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SECOND MÉMOIRE

Par M. Isipore GEOFFROY SAINT-HILAIRE.

Dans un premier Mémoire sur la grande famille des Singes’, j'ai présenté des considérations générales sur la classification et les caractères des Primates, et décrit dix-neuf espèces nouvelles ou encore imparfaitement connues. Parmi ces dix-neuf espèces, toutes de lPAncien-Monde, deux font partie de la tribu des Pithéciens, si remarquable par les affinités de son organisation avec celle de l'Homme; toutes les autres appartiennent à la vaste tribu des Cynopithéciens. Il me reste à faire connaitre quelques espèces

1 Archives du Muséum, t N, p. 485 à 59.

américaines’, appartenant à la troisième tribu de la famille des Singes, celle des Cébiens”.

1, LE SAÏMIRI A DOS BRULÉ, Sarmiris ustus.

(Planche 1.)

Caractéristique générique. — Formes légères. Membres allongés; les postérieurs beaucoup plus longs que les antérieurs. Pouces médiocrement allongés ; les antérieurs, à peine opposables® — Ongles des pouces postérieurs aplatis, ceux des pouces antérieurs convexes ; les autres en gouttière. — Queue longue, assez grêle, entièrement velue (à l’état adulte), très-faiblement prenante.

Tête très-allongée, très-volumineuse, surtout en arrière. Occiput séparé des oreilles par une distance assez grande, en raison du développement considérable du crâne et de l’encéphale en arrière du grand trou occipital. Front assez élevé au-dessus des orbites sur la ligne médiane, mais, latéralement, fuyant, et se confondant avec les bourrelets sus-orbitaires. — Face très-courte.

1 J'ai précédemment décrit, dans d’autres mémoires ou articles , divers Singes de la tribu des Cébiens qu'il suflira de rappeler ici, savoir : le Hurleur à queue dorée, l’Atèle métis et les Ériodes. Voyez Description d’un genre nouveau sous le nom d'Ériode, dans les Mémoires du Muséum, t. XNI ; description de deux espèces nouvelles de Singes à queue prenante, ibid. ; article Sapajous du Dictionnaire classique, et Etudes zoologiques ; 47° livraison. — Depuis que ces divers articles ont été publiés, j'ai eu occasion d'observer deux Atèles métis vivants, et de confirmer, par leur examen, la détermination que j'avais donnée de l'espèce. Quant au genre Ériode, je dois saisir cette occasion de signaler la confusion faite , à plusieurs reprises, et tout récemment encore, entre ce genre et celui que Spix avait antérieurement pro posé sous le nom de Brachyteles. Il serait d’ailleurs inutile d’insister sur ce point, déjà traité dans mon Mémoire sur les Ériodes.

2 Voyez à la fin du mémoire, la note 1.

5 On a vu, dans mon premier Mémoire (p. 500 ), que ce caractère est commun à tous les Cébiens, les Atèles et Les Ériodes exceptés ; genres dans lesquels les pouces antérieurs , beaucoup plus imparfaits encore , sont réduits à quelques vestiges extérieurs où même à de sim-

ples rudiments sous-cutanés.

Yeux volumineux , très-rapprochés lun de l’autre, et surtout en arrière où la cloison inter-orbitaire est seulement membraneuse. —- Conques auriculaires moyennes, de forme simple.—Narines de forme allongée, latérales, séparées par un large intervalle. — Pelage peu fourni, principalement composé de poils annelés.

Incisives à la mâchoire supérieure, incisives et canines, inférieurement, disposées en ligne droite. Canines longues, sillonnées longitudinalement. Canine supérieure de chaque côté, séparée de lincisive externe par un intervalle qui reçoit la canine inférieure correspondante, quand les mâchoires sont rapprochées. Molaires à couronnes médiocrement étendues, à tubercules, les uns mousses, les autres aigus, surtout ceux de la partie externe. Molaires supérieures, disposées par rangées irrégulièrement rectilignes, sensiblement aussi distantes en avant qu’en arrière. Les supérieures, surtout les fausses molaires, transversalement allongées. La dernière molaire, de chaque côté et à chaque mâchoire, très-petite‘.

