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DES PLIQUES ET DES DARTRES

PLIQUES.

L'histoire de la plique est très-obscure : nous ne rappellerons pas ici les diverses origines qui lui ont été successivement attribuées ; nous nous bornerons à dire qu'il est très-probable que cette affection a toujours existé , et que si on ne la fait remonter qu'à une certaine époque , c'est qu^elle n'avait pas été décrite auparavant. Les discussions dans lesquelles nous serons obligés d'entrer pour établir le siège et la nature de la plique , feront ressortir davantage la vérité de cette assertion.

Les auteurs qui ont traité de la plique ont presque tous divisé cette maladie en plusieurs espèces : c'est ainsi qu'ils ont reconnu des pliques en masse , des pliques en lanières , solitaires , etc. , des pliques malignes et bénignes , simples et composées , apparentes et larvées , etc., etc. ; mais ces distinctions ne méritent point la grande faveur qui leur a été accordée : il en est même parmi elles qui sont manifestement imaginaires , et la plupart des autres n^ont fait qu'obscurcir la matière et la charger de détails inutiles.

Elles sont d'ailleurs insuffisantes jDOur quiconque attache beaucoup d'importance à la forme , car , quoiqu'elles soient déjà très-multipliées , on pourroit encore les accroître , puisqu'il existe une foule de nuances que les nosographes n'ont ni décrites ni qualifiées.

Il est pourtant une distinction réelle et importante que nous avons cru devoir conserver ; c'est celle de la plique en vraie et en fausse. Bien différente des divisions que nous venons de rejeter , elle fournit des lumières pour la nature , et des indications pour le traitement.

La plique vraie présente les caractères suivans : elle se déclare d'une manière presque soudaine et est toujours adhérente à la peau dans son origine ; les cheveux (^) sont gonflés , plus volumineux et gorgés d'un fluide visqueux 5 leur feutrage n'est qu'accidentel , aussi sont-ils souvent plutôt collés que feutrés ; ils restent quelquefois isolés ; leurs racines sont très-sensibles et le moindre tiraillement exercé sur elles cause des douleurs assez vives. Cette plique est le plus souvent précédée de symptômes divers d'irritation , qui l'accompagnent quelquefois pendant son cours.

La T^\\qae fausse n'est jamais précédée d'incommodités , et met toujours beaucoup de tems à se développer ; elle est constamment séparée des tégumens par un intervalle plus ou moins considérable ; les cheveux éprouvent un véritable feutrage , un entrecroisement dans tous les sens, mais ils ne sont pas altérés dans leur structure ; leurs racines ne sont point douloureuses. Cette plique est toujours le produit d'une cause plutôt mécanique que vitale, et elle n'exerce que rarement de l'influence sur l'économie. On voit manifestement par l'exposé des phénomènes précités , qu'il existe une diiférence très-marquée entre la plique vraie et la plique fausse , et qu'il est impossible de les confondre. On a pu remarquer que la première seule constitue un état morbide ;

(*) Nous avertissons ici que par cheveux nous entendons également les poils.

ce sera donc elle qui nous occupera spécialement dans cet appendice.

La vraie plique reconnoît pour cause prochaine une exaltation des propriétés vitales des bulbes et des cheveux. En effet , toutes les causes génératrices de cette maladie tendent à déterminer vers ces parties un afflux plus considérable d^humeurs ; tous les phénomènes qui la caractérisent sont des phénomènes d'irritation ; l'inspection anatomique a constamment présenté des signes manifestes de cette modification vitale.

