‹ Description des maladies de la peauChapitre 43 sur 94 · DU TRAITEMENT EXTERNE EMPLOYÉ POUR LA GUÉRISON DES TEIGNES · texte numérisé non relu

DU TRAITEMENT EXTERNE EMPLOYÉ POUR LA GUÉRISON DES TEIGNES

LV. On a multiplié à l'infini les recettes pour le traitement local des teignes. Chaque auteur semble avoir ambitionné l'avantage de proposer un topique de son invention. On a tour-à-tour mis à contribution toutes les substances caustiques , acres ou narcotiques. Il seroit trop long de les décrire. On connoît l'emplâtre célèbre qu'on appliquoit du temps d'Ambroise Paré , où l'on faisoit entrer à-la-fois l'ellébore , l'orpiment , la litharge , le vitriol , l'alun , la chaux vive , les cendres gravelées , le mercure éteint dans de la graisse , en y ajoutant le suc de plusieurs plantes , telles que la bourrache , la scabieuse , l'oseille , et en y mêlant aussi le vinaigre concentré , la poix de Bourgogne , la cire , etc. Quipourroit tenter encore de mettre en crédit cette monstrueuse composition?

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LVL A ce topique , dont la confection est si compliquée, on en a substitué d'autres dont l'application a eu plus ou moins d'inconvéniens ; c'est ainsi, par exemple , que le traitement barbare, vulgairement désigné sous le nom de calotte , s'est plus ou moins maintenu dans nos hôpitaux. La manière dont on exécute ce traitement n'est ignorée de personne. Elle consiste à étendre sur de la toile une préparation composée avec la farine de seigle , le fort vinaigre et la poix. C'est après avoir préalablement ramolli et fait tomber les croûtes par des cataplasmes , qu'on pose l'emplâtre dont il s'agit, et qu'on le laisse séjourner et sécher sur le cuir chevelu. Trois jours après, on l'en arrache avec violence, et on en renouvelle l'application. On continue de suite cette opération si cruelle pendant plusieurs mois , et chaque pansement entraîne l'avulsion d'une certaine quantité de cheveux. Ni les souffrances , ni les cris des enfans , pendant qu'on les torture pour leur arracher la calotte , n'ont pu faire abandonner ce procédé extraordinaire. Les empiriques ou plutôt les médicastres qu'on emploie pour ce déplorable ministère ne connoissent pas même l'espèce de teigne qu'ils ont à combattre. Ils n'ont d" autre guide qu'une aveugle routine dont ils ne veulent pas se départir.

LVII. Personne peut-être n'a été plus à même que nous d'apprécier les avantages et les inconvéniens de ce procédé dont je viens de faire l'exposition. L'hôpital Saint-Louis est celui de toute l'Europe où se rendent le plus de teigneux, et pendant très-longtemps on l'y a mis en usage. Veut-on savoir quels résultats on en obtenoit? Je vais les transcrire ici avec l'exactitude la plus impartiale, tels que je les ai soigneusement recueillis, de concert avec M. le docteur Gallot, que je m'étois associé pour ce genre d'observations, i» L'espace de six mois au moins étoit nécessaire pour obtenir la guérison des enfans , et c'étoit le plus petit nombre. 2» On en voyoit une assez grande quantité qu'on ne parvenoit à délivrer de la teigne que du neuvième au douzième mois. 3o Nous en avons compté plusieurs qui guérissoient dans le