Taille très-inférieure à la taille moyenne des Singes.

Car. spécifique. — Dessus de la tête et face externe des membres d’un gris ol.vâtre ; les parties supérieures du corps, d’un roux varié de noïrdtre, passant au noir sur la partie postérieure et médiane du dos. Les avant-bras et les quatre mains, d’un jaune roux doré.

Habitat. — Le Brésil (d’après mon père qui a rapporté de Portugal le seul individu qui me soit connu ).

Synonymie générique. — CALLITHRIX, Geoffroy-Saint-Hilaire et presque tous les auteurs modernes. — Saïmirt, Cuvier, Règne arimal , 2° édition,

! Je n'ai pas indiqué, dans cette caractéristique , les nombres dentaires. On sait qu'ils sont les mêmes chez tous les Cébiens ; la formule dentaire (sauf Les exceptions individuelles) est, pour toute cette tribu (loc. cit. p. 521.); la suivante :

4GI+C+ 3m +3M)—=36 D.

t. 1, p. 103, 1829, et d’après lui, Voigt, Thuerreich, Leipzig, 1831 (groupe considéré par ces auteurs comme une simple section, et non comme un senre distinct). — Saïmiri, SADMIRIS, Is. Geoffroy, Cours de Mammalogre, résumé publié par M. Gervais, p. 19, 1835 et Comptes-rendus hebdomadaires de l’Académie des Sciences, t. XVI, p. 1151, mai 1843. (Analyse sommaire d’un travail étendu, destiné à paraître très-prochainement dans la Zoologie de la Vénus.) — Saïmirr, PITHESCIUREUS, Lesson, Species des Mammifères bimanes et quadrumanes, 1840, et Tableau du règne animal, 1842. — Saïmirt, Pouchet, Zoologie classique, t. 1, p. 50, 1841. — CHRYSOTHRIX, Wagner, Archiv für Naturgeschichte, ann. 1842, t. 1, p.397.

Syn. spéc. — Saïmiri, variété, Geoffroy-St.-Hilaire, Tableau des Quadrumanes dans les Annales du Muséum, t. XIX, p. 113, 1812; Lesson, Species, loc. cit.—Saïmirt À DOS BRULÉ, S. USTUS Is. Geoffroy, Comptesrendus, loc. cit., p. 1152.

Dans la presque totalité des traités de Mammalogie, on n’admet encore qu’une seule espèce de Saimiri, et cette espèce se trouve réunie, sous le nom générique de Callitriche, avec plusieurs autres petits Singes américains. Les seuls auteurs qui, après moi, aient fait des Saimiris un genre distinct, sont MM. Lesson, Pouchet et Wagner; encore le groupe est-il présenté par le premier de ces naturalistes, comme un simple sous-genre de Sagoins ( Saguinus ) ; indiqué par le second en quelques mots seulement, et simplement mentionné par le troisième. En figurant ici, pour la première fois, le S. ustus, il est donc utile que je ne me borne pas à exposer les caractères spécifiques de ce Singe ; mais que j’insiste aussi sur la valeur de ses caractères génériques. Tel est le motif pour lequel j'ai cru devoir placer ici un extrait d’un Mémoire fort étendu sur les Saimiris, qui doit paraitre très-prochainement dans la Zoologie de la Vénus

C’est surtout par la conformation de la tête que les Saïmiris different essentiellement, soit des Callitriches avec lesquels ils sont restés si longtemps confondus, soit de tous les autres Singes. Les proportions du crâne, par conséquent aussi de l’encéphale et de la face, d’un côté, et, de l’autre, la disposition des globes oculaires, méritent principalement de fixer l'attention.

