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DU TRAITEMENT INTERNE EMPLOYE POUR LA GUERISON DES DARTRES

CGLXXX. Cette partie de la thérapeutique des dartres est celle qui présente les points de doctrine les plus douteux. Qu'on examine les prescriptions consignées dans les ouvrages de notre art, on verra qu'elles y sont toutes dictées par un esprit de routine! De vaines

formules y sont gravement conseillées par des praticiens recommandables, dont le témoignage séduit et abuse un vulgaire ignorant. Les auteurs entassent sans discernement dans leurs écrits des opinions vagues, des suppositions étranges •, ils indiquent, soit dans le règne végétal , soit dans le règne minéral, quelques substances généralement regardées comme diaphorétiques. Ils ordonnent un régime sévère , et s'imaginent ensuite avoir satisfait aux indications. C'est bien ici le cas de dire que rien n'est plus difficile que l'expérience médicinale.

GGLXXXI. Je me suis d'abord laissé conduire par l'autorité de mes prédécesseurs. J'ai employé à toutes les doses les plantes dont on a depuis long-temj)s célébré les vertus : je n'ai jamais pu me convaincre, je l'avoue, qu'elles fussent d'une utilité majeure pour la guérison des dartres. A l'hôpital Saint-Louis, on administre en grande quantité , et sous les formes les plus variées, la douce-amère {solanum dulcamaray Linn.), la scabieuse {scabiosa aiveiisisy Linn.), la bardane (arctium lappa, Linn.), la patience {j'umex patientia , Linn.) , la fumeterre i^fumaria officinalis , Linn.) , le trèfle d'eau {trifoliumfibiinum, Linn.), etc. Mais le plus souvent les effets qui suivent l'emploi de ces végétaux, paroissent plus manifestement devoir être attribués aux bains , à l'action de certains topiques , à la marche naturelle de la maladie , etc. Dans quelques cas, néanmoins, j'en ai retiré un certain avantage, lorsque j'en ai donné le suc étendu dans le petit-lait clarifié. Je pourrois citer entre autres exemples, celui d'une dartre pustuleuse couperose [Herpès pustulosus gutta-rosed) , dans laquelle on n'employa ni bains ni topiques , et qui céda à l'action seule d'un pareil remède. Je dois ici rappeler un autre fait : une femme étoit tourmentée d'une dartre squamme use humide [Herpès squammosus madidans)^ quis'étendoit sur la face interne des deux cuisses, et suscitoit des démangeaisons presque continuelles. Je remarquai d'une manière constante que les symptômes diminuoient d'intensité, que le prurit surtout s'éteignoit entièrement, lorsque la malade faisoit usage

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d'une forte infusion de saponaire {saponaria ojjîcinalis , Linn.). Comme cette observation a été réitérée pendant l'espace d'un an, elle est authentique, et mérite d'être conservée pour les gens de l'art. Je dois aussi à la vérité de dire que quelques personnes m'ont paru manifestement soulagées de leurs éruptions herpétiques par le suc de pensée sauvage {viola tricolor , Linn.). J'étois d'autant plus intéressé à répéter les expériences sur cette plante , que les auteurs en ont préconisé les avantages avec des éloges peu mesurés, au lieu d'en étudier les effets avec ce doute philosophique qui doit caractériser l'observateur exact et impartial. Il est, du reste , probable que toutes ces plantes , administrées dans un état de fraîcheur, influent de la manière la plus heureuse sur les propriétés vitales du système dermoïde ; et, sous ce point de vue , il est trèsimportant d'en conseiller l'usage.

CCLXXXII. Les opinions se partagent lorsqu'il s'agit de décider sur les bons effets du mercure et de ses préparations dans le traitement des affections dartreuses. Certains praticiens regardent ce métal comme une sorte de panacée qu'on peut opposer à toute espèce d'altération chronique de la peau. Quel abus en font journellement les routiniers , les charlatans et les empyriques ! Il est des médecins , au contraire , qui ne parlent que des accidens funestes survenus à la suite de l'administration du mercure. Ces accidens ont pu sans doute avoir lieu dans quelques circonstances ; cependant j'ai vu plusieurs individus chez lesquels il n'a produit que des efïets salutaires. Un jeune homme qui exerçoit le métier de boucher, étoit tourmenté d'une dartre furfuracée [Herpès fin furaceus circinatus) ; cette dartre occupoit la presque totalité des tégumens. Des démangeaisons interminables le dévoroient. Il avoit inutilement suivi plusieurs traitemens ; il s'avisa de recourir à l'usage de la liqueur de Yan-Swieten , et après trois mois , ses dartres avoient totalement disparu. Au surplus , personne n'ignore que le mercure agit d'une manière directe sur le système lymphatique, et combat les dartres avec efficacité. C'est mal à propos

que les praticiens ont envisagé certaines éruptions comme syphilitiques, parce qu'elles cécloient à Faction du mercure : comme si ce médicament étoit uniquement approprié à cette maladie. Ne détruira-t-on jamais une semblable erreur?

