‹ Description des maladies de la peauChapitre 56 sur 94 · DES PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX QUI CARACTÉRISENT LA MARCHE DES PLIQUES · texte numérisé non relu

DES PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX QUI CARACTÉRISENT LA MARCHE DES PLIQUES

XGI. L'invasion des différentes espèces de pliques commence ordinairement par un abattement universel, un engourdissement dans tous les membres du corps ; des douleurs vagues se font d'abord ressentir dans les articulations des mains et des pieds, gagnent ensuite les omoplates, l'épine du dos, et s'étendent bientôt à la région postérieure du col et de la tête. Le soir , il se manifeste un accès fébrile qui se prolonge très-avant dans la nuit, et se termine par une sueur visqueuse, gluante et excessivement fétide. Le matin , le pouls est naturel : il y a une sorte de rémission dans les symptômes que je viens d'indiquer.

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XCIL Aux douleurs arthritiques qui constituent presque toujours le début de cette singulière et déplorable afïection, viennent se joindre des mouvemens convulsifs dans les muscles, des soubresauts dans les tendons, un tintement d'oreilles très-pénible, une céplialalgie atroce que les malades cherchent vainement à calmer par des médicamens sédatifs ou narcotiques, des vertiges, une pesanteur autour des orbites, des picotemens, et une sensation trèsincommode de resserrement dans la partie postérieure du cuir chevelu.

XCIIL Mais bientôt un phénomène externe , et très-surprenant pour le physiologiste observateur, se déclare. Les cheveux se mêlent, s'entortillent, s'agglutinent, se séparent en faisceaux; on les voit s'arranger en petites cordes tournées en spirale , en sorte que la tête paroît environnée d'un amas de couleuvres effrayantes qui rappellent l'image affreuse d'une Gorgone. On les voit aussi s'alonger comme des queues traînantes qui atteignent les jarrets, et quelquefois pendent jusqu'à terre; on les voit enfin se hérisser comme les poils d'une bête fauve, ou comme les soies qui se dressent le long du col des pommeaux. Enfin il arrive quelquefois que les cheveux s'entassent en globes ou en masses informes , qui deviennent de lourds fardeaux pour ceux qui les portent. Les poux fourmillent au milieu de ces touffes villeuses, en une multitude extrême, et avec une promptitude qu'on ne peut exprimer. Alabase de ces touffes, on voit une grande quantité d'écaillés furfuracées.

XCIV. Au surplus, on pensera, avec juste raison, que les formes singuhères et bizarres qu'affectent lespliques diverses qu'on a remarquées, dépendent souvent de la manière d'être des cheveux. Beaucoup de Polonais les coupent et les conservent habituellement fort courts. Certains se font raser la tête, et ne laissent venir qu'une touffe plus ou moins considérable à son sommet. Les femmes, au contraire, brillent par une belle et longue chevelure; ce qui donne lieu à des modifications sans nombre dans la figure de leurs phques. On en voit qui , surprises en quelque sorte par la

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maladie après la toilette la mieux soignée , restent pendant plusieurs années avec des cheveux élégamment frisés.

XGV. La plique n'attaque pas seulement le cuir chevelu; elle se manifeste également dans les autres parties du corps humain qui sont pourvues de poils. Elle survient quelquefois au menton, aux aisselles , à la région sternale , et surtout aux organes de la génération des deux sexes. Le professeur Kaltsclimid , à Jena , conservoit dans son cahinet le pénil d'une femme , duquel sortoit une plique si monstrueuse, qu'elle auroit fait aisément le tour du ventre de la personne à qui elle avoit appartenu.

XGVI. Le virus trichomatique s'introduit souvent jusque dans les ongles des mains et des pieds , particulièrement chez les individus qui sont chauves. L'analogie de structure de ces organes avec les cheveux , explique facilement cette dégénération hideuse. Tantôt ils prennent un accroissement prodigieux; tantôt ils s'épaississent, et offrent beaucoup d'aspérités au toucher. Ils deviennent jaunâtres, livides, noirs comme la corne d'un bouc, ou quelquefois même ils sont crochus comme les griffes des quadrupèdes carnassiers. On observe, du reste, que l'altération des ongles n'arrive que long-temps après l'altération des cheveux ou des poils.

