Le MioPrTHÈQUE TALAPoIN, Miopithecus talapoin
Caractéristique générique.— Formes grêles. Membres et queue longs. Mains assez allongées, ayant les doigts réunis à la base par des membranes. Pouces antérieurs bien développés (bien moins cependant que les postérieurs). — Ongles en gouttières.
Crâne volumineux, s’élevant supérieurement au-dessus des orbites. Museau très-court.
Yeux trés-grands. — Conques auriculaires très-grandes.—Nez très-peu saillant; cloison inter-nasale assez épaisse; narines de
forme allongée, ouvertes, non pas seulement sous le nez, mais à la fois inférieurement et latéralement *. — Des callosités ischiatiques.
Des abajoues. — Incisives médianes supérieures très-développées. Canines supérieures longues (chez les adultes), tranchantes postérieurement. Aux deux mâchoires, les deux premières mâchelières quadrangulaires, à quatre tubercules, dont les deux externes à la mâchoire supérieure, et surtout les deux internes à l’inférieure, sont saillants et pointus. Derniere molaire de chaque mâchoire plus petile que les précédentes; l’inférieure ;se rélrécissant en ar-
‘ J'en ai figuré la disposition , comparable à celle que présentent plusieurs Singes américains (Voyez plus haut, p. 523), dans mon Mémoire, déjà cité, sur les caractères de ces derniers.
Ancaives pu Muséum, Tome Il. à 70
rière, z’ayant que trois tubercules, savoir : deux antérieurs, disposés comme ceux des autres mächelières, eé un talon, plus étroit que le reste de la dent. La supérieure offrant une disposition analogue, et beaucoup moins étendue d’avant en arrière que transversalement.
Taille très-inférieure à celle de tous les autres Singes de l’Ancien- Monde (environ trois décimètres).
Car. spécifique.—Le nez noir; le pelage vert, avec les parties inférieures du corps et internes des membres, blanches; les poils du front relevés et formant une sorte de huppe large et courte.
Tab. —L’Afrique, côte occidentale (?).
Synonymie générique. CEercorrrHEcus, Erxleben, et presque tous les auteurs postérieurs à Erxleben. —Mioprraèque, Mroprrxecus, Is. Geoffroy, Comptes-rendus hebdomadaires de l'Académie des Sciences, t. XV, p. 720 et 1037, 18/2, et article Cercopithèque du Dictionnaire universel d'histotre naturelle, t. III, p. 308, 1842.
Syn. spéc.—Tarapoin, Buffon et Daubenton, Histoire naturelle, t. XIV. — Siur4 TAï.4POIN, Lin.; Schreb. ; J. B. Fisch.—CrErcOPITHECUS TALA- PoIN, Erxleb. 1777, et un grand nombre d’autres zoologistes. — C.T414- POIN et C. PILEATUS, Geoffroy-St-Hilaire, Tableau des quadrumanes, 1819; Desmarest, Mammalogie, 1820; Lesson, Manuel, 1827. — TaLapoin ou MÉLARHINE, Fréd. Cuvier, Mammifères de la ménagerie, livraison XLIH, août 1824. — MIOPITHÈQUE TALAPOIN, M. TALAPOIN, Is. Geoffroy, locrs cit.
Dans la Zoologie du Voyage de M. Belanger, j'avais fait remarquer que le Cercopithecus pileatus des auteurs modernes est établi sur un Talapoin décoloré par l’action longtemps prolongée de l’alcohol. Quelques auteurs modernes, en suivant cette indication, ont cru à tort devoir ajouter à la synonymie du Talapoin, la Guenon couronnée de Buffon, qui est le Sëmia pileata de Shaw. Ce dernier, comme j'avais eu le soin de le dire, est un Macaque.
C'est ici le lieu de rectifier aussi une erreur commise par moi-même. En indiquant, pour la première fois, dans les Comptes-rendus de l'Académie ,
SINGES. D51 et en décrivant sommairement, dans le Dictionnaire universel, le genre Miopithèque , javais présenté ce genre comme compost dès-lors de deux espèces. Comme je me suis empressé de le déclarer dans les Comptes-rendus (loc. cit., p. 1037), la seconde espèce est purement nominale, e{ doit être entièrement effacée de la liste des Mammifères. J'avais été conduit à l’admettre, d’après l'examen d’une peau bourrée, sans crâne, qui avait été aruficiellement déformée, et dont on à fait reparaître, en la ramollissant, les véritables caractères.
Le Talapoin reste donc jusqu’à présent le seul Miopithèque connu.
Dès 1829, dans mon Mémoire sur les caractères des Singes américains , j'avais fait connaitre que le Talapoin de Buffon, quoique africain ‘, diffère par la disposition de ses narines, soit de l’ensemble des Singes de l'Ancien Monde, soit, par conséquent, en particulier, des vrais Cercopithèques ou Guenons, au milieu desquels le rangent tous les auteurs. Une étude plus complète m'a montré qu’il diffère aussi des Cercopithèques par plusieurs autres caractères remarquables, et qu'il doit être érigé en un genre distinct.
