‹ Description des maladies de la peauChapitre 45 sur 94 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES PLIQUES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES PLIQUES

LXXI. Le nom que porte la maladie dont nous allons traiter , lui vient de ce que les cheveux s'agglutinent et s'entortillent d'une manière inextricable , en formant des mèches , des queues , des touffes ou des masses qu'il est impossible de démêler. C'est une affection endémique qu'on rencontre surtout en Pologne , en Lithuanie , en Hongrie , en Transilvanie , depuis la source de la Vistule jusqu'aux monts Krapach , en Prusse , en Russie , et dans la Grande Tartarie. On l'a observée en Suisse , en Alsace, dans le Brisgaw et dans la Belgique. On la trouve quelquefois en France, quoique bien rarement; il paroît même que l'Europe n'est pas la seule partie du globe où elle ait été remarquée. D'après Rodericà-Fonseca , qui le tenoit d'un témoin digne de foi , lequel avoit voyagé dans la Nouvelle-Espagne , les Indiens qui boivent de certaines eaux corrompues , sont sujets à une maladie qui a beaucoup d'analogie avec la plique. En effet , les cheveux se contournent ou s'agglomèrent comme dans cette dernière affection , et il en suinte une matière visqueuse et fétide. Cette maladie est donc plus généralement répandue qu'on ne le croit communément.

LXXII. La plique n'est pas une maladie qui soit uniquement propre à l'homme ; elle peut généralement attaquer tous les animaux domestiques. On a vu quelquefois , à Paris , des chevaux qui en étoient atteints ; et M. Huzard , habile vétérinaire , a recueilh deux cas de ce genre : mais ce phénomène s'observe surtout en Pologne et dans quelques endroits de la Russie. Elle attaque fréquemment les bœufs, les moutons, les chiens, etc., qui habitent un semblable climat. Les loups et les renards y sont pa- I i5.

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reillement exposés. Cette affection singulière , qui n'épargne les poils de presqu'aucun quadrupède , semble respecter les volatiles , et ne point atteindre les plumes des dindons , des poules , des coqs et autres oiseaux de basse-cour.

LXXIII. On croit assez généralement que la maladie dont nous allons nous occuper , s'est propagée de l'Asie en Europe par les invasions des Tartares; etHirschel, un des meilleurs auteurs qui aient écrit sur ce sujet, fixe cette époque vers 1287. Stabelfait remonter sa première apparition vers 1387 , par conséquent cent années plus tard. Un passage de la vie du B. Ladislas , rapporté par Ducange, fait déjà mention de la plique , et détruit entièrement l'opinion de ceux qui lui assignent une origine plus récente.

LXXIV. Géliéma cherche également à prouver l'origine tartare de la pHque ; et il s'appuie , à cet égard , de l'autorité de Hirtemberg , historien polonais du dix-septième siècle. Cet historien fait voir combien alors on connoissoit peu , dans son pays , la nature de la plique, et quelle idée absurde on se formoit de son origine. Aussi Géhéma assure que , dans ce même temps , les professeurs de Cracovie n'osoient point entreprendre la cure de cette affection; il ajoute qu'ils s'adressèrent à l'université de Pavie, pour obtenir des éclaircissemens nécessaires sur son traitement, et qu'ils envoyèrent même dans cette ville plusieurs de leurs malades.

LXXV. Depuis cette époque , plusieurs observateurs , parmi lesquels il suffit de citer Hirschel , Hoffmann , Stabel , Gilibert , etc. , ont dirigé plus particvdièrement leurs recherches vers cette maladie singulière. Vicat a publié quelques Mémoires sur le même sujet : mais personne ne nous semble avoir mieux approfondi la nature de la plique que M. de Lafontaine, premier chirurgien du dernier roi de Pologne, Je dois à sa correspondance , des détails qui intéressent autant par leur importance que par leur nouveauté.

LXX VL II n'est point de genre de maladie qui réclame de

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plus profondes reclierclies relativement à ses symptômes, à son origine , à ses causes et à sa curation : aussi, en abordant un pareil sujet, n'ai-je pu me dissimuler les difficultés sans nombre dont j'allois m'environner. En effet, cette affection si singulière , dont je dois entretenir mes lecteurs , est fort rare : je suis d'ailleurs placé à une- distance considérable du climat qui favorise son développement. C'est en quelque sorte une substance exotique que j'ai à décrire, pour me servir du langage des naturalistes : je suis donc privé des ressources dont je jouissois , quand je me suis livré à l'étude des teignes si fréquentes parmi nous.

