‹ Description des maladies de la peauChapitre 58 sur 94 · DES CAUSES ORGANIQUES QUI INFLUENT SUR LE DÉVELOPPEMENT · texte numérisé non relu

DES CAUSES ORGANIQUES QUI INFLUENT SUR LE DÉVELOPPEMENT

DES PLIQUES.

GX. Nous pensons que c'est perdre le temps en des discussions futiles et superflues, que de rechercher les causes organiques qui peuvent influer sur le développement des diverses pliques dans l'économie animale. Cette aflection désastreuse est le résultat d'un principe morbifique dont on ignore absolument la nature. On sait seulement que ce principe porte spécialement son action sur les tégumens de la tête, sur l'universalité du système pileux, sur les ongles, etc. Mais connoît-on mieux le virus qui développe l'infection syphilitique, la variole, la goutte, le rhumatisme, le scorbut, etc.?

CXI. Les auteurs ont émis un paradoxe très-extraordinaire. Ils ont dit que dans le temps où les Tartares faisoient des irruptions i 21.

dans la Pologne, ces peuples, qui ne vivent que de chair crue ou d'alimens indigestes, souillèrent les femmes de la nation par un commerce impur. Dès-lors, le sang contracta une fatale dégénération qui fit éclore la plique , maladie nouvelle pour les humains , et qui , à cette époque , étoit aussi peu connue en Europe que l'étoitla vérole avant qu'on eût découvert le Nouveau-Monde. Une telle assertion est certainement dénuée de toute vraisemblance ; car comment expliquer l'apparition du trichoma dans les chevaux , les vaches , les chiens , les loups , les renards , les chats et autres quadrupèdes munis de poils ?

CXIL Certains assurent que la plique n'a acquis le caractère dangereux qu'on lui reconnoît, que par sa complication avec le virus syphilitique. Je crois pouvoir attester, dit Hirschel, qu'avant que la maladie vénérienne eût été connue en Pologne, la plique n'avoit jamais produit les symptômes graves qui la font redouter aujourd'hui, et qu'ils ne lui sont propres que depuis le moment funeste où ce fléau dévastateur a passé de l'Amérique en Europe. Il fait observer, en outre, qu'aucun auteur n'a écrit sur le trichoma avant cette époque. Hirschel ajoute que chez tous les individus où la plique est suivie d'accidens fâcheux, il y a complication des deux maladies. Aussi la vérole est-elle très-répandue en Pologne , et elle y produit de grands désastres. On a vu souvent, selon le même auteur, dans les villes de ce royaume, une quantité considérable d'habitans succomber de la manière la plus sinistre à ce terrible fléau. -

CXIII. Mais il est plus convenable d'établir que la plique est une afîection sui generis , qui opère sa crise par le cuir chevelu, comme les teignes^ dont nous avons déjà fait mention. La matière visqueuse qui colle et agglutine le système pileux, est une excrétion dont se purge l'économie animale. De là vient que cette excrétion est le plus souvent salutaire. Ceux qui en sont atteints, la conservent quelquefois toute leur vie, sans qu'aucun trouble survienne dans les fonctions, excepté les accidens qui

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sont inséparables de l'existence du trichoma. Il est également constaté par l'observation, que ceux qui éprouvent les effets dont il s'agit, sont exempts d'autres maladies qui tirent leur origine de la prédominance lymphatique : ils sont également à l'abri des inconvéniens attachés à la répercussion de la transpiration insensible, etc. Le peuple même n'ignore par ces vérités. GXIV. On a même remarqué qu'il ne falloit rien craindre de la durée de cet acte sécrétoire dans l'économie animale, à moins qu'on n'ait imprudemment tenté de diminuer ou de supprimer une semblable excrétion. Quelquefois elle persiste toute la vie, et les organes s^y habituent tellement, qu'elle devient, pour ainsi dire, indispensable; quelquefois aussi la nature la fait cesser spontanément, et détache les cheveux pliqués. C'est précisément ce qui a été observé à Paris , chez une malade confiée aux soins de M. le docteur Duffour, et que ce médecin m'a mis à même de voir et d'interroger. Cette femme, après des chagrins très-violens et une grossesse très-orageuse , essuya une fièvre d'abord angio-ténique , puis adynamique , dont la crise s'effectua sans doute par les cheveux , puisqu'ils s'entrelacèrent et s'agglutinèrent à un tel point, qu'il étoit impossible de les démêler. Mais quelque temps après, cette plique se détacha spontanément de la tête, entraînant avec elle l'épiderme du cuir chevelu , en sorte qu'elle présentoit la forme d'une perruque.

CXV. Parmi les causes organiques qui favorisent le plus l'apparition des phénomènes de la plique, il faut surtout distinguer la disposition constitutionnelle et héréditaire de certains individus. En effet , on voit souvent cette maladie se transmettre de génération en génération , et les nouveau-nés présenter l'empreinte de ses symptômes les plus fâcheux. On observe même assez fréquemment qu'elle attaque le père et le petit- fils, tandis que le fils est épargné , caractère qui lui est commun avec d'autres maladies, particulièrement avec la goutte. Enfin, il n'est pas rare que le virus du trichoma subsiste dans l'intérieur de

l'économie animale, sans donner, comme j'ai déjà eu occasion de le dire, des marques apparentes de son existence, et n'éclate que lorsque des circonstances favorables le développent. Parmi ces circonstances, il faut surtout distinguer le tempérament marqué par la fibre lâche et la prédominance muqueuse.