XGVII. Toutes ces déformations physiques et extérieures que nous venons de signaler , sont causées et entretenues par la sécrétion extraordinairement abondante qui suinte des parties couvertes de villosités, et qui constitue la plique proprement dite. Cette excrétion , qui afHue surtout vers la tête , ne s'échappe pas uniquement des pores de la peau du crâne , mais encore des cheveux eux-mêmes, ainsi que l'ont constaté des observations microscopiques. On a vu, en effet, que les extrémités des canaux capillaires exhaloient une espèce de vapeur qui se déposoit et se condensoit ensuite dans leurs interstices. Cette matière est d'une nature ichoreuse et sanguinolente. Si le dépôt qui s'en fait dans les cheveux est si copieux que ceux-ci ne puissent la contenir , alors ils se rompent dans leur milieu, et la matière s'écoule au-dehors en très-

grande quantité. Elle exhale une odeur sui generis, qui est trèsrepoussante pour l'odorat. Cette odeur a beaucoup de rapport avec celle de la graisse rancie , comme il m'a été facile de m'en convaincre sur les malades que j'ai observés à Paris , et sur les échantillons de pHque qui m^ont été envoyés par M. de Lafontaine. Il est vrai que cette odeur varie dans quelques circonstances. M. le docteur Niszkouski a vu chez une jeune demoiselle , une plique des aisselles quiétoit très-aromatique, et qui répandoitle parfum de l'ambre.

XCVIII. Il paroît que la plique étend particulièrement ses ravages sur les cheveux châtains. Elle affecte néanmoins assez fréquemment les cheveux les plus noirs , et même ceux qui sont d'une couleur rougeâtre , comme , par exemple , chez certains juifs. L'expérience prouve aussi que les cheveux blancs ne sont point à l'abri de l'infection , quoiqu'ils jouissent d'une vitahté moins active que les précédens. Les journaux du temps ont rapporté qu'on a vu autrefois à Bitche un vieillard, né à une très-petite distance de cette ville , lequel portoit une grande plique flottante sur ses épaules , très- hérissée et blanchie par les années. M. de Lafontaine m'a fait parvenir de Varsovie une plique en masse , dont la couleur grise démontre l'âge avancé de la personne qui en avoit été atteinte. G'étoit une malheureuse femme qui avoit tellement souffert des suites d'une goutte vague , qu'elle avoit perdu l'usage de tous ses membres. Ses forces s'épuisèrent entièrement, et elle succomba au milieu des plus vives douleurs.

XCIX. Jusqu'à présent, je n'ai retracé que les accidens les plus ordinaires de la plique. Mais cette affreuse maladie acquiert souvent le plus grand degré d'intensité ; elle revêt une multitude de physionomies; et dès-lors le caractère de ses symptômes paroît entièrement subordonné à la direction que prend la matière trichomatique dans l'économie animale. Fait-elle son irruption vers l'organe cérébral , des accès épilep tiques se déclarent. Souvent les malades sont foudroyés par l'apoplexie ; quelquefois ils sont en

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proie à des transports maniaques. Stabel cite l'exemple d'une femme qui avoit éprouvé iine violente frénésie avec fièvre aiguë, une aliénation marquée de l'esprit et un délire furieux. Ces désordres ne cessèrent que lorsque les cheveux commencèrent à se pliquer.

C. Si la métastase s'opère vers le système de la respiration , elle détermine l'asthme , l'hydrothorax, les crachemens de sang , la phthysie pulmonaire , le catarrhe suffocant. Les palpitations suivent les atteintes du système circulatoire. Enfin , quand le virus de la pHque affecte l'estomac, les intestins ou les autres viscères contenus dans la cavité abdominale , on voit arriver le flux dyssentérique , la diarrhée , les coliques , l'hypocondrie , la mélancolie , etc. La faculté digestive est pervertie. On a vu naître chez certains individus , non-seulement un penchant irrésistible pour les boissons spiritueuses , mais aussi des goûts bizarres , dépravés , en un mot le vrai jDic<2. M. de Lafontaine avoit fait cette remarque, et je l'ai confirmée sur les trois individus malades que j'ai observés par moimême. On a vu survenir l'inflammation ou l'ulcération du foie, etc. Chez les femmes , la menstruation est troublée ou interrompue , et communément elle ne reprend son cours régulier et périodique, que lorsque la plique vient se manifester à la tête.

CL Stabel a particulièrement observé que les effets du virus trichomatique diffèrent à raison des systèmes organiques dans lesquels il pénètre en premier lieu. C'est ainsi que , lorsqu'il s'introduit dans le système lymphatique , il donne naissance à des engorgemens glanduleux, très-rebelles aux moyens curatifs. Il se forme des nodosités et des tubercules dans les articulations, des squirres, etc. La peau se décolore, et acquiert une couleur terreuse. Il n'est pas très-rare de voir cette maladie produire la carie des os , pénétrer même jusqu'à la moelle de ces organes. Un juif qui portoit une plique à la tète , en fut promptement guéri par un charlatan. Il lui survint un abcès au front, suivi d'une carie , qui , en trois années de temps, avoit acquis beaucoup d'étendue. Il fut trépané par M. de Lafontaine, qui parvint à le guérir. Stabel parle d'un

