OBSERVATIONS RELATIVES A LA DARTRE PUSTULEUSE
CXG. Première Observation. — Pierre Duchemin , âgé de trente-deux ans, né de parens très-sains, n'avoit été sujet dans sa jeunesse qu'à de légères fièvres, qui survenoient au renouvellement des saisons. Parvenu à l'adolescence, il fut conduit en
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Hollande , pour y faire la guerre. Il eut beaucoup à souffrir , étant obligé de camper sur la terre ; aussi devint-il malade , et long-temps il resta dans l'impossibilité de se servir de ses membres. Dix-buit mois environ s'étoient écoulés depuis son retour à Paris, lorsqu'il éprouva sur le menton une éruption forte de petites pustules, très-rapprocbées les unes des autres, élevées en pointe , ayant une couleur d'un rouge foncé ou amarantbe , se couvrant par leur dessiccation d'une croûte mince ou écaille blancbâtre. Ces pustules étoient accompagnées de cuissons assez vives, qui contraignoient le malade à se gratter sans cesse. Le mal s'accrut, malgré les remèdes que l'on mit en usage. Les boutons s'enflammèrent davantage par le défaut de régime, se réunirent , et formèrent bientôt une plaque tuberculeuse , dont l'aspect éloit bideux. Les démangeaisons étoient plus considérables aux approcbes de la nuit. Le soufre administré en topique , des bains généraux et partiels émolliens parvinrent à guérir cette dégoûtante affection , qui forme une variété de la dartre pustuleuse, à laquelle j'ai donné le nom à.' Herpès pustulosus mentagray à cause de la partie du visage qu'elle affecte le plus familièrement.
Deuxième Observation. — Un parfumeur , âgé de cinquantedeux ans , fort et bien constitué , a voit éprouvé dans sa jeunesse plusieurs maladies vénériennes et psoriques , dont il disoit avoir été complètement guéri. Long-temps après il fut atteint de la dartre pustuleuse mentagre ( Herpès pustulosus mentagra ). La maladie n'offroit à son début que deux pustules séparées entre elles par la sympbise du menton , ayant toutes deux le caractère du clou ou furoncle, fournissant une grande quantité d'un pus jaunâtre et des bourbillons très-consistans. Les croûtes qui recouvroient ces pustules furent enlevées par le rasoir. Dès ce moment, il en parut beaucoup d'autres, et en buit jours elles environnèrent toute la houppe du menton, et se grouppèrent sur cette partie. Aujourd'hui, cette dartre est formée par trente ou
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quarante petites pustules, plus ou moins grosses, tantôt rapprochées, tantôt éloignées, ayant pour base une peau maculée, cicatrisée et raboteuse. Chaque petite pustule, après que le pus en est sorti, offre une forme d'entonnoir, dont la partie la plus évasée est rouge et enflammée; les pellicules qui recouvrent ces pustules sont minces, d'une couleur blanche, s'enlèvent facilement. La couleur de la dartre diffère encore selon que celle-ci est enflammée, sèche ou humide. La matière qu'elle fournit est tantôt un pus blanc, tantôt un pus sanguinolent; d'autres fois, c^est une matière séreuse, roussâtre, très-fétide, dont le malade compare l'odeur à celle des marécages. Par intervalles, le malade éprouve des démangeaisons intolérables, surtout quand la dartre est à son début. Les douleurs sont aussi très-considérables lorsque le pus est liquide et sans consistance ; lorsque les symptômes locaux sont portés à un très-haut degré, il survient une chaleur générale très-forte , l'insomnie et quelquefois la fièvre avec éruption de taches rougeâtres , qui ne s'élèvent guère au-delà du niveau de la peau , et disparoissent en partie quand la dartre du menton est très-humide.
Troisième Observation. — L'observation que je vais citer se rapporte à la variété de la dartre pustuleuse , qu'il convient de désigner sous le nom de dartre pustuleuse couperose ( Herpès pustidosus gutta-rosea), Marie Lemercier, âgée de trente-six ans, d'un tempérament sanguin, n'avoit eu d'autre maladie que deux ulcères aux jambes, qui étoient depuis long- temps guéris. Elle perdit son père, et en ressentit un si vif chagrin que ses règles se supprimèrent pour ne plus reparoître. Dès-lors, une petite dartre qu'elle avoit sur le dos du nez, se répandit sur les pommettes, sur le front et sur le menton; la peau se tuméfia, devint rugueuse, se masqua de taches rosacées, et prit en un mot tous les caractères de la couperose. Les boutons qui s'y manifestoient étoient de la grosseur d'une tête d'épingle et contenoient un fluide jaunâtre. Ce fluide en se desséchant, formoit de légères
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croûtes grises , et laissoient par-dessous la peau très-rouge. Elle éprouvoit des démangeaisons très-vives le soir et même pendant la nuit ; c'est surtout à la suite de ces démangeaisons et de cette chaleur que les boutons étoient plus nombreux.
