‹ Description des maladies de la peauChapitre 64 sur 94 · TABLEAU DE LA DARTRE FURFURACEE · texte numérisé non relu

TABLEAU DE LA DARTRE FURFURACEE

CLXXVIL Je doute qu'il y ait aucune dartre qui porte une dénomination plus convenable que celle dont je vais tracer le tableau. En effet, j'ai vu des malades dont la figure étoit tellement recouverte de cette matière farineuse ou furfuracée , qu'ils ressembloient à des meuniers ou à des boulangers. Certains auteurs la désignent dans leurs ouvrages sous le titre de dartre sèche , parce que les petits boutons qui lui donnent naissance ne fournissent en apparence aucun fluide. On s'aperçoit néanmoins d'une exsudation très-sensible, lorsqu'on l'observe très-attentivement dès son origine. D'autres praticiens l'ont appelée dartre bénigne y à cause du peu d'intensité de ses phénomènes. Cependant, je l'ai vue si grave dans quelques circonstances, qu'elle suscitoit des démangeaisons vives et continuelles. Je l'ai vue de plus si opiniâtre, qu'elle résistoit à tous les moyens de l'art.

Je puis dire avoir surpris en quelque sorte cette espèce de dartre dans le mécanisme secret de sa formation. Il se manifesta sur la peau du bras d'une pauvre femme une multitude de petits grains si peu perceptibles à la vue , que j'étois obligé de me servir d'une forte loupe pour les mieux apercevoir. Ces grains excitoient un certain prurit et une légère ardeur, sur l'endroit affecté. Je résolus de suivre d'une manière constante le développement de ces granulations, qui augmentèrent peu à peu de volume. La peau enflammée et plus rouge que dans l'état naturel, devint enfin le centre d'une exfoliation de l'épiderme , laquelle se renou-

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veloit continuellement, surtout quand la malade se grattoitpour apaiser la démangeaison.

La dartre dont il s'agit prend, du reste, différentes formes à mesure qu'elle se développe dans l'économie animale. Tantôt la cuticule se résout en farine de couleur très-blanche , éparse çà et là sur les tégumens; d'autres fois (et c'est alors qu'elle a plus d'intensité), elle se dessine sur le derme en plaques rondes ou orbiculaires , dont les bords sont âpres , rudes et proéminens. Si on lave ces plaques furfuracées avec de l'eau tiède , la matière de l'exfoliation se détache , et l'endroit malade de la peau présente un aspect rouge et luisant. C'est surtout lorsque l' épidémie se convertit simplement en substance farineuse, qu'il est facile de l'enlever. Un peu de salive suffit souvent pour la faire disparoitre. Mais, au contraire , quand la dartre manifeste les plaques arrondies dont j'ai parlé, et quand les petites écailles qui la constituent, ressemblent absolument à celles du son, il semble que ces dernières soient plus adhérentes au système dermoïde. La couleur terne de ces squammules furfuracées n'est pas toujours aisée à déterminer. Parfois, cette couleur donne à la dartre l'apparence des mousses ou des lichens. D'autres fois , elle se rapproche de celle qu'offre le plâtre des murs pulvérisé et sali par le contact de l'air.

La dartre furfuracée se déclare généralement sur les endroits de la peau qui sont d'un tissu ferme et serré , au voisinage des aponévroses. De là vient qu'on la rencontre quelquefois sur le cuir chevelu, et qu'on la confondroit avec la teigne qui porte le même nom {tinea furfaraced) ^ si une longue habitude d'observer, et les plaques dartreuses qui se remarquent d'ordinaire sur le reste du corps, ne déceloient d'une manière positive son caractère spécifique. Mais le plus souvent, on la trouve à la partie externe de l'avant-bras, et au lieu de son articulation avec le bras, à la partie antérieure de la jambe et du genou, etc. Je l'ai fréquemment vue placée sur les sourcils , et c'est alors qu'elle est

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très-rebelle aux moyens curatifs. Elle peut du reste attaquer toutes les parties de l'appareil tégumentaire , et il est des individus qui en sont universellement couverts.

La marche de cette dartre est très-variée. Car si, dans quelques circonstances , elle conserve long-temps le siège qu'elle a d'abord occupé , dans d'autres cas, elle disparoît soudainement pour se reproduire ailleurs sous la même forme. Il semble même que cette mobilité soit un de ses caractères distinctifs ; car les autres espèces de dartre sont plus fixes, et ne changent presque jamais de place.