Parmi les caractères compris dans la caractéristique, j’insisterai ici sur la forme générale de la tête et la brièveté du museau, et sur ceux qui sont relatifs au système dentaire. Par les premiers, les Miopithèques, selon le nom que j'ai donné au genre dont le Talapoin est le type, se placent nécessairement audessus des vrais Cercopithèques, et se lient avec les Semnopithèques. Par les seconds, et particulièrement par l’existence à la dermière molaire inférieure, de {rois tubercules seulement, ils sont au
! Buffon croyait le Talapoin originaire de l'Inde, et de là le nom scus lequel il a désigné ce Singe. On le regarde aujourd'hui, mais non sur des preuves suflisantes, comme venant de la côte occidentale d'Afrique.
contraire dans des conditions toutes spéciales et nettement caractéristiques. Chacun sait, en effet, que la dernière molaire inférieure a quatre tubercules chez les Cercopithèques et chez quelques autres Singes de l’Ancien Continent, et qu’elle en a cinq chez les Semnopithèques*, les Macaques et la plupart des genres de la seconde tribu.
À ces traits distinctifs et à ceux qui sont résumés avec eux dans la caractéristique générique, j'ajouterai les caractères ostéologiques suivants’. à
L'ouverture antérieure des fosses nasales, fait déjà signalé par Daubenton, remonte jusqu’au-dessus du niveau inférieur des fosses orbitaires. Ce caractère remarquable résulte, à la fois, de la plus grande étendue longitudinale de cette ouverture, de la brièveté de la face, et du diamètre considérable des orbites.
Celles-ci, dont l’ouverture antérieure est très-grande, et a presque autant de hauteur que de largeur, sont très-profondes. Elles ne sont séparées intérieurement que par une cloison osseuse très-mince, transparente même dans une partie de son étendue, comme chez plusieurs Singes américains.
Le diamètre antéro-postérieur du grand trou occipital est moindre que son diamètre transversal. On sait que le contraire a ordinairement lieu.
Enfin, j’ajouterai que les mains postérieures, et spécialement les métatarses, sont très-allongés, beaucoup plus que chez les Cercopithèques.
En résumé, le Talapoin, dans lequel on n’avait vu qu’un Cercopi- - thèque, qu'Erxleben considérait, avec doute toutefois, comme le
! Sauf quelques exceptions rappelées plus haut. Voyez p. 54 et 549. ? M. de Blainville a récemment donné dans son Ostéographie, une bonne figure de squelette entier du Talapoin.
jeune âge du Cercopithecus cephus, et dans lequel M. G. Cuvier lui-même: inclinait à ne voir qu'un jeune C. cynosurus, le Talapoin se sépare des Cercopithèques par des modifications dont la valeur générique ne saurait être contestée. D’une part, le système dentaire qui offre des caractères qu’on ne retrouve chez aucun auautre Singe; d’une autre part, la conformation très-caractéristique des organes des sens; enfin, le volume considérable de Pencéphale, fournissent à ces Singes des caractères à la fois importants physiolosiquement, et très-tranchés au point de vue zoologique.
Il est à remarquer que toutes les modifications organiques qui distinguent, le Talapoin ou mieux, d’une manière plus générale, les Miopithèques des Cercopithèques et de tousles autres Singes de PAncien-Monde, tendent à les rapprocher des Singes américains. Il en est ainsi du volume de l’encéphale et des globes oculaires, de l’extrème brièveté de la face, de l'étendue des conques auriculaires, de la disposition très-remarquable des narines, de la petitesse de la dernière molaire (mais non toutefois de l’existence de trois tubercules seulement), de la saillie et de la forme pointue des tubercules des mâchelières, et enfin de la petitesse de la taille. Aussi, lorsque la ménagerie du Muséum a possédé des Miopithèques, les ai-je vu prendre plusieurs fois pour des Singes américains, sinon par des zoologistes instruits, au moins par des personnes qui n'étaient pas étrangères à la science.
Le nom que j'ai donné à ce nouveau genre, Miopithecus*, rappelle la petite taille du Talapoin, qui en est le type. C'est la considération de cette petite taille qui, avec la remarque déjà faite sur les
! Voyez le Règne animal, 1'° édition, t. I. ù 2? Miopithecus, Meroriônzos, plus petit Singe : de Msimv, moindre, plus petit, où Mstov, moins, et de Iliën£ ou Iliônxos, Singe.
narines, m'a conduit à examiner et à revoir avec soin les caractères génériques du Talapoin. Les résultats auxquels je suis arrivé, concordent parfaitement avec les résultats généraux de mes recherches sur les lois des variations de la taille dans le règne animal; et encore ici je n'ai qu'à m’applaudir d’avoir suivi, dans lune de ses conséquences, le principe que j'ai posé, il y a douze ans, sur la similitude de la taille des espèces véritablement congénères.