ARTICLE IV

DES CAUSES EXTÉRIEURES QU ON CROIT PROPRES A FAVORISER LE DÉVELOPPEMENT DES PLIQUES.

CXVI. Le causes extérieures qui influent sur le développement de la plique sont vraisemblablement en très-grand nombre , et c'est souvent le concours de leur influence qui rend leurs effets plus violens. Hercules Saxonia rapporte cette maladie à la constitution humide de l'atmosphère, et insiste mal-à-propos sur ce sujet. Ceux qui l'attribuent à la qualité sulfureuse saline , ou métallique des eaux, ne sont pas mieux fondés en raison. Car il s'ensuivroit de cette hypothèse, que les étrangers qui vivent en Pologne y seroient pareillement sujets; et pourtant il est d'observation qu'ils n'en sont presque jamais atteints. C'est sans doute par la difficulté qu'il y a d'entrevoir et d'assigner les causes extérieures de la plique, que des paysans superstitieux font ridiculement provenir ses divers accidens de la malveillance de quelques esprits aériens.

CXVII. M. de Lafontaine ne croit point que l'eau , ni l'air , ni la nourriture , contribuent à la formation de la plique. M.Gilibert soutient une opinion contraire , et prétend que la diète animale y coopère puissamment. C'est le grand usage de la viande qui est cause que la transpiration des habitans de la Lithuanie est d'une odeur forte et extrêmement désagréable. Il est certain que , lors-

qu'on examine la manière de vivre et les usages des juifs polonais chez lesquels la plique est on ne peut plus fréquente , on se persuade sans peine combien les écarts diététiques doivent influencer l'origine et la propagation de cette maladie , puisque ceux qui y sont principalement sujets , ne se nourrissent principalement que de viandes salées ou de boissons spiritueuses , et surtout de l'eaude-vie , qui ne leur plaît jamais tant que lorsqu'elle est empyreumatique.

GXVIIL Hirschel croit que la malpropreté influe singulièrement sur la propagation de la plique. En eflet , la plupart des Polonais ne démêlent que fort rarement leurs cheveux , et ne se nettoient jamais la tête. Ils se couvrent d'ailleurs de bonnets fourrés , ce qui produit vers le cuir chevelu un afflux considérable d'humeurs. Le cuir chevelu devient , pour ainsi dire , l'égout de tous les organes , et toutes les matières hétérogènes s'y portent. Alors les pores des tégumens sont tellement obstrués , que la matière de la transpiration doit nécessairement se faire jour à travers la substance creuse et vasculeuse des cheveux : elle les colle ensemble 5 et donne lieu à ces agglomérations hideuses.

CXIX. Ce qui ajoute aux inconvéniens de la malpropreté , c'est la manière dont les enfans ( particulièrement ceux des juifs ) sont élevés ; la plupart sont nourris dans des appartemens malsains et très- peu spacieux, dans lesquels néanmoins trois ou quatre familles sont quelquefois entassées , avec de la volaille et autres animaux domestiques. Souvent , dans ces repaires infects , la même nourrice allaite plusieurs enfans à la fois. Ces malheureux individus , parvenus à l'âge de quatorze ou quinze ans , donnent , par un mariage précoce , Pexistence à de nouveaux êtres aussi clîétifs que ceux à qui ils doivent le jour, et aussi disposés qu'eux aux maladies lymphatiques.

GXX. L'expérience apprend que la plique polonaise est une maladie contagieuse. Si les expériences que j'ai tentées à Paris pour prouver ce mode de communication , n'ont pas réussi , c'est

sans doute parce que les cheveux malades dont je me suis servi dans mes essais , n'étoient pas fraîchement coupés , et que la matière visqueuse étoit desséchée. On raconte qu'une jeune dame française ayant contracté la plique à Varsovie , entra dans un tel dépit , qu'elle se fit un plaisir de la propager , en faisant essayer un bonnet très-élégant , qu'elle portoit , à plusieurs femmes de sa connoissance. On la gagne souvent par le coït , et en même temps que la maladie vénérienne. M. le docteur Bréra atteste avoir vu deux soldats prussiens à l'hôpital de la Charité de Berlin , lesquels avoient pris la plique , en 1795 , en cohabitant avec des Polonaises captives. Il n'est pas rare de voir quelques-uns des accidens de la plique se transmettre par l'allaitement. C'est le cas d'une femme dont parle M. de Lafontaine , et qui avoit été élevée par une nourrice infectée du trichoma. Elle souffroit fréquemment des douleurs arthritiques ; à la suite d'un abcès , elle éprouva une carie au sacrum : jamais ses cheveux ne s'altérèrent ; mais de trois enfans qu'elle eut, deux vinrent au monde phqués. Enfin, il faut regarder comme une cause fréquente de contagion , les vêtemens , les chapeavix , les bonnets , les coiffes , les peignes , etc. CXXI. Il ne faut pas révoquer en doute l'influence des affections morales sur la production de la plique. La colère et l'effroi la communiquent quelquefois d'une manière soudaine. Un homme fut attaqué dans sa maison par des voleurs , qui l'attachèrent et lui enlevèrent une partie de ce qu'il possédoit. Il fut tellement frappé de terreur , qu'il éprouva un violent accès de fièvre , au bout duquel ses cheveux s'agglutinèrent en une masse informe , avec gonflement de la face et du col. La matière glutineuse qui sortoit du cuir chevelu , exhaloit une excessive puanteur.

