APPELÉES TEIGNES
L'examen attentif des causes, des symptômes et l'investigation cadavérique démontrent évidemment que ces affections sont purement et simplement des inflammations du système dermoïde et qu'elles ne sont point dues à un vice , virus , ou germe teigneux préexistant et altérant la composition des humeurs.
La teigne, ainsi qu'on a pu le voir, est en général l'apanage des jeunes enfans, A cette époque de la vie, la tête est constamment le siège d'un surcroît de vitalité : aussi remarque-t-on que les maladies cérébrales sont celles qui affectent principalement ces êtres intéressans. A cette même époque, le système dermoïde jouit également d'une sensibilité telle, que la moindre cause produit facilement des excoriations, des ulcérations, etc. Il en résulte nécessairement que si des agens modificateurs quelque peu intenses viennent exercer leur influence sur la partie de la peau qui re-
couvre la tête , cette partie deviendra préférablement le siège d'une irritation morbide.
Examinons maintenant pourquoi les irritations de la peau crânienne revêtent ordinairement un aspect particulier , qui établit une différence apparente ^ entre elles et les inflammations des autres parties. Nous savons déjà que les causes qui en provoquent le développement sont toutes irritantes, et que la malpropreté est celle qui les produit le plus souvent ^^. Nous savons aussi que le cuir chevelu est composé de différens ordres de vaisseaux. Maintenant quels sont parmi ces derniers ceux sur lesquels ces causes exerceront plus particulièrement leur action? A coup sûr , ce ne seront point les sanguins, puisque, dans le premier âge, ils sont pour ainsi dire étouffés et réduits à rien par le développement considérable des vaisseaux lymphatiques ( chacun sait en effet que la constitution des enfans est beaucoup plus lymphatique que sanguine et que chez ceux dont il est question, c'est-à-dire , ceux qui sont le plus souvent affectés de teigne, le développement du système lymphatique est encore favorisé par leur genre de vie, puisque la plupart d'entre eux font usage d^alimens de mauvaise nature et habitent des quartiers malsains , dans des lieux bas et humides ) ; or , comme la vitalité d'un système est en raison'directe de son développement , et les maladies en raison directe de la vitalité , il en résulte que ce sont ces vaisseaux qui sentiront spécialement l'impression des modificateurs irritans apphqués sur les tégumens de la tête.
* Nous disons apparente parce que effectivement les le'gères différences qui les en séparent, paraissent tenir uniquement à la texture particulière du cuir chevelu, plus dense, moins liche en tissu cellulaire, et contenant un bien plus grand nombre de bulbes et de poils que les autres parties de l'enveloppe cutanée.
** C'est en effet dans la classe nombreuse des individus qui ne font jamais usage des bains qu'il faut aller chercher les maladies cutanées. Les sucs muqueux séjournant trop long-temps à la peau, l'irritent, la stimulent et y causent ainsi di- A erses affections.
Dans l'état physiologique les vaisseaux sécréteurs ^ sont destinés à éliminer un fluide particulier. Qu'une cause irritante vienne à augmenter leur action , ce fluide sera sécrété en plus grande abondance et sa nature éprouvera nécessairement des mutations qui varieront à l'infini d'après une foule de circonstances particulières. Cette sécrétion déposée à la surface de la peau se concrète par le contact de l'air et constitue des croûtes qui prennent différentes formes et différentes couleurs suivant que la constitution du sujet est plus ou moins lymphatique , la maladie plus ou moins aiguë , etc. , etc. C'est ainsi que l'on voit , dans les irritations des membranes muqueuses , le mucus présenter une foule de variétés; de ténu qu'il étoit devenir plus épais et plus abondant; sa couleur blanche se transformer en blanc jaunâtre, verdâtre, etc.
