graves, quand on se presse d'en déduire trop vite des conclusions sur la nature , le siège et les causes des diverses maladies. Il est si facile de se méprendre , quand on veut apprécier et distinguer sainement les lésions essentielles, accidentelles, sympathiques ou symptomatiques. Je n^ai pourtant pas négligé ce
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moyen de recherche , quoique les accidens qui suivent l'invasion des différentes teignes occasionnent fort rarement la mort. Mais ces maladies se compliquent quelquefois avec d'autres beaucoup plus dangereuses, telles que le carreau, les scrophules, etc., ce qui fournit des occasions plus fréquentes de procéder à des examens anatomiques.
Première autopsie cadavérique. — L'individu dont il est ici question , est le seul qu'on ait vu mourir à l'hôpital Saint-Louis des suites de la teigne faveuse , qui avoit enveloppé la presque totalité" de son corps. C'étoit un enfant de treize ans qui demandoit l'aumône pour vivre ; il étoit sans asyle , et couchoit souvent dans les rues de Paris. Il fut réduit à un degré si considérable d'émaciation , qu'il succomba avant même que nous eussions pu l'interroger assez long-temps pour savoir de lui tous les détails relatifs à la marche et aux progrès de sa maladie. L'examen anatomique du cadavre donna heu aux observations suivantes : Tout le cuir chevelu étoit couvert d'une calotte formée par des croûtes faveuses , dont les unes jaunes étoient réguhèrement creusées en godet, et les autres blanchâtres et brisées n'offroient qu'une masse de tubercules sans aucune figure déterminée. La peau du milieu de la tête étoit fendillée , excoriée , enduite d'une concrétion sanguinolente. Privation d'épiderme. Le corps réticulaire, le chorion et le tissu cellulaire soucutané, participoient à l'altération. Les os pariétaux , l'occipital et le frontal , dépouillés , avoient un aspect très-rougeâtre. La peau du col disséquée laissa voir un chapelet de glandes endurcies. Sur les épaules, les reins et la partie externe des cuisses , on remarquoit d'autres larges plaques de boutons faveux , dont les uns, en tombant, laissoient la peau déprimée et tachée d'un violet noirâtre , et dont les autres , trèsadhérens , étoient excavés dans leur miheu comme ceux du cuir chevelu. Le cerveau ne montra rien de particuher. Dans la cavité de la poitrine, tout étoit également sain. Il n'en étoit pas de même dans le bas-ventre. On voyoit le long du mésentère une série de
petites concrétions squirreuses et blanches ; le foie , la rate , le pancréas , le conduit intestinal , etc., n'étoient point endommagés.
Deuxième autopsie cadavérique. — Dans le courant de l'année 1 8o4 , le cadavre d'un enfant mâle fut apporté dans l' amphithéâtre de M. Beauchéne , pour les travaux anatomiques. Cet enfant, chez lequel la dentition ne s'étoit point encore effectuée, étoit âgé d'environ six ans. On procéda à son ouverture. L'individu avoit la tête couverte d'une teigne faveuse qui en occupoit toute la surface , et s'étendoit même en devant jusque sur les sourcils , et en arrière jusqu'à la partie supérieure du col. Ayant procédé à un examen très-attentif de toutes les parties aifectées , on s'aperçut bientôt que l'altération ne se bornoit point aux tégumens de la tête. L'aponévrose occipitale , le péricrâne, le tissu osseuxluimême , avoient été envahis. Alors M. Beauchéne désirant mieux connoître l'espèce d'altération que les os avoient pu éprouver , soumit la tête à une ébullition assez prolongée. Il vit bientôt que la plus grande partie des pariétaux', ainsi qu'une portion de l'os frontal , avoient acquis beaucoup d'épaisseur , que leur lame externe étoit enlevée , et laissoit leur tissu spongieux parfaitement à découvert.
Troisième autopsie cadavérique. — L'individu dont il est ici question , est mort d'une affection scrophuleuse , après avoir langui plusieurs années dans les différens hôpitaux. Tous les cheveux de la partie postérieure de sa tête étoient collés par de petites croûtes sèches et de couleur brune , qui , par leur caractère , constituoient véritablement la teigne granulée. La peau du crâne étoit dénuée d'épiderme en trois endroits différens: le corps réticulaire étoit enflammé et rouge ; mais les autres tissus ne paroissoient affectés d'aucune lésion. Il y avoit plusieurs altérations glanduleuses , entièrement étrangères à la teigne , et totalement dépendantes de la maladie qui a fait périr le sujet.
XLV. M. Gallot fait mention , dans sa Thèse sur la Teigfie , de cinq autopsies déjà consignées dans les registres de l'école de
médecine de Paris ; mais elles n'offrent rien de particulier.il faut en convenir , l'anatomie pathologique a peu découvert , relativement au mode précis d'altération que doivent subir les divers tissus de la peau, le tissu cellulaire , les glandes , les nerfs , etc. , dans les différentes espèces de teigne; et il est à désirer qu'on se livre à des recherches plus étendues et plus soigneusement exécutées.
ARTICLE VI
DES RÉSULTATS FOURNIS PAR l' ANALYSE CHIMIQUE DES PrlATIÈRES CROU- TEUSES OU FURFURACÉES , QUI APPARTIENNENT AUX DIFFÉRENTES ES- PÈCES DE TEIGNE.
XLVI. Déjà M. Gallot s'étoit occupé de la nature des écoulemens fournis par les exanthèmes teigneux ; il avoit engagé M, Thénard , chimiste habile , à soumettre une certaine quantité de croûtes faveuses à une analyse exacte. Ces croûtes , soigneusement examinées , ne parurent être formées que d'albumine coagulée ; un sixième seulement fut soluble par l'eau , et les réactifs indiquèrent la présence de la gélatine et du phosphate de chaux. Mais ces renseignemens ne pouvoient suffire ; il falloit les étendre , pour qu'ils fussent d'une importance plus médicinale. En conséquence 5 d'après mon invitation , M. Vauquelin a bien voulu procéder à des recherches comparatives , sur les croûtes et les squammes provenant de trois différentes espèces de teigne , telles que la faveuse, la granulée et la furfuracée : ce savant célèbre a exécuté ce travail intéressant , de concert avec M. Cabal , l'un de ses élèves et coopérateurs les plus zélés. J'estime qu'il est sans doute superflu de détailler ici les procédés qu'ils ont suivis , pour arriver à une connoissance parfaite des produits. Je me borne à dire qu'il est résulté de leurs expériences , que la teigne faveuse est plus albuinineuse que gélatineuse ; que la teigne furfuracée est , au contraire , plus gélatineuse qu'albumineuse , et que la granulée
est toute gélatineuse. Voilà donc la chimie qui vient , en quelque sorte, mettre le sceau aux différences spécifiques établies par le nosograplie. Il est à regretter sans doute que nous n'ayons pu joindre à ce résultat analytique , celui que doivent nécessairement offrir, à leur tour , la teigne araiantacée et la teigne muqueuse, d'autant que cette dernière semble receler un principe qui est comme caséeux , si l'on en juge du moins par l'odeur qu'elle exhale. Mais la matière des desquammations fournies par ces deux exanthèmes est si difficile à recueillir , que nous avons été contraints de différer encore cet examen.
ARTICLE VII