ARTICLE V

CONSIDERATIONS PHYSIOLOGIQUES SUR LES FONCTIONS DES CHEVEUX ET DES POILS DANS l'économie ANIMALE *, UTILITÉ DE CES CONSIDÉRATIONS POUR l'intelligence DES PHÉNOMÈNES DE LA PLIQUE.

CXXII. Jusqu'à présent , on s'est peu occupé des fonctions des cheveux et des poils dans l'économie du corps vivant. Aiicun sujet néanmoins n'est plus nécessaire à approfondir pour pénétrer le véritable siège de la plique. D'ailleurs , ces organes jouent un rôle dont on ne sent point assez l'importance. La physiologie et la pathologie le démontrent. Rien n'a donc plus d'attrait pour notre curiosité , que l'étude de ces canaux si fins et si déliés , répandus avec tant d'abondance sur toute ]a périphérie du système humain, et qui concourent à la fois à son ornement et à sa conservation.

GXXIII. Mon intention n'est point de répéter ici tout ce qu'on a écrit dans les livres, touchant la structure physique des cheveux et des poils. On est pénétré d'étonnement , quand on songe que ces organes sont formés d'une matière mucilagineuse que le travail des forces vitales réduit en filamens , par un mécanisme analogue à celui de la toile de l'araignée ou du tissu du ver-à-soie. L'anatomie nous les montre renfermés à leur base dans de petits sacs membraneux, ordinairement désignés sous le nom de bulbes , et pénétrés de toutes parts par des vaisseaux sanguins et par des nerfs. Quand on les considère ainsi enchâssés dans ces sacs, on croit voir des plantes qui se développent dans des vases. Aussi leur nutrition s'opère-t-elle par une espèce de suc qu'ils pompent dans le bulbe , et qui les parcourt jusqu'à leur extrémité.

GXXIV. Les cheveux et les poils ont une analogie frappante de structure avec la peau. Comme elle , ils sont revêtus d'une

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enveloppe épidermoïque qui est toujours blanche , quoiqu'ils présentent différentes nuances. Mais ces nuances proviennent de la matière diversement colorée qui circule dans l'intérieur de leurs cavités. C'est sans doute cette ressemblance d'organisation qui les a fait regarder par quelques physiologistes , comme une prolongation de l'enveloppe tégumentaire.

GXXV. Ce qui , du reste , confirme davantage cette analogie que nous venons d'établir , c'est la couleur des cheveux , ainsi que des poils , qui suit ordinairement celle de la peau : quand celle-ci est très-blanche , ils sont communément blonds ou châtains ; lorsqu'elle est brune , ils sont noirs ; enfin , quand elle est roussâtre , ils sont rouges. Ajoutons que cette similitude de couleur ne se manifeste pas uniquement dans le corps en santé , mais encore dans les corps décolorés par quelque altération morbifique du système dermoïde. On trouve dans les Opuscoli Scelli de Milan , l'histoire d'un paysan , mort de phthysie pulmonaire dans l'hôpital de cette ville. Le cadavre de cet individu , transporté au lieu commun des inhumations , se distinguoit aisément de tous les autres par la blancheur éclatante de sa peau , de ses cheveux et de sa barbe. On observe dans ce moment à Fhospice de Bicêtre , une espèce d'albinos , né de pareus d'ailleurs très-sains , et dans la classe des ouvriers. Sa peau est blanche comme la neige , aussi bien que ses cheveux , qui sont en outre fort touffus et presqu'aussi rudes que la crinière d'un cheval. La même disposition se remarque dans les cils , les poils des aisselles , des parties génitales et de l'universalité des tégumens. On puiseroit beaucoup d'autres faits de ce genre dans les recueils scientifiques.

GXXVL La couleur des cheveux et des poils est donc un phénomène plus important à méditer qu'on ne le croit vulgairement. En effet , c'est leur couleur qui marque l'énergie des forces vitales et la nature du tempérament de l'homme. Les cheveux noirs indiquent la force ; les cheveux blonds décèlent un état de foiblesse et de langueur. Les cheveux rouges paroissent être le

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résultat d'une organisation imparfaite et maladive, et inspirent généralement une sorte d'aversion. Les cheveux blancs qui accompagnent la vieillesse , annoncent l'atonie des tégumens de la tête et la disette des sucs nutritifs, (c On les voit(pourme servir des )) expressions de M. Lanoix), semblables à des rameaux non avivés , )) se détacher peu-à-peu , après avoir observé dans leur dépérisse- » ment , toutes les nuances de la dégradation et de la mort ». Personne n'ignore que dans les endroits où il y a des cicatrices , ces orga nés offrent moins de vigueur et une teinte moins foncée. Je remarque journellement qu'après la guérison de la teigne par l'apphcation de la calotte ou autres topiques , les cheveux qui repoussent sur les parties anciennement malades , sont pâles et décolorés , tandis que ceux qui croissent dans les parties saines , conservent leur teinte naturelle.