Les irritations appelées teignes se comportent donc à la manière des irritations des autres tissus, avec les différences qui naissent nécessairement des constitutions individuelles , de l'organisation spéciale de la peau qui recouvre la tête , et de l'ordre de vaisseaux qui est spécialement affecté. Il serait par conséquent peu raisonnable d'admettre un germe préexistant à l'irritation , puisque tous les phénomènes qui se présentent dans le cours de la maladie s'expliquent aisément sans qu'on soit obligé d'avoir recours à un être aussi hypothétique , reste impur des rêveries humorales, dont rien ne démontre l'existence et que tout au contraire engage à repousser.
Il seroit possible que l'on déduisît de ce que nous venons d'étabhr, que les adultes ne sont nullement propres à être atteints de l'inflammation teigneuse. Nous nous empressons de répondre à cette objection : un adulte qui se trouveroit dans des circonstances semblables à celles qui font naître la maladie chez les enfans, telles que, la constitution lymphatique acquise ou consli-
* Car ce sont eux qui sont spe'cialement affectés dans la teigne.
tutionnelle, la malpropreté, etc., seroit sans contredit également susceptible de contracter la maladie. Les observations rapportées par M. Alibert mettent tout cela hors de doute : mais il la contractera moins souvent à cause des raisons qui ont été précédemment alléguées '^,
Jusqu'ici nous n'avons voulu que démontrer la véritable nature de la teigne. Mais il est une foule de conséquences qui découlent nécessairement des considérations que nous venons de présenter , et que nous allons passer successivement en revue.
Et d'abord , la division des teignes n'est pas aussi utile que certaines personnes voudroient bien nous le persuader : car , puisqu'elles ne sont toutes que des nuances d'une même maladie , cette division n'éclaire point leur nature et ne fournit aucune donnée pour leur traitement : elle tend au contraire à embrouiller leur étude étales faire considérer comme des maladies spéciales par ceux qui n'examinent les choses que superficiellement.
Les teignes n'ont point non plus le but cV utilité réelle y qui est de détourner par la peau des principes qui surabondent dans l'économie animale , et dont la présence ne pourroit que nuire à la plénitude de ses fonctions organique s. Ij^l teigne étant une affection irritative d'un organe sécréteur, il faut nécessairement qu'elle soit accompagnée de l'expulsion d'un liquide quelconque. Si l'on prétend que cette expulsion est utile à l'économie, il faut bien que l'on admette également que l'expulsion du mucus dans les irritations des membranes muqueuses, celle de la bile dans les irritations du foie 5 etc., sont des évacuations nécessaires, et que par
* Chez les adultes en effet les mouvemeos vitaux semblent plutôt se porter vers les organes thoraciques et abdominaux. Mais il est digne de remarque (et ceci n'est pas peu favorable à la théorie qui vient d'être développée), que la plupart de ceux qui sont affectés de teigne présentent ordinairement, sous le rapport de la prédisposition, des conditions analogues à celles des enfans. Chez eux aussi l'encéphale devient un centre de fluxion habituelle par les excès de toute espèce auxquels ils se livrent, tels que l'ivresse, la colère, etc. Voir les observations de M. Alibol.
conséquent les maladies qui y donnent lieu sont des maladies salutaires. Mais on sait aujourd'hui que toutes les maladies sont nuisibles, et que, s'il en est quelques-unes qui ne le sont pas, c'est parce qu'elles substituent la lésion d'un organe moins importantjà celle d'un organe plus essentiel à la conservation de l'individu, et dont par conséquent les affections sont plus redoutables. Sur quoi , d'ailleurs , se fonde-t-on pour établir l'utilité de la teigne ? sur ce qu'on voit souvent sa suppression donner lieu à des maladies graves. Mais comme les individus qui en sont affectés , sont sujets à des phlogoses d'autres organes , autant et même plus que les autres, il n'est pas étonnant qu'elle soit quelquefois supprimée pour faire place à des inflammations plus dangereuses des viscères , en vertu de cette loi de l'économie , qui établit que lorsqu'une maladie plus intense survient pendant l'existence d'une autre , qui l'est moins et qui occupe un organe moins important , celle-ci est supprimée pour toujours ou seulement momentanément. Ce n'est donc pas la suppression de la teigne qui produit le j)lus souvent l'inflammation des viscères, mais bien l'inflammation des viscères qui supprime la teigne. Ce n'est pas que nous prétendions que la répercussion de cet exanthème ne puisse avoir he;u et produire des irritations dans un organe quelconque; nous avouons au contraire ce fait qui s'explique d'ailleurs très-naturellement et qui ne présente rien de plus étonnant que de voir la suppression subite d'un exutoire être suivie d'une inflammation viscérale , qui n'auroit pas eu lieu, si cette suppression avoit été lente ; ce qui ne prouve pas que cet exutoire étoit nécessaire à V économie , mais qu'il est dangereux de faire cesser sur-le-champ un excès de vitalité existant dans une partie , parce que cet excès, auquell'économie étoit habitué, n'ayant pu se dissiper d'une manière insensible se porte directement sur un autre organe.