Les Polonais , chez lesquels cette maladie règne le plus généralement, se rasent très- souvent les cheveux , à l'exception d'une touffe qu'ils laissent au milieu de la tête ; ils se coiffent en toute saison avec des bonnets fourrés , tandis que le reste du corps est fort mal couvert, notamment les pieds et les jambes, qui sont continuellement plongés dans l'humidité d'un sol marécageux ; par suite de leurs idées superstitieuses sur l'utilité de la plique , ils font , à l'occasion de toute maladie , des efforts pour provoquer le développement du prétendu virus trichomatique vers la tête. Ils habitent en outre un pays froid et humide, dans de chétives cabanes ; ils sont réduits à la misère la plus extrême , obligés de se nourrir d'ahmens les plus grossiers , et adonnés à l'usage des boissons spiritueuses ; ils sont aussi excessivement malpropres et ne se nettoient que très-rarement la tête. La réunion de ces causes doit nécessairement faire de la tête un centre de fluxion presque continuelle , et explique pourquoi la plique est endémique chez eux.

Que l'on ne se figure point cependant que la plique soit exclusivement propre à ce pays : elle petit se développer dans toutes les contrées où plusieurs des circonstances que nous venons d'énumérer se trouvent réunies , c'est-à-dire , où le système pileux seroit le siège habituel d'un surcroît de vitaHté , tandis que les autres parties du corps seroient exposées à des causes déprimantes ou affoiblissantes.

Quant aux symptômes , voici ceux qui appartiennent plus par-

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liculièrement à la plique ; les bulbes des cbeveux sont gonflées et douloureuses ; elles sécrètent en plus grande abondance l'humeur qu'elles élaborent dans l'état normal , et donnent naissance à des cheveux plus volummeux , croissant avec plus de rapidité et gorgés d'un fluide visqueux qu'ils épanchent au dehors , et qui , se mêlant à celui fourni par les bulbes, produit leur agglutination. Nous ferons remarquer ici que les cheveux ne partagent point la sensibilité des bulbes ; on peut les couper à quelque endroit que ce soit de leur longueur , pourvu qu'on ne leur fasse point éprouver de tiraillement , la traction n'étant douloureuse que parce qu'elle se communique aux bulbes. Parmi ces phénomènes , nous ne relatons point le feutrage , qui n'est ici qu'accidentel , car si le malade restoit constamment tête nue et sans s'appuyer sur l'oreiller, jusqu'au moment oii la matière gluante serait sèche, il est probable que les pliques ne présenteroient jamais qu'une agglutination de cheveux accolés l'un contre l'autre , ou tout au plus entrecroisés»

Il est encore d'autres symptômes rapportés par les auteurs, comme essentiellement propres à la plique , mais , ainsi qu'il sera prouvé plus loin , les uns ne sont que des symptômes précurseurs appartenant à l'irritation de la tête , des articulations , etc. , et généralement dus aux causes qui produisent la plique et auxquelles cette dernière affection sert très-souvent de crise ; les autres sont concomitans et ne doivent être envisagés que comme sympathiques de la plique , ou entièrement étrangers à cette maladie.

L^anatomie pathologique vient encore jeter de nouvelles lumières sur la véritable nature de la plique. Le peu de pliques qui ont été soumises à l'observation ont néanmoins permis de remarquer que les tégumens étoientboursoufflés, les bulbes des cheveux gonflées , plus volumineuses que dans l'état naturel et gorgées d'un fluide visqueux ; les cheveux ont été trouvés dans le même état , et en outre plus longs , moins souples et plus cassans que dans l'état normal.

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Il est facile de conclure de tout ce qui précède , que la ^raie plique consiste purement et simplement dans une irritation des bulbes , qui se transmet secondairement aux clieveux qui en naissent.

Nous allons maintenant passer en revue les diverses opinions qui ont été successivement émises sur la nature de la plique , et le lecteur se convaincra sans peine qu'aucune d'elles ne peut soutenir un examen rigoureux et approfondi.

On a d'abord prétendu que la plique n'était <:\yj^ un dépôt critique du virus syphilitique dans les cheveux , une forme particulière de la syphilis modifiée par le climat et le régime.

