DARTRES
Notre tâclie a été rendue bien facile par le talent avec lequel M. Alibert a traité ce chapitre ; les dartres y sont décrites d'une manière si lumineuse et si physiologique , qu'il nous reste à peine quelque chose à ajouter ou à réfuter.
Il est néanmoins quelques erreurs qui déparent cet excellent travail , et que nous allons relever successivement.
Nous ferons observer d'abord que M. Alibert s'est un peu trop appesanti sur l'utilité de la division des dartres en plusieurs espèces. D'après son propre aveu, elles ne sont toutes que des nuances de la même inflammation , qui varient d'après l'intensité , la profondeur et l'étendue de l'état morbide, et, par conséquent, leur division en plusieurs espèces surcharge fort inutilement la mémoire.
Si, en effet, on examine attentivement les phénomènes qui caractérisent les diverses espèces de dartres , on s'aperçoit de suite qu'elles débutent toutes par une irritation plus ou moins intense de la peau, qui signale son existence , soit par des boutons plus ou moins volumineux et nombreux qui s'ouvrent et donnent issue à une matière particulière , soit par la formation de croûtes provenant de l'épaississement et du dessèchement de cette matière , soit par la desquammation de l'épiderme. Dans certains cas , cette irritation ne se manifeste que par la rougeur de la peau, dans d'autres elle présente une ulcération profonde et quelquefois la dégénérescence cancéreuse jointe aux symptômes précités. Les affections dartreuses ne diffèrent donc les unes des autres que par le volume et la quantité des boutons , par l'aspect des débris de l'épiderme et celui des croûtes , par l'existence d'un ulcère , et
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enfin par les variétés qu'offrent la rougeur de la peau. On doit ajouter que ces différences naissent encore de la partie de la peau que les dartres occupent ; car personne n'ignore que les diverses régions de cette enveloppe jouissent d'une structure et de propriétés vitales particulières, que telle partie de la peau est plus riche en vaisseaux sanguins , telle autre en filets nerveux et en vaisseaux lymphatiques ; que la peau , par exemple , qui revêt les joues, est plus abreuvée de sang que celle qui recouvre le dos des mains , etc. Ainsi le prurit sera d'autant plus insupportable , que la partie affectée et l'économie elle-même seront plus riches en cordons nerveux ; la rougeur sera d'autant plus intense , que le siège de la dartre sera parcouru par un plus grand nombre de vaisseaux sanguins ; les croûtes d'autant plus épaisses et abondantes, que les vaisseaux blancs prédomineront davantage. Ainsi les phénomènes nerveux , inflammatoires et subinflammatoires seront plus prononcés , selon que tel ou tel ordre de vaisseaux sera plus spécialement affecté.
Il résulte de ce qui précède que quelque immense que semble être la différence qui existe entre la simple rougeur de la peau et une dartre phagédénique , on ne peut néanmoins y voir que les nuancés extrêmes de la même modification vitale ; ce qui le prouve , c'est que les diverses espèces de dartres peuvent toutes aboutir à la dartre rongeante.
Il est une autre erreur plus grave dans laquelle M. Alibert est tombé , lorsqu'il prétend que les phénomènes herpétiques reconnoissent pour cause un vice , virus ou venin infectant les humeurs. Conçoit -on qu'après avoir établi d'une manière précise les causes réelles et la nature intime des dartres , il ait encore cru nécessaire de recourir à un être chimérique pour expliquer la plupart des phénomènes très-simples que présentent ces affections? Quant à nous, nous nous abstiendrons de réfuter l'existence de ce virus ou venin herpétique : M. Alibert lui-même s'est chargé de ce soin. Dans les diverses observations qu'il a rapportées , les
dartres sont attribuées à des modificateurs appréciables , manifestes et susceptibles de faire naître ces exantbêmes ; les récidives elles-mêmes n'y reconnoissent point d^ autres causes. Nous ajouterons que la reptation des dartres et leur cessation pour faire place à des irritations intérieures ne sont pas , comme le prétend M. Alibert , des signes manifestes d'un, virus existant dans l'économie et infectant la masse des humeurs , mais bien des irritations se transmettant d'un endroit à un autre , ce qui s'observe, comme chacun sait , dans toutes les phlegmasies. Au surplus , les raisonmemens que nous avons allégués pour infirmer les virus teigneux choltonique , sont exactement applicables au virus dartreux.
