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Ce qui frappe le plus, c’est la richesse inouïe de la végétation, qui vient mourir jusque dans les eaux de l'estuaire. La nature est tellement active et féconde, que ces bois, formés d’arbres gigantesques, sont impénétrables au chasseur, tant leslianes et autres plantes sarmenteuses ou volubiles s’entrelacent en lacis inextricables autour des rois de la végétation (désignés sous le nom de dragonnier ou arbre faux cotonnier, nom vulsaire). Les Noirs font sécher ces feuilles, et après les avoir réduites en poudre fine, ilsla mêlent avec le couscousse.
Les Européens traitants ne connaissent que les côtes; je suis un des premiers à avoir pénétré le plus loin dans les terres, à 68 milles; tant j'aimais à arpenter, le fusil sur l’épaule, ces silencieuses et vastes forêts, encore vierges de la rapacité humaine. Nous avons vu de ces géants de la végétation servir à faire des chaloupes, d’une seule pièce, de 25 mètres de long sur 2 et demi de largeur, et portant 160 hommes.
Le sol est peu élevé, ondulé, assez inégal. On ne voit qu’un seul mamelon quand on vient du large; il n’est pas à 100 mètres au-dessus de la mer, et à 2 milles et demi dans les terres. Il porte le nom de mont 4nabey (nom d’un chef de village). Les couches qui supportent ces: forêts vierges sont formées d'assises horizontales de carbonate calcaire, recouvertes de conglomérats arrondis de roches ferrugineuses, à cristallisation amorphe. Les plus grosses roches, d’un aspect grenu, ne dépassent pas un mètre et demi en diamètre; elles sont groupées irrégulièrement, çà et là, comme si elles avaient été entraïnées par les eaux diluviennes et déposées au hasard en plus ou moins grand nombre. Les assises régulières de carbonate calcaire qui sont la base du sol, renferment beaucoup de fossiles coquilliers, appartenant aux bivalves et aux spirées. Une terre argileuse, mais peu liante, mêlée de beaucoup de silice, recouvre ces roches et supporte une couche, assez mince, de terre végétale, provenant des détritus végétaux. Ce n’est qu'à 30 lieues dans les terres qu'apparaissent (au dire des Noirs chasseurs), des terrains élevés (4 journées de marche).
L’abondance et la fréquence des pluies sous la ligne explique ce luxe de végétation. La saison pluvieuse dure 8 mois. Elle commence vers la mi-septembre pour finir à la fin de mai. C’est alors que règnent, surtout en janvier, février et mars, les orages les plus épouvantables et les terribles tornados, si redoulés es navigateurs, surtout à cause de l'énorme production d'électricité, et du voisinage de la foudre, qui menace à chaque instant votre navire. Malgré nos trois paratonnerres, deux fois la foudre est tombée sur le pont. Le thermomètre marque en moyenne 28° à l'ombre, et 45° au soleil, à 4 heure du soir. Fin mai, juin, juillet et août forment la saison sèche ou belle saison. Tout travail végétal cesse. Cette saison si agréable pour l'Européen est fatale au Noir, c’est son hivernage; alors les variations de température sont tellement brusques et variables, les brises constantes du sud et du nord-ouest sont si fraiches et si vives, que l’indigène est foudroyé par les pleuro-pneumonies, les rhumatismes, les bronchites aiguës; aussi abandonnent-ils, tous, les villages de la côte pour se retirer à leurs habitations, situées à plusieurs milles dans les bois, où un épais et impénétrable rideau de verdure les protége contre le piquant des brises régnantes.
Plusieurs peuplades habitent cette contrée. Les Mpongués ou Gabonais peuplent les deux rives de l'estuaire jusqu’à 20 milles en remontant, et leur tribu s'étend à 20 milles nord et sud de l'embouchure. A deux milles derrière eux viennent les habitants des bois ou Boulous; enfin les redoutables Paouïns ou montagnards, que l’on n'avait jamais visités avant M. Méquet.