GXXVIL J'ai déjà dit que la couleur particulière des cheveux et des poils éclairoit infiniment le physiologiste sur le tempérament physique des individus ; je puis ajouter , par conséquent, qu'elle doit fournir des renseignemens avantageux au praticien , sur les diverses maladies cutanées auxquelles sont spécialement enclins ces mêmes individus. J'ai eu l'occasion fréquente de faire cette étude comparée à l'hôpital Saint-Louis. Il conste , par mes remarques continuelles , que les hommes à cheveux blonds ou roux, sont presque toujours sujets à la dartre furfuracée , affection qui décèle en eux une foiblesse radicale du système dermoïde , et un état maladif des exhalans , qu'il est difficile de déterminer. De là vient sans doute que les tourmens affreux du prurigo attendent souvent ces mêmes hommes dans leur vieillesse.

GXXVIII. Les phénomènes et altérations qu'éprouvent les cheveux et les poils dans plusieurs maladies , n'ont presque pas étéconsidérés. Madame P "^^"^ , dans une fièvre adynamique qui a suivi des couches très-laborieuses , a perdu la plus belle chevelure blonde au milieu d'un fluide visqueux qui inondait sa tête de toutes parts ; et cette chevelure a repoussé très-noire après son entier

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rétablissement. Jérôme B ^^^ étoit né avec des clieveux bruns. Il les perdit dans une maladie , et il lui en vint d'autres d^un rouge ardent. La consistance et l'état physique des clieveux éprouvent également des cliangemens dignes de remarque. Je donne des soins à une femme dont les cheveux frisoient beaucoup avant son mariage ; après son premier enfant , ils sont devenus constamment humides , au point qu'il est absolument impossible de les réduire en boucles. Les poils des aisselles , etc. , sont devenus très-huileux.

CXXIX. On doit peu s'étonner de cette funeste influence des maladies sur les cheveux et les poils , quand on songe que ces organes sont doués d'une sorte de sensibilité qui se développe bien davantage par l'état morbifique. Personne n'ignore qu'ils se dressent par l'eifet de certaines passions , et ce phénomène paroît leur être commun avec les plumes des paons , des coqs , des dindons , agités par l'oigueil ou par la colère -, avec celles des colombes auxquelles on a refusé de l'eau depuis quelques jours ; avec les poils des chats et autres quadrupèdes irrités ; avec les crins des chevaux qu'anime l'ardeur des combats , etc. Quelquefois les affections morales frappent les tégumens de la tête d'une constriction spasmodique, qui empêche la circulation des sucs, et dessèche instantanément tout le système pileux. Dans le temps sinistre où la terreur , réduite en système politique , plongea la France dans un abîme de calamités , un malheureux jeune homme , qui de voit être supplicié le lendemain , vit ses cheveux blanchir entièrement dans l'espace d'une seule nuit.

GXXX. En général , quoique le système pileux soit répandu dans toutes les parties du corps vivant , on observe néanmoins qu'il abonde principalement dans les parties destinées à de grands actes de l'organisation, ou à des fonctions très-importantes dans l'économie animale. Ainsi , il se manifeste d'ordinaire dans les organes de la génération des deux sexes, à l'époque où ces organes commencent à se développer. Il est même certains faits qui prouvent , d'une

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manière merveilleuse , cette correspondance des parties de la reproduction avec les cheveux et les poils. M.Moreau a présenté à l'École de Médecine de Paris , un enfant chez lequel le développement prématuré des testicules avoit tellement forcé le développement du système pileux , qu'à l'âge de six ans sa poitrine étoit velue comme chez l'adulte le plus vigoureux ; et ce petit homme est, depuis ce temps , forcé de faire sa harbe. Le fœtus est à peine parvenu à quelques mois dans le sein de la mère , qu'on aperçoit déjà très-distinctement des cheveux sur sa tête. Après la naissance , ces cheveux croissent de plus en plus , et forment une sorte de forêt autour du viscère le plijs essentiel à la vie. On les voit ensuite se dessécher , blanchir ou se détacher du front de l'homme , à mesure qu'il approche du terme de son existence , et qu'il devient incapable de se reproduire. G^est ainsi que les bois des cerfs tombent , lorsque ces animaux deviennent moins agiles, et qu'ils perdent la faculté d'engendrer.

CXXXI. Ces divers phénomènes physiologiques inspirent le désir de rechercher quelles peuvent être les fonctions des cheveux dans l'écono^mie animale. Cette matière est encore couverte d'un voile épais. Il faut bien néanmoins que ces organes aient quelque destination importante , puisqu'ils existent dans le fœtus , puisque les oiseaux même sont munis de poils dans la coque de l'œuf qui les recèle. Les cheveux et les poils seroient-ils destinés à opérer la fonction exhalante, de concert avec la peau? En effet, quand l'action de l'une diminue, l'action des autres paroît augmenter, et vice versa. Les nègres de l'Amérique ont les cheveux courts et crépus , parce qu'il se fait une déperdition trèsabondante par le système cutané. Dans le Nord , au contraire , on transpire moins ; aussi les cheveux sont-ils plus longs , et leur propriété hygrométrique plus considérable.