GGLXXXIIL La saine expérience justifie depuis fort long-temps les grands éloges que l'on donne au soufre pour le traitement des dartres. Ce médicament m'a paru être celui qui exerce l'action la plus énergique sur ce genre d'affection. Il est si pénétrant et si diffusible , qu'il se répand avec célérité clans tous les départemens du système lymphatique. 11 y excite sans doute une sorte de mouvement fébrile qui ne peut qu'être favorable ; il réveille l'action tonique du tissu cellulaire , accroît la puissance des propriétés vitales de la peau, rétablit le plein exercice de la transpiration , etc. Telle est, du reste, la haute opinion que j'ai conçue des bons effets de ce remède ; j'ai même la conviction intime que les antimoniaux, tant préconisés pour la guérison des maladies dartreuses, ne sont utiles que par les parties sulfureuses qui leur sont unies. Pour ce qui me concerne, j'emploie journellement le soufre à l'hôpital Saint-Louis, et le succès couronne constamment son administration ; je l'ordonne jusque dans la soupe des indigens. Beaucoup de plantes conseillées contre les maladies de la peau, ne sont si salutaires que parce qu'elles contiennent un principe sulfureux.

CCLXXXIV. De là vient que les eaux minérales sulfureuses obtiennent un si grand avantage contre toutes les affections herpétiques. Dans les lieux où ces eaux abondent, une observation certaine a prouvé leurs excellens effets. Je doute, au surplus, que le soufre , cette production minérale si précieuse que la nature semble avoir prodiguée sur la terre pour les besoins de l'homme , puisse être administré aux malades sous une forme plus commode et plus favorable. J'ai tenu compte d'une foule de dartreux qui sont parvenus à se guérir par le simple usage des eaux sulfureuses factices de Tivoli. Au surplus , il n'est personne qui ne connoisse les effets sensibles qui suivent l'administration intérieure de ces eaux. Elles

suscitent dans tout le système de l'économie animale , une sorte de fièvre artificielle qui imprime aux dartres un caractère aigu , en augmentant les oscillations du tissu muqueux. Pendant que l'énergie intérieure augmente, l'éruption herpétique paroît d'abord se déployer avec plus d'intensité ; mais bientôt elle diminue pour s'éteindre entièrement.

CGLXXXV. Je dois pourtant faire remarquer ici que les eaux minérales sulfureuses ne sont particulièrement salutaires que dans les dartres accompagnées de l'inertie des propriétés vitales de la peau , et il faut observer que ce cas est le plus ordinaire. Mais il est des circonstances où il importe de les interdire, particulièrement chez les individus dont les nerfs sont facilement irrités, ou qui sont tourmentés de quelque autre levain morbifique intérieur ; comme , par exemple , chez certains goutteux , chez les épileptiques et les convulsionnaires. Il est des personnes dont le tissu cellulaire contracte une telle susceptibilité par l'état maladif, que toute boisson stimulante leur est infiniment nuisible. C'est pourquoi les praticiens ont observé que les eaux de Barèges, d'Aix-la- Chapelle , et autres eaux minérales analogues , ne font qu'exaspérer les symptômes de certaines maladies de poitrine. J'ai eu souvent l'occasion de confirmer ce fait. Une dame étoit affectée d'une dartre squammeuse humide (^Herpès squammosus madidans)-, elle avoit éprouvé de plus les premiers symptômes de la phthysie pulmonaire. Elle voulut se mettre à l'usage des eaux sulfureuses, qu'elle fut ensuite contrainte d'abandonner, parce qu'elles l'incommodoient à un point extrême. Bordeu avoit vu qu'il étoit dangereux de les administrer dans les dartres entretenues par une cause scrophuleuse. J'ai été le témoin de ce fait dans deux circonstances. Certaines irritations partielles, produites par un principe laiteux, doivent aussi faire rejeter l'usage de ces eaux. Une dame nouvellement accouchée , et qui avoit éprouvé les plus vifs chagrins pendant qu'elle allaitoit son enfant, se plaignoit d'une courbature générale dans tous les membres, de céphalalgies, de tintemens

d'oreille, etc. Elle voulut prendre les eaux deBarèges, qui lui causèrent des chaleurs d'entrailles intolérables , etc.