On sait que chez presque tous les Singes, et les Callitriches sont eux-mêmes de ce nombre, la base du crâne se relève immédiatement ou presque immédiatement en arrière du trou occipital, et remonte, soit obliquement, soit même presque verticalement, de manière à représenter bien plutôt une face postérieure que la continuation de la face inférieure du crâne. Chez les Saïmiris, au contraire, l’occipital presque tout entier est horizontal , et par conséquent compris dans la face inférieure du crâne; d’où l'existence, derrière le trou occipital, d’une étendue horizontale encore considérable. Cette étendue est telle que, chez l'adulte, la distance comprise entre les incisives et la partie antérieure du grand trou occipital n’est que sensiblement double de celle qui sépare la partie postérieure de cc même trou de lextrémité postérieure de la face inférieure du crâne. Chez les jeunes sujets, le crâne étant plus développé encore, et la face plus courte, le rapport entre ces deux distances est moindre encore; selon l’âge, il est égal à un et demi, à un et un quart, et même à un.

Cet extrême développement de la partie postérieure du crâne, par conséquent aussi de l’encéphale, sur lequel mon père a, depuis plusieurs années déjà *, fixé lattention des zoologistes, est nécessairement en rapport avec an développement corrélatif de la partie postérieure de l’encéphale. Le rapport est ici d'autant plus

1 Cours de l'histoire naturelle des Mammifcres, dixième lecon, juin 1828.

Ancuiyes pu Muséum, roue IV.

exact que les os de la voûte du crâne sont fort minces et comme moulés sur les méninges. Les hémisphères cérébraux sont surtout le siége de ce développement qui fait de lencéphale des Saimiris lencéphale le plus volumineux que l’on connaisse chez aucun animal. Le lobe moyen du cervelet est, il est vrai, très-développé et très-saillant en arrière ; mais lui-même est dépassé de beaucoup par les hémisphères cérébraux.

Du reste, comme je lai établi dans mon premier Mémoire‘, ces mêmes Singes, placés au premier rang entre tous, et à côté de l'Homme lui-même, si ce n’est au-dessus, par la masse proportionnelle de leur encéphale, sont à un rang très-inférieur pour le nombre de leurs circonvolutions cérébrales. Il en est surtout ainsi des lobes antérieurs dont la surface est lisse dans la plus grande partie de son étendue. Les lobes postérieurs n’ont de même que très-peu de circonvolutions; mais ce dernier caractère est commun aux Singes des trois dernières tribus *.

Après ces caractères, que leur importance physiologique place nécessairement au premier rang, viennent, chez les Saïmiris, ceux que fournissent les appareils de la vision. Les yeux, très-inférieurs toutefois en volume, à ceux des véritables Singes nocturnes, tels que les Nyctipithèques*, sont remarquables par leur grandeur, mais bien plus encore par leur extrême rapprochement. [ls ne sont séparés l’un de l'autre, si ce n’est tout à fait en avant, que par une cloison extrêmement mince; et cette cloison, caractère propre aux Saïimiris, est seulement membraneuse dans une grande partie de

4 Loc. cit., p. 515.

2 J'ai fait représenter comparativement, dans l’atlas de la Zoologie de la Vénus, Vencéphale d'un Saïmiri et celui d'un Ouistiti. Dans la même planche, j'ai fait représenter comparativement le crâne du Saïmiri à dos brûlé, celui du Saïmiri ordinaire ou sciurin dans différents âges, et celui d’un Callitriche.

5 Voyez, à la fin du mémoire, la note I.

son étendue. Aussi, dans les crânes préparés que l’on trouve dans

les collections, la cloison inter-orbitaire se montre-t-elle, ainsi qu’on le sait depuis longtemps, perforée dans un espace très-étendu, de forme elliptique, qui correspond à Ja place ordinairement occupée par la portion de l’ethmoïde dite os planum.

Ces conditions orgauiques fort remarquables, et que lon ne retrouve dans nul autre genre, pas plus chez les Callitriches que dans tout autre groupe, ne permettent pas de confondre plus longtemps les Saïmiris avec ceux-ci. Voici maintenant quelques caractères distinctifs d’une bien moindre importance, mais qui, étant extérieurs, et propres, par conséquent, à fournir les éléments immédiats d’une détermination générique, ne doivent pas rester négligés comme ils l'ont été jusqu'a présent.