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empyrique qui pratiquoit la médecine en voyageant dans les campagnes de la Pologne. Il coucha dans un lit qui avoit servi à une personne atteinte de la plique, et ne tarda pas lui-même à en être infecté. Il eut recours aux plus violens drastiques. Mais bientôt il ressentit des douleurs vives à la tête et dans les jointures des membres. Toute la surface du corps se couvrit d'ulcères sordides. La nutrition cessa de s'opérer ; les forces s'anéantirent. Les os devinrent friables; lorsqu'on voulait essayer de le lever de son lit , les deux tibia se fracturoient. Quand il essayoit de lever le moindre fardeau avec le bras , les os de l'épaule se rompoient avec éclat. Les différens moyens médicaux et chirurgicaux furent inutiles; il mourut dans l'état le plus déplorable.

CIL J'ai déjà dit que la plique étoit annoncée par des symptômes plus ou moins graves, qui devançoient de plusieurs jours son invasion ; mais quelquefois aussi elle se déclare sans aucun accident précurseur , et sans exciter la moindre sensation douloureuse. Tantôt elle se forme lentement et successivement , tantôt elle se manifeste avec une rapidité inconcevable. L'événement le plus léger sulîit quelquefois pour provoquer son développement. Il n'est pas rare aussi qu'elle survienne sans cause apparente. M. de Lafontaine fait mention d'une jeune dame qui dînoit un jour en trèsbonne gaîté, et qui en fut atteinte subitement. On peut également assurer , d'après des observations très-exactes, que le virus trichomatique peut se communiquer par la génération , et qu'après la naissance il peut rester caché un grand nombre d'années dans l'économie animale , sans produire aucun effet nuisible , principalem.ent lorsqu'on mène une vie régulière et sobre, et qu'on évite tout ce qui porte atteinte à la santé. Mais si quelques personnes n'en ressentent aucune incommodité notable , d'autres deviennent la proie des accidens les plus funestes.

cm. Je n'ai jamais eu l'occasion d'observer les phénomènes de la plique chez les quadrupèdes. On dit qu'ils ont une analogie très-frappante avec ceux que l'on remarque chez l'homme. La

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douleur se peint dans leur physionomie , et s'exprime par leurs gestes inquiets. Les chiens surtout sèment partout l'épouvante, parce qu'ils paroissent être enragés. Lorsqu'ils marchent , leur queue traîne entre leurs jambes, leur gueule est écumante. Ils n'aboieut pas, mordent tout le monde, même leurs maîtres, cessent de prendre de la nourriture , se heurtent aveuglément contre les murs, etc. Il est vrai qu'ils ne redoutent pas l'eau; au contraire, ils en boivent beaucoup dans cette maladie. Il est pourtant nécessaire d'ajouter que leur morsure ne donne point la rage. Il en est de même des loups, des renards, des chats, des brebis, etc. Les chevaux s'affoiblissent ; ils perdent leur courage et la vivacité, sont incapables de tout travail, ne mangent point, mais sont tourmentés par une soif inextinguible. Il faut bien que la plique imprime une grande dégénération au bétail, puisque les bouchers refusent d'acheter, pour la consommation des villes, les bœufs qui en sont affectés. Les pelletiers et les corroyeurs ne réussissent jamais à donner a leur peau l'apprêt convenable. La corne même de ces animaux est tellement altérée , qu'il est difficile de la faire servir à la confection des peignes ou d'autres objets de commerce et d'utihté.

CIV. Je viens de rapporter les phénomènes principaux qui, le plus communément , caractérisent la naissance , le développement et la terminaison des différentes espèces de pliques; mais lorsque ces phénomènes ne produisent leurs terribles effets que dans l'intérieur du système humain, il est souvent difficile de les distinguer etde les reconnoître, parce qu'ils prennent le masque des autres maladies. Que faut-il faire alors ? Il importe de s'assurer de tous les signes qui peuvent confirmer l'existence de la plique : ainsi , on examine s'il n'y a point quelque disposition héréditaire à cette maladie , si le malade n'auroit pas pu la contracter par la voie de la contagion. On cherche à apprécier quels sont les dangers auxquels il s'est exposé. Il est des signes qui sont encore plus concluans , comme, par exemple, les céphalalgies et les sueurs visqueuses qui I 20.

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se manifestent quelquefois à la tête, la malpropreté des clieveux , les petites écailles qui se forment, etc. Il faut avoir égard aux ongles, qui présentent des altérations très-remarquables, qui offrent luie grande rudesse au toucher , qui ont une couleur livide, et qui quelquefois sont dans une sorte de fonte et de décomposition. L'assemblage de ces divers signes et de beaucoup d'autres, indique presque toujours , d'une manière certaine, l'existence du virus trichomatique , surtout quand on liabite les lieux où cette maladie a coutume de se manifester.

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