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courant de la deu:^ième année. 4° H falloit ordinairement trois ans pour guérir ceux chez lesquels cette maladie se montroit la plus opiniâtre, 5° Nous l'avons vue persister quelquefois après cette époque. 6» La guérison n'est pas toujours radicale , et il y a eu plusieurs récidives qui ont nécessité un traitement nouveau. 7" Enfin , certains enfans ont éprouvé des maladies graves après la guérison des teignes par le procédé dont il s'agit. Nous en avons vu trois rester languissans et cachectiques après l'extirpation du fa vus par la calotte. Que prouvent maintenant ces divers résultats, recueillis d'après une grande masse d'individus, et sur lesquels j'appelle l'attention sérieuse de mes lecteurs? On avouera sans doute que l'arrachement des bulbes capillaires par la calotte , en imprimant une irritation excessive au cuir chevelu , et en changeant le mode d'action des propriétés vitales sur ce même organe , peut faire disparoître , dans quelques circonstances , l'exanthème teigneux ; mais les foibles avantages qui suivent l'emploi de cette méthode, ne sauroient, dans aucun cas, en compenser les inconvéniens.

LVIIL Doit-on ajouter plus de confiance au conseil que donnent certains praticiens d'arracher les cheveux un à un avec de petites pinces destinées à cet usage? Cette méthode n'est-elle pas plus défectueuse, pour ne pas dire plus barbare, que la précédente , par les violences répétées qu'elle fait exercer sur le cuir chevelu? Ne faut-il pas, sous le même point de vue, rejeter la cautérisation, que certains auteurs substituent à l'avulsion des cheveux, quand la peau de la tête est tendre et qu'on ne peut l'épiler sans s'exposer à déchirer les parties? Il en est qui ont recours à une pommade de cantharides, dont l'application si iriitante fait naître une multitude de vésicules autour des bulbes capillaires. C'est àl'aide de ces vésicules qu'il s'établit un suppuration facile à entretenir par des onguens digestifs. J'ai connu un homme absolument étranger à notre art, qui employait un topique de cette nature qu'il s'obstinoit à garder secret, et dans lequel néan-

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moins je découvris qu'il faisait entrer de la chaux ; on observa qu'il parvint à guérir près de soixante-dix individus dans un temps très-limité, c'est-à-dire dans l'espace de six mois. La manière dont il mettoit son arcane en usage étoit très-simple : il se bornoit à en frotter la partie de la tête qui étoit affectée de la teigne , dont les croûtes ou squammes étoient déjà tombées par l'action ramollissante des cataplasmes. Qu'arrivoit-il ? Les cheveux tomboient pour renaître dans un autre temps , d'abord avec une couleur pale, ensuite plus foncée, et l'exanthème disparoissoit ; mais il survenoit assez souvent des rechutes.

LIX. Parmi les nombreux remèdes proposés pour le traitement externe des teignes , on a principalement distingué différens oxides métalliques. Murray , par exemple , composoit une pommade avec une partie de précipité blanc de mercure et huit parties d'onguent rosat. Le soir, on frottoit avec ce topique les parties malades de la tête des enfans pendant l'espace d'une semaine. On administroit ces frictions deux fois le jour , quand la circonstance l'exigeoit. On les continuoit quelque temps, alors même que la teigne avoit disparu. Murray dit qu'il a souvent été étonné de la promptitude de la guérison , et qu'il n'a jamais vu de mauvais effets suivre l'emploi d'un pareil moyen. Le cuir chevelu, dit-il, se nettoyoit parfaitement , et finissoit par recouvrer son intégrité première. Ce procédé doit être secondé par l'effet de quelques purgatifs, administrés même dès le commencement. Il faut aussi surveiller le régime, et ne donner que des alimens doux. Que penser de l'oxide de manganèse réduit en poudre et incorporé dans l'axonge? Plusieurs praticiens en ont fait usage dans les hôpitaux, et prétendent avoir réussi. Je n'ai pas eu le même bonheur, quoique je n'aie rien négligé pour assurer le succès des expériences, en présence de plusieurs témoins fort attentifs. Les améliorations qu'on a observées n'ont eu rien de très-remarquable , et n'ont différé en rien de celles qu'on obtient par d'autres topiques.