Les narines fournissent, sinon à légard des Callitriches, du moins à l’écard des Nyctipithèques, un caractère éminemment distinctif. Elles se présentent sous la forme d’oavertures elliptiques placées tout à fait latéralement, et séparées par un intervalle assez grand, entièrement recouvert de poils ras. Les Saïmiris sont donc du nombre des Singes auxquels le nom de Platyrrhinins était justement applique.

Les oreilles, qui, en raison du développement de l’occiput, semblent ne pas occuper leur place ordinaire, sont médiocres. Elles sont de forme très-simple, la conque représentant un demicercle dont le bord supérieur se replie sur lui-même.

Les dents sont fort différentes de celles des Callitriches, et c’est ce que je ferai voir dans le paragraphe suivant, par la description de celles-ci. Par le système dentaire, c’est des Sajous et des Nycuüpithèques que se rapprochent les Saïmiris. Il existe toutefois plusieurs différences génériques. Les principales de ces différences, à la màchoire supérieure, sont relatives à l’avant-dernière molaire qui a la

couronne plus petite et plus simple, notamment moins étendue d’avant en arrière que chez les Nvctipithèques, et surtout aux incisives : celles-ci sont placées, chez les Saïmiris, presque exactement en ligne droite; absolument comme chez les premiers Singes de PAncien-Monde et chez l'Homme. À la mâchoire inférieure, les incisives, et même aussi les canines, sont pareillement placées sur une ligne droite. L’avant-dernière molaire, aussi longue que large, est, comme à la mâchoire supérieure, plus petite que la dent correspondante des Nyctüpithèques; et, de plus, une différence analogue, mais beaucoup plus prononcée, existe entre Ja dernière molaire des Saimiris, qui est fort petite et presque rudimentaire, et la dernière molaire des Nyctipithèques. A lune et à autre machoire, les canines sont, chez les vieux individus, saillantes, très-épaisses à leur base, et creusées d’un sillon très-prononcé, placé, pour les supérieures, à la face antérieure, pour les inférieures, à la face interne".

Les Saïmiris ressemblent beaucoup plus aux Nyctipithèques et aux Callitriches par le corps et les membres que par la tête, et il serait superflu d’insister ici sur des caractères qui sont loin d’être aussi remarquables que les précédents. Je me borne donc à renvoyer à leur égard à la caractéristique générique qui a été donnée ci-dessus. Je ferai seulement remarquer que la queue, très-faiblement prenante, et entièrement velue chez adulte en parfait pelage,

! Pour compléter ce qui est relatif à l'appareil de Ta mastication, j'ajouterai que la màchoire inférieure des Saïmiris est remarquable par la forme de la branche montante, fort peu haute, mais très-large, et non dilatée postérieurement. Les branches horizontales ont un peu plus de hauteur en avant qu’en arrière. Chez les Nyctipithèques et les Callitriches , l'inverse a lieu, savoir : chez les premiers, d'une manière peu marquée, et, chez les seconds, d'une manière si prononcée que la hauteur de la branche de la mâchoire est presque double

au-dessous de la dernière molaire de ce qu'elle est au-dessous de la première.

SINGES AMÉRICAINS. 13 est parfois, chez les jeunes sujets, en partie dénudée; circonstance qui a induit en erreur plusieurs auteurs, et qui les a conduits à admettre, sous les noms de Singe à tête de mort, Caput mortuum ou Simia morta, une espèce purement nominale.

L'ensemble des caractères que je viens de rappeler ou de faire connaitre ne m'a d’abord été connu que dans une seule espèce, S. sciurea de Linné ; Singe qui est assez commun dansles Musées, et dont j'ai vu plusieurs individus vivants. Mais je n'ai pas tardé à m'apercevoir qu'avec le Simia sciurea où Saïmiris sciureus, était confondue une autre espèce, celle qui fait le sujet spécial de cet article,

OMS

et que je nomme Saïmiri à dos brülé, S. ustus. Un autre Saïmiri, rapporté de Guarayos, par M. d'Orbigny, et figuré par lui (mais non encore décrit) sous le nom de Callithrix entomophagus, est venu presque aussitôt former une troisième espèce dans le genre Saïmiri. Enfin, en laissant de côté le Simia morta où Caput mortuum! des

! Erxleben ( Systema reznt animals, p. 53), a pensé le premier que le Singe à tête de mort, si singulier par sa queue prétendue écailleuse (cauda nuda squamosa , dit Gmélin ) n’est point une espèce distincte, mais seulement un fœtus de Saïmiri. Cette dernière opinion a prévalu parmi les auteurs modernes , et quelques-uns ont même supposé le S. morta établi sur un fœtus de Saïmiri, auquel on aurait mis une queue de Didelphe.