On voit manifestement que cette opinion est entachée de l'ontologie qui régnoit dans les écoles , à l'époque où elle fut émise : car si la plique avoit réellement une origine syphilitique , elle ne pourroit en aucun cas se développer que chez ceux qui ont été en proie à une affection de cette nature ; or , il est avéré qu'elle peut atteindre les personnes soumises à l'influence des causes que nous avons énumérées , qu'elles aient ou non été affectées de la maladie vénérienne. On soutient que la vérole a souvent disparu par l'apparition de la plique et qu'à l'aide de mercuriaux on est quelquefois parvenu à guérir cette dernière. Mais ce premier fait prouve uniquement qu'une maladie, survenant pendant l'existence d'une autre , peut la faire cesser par la révulsion puissante qu'elle opère , et nous ne voyons autre chose dans le mode d'action des mercuriaux comme moyens curatifs de la plique , qu'une dérivation de l'irritation des bulbes et des cheveux. Au reste , il seroit fastidieux de s'étendre davantage sur un pareil sujet ; le médecin , nourri des principes de la vraie physiologie , sentira facilement toute l'invraisemblance de l'opinion que nous venons de rapporter.

Nous ne nous occuperons pas davantage de l'analogie que Von a cru trouver entre la plique et la lèpre , et nous avons peine à concevoir comment , à ne considérer que les phénomènes propres

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à ces deux affections , on ait pu se méprendre à tel point. Dans la lèpre , les cheveux sont minces , décolorés , atrophiés et tombent avec la plus grande facilité : dans la plique au contraire, ils sont plus épais , plus volumineux , et plus intensément colorés. Quant aux symptômes , que l'on a dit être communs aux deux maladies, nous ne voyons point qu'il soit permis d'en tirer la conséquence de leur identité : comment en effet cette analogie n'existerait-elle pas , puisque la plique , telle que beaucoup d'auteurs l'ont décrite , ressemble pour ainsi dire à toutes les affections connues et les embrasse presque toutes dans son immense domaine. Le siège de ces deux maladies diffère d'ailleurs essentiellement , ainsi qu'il sera démontré à l'appendice des lèpres.

Il est aussi quelques médecins qui se sont imaginé que la plique et la teigne ne constituaient qu'une seule et même maladie. Mais il suffira de lire ce que nous avons dit de la teigne , pour se convaincre qu'il existe une différence notable entre ces affections. La plique attaque les bulbes et les cheveux ; la teigne au contraire a son siège dans les vaisseaux sécréteurs du cuir chevelu, dont elle altère la structure et modifie les propriétés vitales. Dans l'une , les cheveux sont hypertrophiés ; dans l'autre , ils sont , comme dans la lèpre, plus fins, plus délicats, très -disposés à tomber , atrophiés. La confusion de ces deux états pathologiques n'a pu provenir que du voisinage de leur siège.

Une autre opinion, qui compte à la vérité parmi ses défenseurs ceux d'entre les auteurs , qui ont le mieux écrit sur la plique , est celle des médecins qui considèrent cette maladie comme une affection arthritique , ou plutôt comme une sorte de crise , soit de la goutte , soit du rhumatisme par les cheveux. Ils fondent surtout leur manière de voir , sur ce que quelquefois les mêmes causes donnent lieu à ces divers états morbides ; sur ce que la plique est souvent précédée de symptômes de goutte et de rhumatisme, et que ces deux maladies cèdent assez fréquemment à l'apparition du trichoma.

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Jamais , il faut en convenir , on ne se seroit avisé d'établir des rapports entre des maladies aussi dissemblables , si l'on s'étoit occupé davantage du siège précis des maladies. On se seroit aperçu alors que les mêmes modifications vitales , quoique tout-à-fait identiques dans les affections de même nature, varient pourtant à l'infini à raison du siège occupé par chacune d'elles ; que chaque tissu, par exemple, imprime à l'inflammation une nuance particulière , dépendante de sa structure et de l'intensité de ses provitales. Encore une fois , la goutte et le rhumatisme attaquent le tissu fibreux , la plique affecte les bulbes et les cheveux. Ces affections doivent donc essentiellement différer , et il nous paroît absurde de vouloir les confondre. Que quelques-unes des causes de la phque puissent donner également naissance à la goutte et au rhumatisme , que les symptômes précurseurs de la plique soient des signes d'irritation goutteuse ou rhumatismale , que ces dernières phlegmasies aient cédé à l'apparition du triclioma , il n'est rien en tout cela de bien étonnant et voici l'explication naturelle de ces divers phénomènes.