Il résulte encore des considérations précédemment établies , que, le germe de la teigne n' existant point dans l'économie yA n'est point physiologique de remplacer par une maladie aussi dé-
coûtante , en supposant que la chose soit possible , une affection d'un autre organe , puisque cette affection n'est point suscitée par ce prétendu germe , et qu'elle peut très-bien être traitée par des moyens plus directs et beaucoup plus efficaces.
Le traitement des affections teigneuses doit être des plus simples et uniquement basé sur l'état des organes. Dans le principe , lorsque la maladie est aiguë on aura recours aux saignées générales et locales , aux bains tièdes , aux topiques émoUiens , à la diète , en un mot à un traitement antiplilogistique rigoureux. Lorsqu'elle est parvenue à l'état chronique , de légers stimulans sur l'endroit même irrité afin de changer le mode des propriétés vitales ; des révulsifs sur la peau et sur le canal intestinal lorsqu'il est intègre ; un régime nourrissant sans être stimulant , tels sont en général les remèdes qui peuvent être mis en usage à cette époque de la maladie et que la sagacité du médecin doit pouvoir modifier suivant les circonstances dans lesquelles il se trouvera placé. Nous ne pouvons assez lui recommander , lorsqu^il emploie des stimulans à l'intérieur, de surveiller scrupuleusement leur action, de suspendre leur emploi s'il s'aperçoit que les organes digestifs s'affectent , et de n'y revenir que lorsque l'irritation qu'ils auront procurée aura été entièrement apaisée. On sait en effet que la plus étroite sympathie unit la peau avec la muqueuse intestinale, et qu'elles se communiquent mutuellement leurs irritations.
Si la teigne résiste quelquefois avec tant d'opiniâtreté , c'est que l'on a communément trop tôt recours aux stimulans , au lieu d'employer la médication an tiphlogis tique avec toute l'énergie et la persévérance convenables. La nature inflammatoire de la maladie , l'extrême lenteur de la guérison par les irritans , les avantages que l'on a retirés de l'emploi même momentané des émoUiens , tout tend à faire croire que cette méthode secondée par le régime et les révulsifs, procureroit la guérison de la plupart des teignes. Des autorités et des faits viennent à l'appui de
cette opinion. Galien , Ruffus et Rhazès proscrivoient tous les stinmlans ; Ambroise Paré , Forestus , Gui de Cliauliae ont conseillé la saignée. De nos jours on a obtenu des guérisons promptes et complètes à l'aide de sangsues placées derrière les oreilles et de topiques émolliens.
Lorsque la teigne sera entièrement dissipée, on prescrira un régime prophylactique propre à détruire la disposition des malades, tant celle qui leur est naturelle, que celle qu'ils ont constractée par le fait même de leur maladie , à en être atteint de nouveau. A cet effet, on s'efforcera d'abord de clianger leur constitution, et de la rendre sanguine , en leur conseillant d'habiter des endroits secs et élevés, de faire usage d'une nourriture riche en matériaux nutritifs et de facile digestion, de se couvrir de vêtemens chauds et de se livrer à de fréquents exercices. En second lieu , ils feront un usage habituel de bains tièdes , ils s'astreindront à une exquise propreté et ils renonceront à toute espèce de boissons , et de mets stimulans.
LES PLIQUES.