L'examen que j'ai fait des divers éléments de la question m’a convaincu que le $. morta est, non un fœtus, comme l'avait fait penser [a nudité de la queue; mais un jeune âge de Saimiri, très-vraisemblablement un jeune S. sciureus. Et quant à l'explication que l’on à donnée de sa queue nue et écailleuse , il n’est point nécessaire de recourir à la supposition d'une queue de Didelphe ou de Rat, substituée artificiellement à Ja queue véritable. C’est ce dont chacun peut se convaincre facilement en remontant aux sources.

Les sources sont ici l’une des figures du Thesaurus de Séba, et le texte qui se rapporte à cette figure (t. 1, pl. XXXIIT, fig. 1 texte, p. 52). C'est, en effet, le Singe que cel auteur nomme Cercopithecus americanus minor Monkje dictus, et qui est connu aussi, remarque Séba, sous le nom de Caput mortuum ; c'est ce Singe qui a été inscrit dans le Systeme naturæ sous le nom de $. morta.

Que ce Singe ne soit autre qu'un Saïmiri, c’est d'abord ce dont personne ne peut douter : la figure est passable, assez bonne même, sauf la queue ; et la description, quoique succincte,

auteurs, qui est une espèce purement nominale, le Titi de l'Orénoque de M. de Humboldt, quoique généralement rapporté au S. sciureus, parait devoir être considéré comme une espèce distincte, la quatrième du genre. Je lai mentionnée ailleurs sous le nom de S. lunulatus, dans un travail! où j’ai indiqué aussi les trois autres espèces, S. sciureus, S. entomophaqus et S. ustus.

De ces trois espèces, la première a été figurée par Buffon, par M. Fr. Cuvier et par plusieurs autres auteurs, et la seconde l’a été par M. d’Orbigny”. La troisième, au contraire, bien que plusieurs fois indiquée , n’a jamais été ni décrite, ni figurée. Il s’en faut cependant de beaucoup que sa découverte soit récente. Mon père s’est procuré en Portugal, en 1808 , l'individu type de lespèce, et il y a tout lieu

est fort claire, ainsi qu'on peut en juger par cette descriplion des couleurs de la face : Vultus omnis pilosus est, et albicat ad medium usque nasi et oris ambitum , ubi nigrido regnat.

Quant à la queue, elle est mal représentée, mais du moins elle a les proportions d’une queue de Saïmiri, et je ne vois nullement dans la figure les écailles par lesquelles tous les auteurs ont caractérisé le Simia morta. Les traits croisés dans lesquels ils ont cru apercevoir des écailles ont la plus grande similitude avec les hachures fort imparfaites employées habituellement par plusieurs des graveurs de Séba. Au bas de la planche qui représente le Caput mortuum, on peut voir, sur des feuilles etsur le terrain lui-même, de tels traits croisés dans lesquels ici personne ne méconnaîtra de simples hachures.

Le texte ne mentionne d’ailleurs pas plus clairement les écailles que la figure ne les représente. L'auteur ne dit rien de plus de la queue que ce qui suit : Cauda longa , crassiuscula, qualis Philandrorum aut Murium majorum sylvestrium : phrase qui, dans une description aussi vague, aussi incorrecte, peut tout aussi bien désigner une queue allongée, conique et nue, mais non écailleuse, qu'une queue absolument comparable à celle du Rat.

Or, si la queue était nue, mais non écailleuse, elle ne présentait aucun caractère étranger aux Saïmiris. Non-seulement on peut supposer que les poils de la queue étaient tombés ; mais ou vient de voir que la queue est parfois normalement dénudée chez les jeunes sujets, comme elle l'était chez le Caput mortuum où Simia morta des auteurs.