Quelques-unes des causes de la plique sont très-propres à faire naître la goutte et le rhumatisme , par exemple, toutes celles qui occasionnent la dépression de l'exhalation cutanée générale, le refroidissement habituel des extrémités inférieures, etc. Lorsque ces causes commencent à exercer leur action , elles font naître d'abord des irritations des tissus fibreux ; si elles la prolongent , tandis que celles qui déterminent un surcroît de vitalité vers la tête agissent simultanément , la plique ne tardera pas à se développer et par son action énergiquement révulsive , elle fera disparoître entièrement les affections qui l'avoient précédée.

Au reste , ces symptômes précurseurs sont purement accidentels : ils sont loin de se rencontrer dans tous les cas et ne constituent que quelques-uns des mille accidens , qui peuvent précéder la plique et auxquels elle peut servir de crise.

Nous ne nous serions pas étendus aussi longuement sur ces

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prétendues analogies , si nous n'avions senti tous les inconvéniens attachés à cette manie de rapprocher des affections aussi disparates. Le plus grand est d'affecter à toutes un traitement identique; car, quoique la plupart des maladies soient des maladies d'irritation , il n'est pas moins certain que leur traitement doit varier non-seulement d'après l'intensité de cette irritation , mais encore d'après la nature du tissu affecté.

Le plus grand nombre des médecins de l'Europe admettent que la plique est un état pathologique ^ une diaihèse particulière de V économie , une maladie sui generis , causée et entretenue par un pirus spécifique , donnant naissance à des symptômes tellement nombreux , qu'ils semblent appartenir à des maladies différentes , susceptibles de se présenter sous l' apparence de toutes les affections admises dans les cadres nosologiques j facile enfin à confondre ai>ec ces dernières , à inoins y ce qui n'a pas toujours lieu , que le phénomène de V intrication des cheveux , seul caractéristique et constamment critique , ne vienne éclairer le diagnostic et dissiper dans l'esprit du médecin toutes les incertitudes sur le véritable caractère et sur les accidens qui se manifestent sous ses jeux.

Quelque singulière que cette opinion paroisse aux yeux de tout médecin physiologiste , elle mérite pourtant de fixer plus particulièrement notre attention, à raison de l'assentiment presque unanime qui lui est accordé.

Nous pourrions commencer par demander à ceux qui croient à l'existence d'un virus trichomatique , susceptible de voyager dans les diverses régions de l'économie , et doué d'une prédilection tout-à-fait particulière pour le système pileux , quelle est sa composition , sa nature , d'où il vient , quel est son siège , etc. ; mais ces messieurs confessent eux-mêmes leur ignorance sur ces différens points ; ils se contentent de déclarer que leur opinion se fonde sur ce que la plique est héréditaire et contagieuse , que des enfans de père et mère pliqués sont également nés avec cette affection ,

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que toutes les parties du corps peuvent en être isolément ou conjointement atteintes, et que tous ces phénomènes ne sauroient avoir lieu , s'il n'existoit pas un virus circulant dans les humeurs.

L'hérédité de la plique ne peut être contestée : la plique peut être héréditaire , mais dans ce sens seulement que des parens , qui en ont été affectés , peuvent communiquer à leurs enfans la disposition à la contracter. Il n'est point permis de croire que les parens transmettent à leurs enfans un virus trichomatique , qui infecte et dénature les humeurs , et qui n'attend qu'une occasion pour se développer ; mais on doit admettre que , participant le plus souvent de l'organisation physique de leurs père et mère , ils reçoivent une disposition à en être atteints. Qu'on mette les enfans à l'abri des causes, qui ont produit la maladie chez les parens , ils en seront très-prohablement préservés ; qu'on les y expose au contraire , ils ne tarderont guère à en être affectés : l'expérience a mis tout cela hors de doute.