LX. Ce que je dis des oxides métalliques, je puis le dire également de quelques sels doués d'une propriété caustique très-puissante, et dont on n'a pas craint d'invoquer l'emploi. Tels sont, par exemple, le muriate mercuriel corrosif et l'acétite de cuivre, particulièrement conseillés par Duncan. Mais Murray a tenté des essais cj[ui ne permettent pas d'y ajouter une grande confiance ; et quand je n'aurois pas cette autorité, je pourrois alléguer les expériences plusieurs fois tentées à l'hôpital Saint-Louis. J'ai absolument imité le procédé de mes prédécesseurs. Je faisois faire des cataplasmes avec la mie de pain et la dissolution de sublimé ; leur application excitoit d'afïVeuses démangeaisons, la tête des enfans étoit au martyre, et nous n'avons jamais pu produire une guérison permanente. Nous n'étions pas plus heureux quand nous avions recours à la pommade d'axonge et de vert-de-gris. Si , dans quelques circonstances, rexanthêrae paroissoit anéanti, si le cuir chevelu reprenoit sa couleur naturelle , il y avoit presque toujours une récidive quelque temps après qu'on avoit discontinué les frictions opérées avec ce remède. Il est vrai que les espèces de teigne que nous avons attaquées par ce moyen , étoient d'une nature très-opiniâtre. G'étoient, pour la plupart, des teignes faveuses qui s'étoient développées presqu'aussitôt après la naissance.

LXI. La vogue extraordinaire obtenue par l'acide nitrique, il y a peu d'années, a soudainement suggéré l'idée de le mettre à contribution pour le traitement des diverses teignes; et la pommade oxigénée a joui d'abord d'un certain crédit. Tous les praticiens se sont emparés de ce remède. Le succès pourtant n'a pas répondu à l'attente générale ; et souvent , après avoir nettoyé la tête par son application réitérée , j'ai vu renaître les pustules et les croûtes avec le même caractère. Le mal finissoit par se déployer avec autant d'intensité qu'auparavant. Aussi M. Chiarugi, qui a eu occasion de l'administrer, ne lui accorde-t-il pas de grands avantages ; et ses résultats s'accordent avec les miens.

LXII. Dans quels détails ne faudroit-il pas entrer, si l'on vou-

loit énumérer ici toutes les substances proposées pour le traitement externe des teignes? La pommade citrine a eu ses preneurs, ainsi que l'eau pliagédénique , l'arsenic, le cobalt, l'eau de saturne, le beurre d'antimoine, la poudre à canon, la décoction de tabac, etc. On a beaucoup recommandé, dans le Journal de chirurgie de Desault , la gomme ammoniac dissoute dans le vinaigre. On en composoit un emplâtre assez consistant , qu'on étendoit sur de la toile , et dont on recouvroit le cuir chevelu affecté. On assure que ce topique a fait obtenir plusieurs guérisons. On le laisse pendant près de deux mois sur la tête des enfans , et lorsqu'on l'enlève après cette époque, on ne trouve aucune trace de l'ancien exanthème. Il ne paroît pas , du reste , que ce médicament se soit maintenu dans l'art. Au surplus, la fureur des recettes fut jadis portée si loin , qu'on alla jusqu'à conseiller la poudre de crapaud brûlé, l'ivoire râpée , et autres substances pour le moins aussi insignifiantes.

LXIIL On sait queMurray a essayé de constater les bons effets de l'administration de la ciguë , soit à l'intérieur , soit à l'extérieur. Le 20 janvier de l'an 1780 , une jeune malade , confiée aux soins de cet homme célèbre , commença à faire usage de deux grains de l'extrait fourni par cette plante, à la dose de deux grains ^e matin et le soir. On faisait en même temps porter à l'enfant , la nuit et le jour , un cucuphe de la même plante sèche et bouillie. L'eau qui avoit servi à la décoction , servoit à laver le cuir chevelu , toutes les fois qu'on renouveloit l'application. Dans les premiers jours, les croûtes tomboient, et il se formoit à la base des cheveux de très-petits abcès pleins de pus , lesquels se crevoient d'euxmêmes , ou lorsqu'on les pressoit avec le doigt. Sur ces entrefaites , les glandes du col se ramollirent. Aux approches du printemps , on supprima les pilules , et on se contenta de recourir aux cataplasmes de ciguë , dont on n'usoit même que la nuit. L'ancienneté de cette teigne, et peut-être l'inexactitude avec laquelle on exécutoitle traitement, rendirent la guérison fort lente. Mais il n'est pas moins vrai de dire que ce moyen, joint à l'administration sage des