GXXXII. Kniphof pense que l'usage général des cheveux et des poils est de servir à une dépuration universelle des humeurs. C'est , selon cet auteur , à l'aide de leurs bulbes que s'opère

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ce phénomène. Ils servent en quelque sorte cVénionctoire à la lymphe. C'est ainsi que les feuilles des arbres travaillent à mûrir la sève végétale pour la perfection de la fleur et de la semence. Pour mettre dans son plus grand jour cette vérité, qu'on examine les maladies qui se jugent par les sueurs. Les cheveux sont tellement humectés d'une matière visqueuse , qu'il faut souvent changer de bonnet. D'une autre part , avant qu'on aperçoive la transpiration sur toute la surface du corps, les endroits couverts de cheveux ou de poils , tels que la tête , le menton , les aisselles, etc., répandent déjà des gouttes humides. Les cheveux et les poils exercent donc une fonction excrétoire dans l'économie vivante.

CXXXIII. D'autres faits prouvent , ce me semble , que des humeurs excrémentitielles sont chassées du corps vivant au moyen des cheveux et des poils. Les gouttes qui coulent de ces organes sur la face, ont un principe salin qu'il est facile de reconnoître, si elles pénètrent dans la bouche. Les tuniques et autres vêtemens de soie teints en rouge, prennent une couleur bleue, à cause de l'acidité de ce principe sécrété par les poils sub-axillaires. Ceux qui se servent long-temps du même bonnet pendant la nuit, le trouvent enduit d'une matière onctueuse jaune. Le même phénomène arrive sur le linge du corps. Les parties de ce linge qui touchent les cheveux de la nuque et la barbe du menton, en sont pareillement recouvertes. Les personnes qui portent les cheveux très-longs , ont leurs habits tout souillés; d'où il suit manifestement que l'office des cheveux est d'excréter cette matière unguentacée.

CXXXIV. Il y a, du reste , une foule de matières qu'on sépare de la tête par le moyen du peigne, et qui démontrent également la faculté excrétoire des cheveux et des poils. Kniphof cite l'autorité du professeur Ludwig, qui, dans sa dissertation De Jiumore cuieni inungente , conclut, diaprés des observations faites sur les racines des cheveux, que les vaisseaux transmet-

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tent une humeur clans leur gaine, humeur qui sert d'abord à les aHmenter, et qui devient ensuite excrémentitielle. Mais cette idée avoit été déjà conçue par Hippocrate, ainsi que le remarque fort sagement M. Lanoix , dans un Mémoire qu'il a publié sur le danger de couper les cheveux dans quelques cas des maladies aiguës. Hippocrate, en effet, les croyoit destinés à pomper le superflu de l'humide que filtroient les glandes, et à s'en nourrir. G'étoit, selon ce grand homme, autant de syphons soutirant à leur profit les fluides gazeux ou les liquides que les forces vitales faisoient affluer dans les cavités intérieures du cerveau. Ainsi donc les poils de la moustache et de la barbe servoient à la dépuration des sucs salivaires. Ceux des parties génitales étoient réservés pour l'excrétion du résidu de la liqueur séminale. Les poils des sourcils et les cils avoient des rapports de fonction avec les larmes ; ceux des fosses nasales , avec le mucus filtré dans ces cavités , etc. Au surplus , si ces vérités n'ont point pour un observateur sévère le caractère frappant de l'évidence , elles induisent du moins à penser que les cheveux et les poils jouent un rôle très-important dans le système des fonctions humaines; et, sous tous les rapports, ce sujet est digne de nos plus actives recherches et de nos plus profondes méditations. Les découvertes qu'on pourra faire à cet égard, éclaireront infailliblement les pathologistes sur le siège spécial de la plique, et sur les vraies méthodes qui doivent diriger son traitement.

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ARTICLE VI

DES RÉSULTATS FOURNIS PAR l' AUTOPSIE CADAVÉRIQUE DES SUJETS QUI ONT SUCCOMBÉ A LA PLIQUE , OU QUI SONT MORTS PENDANT l'existence de CETTE AFFECTION.

GXXXV. L'examen anatomique des sujets qui sont morts victimes de la plique , ou qui ont perdu la vie par toute autre cause pendant qu'ils étoient en proie à cette affection , n'a fourni encore aucune lumière suffisante pour expliquer complètement sa théorie. M. de Lafontaine a procédé à la dissection de plusieurs individus qui n'avoient éprouvé la plique que peu de temps avant leur mort, et chez lesquels, par conséquent, elle étoit encore près de la tête. Il a trouvé que les bulbes des cheveux étoient plus volumineux qu'à l'ordinaire; quand il pressoit ces bulbes, il en sortoit une liqueur jaunâtre, laquelle étoit absolument analogue à celle qui auroit pris la route des cavités capillaires, si la mort n'avoit point intercepté cet écoulement. Ce praticien d'ailleurs n^a eu occasion de faire aucune autre observation qui lui ait paru mériter d'être consignée dans son ouvrage. Pour ce qui nous concerne , nous n'avons recueilli que les deux cas qui suivent.