Que si l'on veut à toute force admettre un virus choltonique , pour expliquer l'hérédité de la plique , il faudra aussi admettre des virus inflammatoires , nerveux , hémoiTagiques , etc. , pour expliquer les dispositions , qu'apportent les enfans en naissant , à contracter des inflammations, des névroses, des hémorragies, etc. N'est-il pas au contraire bien plus naturel d'expliquer ces faits par les variétés d'organisation, qui, comme on sait à présent, prédisposent à tel ou tel ordre de maladies ?

La transmission des parens aux enfans peut être telle , que des sujets naissent avec le système pileux évidemment altéré. L'observation démontre la possibilité de ce phénomène et la raison ne répugne pas à l'admettre. En effet, pendant la grossesse, le fœtus fait partie de la mère , et constitue l'un de ses organes ; il peut à ce titre participer à ses maladies , ou même en contracter qui lui soient propres : il est donc possible qu'il en présente des traces après sa naissance.

Quant à la contagion , sur laquelle on s'est également basé pour

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affirmer l'existence d'un virus triclioma tique, nous répondrons que rien n'a prouvé jusqu'ici que cette contagion existe. En Pologne, où la plique est endémique , les individus pliqués couchent avec d'autres sans leur communiquer la maladie. Les Russes vivent au milieu de leurs chevaux, dont la plupart en sont infectés, et ne sont jamais atteints de cette dégoûtante infirmité C^). Cependant une plique fraîche imprégnée d'une humeur visqueuse peut , lorsqu'on l'applique sur la tête d'une personne saine , produire une agglutination et une intrication plus ou moins complète. Mais nous ferons remarquer que cette espèce de p]ique n'est point la vraie ; c'est une plique semblable à celle que l'on pourroit provoquer à l'aide de toute substance mucilagineuse. La vraie plique pourroit tout au plus être produite par l'inoculation de la matière sécrétée par les bulbes : encore cela n'arriveroit-il que dans les circonstances les plus favorables , dans celles où un individu seroit fortement prédisposé à la contracter, et certes alors l'action de cette sécrétion est très-naturelle : elle irrite les diverses parties subjacentes à la peau , et c'est celle qui est spécialement disposée à Tinflammation qui doit ressentir le plus tôt son influence.

Il reste à réfuter une dernière raison , pour laquelle on s'est cru autorisé à admettre un virus trichomatique : c'est que la plique attaque tous les tissus , affecte y à ce qu'on assure , mille formes diverses y simule presque toutes les affections , avec lesquelles il est très-facile de la confondre , à moins , ce qui lia pas toujours lieu, que le phénomène de V intrication , seul caractéristique et constamment critique , ne vienne éclairer le diagnostic et dissiper les doutes et l'incertitude du médecin.

(*) Cette différence entre le Russe et le Polonais tient à ce que le premier est en géne'ral plus propre , mieux vêtu , et logé plus sainement. Presque toujours il habite un étage au-dessus de l'entresol, au lieu qu'en Pologne le même cloaque , au niveau du sol, sert de refuge aux animaux les plus immondes et à des êtres qui n'en diffèrent que par la figure humaine. Le Russe prend en outre fre'quemment des bains de vapeur et cette habitude n'est pas peu propre à le pre'server de la maladie.

Nous pourrions nous abstenir de discuter sérieusement cette allégation : son énoncé seul doit en faire sentir tout le vide. Cette opinion erronée tire très-proLablement son origine de la fréquence des pliques et d'autres affections de toute espèce , qui régnent en Pologne, où le triclioma doit se développer assez souvent chez des individus en proie à d'autres infirmités , et faire cesser ces dernières par l'irritation considérable qu'il exerce sur un système d'une étendue aussi remarquable que le système pileux. Mais s'il suffit d'un tel fait pour adopter l'existence d'un virus , il faudra bien se résoudre à admettre que toutes les maladies émanent d'une pareille source, puisqu'elles peuvent mutuellement provoquer leur cessation. Remarquez d'ailleurs que ces affections , que l'on attribue si gratuitement au virus trichomatique, reconnoissent en Pologne comme partout ailleurs des causes physiques , évidentes, et y présentent leurs caractères habituels. Avouons-le franchement : tout ce désordre nosologique ne doit sa naissance qu'à la fausse idée qu'on s'étoit formée du phénomène de l'inflammation : on avoit pris pour modèle de cette modification vitale , l'inflammation du tissu cellulaire , et partout où les signes qui caractérisent celle-ci ne se trouvoient pas réunis , on refusoit de la reconnoître et l'on avoit recours à des êtres hypothétiques, des germes , des vices , des virus ^ pour expliquer les anomahes de l'état inflammatoire, qui résultent, comme on sait actuellement, de la diversité des tissus organiques.