purgatifs, firent qu'au milieu de l'été , l'exanthème étoit presqu'entièrement dissipé ; en sorte qu'on pouvoit promener l'enfant sans lui couvrir la tête. C'est par ce moyen simple que Murray dit être parvenu à guérir complètement cette jeune fille, infiniment chère à ses parens par la vivacité de son esprit. Personne peut-être n'a mis plus de soin que moi à répéter de semblables expériences à l'hôpital Saint-Louis. J'ai essayé les cataplasmes de ciguë sur huit sujets , dont quatre étoient atteints de la teigne faveuse , et quatre de la teigne granulée. Trois de ces derniers ont été parfaitement délivrés de cette affection après cinq mois de traitement. Les autres ont eu des rechutes. J'ai eu recours à d'autres plantes. J'ai employé successivement les applications de la morelle, delà douceamère , de la patience bouillies , les baies de genièvre réduites en poudre et incorporées dans du saindoux. Toutes ces applications n'ont point eu des effets assez avantageux , pour qu'on doive les recommander.

LXIV. Il est enfin un dernier topique auquel on a prodigué naguère de grandes louanges dans quelques journaux allemands. C'est de la poudre de charbon que je veux parler. On a exalté plusieurs cures opérées par ce remède. Mais quel avantage peut-on retirer de pareils récits , quand on ne nous dit pas même quelle étoit l'espèce de teigne dont se trouvoient atteints les individus sur lesquels on a expérimenté , quand on n'indique pas même quelle est l'espèce de charbon dont on s'est servi ? Quoi qu^il en soit, voulant constater les essais dont j'avois lu la relation, j'ai successivement adopté le charbon de bois et le charbon de terre. Ce dernier m'a paru obtenir des effets plus marqués; ce qui m'a donné lieu de présumer que les résultats salutaires qu'on en avoit obtenus, dépendoient sans doute du principe sulfureux que contient cette substance, lorsqu'elle est à l'état de fossile. Alors je pensai que, pour l'usage ordinaire, on pouvoit associer avantageusement les fleurs de soufre à la poussière de charbon de bois , que nous pouvions plus facilement nous procurer. Les témoins

assez nombreux qui ont assisté à mes essais, savent que fort souvent nous avons vu cette nouvelle application couronnée d'un succès incontestable. Par le secours d'une pommade composée avec le mélange des deux poudres et le cérat ordinaire , dont on frottoit la tête, après avoir préalablement coupé les cheveux et nettoyé la peau par les cataplasmes les plus émolliens , nous avons vu survenir des guérisons qui nous ont paru plus efficaces et plus certaines que par les moyens précédemment exposés. Sur trente individus , treize ont guéri après environ quatre mois d'un pansement assidu, les autres en sept ou huit mois ; deux ont été traités pendant plus d'un an, et ont éprouvé des rechutes. Mais, en général, on peut assurer que ce topique a paru le meilleur, et plus adapté , par sa propriété pénétrante et difFusible , à l'état morbifique dti système lymphatique et des glandes du col, fréquemment engorgées. La réussite étoit relative à la nature du mal , au tempérament des enfans , à l'influence de la saison ou à celle de l'atmosphère, etc. Ce mode de curation n'a présenté, dans aucun cas, les inconvéniens des remèdes irritans, acres et caustiques, auxquels les empiriques ont journellement recours. Par ce moyen, je suis venu à bout de faire disparoître une teigne faveuse chez une petite fdle de onze ans , qu'on m'avoit amenée d'Auteuil , et qui en étoit tourmentée depuis sa première enfance. M'étant même aperçu que les effets du mélange étoient d'autant plus favorables, que la proportion du soufre étoit plus considérable, nous avions fini par supprimer la poudre de charbon de bois , substance à-peu-près inerte, qui, par elle-même, ne sauroit avoir qu'une action très-médiocre.

