‹ Description des maladies de la peauChapitre 77 sur 94 · TABLEAU DE LA DARTRE PUSTULEUSE · texte numérisé non relu

TABLEAU DE LA DARTRE PUSTULEUSE

CLXXXIX. Je ne trouve pas que cette espèce ait été fort exactement décrite par les auteurs. Cependant , c'est une des plus fréquentes , et on la rencontre dans toutes les classes d'individus. Tâchons de ne rien omettre dans une description aussi importante. Je lui ai donné le nom spécifique de pustuleuse , pour exprimer le phénomène le plus apparent qui la caractérise. La peau rougit, s'élève et forme un bouton proéminent ; bientôt la tête du bouton blanchit, ce qui décèle la présence d'une certaine quantité de pus. Ce pus se dessèche et forme une écaille ou croûte légère qui tombe ou reste plus ou moins long-temps adhérente à la surface cutanée. A côté de ces boutons desséchés , s'élèvent d'autres boutons qui suivent absolument la même marche.

Mais combien ces boutons pustuleux varient par leur forme , leur volume et leur situation! Souvent, ainsi que je l'ai indiqué plus haut, ils sont petits, enflammés, environnés d'une cercle rougeâtre , et grouppés en corymbe sur le menton ; plus souvent encore , cette éruption j)artielle masque, pour ainsi dire, le haut du visage , tuméfie le tissu de la peau ; et lui donne une couleur rosée. Quelquefois aussi les petits boutons diffèrent des précédens, en ce qu'ils sont d'un gris luisant comme la perle, ce qui leur donne l'apparence des grains de millet. Ils se manifestent d'ordinaire à la partie supérieure du front. Enfin , la dartre dont il s'agit est assez fréquemment caractérisée par des pustules solitaires plus volumineuses que de coutume, de la grandeur d'un pois, qui sontéparses çà et là, sur différentes parties du système dermoïde , qui pourtant s'étendent, se multiplient insensiblement , jusqu'à ce qu'elles se touchent et deviennent en quelque sorte confluentes.

Les patliologistes doivent apprendre à Lien discerner les pustules qui tiennent véritablement à la diatlièse dartreuse ; car leur aspect ne suffit pas toujours poiu faire juger de leur nature. Combien de fois ne voit-on pas des boutons à peine apparens sur la peau susciter un prurit très-violent, tandis que d'autres boutons d'un volume assez considérable ne produisent aucune sensation pénible! C'est ainsi, par exemple, que les pustules plilegmonneuses qui sont le résultat d'une irritation simple du système dermoïde, n'excitent que quelques douleurs pulsatiles; elles mûrissent et se dessèchent promptement, ne laissant que des traces légères de leur apparition. Les pustules dartreuses, au contraire, sont d'un caractère très -opiniâtre , s'étalent en groupes sur l'organe cutané, y restent pour ainsi dire immobiles, le fatiguent d'un prurit importun dont nous reparlerons plus bas et qui semble augmenter par certaines influences de l'air atmosphérique , prurit qui est plus fatigant que la douleur même ; ces pustules reposent en outre sur une base colorée par un rouge obscur et violacé , indice infaillible de toute inflammation chronique.

Il est aussi des pustules qu'il faut plutôt regarder comme des excrétions salutaires, que comme le résultat d'un état morbifi que du système dermoïde, et qui doivent être considérées comme la crise d'un vice intérieur déjà existant dans l'économie animale ; elles fournissent issue à une matière d'irritation , qui, transportée sur une autre partie , y produiroit vraisemblablement de grands ravages. Il en est d'autres qui sont occasionées par les intempéries de l'air et des saisons, par l'action du soleil, ou qui proviennent d'une suppression soudaine de la transpiration, etc. Pourroit-onles confondre avec les pustules dartreuses? pourroit-on également ne pas séparer de ces dernières les pustules que les anciens nomnioient at?'abilaires j, et que l'on remarque souvent sur le corps des hommes bilieux et hypocondriaques, ainsi que celles qui dérivent de la cachexie scorbutique , et que j'ai si fréquemment observées dans l'intérieur des salles de l'hôpital Saint-Louis?

Je reprends le tableau de la véritable dartre pustuleuse. Pden , sans contredit, n'est plus digne de notre étude que ces foyers ou centres particuliers d'irritation, dans lesquels vient, pour ainsi dire , se déposer tout le levain morbifique du corps vivant. J'ai déjà parlé de la forme et de la disposition qu'affectent les pustules herpétiques; mais j'ai eu sous les yeux d'autres phénomènes dont il est important de faire mention. Il n'est pas rare de voir la peau généralement bosselée , et comme parsemée de durillons. D'autres fois, il y a un tel désordre dans les glandes sébacées, que la surface de l' épidémie en est totalement grasse et onctueuse. Cette matière huileuse se déclare principalement le long des ailes du nez , sur les pommettes , sur les parties latérales des joues, etc. Les malades la font aisément sortir , lorsqu'ils pressent la peau avec leurs doigts, et alors elle a la consistance de la cire , ou du suif.