Les tribus pélagiennes, Cégrossies par le contact de la civilisation européenne, sont généralement belles, robustes et bien proportionnées. La moyenne de la taille est de cinq pieds cinq pouces. Les peuplades nomades des bois sont chétives, osseuses, maladives, et se ressentent du dénüment absolu où ellesvivent. Les Paouïns montagnards (d’après le rapport de mon second chirurgien, qui était chirurgien de l’expédition), sont des hommes d’une beauté remarquable, d’une stature colossale, et doués
d’une intelligence active; car ils fondent et forgent le fer de leurs montagnes, et se fabriquent des armes de guerre, remarquables par leurs dessins bizarres et réguliers. Ils sont très-courageux; ce sont des chasseurs d’éléphants. Les riverains et les habitants des bois ne parlent pas le même langage; peu se comprennent, excepté ceux qui font le commerce intermédiaire des tribus. Leur nourriture est presque composée de fruits, bananes, manioc, ignames, papayes et citrons. Cependant ils sèchent le poisson et fument la chair des Éléphants, des Singes et même celle du redoutable Gorille. Ils sont friands de la canne à sucre, des arachides et du maïs.
Les Gabonaïis habitent des cases en pailles et en bambous, élégamment disposées; elles sont grandes etsymétriquement distribuées. Le toit est formé des feuilles de l’Elaïs quineensis, artistement pliées en deux et juxtaposées autour d’une gaule flexible et mince, maintenues les unes sur les autres par des morceaux de bois blanes et cassants. Les plaques de verdure desséchées au soleil, sont couchées sur les toits, et viennent, comme les ardoises, s’imbriquer les unes sur les autres. On entretient du feu dans la case pour bien les fumer et les, dessécher (sans cela elles pourriraient), et une semblable toiture dure dix ans. Pour que le vent ne les soulève pas, elles sont pressées par de fortes perches qui viennent du toit à la gouttière.
Les habitations des Boulous sont plus grossières : ils se contentent d’écorces d’arbres, qu’ils dresent en plaques en marchant dessus, et dont ils forment la muraille; ils font le toit avec de larges feuilles simples ou bifurquées et plissées dans le sens de leur longueur. Ces cases n’ont qu'une entrée, elles sont basses et enfumées.
Leur industrie est peu avancée.
Le Paouïn forge le fer et l'extrait; il en fabrique ses armes, poignards, lances, casse-têtes, et d’autres armes plus ou moins bizarres. Les femmes obtiennent des feuilles de l'ananas un fil blanc qui sert à faire des filets. Les esclaves font des nattes en paille, quelques-unes fort jolies et de dessins variés; d’autres coupent les bois dans la saison sèche, les brülent, plantent, émondent, arrachent le manioc, récoltent et plantent le bananier, l’igname, l’arachide, le maïs. Les hommes chassent ou pécheni. Quelques-uns s’adonnent au charpentage. Enfin, ils ont des luthiers, car j'ai vu des harpes fort curieuses, enrichies de sculptures assez originales, et ayant de 3 à 6 cordes, en racines très-fortes et déliées. L'âme de l'instrument est recouverte d’une peau de serpent. Les sons en sont fort harmonieux.
Ils sont intelligents, mais paresseux. Le portugais, l'anglais, l’espagnol et le français sont entendus assez bien par beaucoup d’entre eux. Leurs mœurs sont douces et paisibles. L’esclavage existe, et du nombre d'esclaves des deux sexes dépend la richesse du maître. Ils nomment leur médecin Oganga ou féticheur. Leur religion est un mélange de théisme et de superstitions grossières. Ils croient à la métempsycose.
Les produits du pays sont : l'ivoire, la cire, un peu d’arachides, du boïs noir et rouge et quelques pelleteries,
Leur gouvernement est patriarcal et héréditaire. La succession a lieu non de père en fils, mais de frère à frère, issus de la même mère. Les chefs sont élus par le suffrage des tribus, mais toujours dans la même famille. Les affaires se traitent dans un conseil des anciens, sous la présidence du roi. Ils sont divisés par villages, obéissant à des chefs, relevant des grands chefs. La polygamie existe, et le nombre de femmes indique la richesse du maître.