LXV. Les accidens des diverses teignes se faisant particidièrement ressentir sur la périphérie du système dermoïde, tous les procédés curatifs dirigés vers ce système sont d'une utilité plus ou moins marquée. On peut donc adopter, si les circonstances le réclament , les saignées , les cautères , les vésicatoires , etc., proposés par Ambroise Paré, Forestus, Gui-de-Chauhac. Les empiriques seuls

ont pu dédaigner ces moyens pnissans , parce qu'ils sont incapables d'en apprécier l'action. Ces moyens remplissent clairement l'indication de détourner et de diminuer , autant que possible , l'irritation vive qui existe sur le cuir clievelu. Je dois aussi ajouter, d'après mon expérience, que lorsque le favus attaque les différentes parties du corps , l'immersion dans l'eau tiède a réussi trèsbien à l'bôpital Saint-Louis. Un paysan étoit couvert de plaques faveuses : après douze bains donnés successivement, tout disparut. Un enfant étoit atteint de la teigne muqueuse ; il y avoit un gonflement extraordinaire du cuir clievelu. Je fis appliquer des sangsues derrière les oreilles , et je procurai un soulagement subit. Il est donc incontestable qu'il faut faire concourir plusieurs procédés différenspour eifectuer avec sûreté laguérison des diverses teignes. C'est aux médecins modernes à opérer ce cliangement beureux. LXVI. Il est des teignes qui n'exigent que des soins de propreté, lorsqu'elles ne sont point parvenues à un degré d'intensité très-considérable. Éléonore Marillon , âgée de treize mois , ayant les cbeveux très-blonds, me fut présentée avec les restes d'une gourme muqueuse, qui lui causoient un prurit très-incommode. On voyoit sur les parties latérales et à la partie supérieure et moyenne du front des croûtes inégales, d'une couleur verdâtre ou d'un gris sale , qui s'enle voient facilement du cuir cbevelu. Je fis appliquer pendant six semaines, sur la tête de la petite fille , des linges trempés dans l'eau de guimauve. Au bout de ce temps, il ne restoit aucun vestige de l'affection cutanée. Élise Motiot , âgée de deux ans , blonde comme la précédente , fut incommodée d'un suintement considérable des tégumens de la tête, lesquels se trouvoient ulcérés. Le fluide qui en découloit , étoit épais , muqueux, et se coUoit aux cbeveux, sous forme de croûtes jaunes. Je suivis un procédé absolument analogue à celui du cas précédent. Bientôt le fluide qui s'écbappoit, devint moins visqueux et moins abondant; la rougeur du cuir cbevelu ne tarda pas à disparoître. Au bout de cinq semaines, la petite malade n'éprouvoit

pas le moindre symptôme. Je pourrois alléguer plusieurs faits de ce genre , relativement à la teigne faveuse et à la teigne granulée. S'étonnera-t-on maintenant que des bonnes femmes guérissent journellement certaines espèces de teignes, en couvrant la tête des enfans avec des vessies préalablement imprégnées d'buile d'olive? Galien, RufFus, Rbazès, étoient grands partisans de ces moyens doux , et proscrivoient avec raison les moyens répercussifs et irritans.