J'ai déjà eu occasion d'indiquer les principales parties de la peau qu'affecte d^ordinaire la dartre pustuleuse. On a vu qu'elle se manifeste surtout au menton , à la partie supérieure des joues, au front , qu'elle se déploie aussi dans quelques circonstances sur le devant de la poitrine ou derrière les épaules. Mais quelquefois ce redoutable exanthème se porte sur d'autres parties de l'organe cutané. J'ai observé une dartre de cette espèce sur la tête chauve d'un homme dont les sourcils étoient blonds, et dont la constitution étoit éminemment lymphatique. Cette dartre disparoissoit pendant l'hiver ; mais durant le cours de l'été, elle sévissoit avec une telle violence , que ce malheureux pouvoit à peine mettre un chapeau. L'expérience me démontre aussi tous les jours que la dartre pustuleuse peut atteindre les organes de la génération dans les deux sexes, et alors, des observateurs superficiels l'attribuent quelquefois sans aucune sorte de fondement à une infection syphilitique. Enfin, elle s'introduit assez fréquemment jusque dans l'intérieur des fosses nasales, se propage jusque sur la membrane muqueuse de la bouche , attaque les bords des paupières , et

obstrue plus ou moins l'exercice de la vision, par l'irritation continuelle qu'elle entretient sur le globe de l'œil.

Quel que soit, du reste, le siège qu'occupe la dartre pustuleuse, je dois ajouter que cette affection a des rapports très-singuliers avec l'état morbifique des viscères. Je pense même que ce point de vue n'a point assez frappé jusqu'à ce jour les praticiens qui se sont occupés de l'étude des affections herpétiques. J'ai été témoin d'un fait intéressant, au sujet de la variété que je désigne sous le nom de dartre miliaire ( Herpès pustulosus iniliaris ). L^éruption de cette dartre se trouvoit coïncider avec un engorgement du foie très-manifeste. L'individu avoit le teint jaune et bilieux. Ce qu'il y avoit de très-remarquable , c'est que la joue du côté droit étoit constamment couverte d'un plus grand nombre de boutons que celle du côté gauche. C'est ici le lieu de rappeler l'action particulière de l'utérus sur la dartre pustuleuse : qui n'a pas eu Foccasion de se convaincre que celle-ci augmente considérablement d'intensité à l'approche de la menstruation?

Chaque espèce d'exanthème a , pour ainsi dire , un genre de prurit qui lui est propre. Si dans quelques circonstances les malades atteints de la dartre pustuleuse éprouvent à peine quelques démangeaisons légères , dans d'autres circonstances ils ont la face toute enflammée , et souvent ils sont contraints de la baigner dans l'eau fraîche pour apaiser les feux irritans qui la dévorent \ c'est ce qui arrive souvent à ceux dont la figure est couperosée. Ils ressentent comme des bouffées de chaleur qui leur montent à la tête , après qu'on a bu ou mangé , après le coït ou après un exercice fatigant. C'est surtout lorsqu'ils s'approchent du feu , qu'ils sont douloureusement affectés. L'action du calorique excite sur la peau une sensation analogue à celle que pourroient occasioner les piqûres simultanées de plusieurs aiguilles ; c'est quelquefois une douleur pungitive , et d'autres fois un prurit brûlant. La pustuleuse mentagre donne lieu à des fourmillemens qui augmentent surtout le soir ; c'est un picotement léger qui a quelque

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rapport avec celui qui résulte de l'apposition d'une mouche sur la peau. Dans la pustuleuse miliaire , qui attaque spécialement le front , la peau qui recouvre les tempes se trouve dans un état de tension fort incommode. Dans la pustuleuse disséminée , les démangeaisons sont véhémentes et surviennent par intervalles. Elles occasionnent comme un grand feu.

La dartre pustuleuse varie singulièrement par l'intensité de ses symptômes. Quelquefois, elle est à peine apparente, et la peau ne présente qu'un aspect papuleux. Mais insensiblement le point central de chaque papule blanchit et se remplit d'une certaine quantité de pus. Ce phénomène s'effectue avec plus de promptitude encore , si l'individu se plonge dans un bain chaud , s'il se livre au sommeil. Alors la peau devient rouge , les boutons grossissent , et parviennent rapidement à leur maturité. Mais il est des cas où on n'aperçoit sur le visage que des rougeurs légères qui animent et enflamment le teint. La maladie est même si commune sous cette forme , que les personnes qui en sont affectées la portent souvent toute leur vie sans y ajouter la moindre importance. Ce n'est que lorsque les boutons sont très-considérables, comme par exemple, dans la pustuleuse mentagre et la pustuleuse disséminée , que les malades cherchent la guérison ; car ces boutons répandent quelquefois une matière ichoreuse , qui aune certaine félidité, qui se convertit en croûtes, et qui est même susceptible de produire une véritable ulcération.

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