Deux ou plusieurs d'entre elles sont investies de la police des esclaves et de la culture des terres, et sont l’objet d’une profonde vénération.
Le moral des tribus pélagiennes s’est amélioré sous les influences philanthropiques des missions religieuses françaises et américaines, qui sont établies au Gabon depuis plusieurs années. Il y a des écoles dans plusieurs villages.
Leurs funérailles sont singulières : les cadavres sont portés religieusement dans un bois sacré, et auprès sont disposés les ustensiles de chaque homme libre. Personne ne met les pieds dans le séjour des morts que pour y conduire une nouvelle victime. A certaines époques ils viennent y célébrer la fête des mânes errants. Les esclaves morts sont tout bonnement mis sur la lisière déserte des bois, où blanchissent leurs ossements épars.
Quand une personne notable tombe malade, on lui construit une case en feuillage dans le milieu du village; le prêtre fétiche et médecin, vient la visiter et ordonne des cérémonies plus ou moins bizarres, qu’il serait trop long de citer ici.
J'entre maintenant dans les richesses naturelles ou zoologiques de ces contrées. Je ne ferai qu’indiquer rapidement chaque classe. (Suit une liste des végétaux principaux du Gabon.)
SUR L’ENGÉ-ÉNA.
Je passe maintenant à l’histoire de l’'Engé-éna, Troglodyte de ces contrées.
Le 28 mai 1846, {Aube (corvette) fut envoyée au Gabon pour y faire le service d'hôpital stationnaire. Par mes relations de voyage, j'ai eu de nombreux rapports avec tous les traitants, les missionnaires et les chefs du pays. J'ai vécu trente mois parmi eux, j'ai donc pu me mettre au courant de ce qu'il y avait de plus remarquable. Bientôt j’eus connaissance (octobre 1846) d'une espèce de Singe fort redoutable dont le voisinage inspirait la plus grande terreur aux Noirs, vivant aux habitations. Les faits extraordinaires qu’on leur imputait ne me faisaient accepter qu'avec réserve leurs récits merveilleux, lorsque dans une excursion sur la rive gauche de l'estuaire, étant en chasse, je trouvai dans une habitation éloignée une tête appartenant à ce géant des forêts. Je la payai 10 francs. Le type féroce et formidable que j'avais sous les yeux, excita au plus haut degré ma curiosité, et comme la squelettologie était ma passion dominante en histoire naturelle, je fis tous mes efforts pour me procurer un de ces individus. J'en parlai à M. Walker, qui me dit qu'il faisait des tentatives de son côté, mais qu’elles étaient jusqu'alors sans succès. J'avais déjà amassé quelques têtes, quelques os; j'offris 400 francs à celui qui m'en apporterait un en peau. Ce fut en vain. Désespéré, j'allais partir dans vingt jours, quand M. Walker, missionnaire, m'écrivit pour me faire part qu'il s’en était enfin procuré un après deux ans d'attente; il me demandait des conseils pour le préparer et l’envoyer à Boston. Ayant beaucoup d'occupation et de malades, je ne pus me rendre auprès de lui; mais je lui donnai le conseil de mettre l'animal dans un baril d'alcool, ou d’eau-de-vie, tenant du sublimé en dissolution. Ce qu'il fit. J’allais partir avec mes quelques échantillons, déjà mes visites élaient faites, quand M. Wilson, revenu d'Amérique et chef de la mission américaine, me fit don d’un Engé-éna, dont la putréfaction était avancée, et que par mesure sanitaire on avait cru prudent d'enfouir avec le baril dans le sol. Me voyant possesseur d’un trésor si ardemment désiré, je cherchai à le conserver en chair; mais il me fallait de l’eau-de-vie, et le prix exorbitant où on la vendait sur les lieux, me mit dans l’impossibilité de faire ce sacrifice, n'ayant pas reçu de solde depuis cinq mois. Je le mis en squelette, et pendant qu'on le nettoyait, je pris rapidement des notes sur ses caractères extérieurs, puis j'opérai la section des appendices abdominaux et thoraciques, et je commençai la préparation.