Première autopsie cadavérique. — H y a près de vingt mois qu'on apporta dans l'amphithéâtre de l'hôpital Saint-Louis le cacavre d'un vieillard très-robuste , dont M. Aumont fit la dissection. Après un mur examen , nous nous aperçûmes que les cheveux de la région occipitale étoient réunis en une masse d'un tissu trèsserré. Ces cheveux , peu abondans , d'une finesse extrême , d'une couleur claire , voisine du blond , étaient ci'épus , très-mêlés , réunis par une matière grasse , jaune , fétide , et formoient une

espèce de feutre , semblable à celui que présentent les cheveux pliqués. Des divers points de sa surface procédoient plusieurs mèches d'une grosseur médiocre, offrant beaucoup de densité jusqu'à la moitié de leur longueur. Là , elles se bifurquoient pour donner naissance à deux autres mèches , qui tantôt étoient pliquées , d'autres fois ne l'étoient point. Il ne me fut pas difficile de reconnoitre la plique multiforme en lanières [Plica caput-mediisœ laciniata. ) Le cadavre d'ailleurs ne nous offint rien de particuher , et l'état des poils des autres parties n'étoit en aucune manière altéré. L'homme qui fait le sujet de cette observation , étoit né à Fontenay en Brie , de parens français , agriculteurs. Il embrassa la profession de jardinier. Ayant éprouvé une maladie longue , à la suite de laquelle il perdit l'usage de ses membres , il entra à l'hospice des Vieillards incurables en 1789 , et y resta jusqu'en l'an i8o4, époque de sa mort. Pendant tout le temps qui s'écoula depuis son entrée dans cette maison , il ne fut jamais malade. Malgré sa difficulté de marcher , il aimoit à mener une vie fort active. Il étoit d'une malpropreté extrême , ivrogne , d'un appétit très-vorace , et fréquemment atteint d'indigestions. Il en éprouva successivement trois , et succomba. Cet homme n'avoit jamais voyagé en Pologne.

Deuxième autopsie cadavérique. — J'ai déjà rapporté l'observation que j'ai eu occasion de faire à l'hôpital Saint-Louis , sur une femme née à Lille , département du Nord , et qui mourut des accidens de la plique en masse ( Plica cespitosa ). M. Lenoble procéda à l'ouverture de son corps , et je remarquai avec lui les phénomènes qui suivent : les cheveux réunis , mêlés considérablement 5 et retenus dans cet état par une matière particulière. Cette agglutination villeuse formoit une large calotte qui couvroit toute la tête , et comprenoit tous les cheveux jusqu'à la racine ; le cuir chevelu étoit couvert d'une matière jaunâtre , sébacée, laquelle se trouvoit dans des petites dépressions qu'offi-oit cette même partie. Le tissu cellulaire étoit plus dense que de coutume.

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Le poumon du côté droit étoit sain *, celui du côté gauclie , dur , serré , étoit rempli de petits tubercules purulens, plus nombreux à la partie supérieure qu'à l'inférieure ; quelques endroits étoient ulcérés ; d'autres offroient de petits points noirs et très-durs. La plèvre qui couvroit cet organe étoit recouverte d'une fausse membrane. L'abdomen nous présenta le foie très-volumineux , s'étendaut jusque dans la région liypogastrique du côté droit , et occupant la région ombilicale du côté gauclie. La matrice enflammée avoit son volume ordinaire. L'intestin rectum s'étoit déplacé , et ses membranes épaissies formoient une large tumeur. GXXXVI. J'aurois pu rapporter les observations faites par Scultet, Hercules Saxonia et autres auteurs, sur les cadavres des individus morts des suites de la plique. Mais, par amour pour le merveilleux, ils ont mis beaucoup d'exagération dans les pbénomènes qu'ils ont rapportés. Rien n'offre généralement des différences plus trancbées , que les résultats obtenus par l'anatomie pathologique de cette affection. Ces résultats sont totalement subordonnés à la direction qu'a pu prendre dans l'économie animale le virus mobile du trichoma. Tantôt c'est un véritable état de phlegmasie dans le parenchyme des plus nobles viscères , tels que le poumon , le foie , la rate , la yessie ; tantôt ce sont des ulcérations profondes dans le tissu cellulaire ou dans les muscles ; tantôt ce sont des caries aussi hideuses que celles qui caractérisent les affections syphilitiques; tantôt, enfin, ce sont des exostoses , des concrétions topliacées , qui attestent les douleurs articulaires que les malades ont eu à souffrir pendant leur vie.

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ARTICLE VIL

DES RÉSULTATS FOURNIS PAR l' ANALYSE CHIMIQUE DES CHEVEUX ET DE LA MATIÈRE DE LA PLIQUE.

CXXXVII. Pour mieux pénétrer la nature d'une maladie aussi extraordinaire que la plique, j'ai du nécessairement invoquer les lumières de la chimie moderne, comme je l'avois tenté avec quelque succès, quand j'ai écrit l'histoire pathologique de la teigne. En conséquence , j'ai dirigé d'abord mon attention sur la savante analyse des cheveux, publiée depuis long-temps par Berthollet, l'un des plus profonds génies dont notre siècle s'honore. J'ai sollicité ensuite M. Vauquelin , pour qu'il entreprît un nouveau travail sur cette matière, qui me paroissoit être d'une importance majeure. Ses recherches ont eu un résultat fort intéressant. Je vais en faire ici l'exposition.