Au reste , ce qui prouve manifestement que la phque tire son origine de causes physiques sensibles et non pas d'un virus particuher , c'est qu'elle a diminué en Pologne , à raison des progrès des lumières et de la multiplication des moyens d'aisance ; c'est qu'elle existe surtout dans les endroits humides et marécageux ; c'est qu'elle attaque préférablement ceux qui sont soumis à l'influence du plus grand nombre de causes productrices ; c'est qu'elle épargne les soldats polonais , lorsqu'en passant dans la carrière militaire , ils sont forcés de renoncer à leur ancienne

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manière de vivre et de contracter de nouvelles habitudes. La dernière opinion qui a été émise sur la plique , est celle qui établit que cette affection a pris naissance dans le cerveau de quelques femmes superstitieuses j et que des médecins crédules , ayant ajouté joi à son existence , ont par la suite contribué à accréditer ; que tous les symptômes qu'on lui attribue sont des symptômes d'autres affections y et qu'elle-même ne reconnoit d' autre principe ni d'autre cause que la négligence des soins de propreté et le défaut d'habitude de se peigner.

Il suffira de lire les distinctions que nous avons établies plus haut , entre la vraie et la fausse plique, pour sentir le peu de véracité de cette opinion : on s'aperçoit en la parcourant , que ceux qui l'ont émise n'ont jamais vu que de fausses pliques, et ne se sont pas même douté qu'il en existe une autre : car on se persuadera sans peine par la lecture du tableau que nous avons tracé de la vraie plique , qu'elle constitue un véritable état pathologique. Toutes les conditions nécessaires pour établir un état morbide bien déterminé s'y trouvent réunies , action exagérée , tuméfaction , douleurs , etc. Ne sont-ce pas là des signes manifestes de maladie?

Cependant, quand on y réfléchit bien, l'erreur commise par les fauteurs de cette opinion , n'est pas aussi grande qu'on pourroit le croire au premier abord. La fausse plique est infiniment plus répandue que la vraie ; ceux qui en sont atteints parcourent les rues , continuent à vaquer à leurs occupations et se donnent pour ainsi dire en spectacle à ceux qui veulent les observer. Mais quand la plique se forme , quand l'irritation envahit les bulbes et les cheveux et qu'elle en altère le tissu , l'individu n'éprouve guère la tentation de s'exposer aux regards, et s'il avoit envie d'abandonner sa couche , la douleur et le malaise sauroient bien l'y tenir enchaîné. Presque tous ceux dont nous réfutons ici l'opinion, étoient des voyageurs qui n'ont pu voir, la plupart du temps , que des pliques fausses , ou des pliques

réelles , mais déjà séparées des tégumens par des cheveux sains.

De tout ce que nous venons de dire , il résulte quelques corollaires que nous avons cru indispensable de rapporter ici.

1°. La plique se rencontre plus particulièrement en Pologne , parce que c'est là que se trouvent réunies toutes les circonstances propres à la faire naître. Les étrangers qui se fixent dans cette contrée n'y deviennent sujets que lorsqu'ils contractent les habitudes, les mœurs, et surtout le costume national du peuple. Si on ne la rencontre pas aussi fréquemment dans les autres pays, ce n'est pas qu'ils ne présentent quelques-unes des causes qui peuvent la provoquer , mais c'est que celles-ci ne se trouvent pas réunies , comme en Pologne.