Les mœurs des Miopithèques, dans létat sauvage, ne sont nullement connues. En captivité, à Paris el à Londres, quelques individus ont pu être étudiés, et tous les observateurs, quand ils n'avaient pas sous les yeux des individus épuisés par la maladie, ont éte frappés, comme je Pai été moi-même, de la grâce, de la gentilesse et de la douceur de ces Singes. Je puis donc répéter de leur naturel, ce que j'ai dit de leurs caractères organiques : il diffère notablement de celui des Cercopithèques, et se rapproche de celui des Singes américains, notamment de ces pelites et élégantes espèces insectivores, à cerveau et à organes des sens si développés, les Callitriches et les Saïmiris, qu'ils semblent représenter parmi les Singes de lAncien-Monde.
Autant il était nécessaire de revenir sur les caractères génériques du Talapoin , autant il serait superflu de développer ici la caractéuistique spécifique. La description et la figure de M. Frédéric Cuvier*, donnent en particulier une idée fort exacte de la coloration du Talapoin et des autres caractères extérieurs que l’on doit considérer comme de valeur spécifique.
* Recherches xoologiques et physiologiques sur les variations de la taille chez les animaux sauvages et domestiques, et dans les races humaines. Voyez le Recucil des Mémoires des savants étrangers, publiés par l'Académie des Sciences, t. IT, p. 503 à 572, etmes Essais de Zoologie générale, p. 330 et suivantes.
2 Loc. cit.
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8. Le CERCOPITHÈQUE AUX LÈVRES BLANCHES, Cercopilhecus. labiatus.
Car. — Pelage long et bien fourni. Parties supérieures d’un gris foncé très tiqueté de jaune pâle olivâtre; parties inférieures d’un blanc sale ; une tache noire sur la face au-dessus de la commissure des lèvres ; le reste du tour de la bouche blanc ; les quatre mains et la face externe des membres de devant, noires; face externe des membres postérieurs, cendré-brunâtre; face interne des uns et des. autres, cendrée; queue d’un fauve sale inférieurement dans une assez grande étendue, variée de roux et de noir en dessus dans la même portion ; le reste de cet appendice noir.
Hab. — L'Afrique, côte occidentale ?
Syn.—C. LAB14TU8, Is. Geoffroy dans les Comptes-rendus hebdomadaires de l’Académie des Sciences, 1. XV, p. 1038, et dans l’article Cercopithèque du Dictionnaire universel d'histoire naturelle, 1. IE, p. 302, 1842.
Cette espèce ne m’est encore connue que par un seul individu, venu, par la voie du commerce, d'Afrique, vraisemblablement de l'Afrique occidentale.
Elle a le pelage long et bien fourni; les poils du dos sont couchés el dirigés en arrière. Il existe sur chaque joue un bouquet de longs poils dirigés aussi en arrière. Les oreilles sont garnies intérieurement de poils gris et roussâtres; caractère par lequel le C. labiatus rappelle le C. erythrolis de M. Waterhouse.
Le sommet de la tête est d’un noir tiqueté de jaune-verdädre. Le front et les joues sont au contraire d’un jaune-verdâtre tiqueté de noir, parce qu'ici ce sont les anneaux clairs qui dominent.
La coloration des parties supérieures et inférieures du corps, des membres et de la queue, a été décrite dans la caractéristique ; mais j’ajouterai ici que la gorge est d’un blanc sale aussi bien que les autres parties inférieures, et que le tour de l’anus est d’un fauve sale, comme l’est aussi inférieurement la queue dans sa première portion.
Notre individu a environ quatre décimètres du bout du museau à l’origine de la queue; et la longueur de celle-ci est de près d’un demi-mètre.
La détermination de ce Cercopithèque n’est pas exempte de difficultés, et il peut même rester quelques doutes sur l’existence du C. labiatus comme espèce distincte. D’une part, il n’est connu que par un seul individu; et de l’autre il a des rapports plus ou moins intimes avec quatre autres espèces, C. rüctitans, C. Martini, C. erythrotis et C. Campbell, dont trois ont été décrites depuis peu d'années, et restent encore imparfaitement connues.
Le C. nictitans, décrit par Buffon sous le nom de Guenon à nez blanc proéminent, et connu en France, depuis Audebert, sous le nom de Hocheur, est peut-être des vingt espèces aujourd’hui comprises dans le genre Cercopithèque, celle qui se rapproche le plus du C. labiatus. La teinte générale du pelage est la même; la disposition des poils des joues est aussi très-analogue ; et il existe plusieurs autres traits de similitude; mais la coloration des parties inférieures et celle de la queue sont très-différente, et caractérisent nettement le ©. /abiatus par rapport au C. rictitans.
Le C. Martini, espèce récemment décrite par M. Waterhouse, a, comme le C. labiatus, la poitrine d’un blanc sale; mais l’abdomen est brunätre. La coloration de la queue n’est pas non plus la
+ Proceedings of the zoological society of London, ann. 1838, p. 58.
SINGES. j 557 même que chez le C. labiatus ; remarque qui s'applique aussi, et beaucoup mieux encore, au C. erythrotis de M. Waterhouse!.
Enfin, le C. labiatus diffère du C. Campbell, du même auteur’, par sa queue jaunâtre inférieurement dans une partie de son étendue; par la similitude de la couleur des parties postérieures du corps et de celle des parties antérieures, et par la disposition des poils du dos, tous couchés, dirigés en arrière, et presque parallèles entre eux.