CXXXVIIL J'avois fait parvenir à M. Vauquelin des cheveux très-variés par leur couleur, que j'avois recueillis dans l'intérieur de l'hôpital Saint-Louis , particulièrement des cheveux très-noirs et des cheveux très-rouges. Il résulte des essais de ce célèbre chimiste, que les premiers sont formés de neuf substances différentes : i» d'une substance animale, qui en fait la plus grande partie ; 2^ d'une huile blanche et concrète , en petite quantité; 3» d'une autre huile verte, fluide, plus abondante; 4'^ de fer, dont l'état, dans les cheveux, n'est pas encore déterminé; 5» d'une petite proportion d'oxide de manganèse; 6° de phosphate de chaux; 70 d'un peu de carbonate de chaux; 8» de beaucoup de silice ; g» de soufre. Les mêmes expériences font connoître que les cheveux rouges ne diffèrent des cheveux noirs, qu'en ce qu'ils contiennent une huile rouge , au lieu d'une

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huile verte ; enfin , que les cheveux blancs diffèrent des deux espèces déjà désignées , parce que leur huile n'est presque pas colorée , et qu'ils contiennent du phospliate de magnésie qu'on n'a pas trouvé dans les autres. D'après les connoissances acquises par M. Vauquelin, sur la nature des principes constitutifs des cheveux, il est à présumer que leur couleur noire est due à la combinaison du fer avec le soufre, et à une huile noire. Au moins, cette espèce de cheveux contient- elle une quantité de ces substances, suffisante pour colorer la masse de matière animale ; ce qui semble donner du poids à cette opinion, c'est que les cheveux blancs recèlent moins de fer. Quant aux cheveux rouges, il faut bien que ce soit une huile qui les colore, puisqu'ils prennent une nuance beaucoup plus foncée, aussitôt qu'on sépare cette huile, par le moyen de l'alkool.

GXXXIX. M. Vauquelin observe que, si ces faits sont constans dans les dijfférentes sortes de cheveux , on pourra facilement rendre raison des couleurs variées qui les distinguent. La couleur noire seroit , par exemple , la combinaison du fer métallique avec le soufre , et une huile noire comme un bitume. Les couleurs rouges et blondes seroient dues , au contraire , à la présence d'une huile rouge ou jaune , dont l'intensité , diminuée par une petite quantité de fer sulfuré , donne le roux ; enfin , la couleur blanche résulteroit de l'absence du fer , ou au moins de la quantité extrêmement petite de cette substance. Il paroit que dans les cheveux rouges et blonds, ainsi que dans les blancs, il y a toujours un excès de soufre ; car, quand on y applique des oxides métalliques blancs, tels que ceux d'argent, de plomb, de bismuth, de mercure , etc., ils noircissent très-promptement. Le soufre semble être combiné dans les cheveux avec l'hydrogène; du moins est-il vrai qu'il agit sur les oxides métalliques , à la manière de l'hydrogène sulfuré.

CXL. J'ai déjà eu l'occasion d'observer , dans l'article précédent , que les cheveux avoient blanchi parfois d'une manière aussi prompte qu'inattendue , par l'effet d'un vif chagrin ou d'une

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grande frayeur. Peut-on se rendre compte de ce phénomène , d'après la théorie chimique qui vient d'être étabhe ? M. VauqueUn FexpHque , ce me semble , très-ingénieusement , lorsqu''il suppose que , dans ces momens de commotion universelle , où les fonctions du corps vivant sont tout- à-coup troublées , il se développe dans l'économie animale un agent qui , passant dans les cheveux, décompose leur matière colorante. Il soupçonne que cet agent pourroit bien être d'une nature acide ; car les cheveux noirs , trempés pendant quelque temps dans des menstrues , surtout dans l'acide muriatique oxigéné , blanchissent très-sensiblement. La production spontanée d'un acide dans l'économie animale , ne doit pas paroitre impossible à réaliser , quand les physiologistes observent qu'un mouvement extraordinaire de fureur dans quelques animaux , suffit pour imprimer une qualité vénéneuse à leurs humeurs. Pour ce qui est de la blancheur qui survient aux cheveux graduellement et avec l'âge , ne peut-on pas dire que les matières qui servoient à leur coloration , cessent alors d'être sécrétées par les organes accoutumés.

GXLI. Ainsi donc , les essais de M. Vauquelin prouvent que les cheveux contiennent deux substances principales ; savoir, celle qui en forme le corps , et celle qui les colore. Qu'on ne pense pas que la dernière de ces substances soit homogène ! Dans les cheveux noirs , c'est du fer sulfuré et une huile bitumineuse , ainsi que paroît le prouver la substance qui se sépare pendant leur dissolution dans la potasse ; dans les cheveux rouges , c'est une huile de la même couleur 5 et dans les cheveux blancs , c'est la privation de ces substances. Les huiles grasses et diversement colorées qui existent dans les cheveux , donnent à ces organes la souplesse, l'élasticité, la propriété de ne point se dessécher, et de se conserver long-temps sans altération. Ce sont ces mêmes huiles qui les rendent susceptibles de se consumer avec tant de promptitude, et de jeter une flamme si vive quand on les a]Dproche des corps en ignition, CXLII. Jusqu'à présent, il n'a été question que de la matière