1 Comptes rendus de l'Académie des Sciences , t. XVI, p. 1152, mai 1 843.

2 Voyage en Amérique, Mammiféres, pl. IV. Le texte de cette planche n’a pas encore

paru.

de penser que cet individu avait été envoyé du Brésil plusieurs années auparavant. Mais les caractères génériques des Saïmiris n'ayant point encore été déterminés, et le Saïmiri sciurin, alors seul connu , étant considéré comme une espèce de Sapajou ou de Callitriche, le nouveau Saïmiri fut rapporté, comme variété, à cette espèce’. On va voir qu'il existe entre les deux espèces des aflinités assez intimes pour rendre cette opinion fort vraisemblable, et anjourd’hui même, nous pourrions rester dans le doute sur la valeur des caractères différentiels du $. ustus, si nous étions réduits à ceux que fournit le pelage.

Le S. ustus a, en effet, connmme le S$. sciureus, le dessus et les parties latérales du corps d’un gris olivâtre, les parties inférieures et le dedans des membres d’un blanc jaunätre clair, la partie antérieure et externe des avant-bras et des quatre mains dorée, et la plus grande partie de la face, blanche avec les lèvres noires.

La queue offre aussi les mêmes couleurs semblablement disposées ; seulement le noir occupe à l'extrémité une étendue un peu moindre.

La taille de cette espèce est un peu supérieure à celle du S. sciureus; mais les proportions paraissent être les mêmes.

Le Saïmiri à dos brülé est donc, en somme, fort voisin du Saiï- -miri sciurin; mais il s’en distingue nettement par la coloration des parties supérieures du corps. On a vu que le dos, chez le S. sciureus, est d’un vert olivâtre lé long de la ligne médiane, mais non sur les parties latérales, qui sont grisâtres, comme les flancs, le dessus de la tête et la plus grande partie des membres et de la queue. Chez le S. ustus, le dos, aussi bien latéralement que sur la

4 Voyez Geoffroy Saint-Hilaire, Tableau des Quadrumanes, loc. cit.; Desmarest, Man: malogie, et Lesson , Species.

ligne médiane, est couvert de poils colorés par zones de trois couleurs, savoir, d’un jaunätre sale à la racine, d’un roux ferrugipeux sur la zone intermédiaire, assez étendue, enfin, noir à la pointe’, cette dernière couleur étant plus prononcée sur la partie médiane et inférieure du dos que latéralement et antérieurement. De là résulte une coloration générale mélangée de roux et de noir, le roux dominant en avant et sur les côtés, et le noir en arrière. Cette coloration, dans son ensemble, rappelle celle d'une étoffe inégalement brûlée, seulement roussie dans quelques parties, et non dans d’autres; et de là le choix que j'ai fait du nom spécifique dustus, déjà usité à l'égard d’un Bradype pour désigner un caractère fort analogue de coloration.

Les détails que je viens de donner sur la coloration du dos chez le S. ustus suffisent pour en rendre la distinction nette et facile. Cette distinction est confirmée par des différences ostéologiques, assurément beaucoup plus prononcées que celles que l’on pourrait s'attendre à trouver entre des espèces aussi rapprochées par leurs caractères extérieurs.

Le S. ustus exagère encore, en quelque sorte, les conditions cräniennes du genre Saïmiri, par la saillie vraiment singulière de la portion postérieure de l’occipital ; cette portion forme une sorte de poche ou de tambour osseux , où la portion postérieure des hémisphères vient s’enfoncer, faisant pour ainsi dire hernie hors de la cavité générale du crâne. Ce renflement sous-occipital est séparé de la portion de l’occipital qui correspond au cervelet, par deux fossettes beaucoup plus prononcées que celles qu’on remarque chez le $. sciureus. Ces fossettes sont même tellement profondes, et la portion postérieure

1 Chez le S. sciureus les poils du dos ont une zonc noire vers la pointe, mais celle-ci est jaunâtre.

SINGES AMÉRICAINS. 17 de l’occipital est, au contraire, tellement saillante inférieurement, qu'il existe entre le fond des unes et la surface de celle-ci, une différence de niveau égale à un demi-centimètre; nombre considérable relativement aux proportions générales du crâne, qui n’a guère plus de trois centimètres et demi dans sa plus grande largeur.