Les dartres peuvent-elles envahir les membranes muqueuses ? Cela nous paroît très-invraisemblable : car ces membranes jouissant d'une organisation et d'une vitalité différente de la peau, les états pathologiques de ces deux tissus ne sauroient être entièrement identiques : si nous consultons l'expérience sur ce point , nous trouvons qu'elle est tout-à-fait d'accord avec ce principe physiologique , puisque partout où les auteurs ont cru voir des affections dartreuses sur les membranes muqueuses , nous n'avons pu découvrir que des irritations en tout semblables à celles dont elles sont habituellement le siège. Il n'est qu'une circonstance où nous concevons que les croûtes peuvent les occuper , c'est lorsque les causes idiopathiques ou sympathiques qui leur donnent naissance exercent leur influence sur les origines de ces membranes ; et certes alors il ne se passe dans ce phénomène rien que de trèsnaturel; car ces origines se trouvant très -voisines de la peau, jouissent à peu près de la même organisation qu'elle , et pourroieat,. à la rigueur , présenter les mêmes altérations morbides. Ce n'est qu'à mesure que les membranes muqueuses s'éloignent de la peau , qu'elles prennent de plus en plus le caractère qui leur est propre, et que le développement des dartres y devient de plus en plus difficile.
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Dans un passage de son travail , M. Alibert donne à entendre que les dartres diffèrent essentiellement des teignes. Dans notre premier appendice , nous avons fait connoitre que la diversité de structure de la peau crânienne et des autres régions de cette enveloppe constitue seule la cause de la légère différence qvii existe entre ces affections. Que le lecteur examine les planches qui représentent les dartres et qu'il les compare avec celles qui retracent les teignes , il trouvera qu'il existe les plus grands rapports entre ces deux états morbides.
Nous avons peu de choses à ajouter au traitement des dartres conseillé par M. Alibert. Placé à la tête d'un hôpital immense , qui fourmille de ce genre de maladies , ce célèbre médecin a pu essayer les différentes méthodes indiquées par les auteurs , comme propres à détruire ces affections, et s'arrêter à celle qui fut suivie du plus grand nombre de succès.
Nous ajouterons seulement que le traitement antiphlogistique , administré plus énergiquement et continué avec plus de persévérance, rendra nécessairement ces succès plus certains et plus nombreux encore.
Il est nécessaire aussi de prêter une attention plus scrupuleuse à l'état des viscères digestifs. Car nous ne pouvons point nous dissimuler que les affections dartreuses sont souvent produites par une affection gastrique préexistante , et que , dans ce cas , on ne parviendra à les faire disparoître , que lorsque la maladie , qui leur a donné naissance , aura été elle-même dissipée. Nous ferons encore observer que ces irritations du canal intestinal peuvent survenir pendant l'existence d'une dartre , soit par les stimulans employés sans précaution , soit par toute autre cause , et l'entretenir par la stimulation sympathique qu'elles exercent sur la peau avec laquelle les membranes muqueuses soiit si étroitement liées, et que , dans cette circonstance, une des principales indications est d'apaiser l'excitation anomale de ces dernières.
On a pu voir , en parcourant le chapitre des dartres de M. Ali-
bert , qu'elles sont très-clisposées à renaître sous l'influence des agens qui les produisent ordinairement. Il est important de persévérer dans l'emploi des moyens si sagement recommandés par cet illustre écrivain. On se gardera pourtant de poursuivre, comme il le recommande , par des stimulans internes le venin herpétique , qu'il dit subsister encore quelquefois après la disparition de ces affections. L'administration de ces remèdes , loin de prévenir leur recrudescence , ne seroit propre qu'à la favoriser.