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colorante des cheveux ; passons maintenant à ce qui constitue essentiellement le corps de ces organes. Cette substance est de nature animale. Ce n'est point de la gélatine, puisqu'elle n'est pas soluble dans l'eau , comme ce principe , etc. Ce n'est pas non plus à l'albumine qu'on peut rapporter la formation des cheveux ; car la solution de celle-ci est coagulée par la chaleur, les acides et l'infusion de noix de galle , tandis que l'autre ne l'est dans aucun de ces cas. L'albumine paroit d'ailleurs beaucoup plus susceptible de décomposition. M. Vauquelin pense donc que la matière dont la substance des cheveux se rapproche le plus (si toutefois ce n'est pas absolument la même), est celle que les chimistes modernes ont désignée sous le nom de mucus ou de mucilage animal. Ce mucus est séparé dans les narines, dans la bouche, dans la trachée-artère, le canal alimentaire, la vessie, et en général dans toutes les cavités du corps. On sait qu'il donne à l'eau beaucoup de viscosité, et qu'il lui communique la faculté de mousser par Pagitation et l'ébullition. Dans l'irritation produite par le corysa, elle se file comme la substance de la soie, ou comme celle dont les araignées font leur toile, conserve de la transparence et de la flexibilité après la dessiccation; et si elle contenoit un peu d'huile , elle ressembleroit entièrement à la substance des cheveux. L'épiderme, les ongles, la corne, la laine, et les poils en général, sont aussi formés du même mucus animal, et recèlent également dans leur composition une certaine quantité d'huile qui leur donne l'élasticité et la souplesse qui leur sont propres. GXLIII. On a soumis aux mêmes expériences l'humeiu de la plique, et on a remarqué qu'elle contenoit à-peu-près les mêmes principes que les cheveux sains, mais en moindre quantité. Ainsi , il y a moins de soufre , moins de phosphate de chaux , à peine quelques indices de carbonate de chaux , très-peu de fer, point de sulfate de chaux, ni d'huile; mais ce qu'il y a de plus remarquable , c'est qu'elle se dissout très-facilement dans l'eau , même à froid, au lieu que la matière des cheveux ordinai-

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res ne se dissout qu'à une haute température. Il paroît donc que l'humeur de la plique est la sul^stance des cheveux privés d'huile , et qui est surabondante à la formation des cheveux. Les échantillons de plique que j'ai fournis à M. Vauquelin pour cette analyse, n'étoient pas très-frais; ils m'av oient été envoyés de Varsovie à Paris par M. de Lafontaine. L'humeur qvii enduisoit et agglutinoit les cheveux, étoit devenue solide par son dessèchement.

ARTICLE VIII

CONSmÉRATIONS SUR LES MÉTHODES EMPLOYÉES POUR LA GUÉRISON

DES PLIQUES.

CXLIV. J'ai déjà eu l'occasion de faire observer que la plique disparoît souvent d'elle-même, et par la seule puissance des forces vitales. J'ai cité un cas où des touffes villeuses d'une grandeur énorme, se détachèrent spontanément du cuir chevelu, entraînant dans leur chute des fragmens d'épiderme. Un semblable phénomène se remarque journellement dans la Pologne ; et lorsqu'une plique s'est ainsi isolée , l'homme superstitieux qui la portoit, va l'enterrer soigneusement dansle cimetière. Dans une pareille circonstance, quand la guérison s'opère naturellement, le médecin n'a rien à entreprendre. Ses secours deviennent superflus.

CXLV. Aussi est-il certain que, depuis fort long-temps, les liabitans de la Pologne éprouvent une répugnance extrême à faire guérir la plique. Ils sont accoutumés à l'envisager comme un bienfait du ciel. On est véritablement surpris de les voir conserver religieusement une dégénération aussi hideuse que repoussante. La plupart ne voient d'autre cause de ce fléau, que des influences sidérales qu'il est nécessaire de respecter. Mais une croyance populaire repose quelquefois sur des vérités importantes.

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L'opinion vulgaire dont il s'agit, a dû résulter primitivement des symptômes graves et pernicieux qui ont succédé dans quelques circonstances à la suppression soudaine de la plique. Les hommes n'ont pu voir l'apoplexie, le catarre aigu, les spasmes, les convulsions, les douleurs articulaires, les maladies organiques de tout genre, etc., devenir la suite funeste de la rétrocession du trichoma, sans frémir d'avance des moyens curatifs qu'on vouloit opposer à cette étonnante maladie.

CXLVI. Cependant, que faut- il faire quand la plique étend ses ravages, et quand les ressources de la nature sont impuissantes pour les arrêter ? Les soins de l'art sont alors indispensahlement nécessaires. Le premier devoir est , sans contredit , d'examiner alors quelle est l'époque de sa marche à laquelle cette affection est parvenue, et d'étudier ensuite les différentes complications dont elle est susceptible. On adapte le plan de guérison à ces divers cas. En second lieu, les médecins qui sont appelés à procéder au traitement de la plique , doivent l'envisager comme le résultat d'une crise nécessaire, qui doit s'effectuer par les cheveux , les poils et les ongles. C'est une maladie errante dans l'économie animale, qui prend mille physionomies, mille formes. Malheur à ceux qui voudroient intercepter son abord vers ses couloirs ordinaires! Ils doivent, au contraire, le favoriser et l'entretenir.

ARTICLE IX

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