Quatrième Ohserpation. — Nous avons traité à l'hôpital Saint- Louis une jeune femme , qui avoit un penchant continuel à l'ivrognerie. Cette funeste habitude finit par développer sur une partie de son visage , vers la racine du nez et les deux pommettes, une éruption de pustules rouges, peu éloignées les unes des autres; ces pustules un peu dures , obstusément douloureuses, suppuroient avec lenteur , et se terminoient par une desquammation furfuracée. Les écailles adhéroient néanmoins avec assez de force à la peau, La femme avoit eu plusieurs grossesses , durant lesquelles la couperose augmentoit d'une manière si frappante , que la face étoit d'une couleur lie de vin. En général , toutes les causes stimulantes, tant locales que générales, contribuoient beaucoup à son développement. Les reproches qu'on lui adressoit , les agitations de la crainte, etc., paroissoient redoubler l'éruption.
Cinquième Ohserpation, — J'ai fait dessiner dans cet ouvrage la tête d'une demoiselle âgée d'environ dix -huit ans, laquelle étoit atteinte d'une dartre pustuleuse miliaire ( Herpès jnistulosus miliaris ). Cette éruption avoit particulièrement son siège sur la partie supérieure et sur les deux parties latérales du front , à l'endroit où commencent les cheveux. Elle étoit composée d'une multitude de très-petits boutons , entourés d'une très-petile aréole rouge et enflammée , surtout quand la jeune malade se grattoit. Les uns étoient isolés, les autres plus rapprochés. La plupart de ces boutons , quand la malade ne se grattoit pas , étoient d'un gris luisant, qui les faisoit absolument ressembler pour la forme à des grains de millet. La demoiselle qui éprouvoit cette alfection, étoit forte, vigoureuse et robuste, et n'étoit fatiguée que par les démangeaisons vives qui tourmentoientson front.
Sixième Observation. — Le fait que je vais rapporter est absolument analogue au précédent ; mais il est infiniment plus grave. Mademoiselle Hazon , âgée de treize ans , d'un tempérament sanguin et bilieux , ayant les clieveux cbâtains , nous a présenté l'observation d'une dartre pustuleuse miliaire , dont les caractères étoient les suivans : la peau offroit une teinte sale -, elle étoit rude , et dans quelques parties laissoit tomber des écailles furfuracées lorsqu'on la frottoit. Mais l'altération la plus remarquable consistoit dans une multitude de petits boutons qu'on observoit au front, aux joues, au menton, mais surtout aux organes de la génération et à la face interne des deux cuisses. Ces boutons, qui étoient rapprochés comme par plaques, excitoient un prurit insupportable. On voyoit à leur sommet des petites vésicules blanches , remplies d'une humeur plus ou moins épaisse et comme puriforme. Depuis deux ans , cette maladie persiste avec une ténacité surprenante.
Septième Observation. — La nommée Jeanne Marie Boucher , âgée de trente-sept ans , est affectée depuis cinq mois d'une dartre pustuleuse divisémmée{^Herjjes pustulosus disseminatus). Cette femme attribue l'origine de cette maladie à un remède secret qu'un chirurgien lui fit prendre. Aussitôt qu'elle en eut fait usage , elle éprouva une éruption de boutons semés çà et là sur différentes parties du corps , telles que la poitrine, les épaules, le col et le visage. La malade s'étant frottée avec du précipité rouge , les boutons , au lieu de disparoître , devinrent plus gros , plus nombreux, et d'une couleur très-rouge ; le nez en étoit recouvert, au point qu'il étoit bosselé et inégal. Ces boutons ne suppuroient qu'après un temps très-long ; alors , ils se couvroient d'une écaille blanchâtre , lenticulaire ; quand cette écaille étoit tombée, il restoit une tache d'un rouge foncé, qui m ettoit beaucoup de temps à se dissiper.