Je ferai observer en outre que la dartre furfuracée exécute une sorte de rampement à la surface de la peau. Ce phénomène qui s'opère avec beaucoup de lenteur, explique l'étymologie des noms de Serpigo , à'Heijyes , etc. , que les auteurs ont primitivement imposé à ce genre d'affection, et qui sont encore employés par les pathologistes modernes.

C'est à l'aide de ce mouvement de reptation , que les plaques furfuracées s'agrandissent et s'étalent sur le système dermoïde. Alors elles perdent quelquefois la forme ronde et deviennent ovales ou triangulaires. On en voit qui affectent la figure d'un croissant ; leur centre se guérit communément ; les bords seuls restent rouges et élevés. Ces dispositions sont infiniment dignes de remarque pour un médecin observateur. Mais ces disques ou cercles furfuracés sont dans certains cas si nombreux , qu'ils recouvrent, ainsi que je l'ai déjà dit, la totalité des tégumens. Le derme s'irrite et s'enflamme de plus en plus , et il n'est pas rare de voir la dartre furfuracée se changer en dartre squammeuse. Cette conversion est de mauvais augure, parce que les malades sont exposés aux plus vives souffrances , et qu'ils peuvent tomber dans la cachexie scorbutique.

J'ai décrit la forme physique et les principaux caractères extérieurs de la dartre furfuracée. Il me reste à parler des démangeaisons qu'elle occasionne. Ces démangeaisons, quoique peu con-

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sicléraLles, sont souvent plus incommodes que les plus fortes douleurs. Elles se déclarent avec plus ou moins de vivacité , selon le siège qu'elles occupent. C'est ainsi qu'elles sont très-fatigantes à l'anus et sur la région du coccix , chez les liommes dont la vie est habituellement sédentaire. Elles deviennent surtout intolérables , lorsqu'elles attaquent les parties génitales des deux sexes. Alors 5 l'humeur onctueuse qui lubrifie naturellement ces organes, contribue singuhèrement à les entretenir. Combien de fois n'at-on pas vu qu^elles se continuoient pendant plusieurs années sur les grandes lèvres des femmes , sans qu'on se doutât du virus herpétique qui les fomentoit ! Dans cette circonstance, des praticiens ignorans ou inattentifs faisoient redouter sans raison une affection organique de l'utérus , ou tout autre accident non moins chimérique. Lorsque la dartre furfuracée attaque les cils ou les paupières , elle y provoque une sensation de fourmillement , qu'il est trèsdifficile de calmer. Les malades ne cessent alors de frotter leurs yeux , ce qui ne fait qu'accroître l'irritation. On peut du reste avancer généralement que le prurit qu'excite la dartre furfuracée est d'autant plus intense , qu'il a attaqué des parties plus éminemment douées de la sensibilité. C'est pourquoi ce prurit se manifeste si vivement sur le visage. On y éprouve quelquefois une telle ardeur , que les malades n'osent approcher du feu. La chaleur du lit l'augmente considérablement.

La dartre furfuracée ne porte d'ailleurs aucune atteinte aux fonctions intérieures du corps vivant. Les individus qui en souffrent ont un appétit dévorant et des forces digestives très-puissantes. Ils sont robustes et vigoureux , désirent et exercent énergiquement le coït, etc.

Il paroît que la dartre furfuracée n^estpas seulement une maladie particulière à l'homme, et qu'elle est commune chez différentes espèces de quadrupèdes. Je l'ai observée sur les naseaux d'un cheval, d'où elle s'étoit propagée successivement jusqu'aux oreilles. Cette éruption constituoit des plaques arrondies, circonscri-

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tes, isolées, comme dans l'une des variétés dont j'ai parlé {herpès furfuraceus circinatiis ). Elle fournissoit une multitude d'écaillés fines, transparentes, entièrement analogues à celles du son de froment. Les démangeaisons qu'enduroit ce pauvre animal étoient si vives, qu'il se frottoit perpétuellement contre le râtelier, contre les parois des murs, etc. Les endroits de la peau où siégeoit la dartre étoient durs et desséchés. Au surplus, cette dartre, quant à sa marche et à ses symptômes, ne différoit en rien delà dartre furfuracée humaine. Les auteurs vétérinaires ont négligé de la décrire avec les détails qui lui appartiennent.

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