20. L'on observe très -souvent des pliques chez des personnes qui n'ont point été soumises à l'influence des causes précitées : mais ces pliques ne constituent pas un véritable état pathologique: elles consistent tout simplement dans un feutrage accidentel , produit par la négligence et la malpropreté ; ce sont celles dont , suivant l'expression fort heureuse de M. Desgenettes , on pourroit presque toujours abandonner le traitement aux perruquiers. Ces sortes de pliques sont le plus souvent àes pliques en masse , globuleuses.

3». La plique peut attaquer l'universalité du système pileux , et envahir les poils courts tout aussi bien que les longs. Ceux qui ont soutenu qu'elle n'atteignoit point les poils courts , n'ont vu que de fausses pliques , et en général toutes les assertions contradictoires émises sur la plique proviennent de ce qu'on n'a point établi de distinction entre la vraie et la fausse ; distinction qui est pourtant d'une indispensable nécessité et très-conforme à la nature. S'ils avoient cdnnu la plique réelle , ils n'auroient jamais avancé une pareille proposition , puisque celle-ci commence toujours par la racine des cheveux. La plique fausse, au contraire, ne consistant qu'en un feutrage accidentel , doit se développer plus difficilement sur des cheveux courts que sur des longs.

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4'*. En coupant une plique récente et fraîche , il peut , il doit même s'en écouler un fluide plus ou moins abondant. Ce fluide n'est point du sang , comme quelques auteurs l'ont prétendu ; ce n'est autre chose que l'humeur sécrétée par les bulbes dans l'état normal , augmentée et altérée par suite de l'inflammation de ces parties. Cette humeur est quelquefois brunâtre ou rougeâtre , et c'est cette teinte qui les a induits en erreur.

5». La plique n'est point une affection salutaire , comme le pensent les Polonais , qui attribuent la plupart de leurs maladies au virus trichomatique égaré , qui , au lieu de se jeter sur les cheveux , s'est porté sur les autres organes. (^) Elle ne sauroit être salutaire que dans le cas où elle feroit cesser une maladie plus grave , qui existoit antérieurement à sa formation , mais cette circonstance est commune à toutes les maladies. Au surplus , nous ne croyons point que dans quelque affection que ce soit, il faille recourir à un révulsif aussi dégoûtant que la plique. Il existe pour chacune des remèdes plus certains , plus efîicaces et moins répugnans.

6». La plique a existé dans tous les temps, puisque les causes qui lui donnent naissance , dévoient être plus multipliées autrefois qu'aujourd'hui, où les progrès de la civilisation l'ont fait disparoitre en grande partie.

Le traitement de la vraie plique est celui de toutes les autres irritations. On fera d'abord usage de saignées générales , si le sujet est fort et vigoureux et la réaction considérable : on emploiera ensuite des sangsues derrière les oreilles et aux tempes. Lorsque le mouvement inflammatoire sera diminué , on prescrira , à titre de révulsifs , des bains chauds , des pédiluves plus ou moins irri-

(*) Pai' une conséquence nécessaire de cette opinion, il n'est rien qu'ils ne fassent pour le transporter sur les cheveux et en pm-ger l'économie. Ce préjugé est porté chez eux à un point tel, que même, lorsqu'ils sont parfaitement sains, ils s'efforcent de se donner la plique, parce qu'ils pensent qu'elle les met à l'abri de toutes les auti'es maladies. Cette circonstance explique encore pourquoi la plique règne si généralement en Pologne.

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tans, des purgatifs , dont Taction sera proportionnée à l'excitabilité du sujet. On fera observer au malade un régime approprié ; on lui ordonnera de se tenir dans un lieu où règne constamment une température douce ; on fera faire des lotions aqueuses , cbaudes , sur la tête et sur les autres parties du corps où les poils sont pliqués. (^) Si, après que ces moyens auront été employés pendant quelque temps , la maladie n'a pas entièrement cessé , on aura recours aux vésicatoires , appliqués successivement sur divers endroits de la peau ; on pourra aussi en laisser un à demeure au bras. Un séton à la nuque pourroit encore être d'un grand secours.