Je fus saisi d’étonnement à la vue de cette masse de chair, aux riches proportions musculaires. Je reçus de l’obligeance de M. Walker les mesures suivantes, que je transcris fidèlement, après les avoir
moi-même vérifiées. ù Pieds. Pouces.
Hauteur ‘de:l'animal assis. eee es nn ROIS 0. Hauteur debout (de l’occiput au talon)........................ 9, 8.
SINGES. — GORILLE. ÿ 87
Pieds. Pouces.
Diamètre transverse, bras étendus, d’un médius à l’autre. ....... 6, 8. De la tête du troisième métacarpien à l'extrémité du médius...... 0, 7. La main à plat, doigts écartés, du pouce au petit doigt. ........ 0.) 9. Du cubilus (en arrière) à l'articulation radio-carpienne... DO TUE 2° D'un acromion à l’autre, diamètre transverse... VOB ob ae CCTAUr 6. Circonférence du thorax, au-dessus des mamelles. ........... 3, 8. Diamètre à la base du thorax (ouvert).............. 00000600 0 4, 4. Longueur du pied, du bord postérieur du calcanéum à l'extrémité phalangienne du pouce........ Oav oo sessiie sers. 010, 404/2: Diamètre transverse du pied (gros orteil en adduction forcée). .... 0, 8. De la rotule (bord supérieur ou base) au bord supérieur de l’as- (EC IELo0 cosoooanodscoecoste voue Éoocoasdococoouue 0400000 y 3. Circonférence du poignet. ........... #2... DopAbcbae 0, 9. — de l’avant-bras à son tiers supérieur... ...,.... SIA 0. — du bras à l'insertion deltoïdienne................ (0, 140. — de la jambe au-dessus des malléoles............., 0, 41 — au tiers supérieur de la cuisse................ 04010" 41/2" Largeur du premier espace inter-osseux du pied... ... OUDbboaS RU 0; 3 4/2. Longueur des phalanges du pouce, réunies... 09 OA Ho a ce mah 0, 2 1/2. — du doigt médius, main........ enter fete ie de 0, k. —rdelindex imain-see-#e. Doooooncaooodcobnos 090606 0, 3 41/2. — du cinquième doigt (petit), main............ 0006 opte 0, 2 4/2. Largeur de la main (au niveau des premières phalanges, le premier espace inter-0sseux non compris. .... DOS 0C 000006000005 0, 5. Circonférence du médius (main).......... DOUTE ogooocvun 4 3/8. — du pouce (main)...,........ 09600 0006 2600600000 01 3 3/4. Longueur du gros orteil........... doodcoe É0D00S6000000 A8 : 0, 2 1/2. Premier espace inter-osseux du pied (de dedans en dehors)... 00; 5 4/2. Longueur du second orteil....,............. DOTT 000 UTC S o 0, 2 3/4. — MN dutroisième-crieil........,....... D T0T Dane o 000 a 0, 2 1/4. — du cinquième orteil..…..... ÉLOTSObooodIbo ua vo G 860 0 (D 1 3/8. Circonférence du gros orteil........... Ébnot Dove 00 060068 60 D} 4 1/2. — du troisième orteil............... 0VDO060 00806 0, 3 7/8. Largeur du bassin (d’une épine iliaque supérieure à l’autre)...... 4, 1. Circonférence.des mamelles "tm. cneu D000000 Un 0. Lonoueur de la mamelle pendante, prise de la demi-circonférence inférieure, ...... SCI tele eo DE So OU TS ÉD o D Gb h'00 dd 00 0, k. Cœur: \Circonférence, atlatbase. en D ER : | 6.