LXXVIL Quant à la plique , j'ai eu à la vérité l'occasion de l'observer trois fois ; d'abord sur deux mendians polonais que leur vie errante avoit conduits jusqu'à Paris , et en second lieu , sur une femme née dans l'un des départemens septentrionaux de la France. Mais malgré le soin que j'ai pris de rassembler les symptômes divers qui caractérisent cette affreuse maladie , je sens que je n'ai pu contempler, de mes propres yeux , toutes les conditions particulières que doit lui imprimer l'influence des lieux et de la température atmosphérique. J'ai été dès-lors contraint de recourir aux travaux des médecins étrangers, et d'ajouter les faits multipliés dont ils ont bien voulu me faire part, au petit nombre de faits que j'avois vus moi-même. Je suis donc plus redevable à leur expérience qu'à la mienne. J'ai choisi , du reste , parmi mes correspondans , ceux dont la véracité est la plus authentique , et je n'avancerai rien qui n'ait eu des témoins irréfragables.

LXXVIIL J'ai suppléé d'ailleurs à l'éloignement des lieux, en faisant transporter à Paris , plusieurs têtes d'individus qui avoient succombé à la plique, et j'ai pu les étudier à loisir. C'est ainsi que les naturalistes s'arrogent des productions étrangères pour leur instruction , et rassemblent souvent , dans leurs cabinets , des richesses qui appartiennent aux pays les plus lointains et les plus variés. Pourquoi le pathologiste ne marcheroit-il pas sur leurs traces ? Je remarque seulement que de tels échantillons ne sau-

roient offrir des tableaux complets : ils sont comme ces dépouilles curieuses , mais inertes , que nous rapportent tant de savans voyageurs , et qui ne nous apprennent rien sur les mœurs et sur la manière de vivre des animaux. Mais je remarque aussi qu'un pareil inconvénient n'aura point lieu dans cette circonstance , puisque des praticiens longuement exercés à l'observation , m'ont fourni des renseignemens certains sur les symptômes divers qui peuvent caractériser la marche des pliques , et ont tenu , pour moi , un registre fidèle de tous leurs effets sur le théâtre même des causes qui les produisent.

LXXIX. Afin de classer d'une manière convenable les phénomènes des différentes pliques , les auteurs ont désigné , par des noms particuliers , leurs caractères physiques principaux , et ont étabH, pour cet objet, des distinctions superflues, que je me borne à rappeler. C'est ainsi, par exemple, qu'ils qualifient du titre de vraie plique , celle qui tient à une altération générale de l'économie animale, outjui semble être le résultat de la métastase critique d'un principe de maladie; et ils di^^eMenl fausse plique y celle qui est produite par un excès de malpropreté , qui n'est point accompagnée de symptômes généraux , et qui n'existe probablement que dans les cheveux. Ils ont eu pareillement recours aux expressions vagues de bénigne et de maligne , quand ils ont voulu retracer la plus ou moins grande intensité des symptômes qui signalent une affection si étrange. Ils donnent le nom de plique simple y a celle qui n'attaque qu'une partie chevelue du corps; et de plique composée, à celle qui atteint toutes les parties chevelues, même les ongles des mains et des pieds. Les pathologistes connoissent encore la plique lancée ou cachée. Cette dénomination lui vient de ce qu'on ne peut l'apercevoir lorsque la tête est poudrée , et de ce que les cheveux conservent leur forme et leur situation ordinaires , quoiqu'on ne puisse les démêler. Enfin , ils font mention de la plique isolée , dans laquelle la matière trichomatique pénètre à la vérité la substance des clie-

veux , mais ne s'arrête qu'à leur portion intermédiaire. On ne la voit point se manifester à leurs racines ou à leurs pointes.

LXXX. Attaclions-nous aux distinctions réelles et importantes , qui constituent des caractères spécifiques et tranchans. Tous les caractères extérieurs des pliques se rapportent donc à trois formes principales. Dans la première, les cheveux s'agglutinent, en se divisant par mèches séparées ; dans la seconde , ils s'alongent en queue, en prenant un accroissement excessif; dans la troisième enfin, ils s'agglomèrent par touffes, par masses ou par pelotons. Ces trois formes primitives m'ont déterminé à n'établir que trois espèces de pHque, qui se modifient néanmoins, et comprennent sous elles quelques variétés. Au surplus, j'ai fait figurer et graver ces différens aspects avec un soin particulier, qui tient au vif désir que j'avois d'éclairer les phénomènes obscurs d'une maladie si peu connue , et si peu étudiée par les gens de l'art.

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