Un des points les plus importans dans le traitement de la plique , est de ne pas négliger les irritations diverses qui l'accompagnent quelquefois. Le médecin doit tâcber de les combattre par tous les moyens qui sont en son pouvoir.

Faut-il ou ne faut-il pas couper les clieveux et les poils dans la plique? Cette question a été diversement résolue, suivant l'opinion que les auteurs se sont formée de cette affection. Nous croyons qu'ils ne peuvent être . coupés que lorsqu'ils sont séparés de la peau par des cbeveux et des poils sains ; voici sur quoi nous basons notre opinion , que l'expérience a d^ ailleurs pleinement confirmée : en coupant des cbeveux et des poils , qui sont le siège d'un surcroît de vitalité et vers lesquels tendent en grande partie les mouvemens vitaux , on s'expose à ce que cette surabondance tout -à- coup supprimée se porte rapidement vers une autre partie plus essentielle à la conservation de l'individu , tandis qu'en ne les coupant que quand ils ont cessé d'être malades , on ne doit point craindre un semblable transport d^irritation. Encore la prudence commande -t- elle de n'exécuter cette section qu'en plusieurs temps.

(*) Nous recommandons à nos lecteurs, qui feront usage des lotions et des bains , de ne point faire essuyer l'iiumidité qui reste adhérente à la surface du corps , mais d'appuyer imHnge doux avec beaucoup de le'gèreté, pour ne point causer de douleur par le tiraillement des poils.

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Après l'ablation de la plique on aura soin de Lien couvrir le malade, sans excès toutefois , jusqu'à ce que les cheveux seront parvenus à une certaine grandeur. On prendra ensuite tous les moyens de propreté convenables.

Le traitement de la fausse plique consiste principalement dans l'ablation de la masse pliquée et dans des soins de propreté. Cette ablation doit néanmoins avoir lieu à l'aide de certaines précautions. Si l'on considère en effet que les cheveux et les poils jouissent d'un certain degré de vitalité , et que la dépense d'humeurs et de phénomènes vitaux dans ces parties est en raison directe de la masse de cheveux et de poils dont on est couvert, on concevra aisément qu'en le s enlevant subitement à l'économie , on détruit l'équilibre qui existe, sous ce rapport, entre les diverses parties du corps , et l'on court le risque de voir la part de vitalité dont ils étoient doués, se transporter sur un organe plus important.

Le seul moyen d'extirper cette maladie, et dont l'effet ne sauroit manquer , seroit de changer entièrement la manière de vivre et les habitudes de ceux qui en sont généralement affectés. On s'efïbrceroit ainsi de rétablir l'équilibre entre tous les appareils , ou du moins de détruire la pernicieuse prééminence du système pileux. En Pologne , où elle est endémique , il faudroit améliorer le sort des malheureux paysans , leur apprendre à se mieux vêtir , leur accorder le droit de propriété et de toutes les jouissances qui s'y rattachent , éveiller en eux l'industrie mère de l'aisance et source des richesses , leur donner la liberté , en un mot en faire des hommes, tandis que, comme nous l'avons dit, leur condition n-'est guère préférable à celle des bêtes de somme avec lesquelles ils vivent pêle-mêle. Alors , comme l'a fort bien dit un auteur moderne, non-seulement la plique véritable diminueroit, fniiroit même par s'éteindre tout-à-fait , mais encore les fausses pliques disparoîtroient avec les préjugés , qu'une amélioration notable dans la condition physique , et par suite dans la nature morale , peut seule abolir chez un peuple dont les dernières classes sont

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abruties par la misère et la féodalité. Les succès partiels obtenus par quelques riches seigneurs montrent assez ce qu'on pourroit obtenir d'un cliangement de choses, qui rendroit à chacun l'exercice de ses droits les plus sacrés. Qu'espérer donc de ceux devant qui ne s'élève que la voix de l'humanité , dont l'intérêt et l'ambition leur ont fait oublier le langage?

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