LXVIL Mais s'il est des teignes qui cèdent aux applications les plus simples, il en est aussi dans lesquelles tous les efforts paroissent absolument infructueux; je veux parler surtout de celles qui sont compliquées d'un vice scropliuleux ou d'un vice sipliilitique héréditaires. De pareils cas se présentent souvent à l'observation dans l'intérieur des hôpitaux. Le fait suivant mérite d'être cité. En matière médicinale, la bonne méthode consiste à retracer avec candeur jusqu'aux circonstances où l'art a désespéré de ses ressources. Rose Garin, âgée de vingt ans, d'un tempérament lymphatique, d'une constitution foible et d'une stature aussi petite que celle des nains, étoit née de parens sains et bien portans. Sa mère avoit eu six autres enfans , tous morts des suites du carreau. Celle-ci nous fut envoyée à l'hôpital Saint-Louis avec les symptômes les plus graves de la teigne faveuse. Non-seulement sa tête étoit infectée de croûtes jaunes, creusées en godet, relevées par leurs bords , exhalant une odeur fétide et à peine tolérable ; mais on remarquoit qu'il y avoit eu un retardement très-extraordinaire dans l'accroissement de cette jeune fille. Tout annonçoit en elle l'existence la plus chétive. Elle étoit pâle, émaciée, avoit les yeux caves et enfoncés. Ses règles n'avoient paru qu'une fois depuis un an, encore étoit-ce au milieu des plus vives souffrances. On remarqua néanmoins qu'à l'époque où la menstruation se manifesta , elle grandit soudainement de trois pouces. Depuis ce temps , elle a resté dans le même état. Sa voix ne rend que des sons frêles -, ses organes génitaux sont sans activité ; le pubis est dénué de

poils. Mais ce qui est bien digne de remarque , c'est que sa physionomie , ridée dans certaines parties , particulièrement au front et à la commissure des lèvres , lui donne l'aspect d'une femme qui touche à l'âge de quarante-huit à cinquante ans. Ses mains ont également l'apparence de celles d'une femme déjà vieille. Il semble, en un mot, que les époques intermédiaires de l'âge aient été franchies , et qu'elle ait passé soudainement de l'enfance à la vétusté. Chez cette jeune fille, les glandes cervicales, axillaires et inguinales, éprouvent un engorgement considérable. Qu'est-il advenu ? L'art a échoué dans tous les procédés qu'on a mis en usage pour la guérir; et après quatre années d'un traitement infructueux, cette infortunée est encore dans l'attente de ce que la nature peut seule opérer en sa faveur.

LXVÎÎI. Je ne saurois donc assez le redire ; l'existence d'une teigne quelconque suppose généralement un obstacle aux autres excrétions , et l'indication consiste souvent à enlever cet obstacle. Quand on perd de vue un semblable but , tout traitement externe devient préjudiciable. Une dame de Paris confia sa petite fille à une nourrice qui habitoit la campagne : au bout de quatre mois , explosion considérable d'une teigne muqueuse , qui envahit à la fois le cuir chevelu, le front et les tempes; démangeaisons vives et continuelles. Les ulcérations étoient tellement humides , que les linges dont on couvroit la tête étoient subitement mouillés. La nourrice imprudente chercha à arrêter cet écoulement extraordinaire , dont elle étoit alarmée, par de la farine qu'elle répandit en quantité sur le siège du mal , et qu'elle assujétit avec un bonnet. Fatahté inattendue ! l'enfant devint triste , pâle , et fut saisi d'une fièvre dévorante et continue , qui le fit périr avant qu'on eût pu lui porter le moindre secours. Ce fait arrivé naguère , en rappelle un autre dont Thomas Barthohn fait mention. Il s'agit d'un jeune prince d'Allemagne , atteint d'une teigne muqueuse , qu'on avoit desséchée mal à propos. Il mourut par suite de diarrhée , d'atrophie , et autres symptômes fâcheux qui se déclarèrent. On

trouva, dans le crâne , plus de huit cuillerées d'un liquide sanguinolent.— Les deux faits que je viens d'énoncer, sont d'une grande instruction pour les praticiens. Il viennent à l'appui de ce que beaucoup d'auteurs ont avancé dans leurs ouvrages, que le développement des diverses teignes sur le cuir chevelu , tient plus souvent qu'on ne le croit , à des mouvemens conservateurs des puissances médicatrices dans l'économie animale. Une mère éplorée alla consulter le célèbre Forestus , et lui présenta son enfant atteint d'une teigne très-rebelle. Ce judicieux observateur recommanda d'éviter les topiques répercussifs , et de procéder lentement à sa guérison , dans la conviction où il étoit , que cet exanthème pouvoit le préserver d'autres maladies plus dangereuses.