Le crâne du $. ustus diffère, en outre, de celui du $. sciureus par la longueur proportionnellement ‘ un peu plus grande du diamètre antéro-postérieur, par l’étendue plus grande et la forme plus allongée du trou ocecipital, et par la plus grande longueur de Parcade zygomatique*.

Les éléments me manquent pour établir une comparaison aussi détaillée entre le $. ustus et ses deux autres congénères. Cette comparaison est d’ailleurs moins nécessaire : ces dernières offrent, en effet, par rapport au $. ustus, des caractères fort tranchés de coloration, qu'il suffit de signaler en quelques mots.

À. Saïmiri entomophage, S. entomophaqus ; Callithrix entomophaqus de M. d'Orbigny qui la figuré’, mais non encore décrit ; Chrysothrix entomophaga de M. Wagner” qui se borne à indiquer sommairement les principaux caractères.

Ce Saïmiri présente la même distribution générale de couleurs que le S. sciureus; mais, ces couleurs étant fort affaiblies, c’est un jaune peu intense qui remplace sur Les membres antérieurs et sur les mains postérieures, le beau jaune roux doré du S. sciureus. De même , le corps est d’un gris-jaunâtre pâle, un peu plus vif seulement sur le dos. La face a la méme coloration que chez le $. sciu-

4 La longueur absolue est de 72 millimèt. chez le S. ustus; elle est de 65 chezle S. sciureus. ? Voyez les figures de l'Atlas de la Zoologie de la Vénus. (Planche II.) 3 Loc. cit.

4 Zoc. cit.

Arcuives pu Mustum, roue IV.

reus et $. ustus; mais la nuque, tout le dessus de la tête et latéralement de larges favoris sont, chez l’adulte, noirs, et, chez les trèsjeunes individus, noirâtres ; les poils de cette région, d’un gris-jaunâtre dans leur première partie, se terminent par une zone noire assez étendue.

Ces caractères, que MM. d’Orbigny et Gervais doivent faire connaître d’une manière plus détaillée dans l’une des prochaines livraison du Voyage de M. d’Orbigny, peuvent être résumés dans la caractéristique suivante :

Pelage d’un gris-jaunâtre clair, devenant un peu plus foncé sur le dos ; les avant-bras et les quatre mains, jaunes. La nuque et le dessus de la tête, noirs ( état adulte ) ou noirâtres (jeune âge ).

B. Saïmiri à lunules, $. Junulatus ; Titi de l'Orénoque de M. de Humboldt ; Singe qui a été généralement rapporté, et eela à l'exemple de Pillustre voyageur, an $. sciurea de Linné. M. Lesson, dans son Species, déjà cité, paraît être jusqu’à présent le seul qui ait fixé son attention sur les caractères particuliers que présente le Saïmiri de M. de Humboldt : caractères d’après lesquels M. Lesson a, en effet, séparé ce Singe, si ce n’est comme une espèce, au moins comme une variété distincte de tous les autres Saïmiris connus.

Parmi les caractères distinctifs qui résultent de la description de M. de Humboldt, on remarquera comme le plus remarquable l'existence de deux lunules noirâtres sur la tête; lunules par lesquelles cette espèce se lie manifestement avec la précédente.

Les principaux traits de la description de M. de Humboldt, sont les suivants:

« Simia sciurea (cassiquiarensis), eæ aureo flavescens, abdomine , humerts, brachio et femore (nec antibrachio nec tibid) ex ferrugineo cinerascentibus.… Frons cordata. Lunulæ due nigrescentes ubi pili

fusco-flavescentes frontem a sincipite secernunt.…. Cauda corpore longior, haud prehensilis', apice floccosa nigra. »

Cette espèce, si son existence est confirmée, pourra donc être ainsi caractérisée :

Pelage d’un jaune doré. Deux lunules noiïrâtres sur la tête.

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