CGLXXXVL Au surplus , il arrive souvent que les eaux minérales falfureuses sont manifestement indiquées ; et pourtant l'âge, la susceptibilité nerveuse, mille autres circonstances, rendent le médecin timide dans l'administration de ce remède. Que faut-il faire alors? il faut en mitiger les doses à l'infnii j il faut donner au soufre un excipient qui contre-balance l'activité trop grande de cette substance. Une femme dartreuse mit au monde un enfant atteint du même vice, à un très-haut degré. Cet enfant tomba dans un état de marasme et de dépérissement qui donna des craintes pour sa vie. D'après mes conseils, il fut alors nourri avec le lait d'une chèvre que je faisois soigneusement frictionner avec du soufre. On le baignoit avec assiduité ; on humectoit sa peau avec des substances onctueuses. J'eus la satisfaction de le voir se rétablir d'une manière parfaite , par ce traitement simple , dans l'espace de huit mois. Depuis cette époque , j'ai constamment prescrit les mêmes moyens curatifs aux femmes délicates chez lesquelles il étoit urgent de combattre la diathèse dartreuse , et qui n'avoient pu supporter le soufre sous d'autres formes.

CCLXXXVIL Indépendamment des moyens particuliers qu'on peut désigner aux praticiens comme spécialement appropriés à la curation des dartres , il est des moyens généraux dont il importe de déterminer l'emploi : tels sont, par exemple , les purgatifs qui peuvent être, dans certains cas, d'un secours très-avantageux; qui dans d'autres cas sont d'une nécessité indispensable. On observe que l'espèce de perturbation produite dans l'économie animale , par l'action du soufre et autres préparations médicinales, donne constamment lieu à une accumulation de matière saburrale dans l'estomac et dans le conduit intestinal. C'est alors une indication pressante d'éliminer ce foyer impur de l'intérieur des premières voies. Si les purgatifs sont néghgés , la guérison reste incomplète ou peu durable. Au surplus , ces sortes de remèdes sont plus ou

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moins sagement employés , selon les âges, les individus, les phénomènes concomitans, etc. Ils conviennent aux enfans , aux tempéramens bilieux , dans certaines saisons plutôt que dans d'autres.

CGLXXXVIII. Parmi les autres remèdes internes et généraux que l'on met journellement en usage pour la guérison des dartres, les substances qui jouissent d'une propriété tonique , tiennent aussi un des premiers rangs. Mais peut-être les auteurs n'ont-ils point fixé d'une manière assez précise les cas où il convient de les administrer. Ces remèdes sont particulièrement utiles, lorsque les voies digestives sont dans un état de langueur, et que leurs fonctions sont imparfaites. C'est ainsi que les décoctions des plantes amères favorisent singulièrement la guérison des pauvres que l'on traite à l'hôpital Saint-Louis , et qui ont langui dans la misère et le besoin. Indépendamment du vice dartreux, la plupart sont en proie à d'autres affections débilitantes, telles que l'hydropisie , le scorbut, le marasme, la consomption, etc.

CCLXXXIX. Mais lorsqu'on combat la dia thèse dartreuse chez des personnes qui ont vécu dans l'oisiveté et l'opulence , qui vivent à des tables somptueuses, qui se gorgent d'une nourriture succulente, il vaut mieux recou.rir à de simples délayans. Voilà pourquoi certains praticiens se bornent à administrer l'eau d'orge , l'eau de gruau, le petit-lait clarifié, dont tant d'auteurs ont loué les bons effets. C'est alors qu'on place avec beaucoup d'avantage les bouillons de poulet, de tortue, de grenouille , de vipère, le lait d'ânesse ; enfin, tous les remèdes adoucissans.

CCXC. Le régime de vie, les alimens, les boissons dont on fait journellement usage , doivent certainement entrer dans le traitement interne des dartres. La sympathie particulière de la peau avec les voies digestives, doit interdire nécessairement tout ce qui peut troubler la marche de la nature. Il faut que le médecin indique au malade les substances dont il doit se nourrir préférablement. C'est une observation bien vulgaire , mais qui n'en est pas moins pleine de vérité , que les viandes salées ou fumées, que les

ragoûts dont on rehausse la saveur par les épiceries , que les liqueurs alcoholiques , que les vins spiritueux, donnés dans leur état de pureté, retardent, empêchent, ou contrarient du moins la solution naturelle des éruptions herpétiques. Je puis dire avoir constaté par une foule de faits qu'il seroit minutieux de rapporter , que toutes les nourritures échauffantes sont dans une opposition véritable avec l'effet des remèdes , et lorsque j'étois attentif à la marche et aux changemens de l'éruption , je reconnoissois constamment le lendemain les écarts de régime que les malades avoient commis la veille. Rien n'est donc plus nécessaire que de surveiller les malades sur le choix des alimens et des boissons.

ARTICLE XI

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