Huitième Observation. — J'ai observé la même variété de dartre chez le nommé Gonot; cette maladie s'étoit jetée sur toutes
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les parties de son corps , mais principalement sur son visage. Elle consistoit dans de très-gros boutons disséminés çà et là, et paroissant avoir un siège très-profond dans le système dermoïde. Nous oLseryâmes en outre que la peau étoit piquetée de petits points noirs , comme si elle avoit été frappée d'un coup de pistolet, et que la poudre se fût incrustée dans le tissu dermoïque. La dartre atteignit le malade jusque dans l'organe de la vue, au point qu'il ne pouvoit ni ouvrir les yeux ni supporter la lumière , et qu'il étoit contraint de porter des conserves. Il ressentoit aux paupières des douleurs picotantes et dans tout le corps des démangeaisons très- vives. Intérieurement, c'étoit un grand feu qui lui causoit des insomnies accablantes. Pour se soulager, il arrosoit son visage avec de l'eau fraîche : il auroit désiré y mettre de la glace. C'est surtout lorsqu'il avoit mangé que les boutons grossissoient et causoient un bien plus violent prurit. Le même phénomène avoit lieu lorsqu'il entroit dans un endroit chaud, dans une assemblée , etc. D'ailleurs , le sommeil étoit bon, et toutes les fonctions s'exécutoient chez lui avec régularité.
CXCI. Le tableau que je viens d'offrir à mes lecteurs, peut facilement faire juger combien la dartre pustuleuse est modifiée dans ses formes, et combien les auteurs sont peu fondés, lorsqu'ils traitent isolément dans leurs ouvrages des variétés d'affections qui se rapportent toutes à une seule espèce. En effet , les pustules que nous avons eu occasion de décrire, suivent à-peu-près la même marche; elles peuvent sans doute différer par leur situation et par leur volume; mais leurs principaux phénomènes sont identiques.
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ESPÈCE SIXIEME
DARTRE PHLYCTÉNOroE. HERPES PHLYCTENOIDES. (PL. XXIII ET XXIV.)
Darti-e se manifestant siu" une ou plusieurs parties des te'giimens par des phlyctènes de for-me et de grandeur variées. Ces phlyctènes ou ve'sicules produites par le soulèvement de l'épiderme et remplies d'mie sérosité ichoreuse , laissent après leur dessiccation des écailles rougeâtres analogues à celles qui suivent la terminaison de l'érysipèle.
Obs. Cette espèce offre plusieurs variétés. J'ai distingué dans le cours de mes recherches :
A. La dartre phlyctÉnoïde conflxiente. Herpès phlyctenoïdes confluens. Dans cette variété , les vésicides sont répandues en si grand nomljre sur toute la surface du corps , qu'elles se touchent et se confondent. Ces vésicules sont néanmoins séparées par des échancrures , qui pei'mettent très-bien de juger lem' forme et leur volume. J'ai observé deux cas de ce genre à l'hôpital Saint-Louis , dont l'issue a été fimeste. L'autopsie démonti-a que des vésicules très-midtipliées s'étoient pareillement établies dans l'iutériem" de la bouche , de l'estomac et du conduit intestinal.
B. La dartre phlyctenoïde en zone. Herpès phlyctenoïdes zonœformis. C'est celle que les auteurs ont décrite avec le plus de soin et d'exactitude. Ils la désignent dans leurs omTages sous le nom de Zona , de Zoster , etc. Ils lui donnent quelquefois le titi'C vulgaire de sangle. Aie feu sacré, ou àe feu Saint- Antoine , etc. Plusieurs d'entre eux la rapportent au genre des érysipèles 5 mais d'autres la classent avec plus de fondement parmi les affections herpétiques. En effet, tous les phénomènes qid constituent sa marche , justifient ce rapprochement. La dartre phlyctenoïde dont il s'agit , se déclai'e pai' des vésicules pisiformes, très-prurigineuses, qui se réunissent en corymbe et s'étendent en manière de ceinture depuis l'épine du dos jusqu'à la ligne blanche, n est très-remarquable que cette éruption n'occupe constamment qu'un seul côté du corps : du moins les exemples contraires sont-ils rares. Elle rampe tantôt au-dessus , tantôt au-dessous de l'ombilic.