LXIX. Qu'on me permette , du reste , une réflexion finale qui explique , ce me semble , la diversité extrême des résultats que l'on obtient. Les maladies cutanées , et par conséquent les teignes, ont , comme les autres maladies , leurs périodes de début , d'accroissement et de décroissement. Les praticiens s'étonnent de ne pas réussir , et il n'est pas rare de les voir administrant , dès le commencement d'une affection de ce genre, des remèdes dont l'application ne peut devenir fructueuse , que lorsque cette même affection est parvenue à son déclin. On doit être surpris que ces réflexions n'aient pas été faites , depuis que Bordeu a si bien démontré l'analogie frappante qui existe entre les maladies aiguës et les maladies chroniques. Mais l'observateur est impatient d'attendre : il semble qu'il se lasse de suivre la nature , lorsqu'elle procède avec une lenteur qui n'est point proportionnelle avec la courte durée de notre vie. -

LXX. Que faut-il conclure enfin de tout ce que nous avons déjà dit sur le traitement des diverses teignes? que rien n'est plus important que de l'enlever aux faiseurs de recettes ; parce que la sage expérience ne sauroit faire adopter les applications violentes qu'ils ont 'proposées. Les meilleures méthodes curatives sont celles qui n'emploient que les moyens les plus doux. Tout se réduit à

apaiser l'irritation du cuir clievelu , et à ramener cet organe à ses conditions naturelles. G'étoit , du reste , d'après cette vue que les anciens combinoient leurs procédés curatifs. On sait qu'Avicenne se bornoit à laver la tête avec de l'huile de rose ou de violette , et Rhazès n'avoit recours à des topiques plus actifs , qu'à raison des degrés de l'affection. Je le répète donc en me résumant ; j'ai essayé comparativement une multitude de remèdes à l'hôpital Saint- Louis. Pendant que plusieurs teigneux subissoient l'opération delà calotte , ou étoient frottés avec des onguens plus au moins actifs , dans lesquels on faisoit entrer l'oxide de manganèse, l'oxide de mercure , etc. , des enfans en égal nombre , et atteints de diverses teignes, étoient simplement traités par le saindoux , dans lequel j'avois préalablement fait incorporer des fleurs de soufre. J'ai constamment observé que ces derniers guérissoient aussi vite que les premiers , et avec beaucoup moins d'inconvéniens , pourvu qu'on n'apportât aucune négligence dans le pansement. J'estime donc que cette manière simple de procéder à la guérison des teignes , est la seule qu'il faudrait désormais adopter dans les hôpitaux où l'on traite ces sortes d'exanthèmes. On peut l'appliquer avec le même succès aux différentes espèces de teigne. Quand bien même , en usant de ces moyens , il faudroit un temps plus long pour réussir , les profonds physiologistes savent que les meilleures méthodes thérapeutiques sont moins celles qui guérissent la maladie avec promptitude , que celles qui la terminent méthodiquement et sans danger pour les individus. La nature sera toujours en contradiction avec celui qui ne voudra pas mettre à la guérison un temps convenable. D'ailleurs , les accidens qu'on a vu succéder à des cures trop précipitées , sont un avertissement que les praticiens ne doivent jamais bannir de leur mémoire. C'est donc perfectionner le traitement des teignes , que de le simplifier ; c'est même le moyen unique de parvenir un jour à extirper une affection si funeste pour des êtres qui commencent la vie , et qui ont un si grand besoin de nos soins, de notre intérêt et de notre appui.

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